Le siège de Gibraltar, en 1782

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le siège de Gibraltar, en 1782

Message par Roi-cavalerie le Mar 23 Sep 2014, 17:12

Voici les quelques éléments que j'avais glanés sur la carrière de Vaudreuil dans Patriotic Taste: Collecting Modern Arts in Pre Revolutionary Paris par Colin Bailey. A cet aperçu, ajoutons également qu'il a accompagné le comte d'Artois en 1782 au siège de Gibraltar par les troupes Franco-Espagnoles .On s'apercevra ainsi qu'il avait une certaine expérience du métier militaire sans être toutefois un homme de guerre.  







Pour les curieux qui désireraient aller plus loin vous noterez que le Dépot de la Guerre ( le Service Historique de la Défense actuel) possède son dossier militaire.
Notez également que l'abbé de Véri ( Joseph Alphonse de Véri 1724-1799), un contemporain qui était très lié à Maurepas et le conseillait, n'hésite pas à le qualifier d'amant connu de la duchesse de Polignac. L'abbé de Véri a tenu un journal dont une partie et consultable sur internet.

Tout ceci est un peu hors sujet mais vous me sembliez être en mal de précisions sur ce personnage, du moins sur sa carrière militaire, par ailleurs  très éclectique et  extrêmement intéressant dans la mesure où il a joué un rôle très important dans le groupe des Polignac et auprès du comte d'Artois.

A bientôt!
avatar
Roi-cavalerie

Messages : 485
Date d'inscription : 20/09/2014

Revenir en haut Aller en bas

Le siège de Gibraltar en 1782

Message par Mme de Sabran le Mar 23 Sep 2014, 17:39

Roi-cavalerie a écrit:Voici les quelques éléments que j'avais glanés sur la carrière de Vaudreuil dans Patriotic Taste: Collecting Modern Arts in Pre Revolutionary Paris par Colin Bailey. A cet aperçu, ajoutons également qu'il a accompagné le comte d'Artois en 1782 au siège de Gibraltar par les troupes Franco-Espagnoles .On s'apercevra ainsi qu'il avait une certaine expérience du métier militaire sans être toutefois un homme de guerre.  

Bombelles le note dans son journal, le 5 juillet 1782 :

C'est aujourd'hui que M. le comte d'Artois est parti pour Gibraltar . Il a dû coucher à Orléans. Ce matin, étant en habit de colonel d'Artois-Dragon, il a pris congé du Roi en forme après lever, et l'on a vu des larmes couler des yeux de Sa Majesté. Elle aime véritablement M. le comte d'Artois. Ce prince était joli comme un ange dans son uniforme; il a dîné avec sa famille et s'en est décidément séparé entre trois et quatre heures après midi. Madame la comtesse d'Artois, qui est grosse, s'est trouvée mal. Messieurs de Crussol, d'Hénin et d'Escars, les capitaines des gardes, deux titulaires et un surnuméraire, partent avec M. le comte d'Artois, ainsi que M. le comte de Vaudreuil, grand fauconnier du Roi, qui suit le prince par une suite de la faveur que lui procure sa liaison avec Mme de Polignac .





.
avatar
Mme de Sabran

Messages : 28842
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le siège de Gibraltar, en 1782

Message par Mme de Sabran le Mar 23 Sep 2014, 18:02




On peut s'étonner que les Anglais, isolés dans leur forteresse du « rocher » aient pu tenir aussi longtemps. En 1779, au tout début du siège, on pouvait trouver des explications mettant en cause le roi Mohammed III du Maroc fournissant du ravitaillement, comme l'atteste ce témoignage paru dans la revue francophone paraissant au Luxembourg Journal Littéraire et historique de septembre 17797 :

   « CADIX (le 30 juillet.) […] « Tout ce que l'on a pu apprendre de l'état des Anglais à Gibraltar, c'est que le général Elliot, gouverneur de cette place, fit publier le 6 juillet un édit pour autoriser tout navire de guerre & corsaire de sa nation à courir sur tous les bâtiments espagnols. On prétend aussi que la garnison se trouve en bon état de défense & que ce gouverneur parait fort tranquille & sans crainte, étant actuellement bien pourvu de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un siège, ayant reçu d'ailleurs du Roi de Maroc les plus fortes assurances d'amitié , & de son attention à ne rien négliger pour fournir cette place de toutes sortes de provisions. Cependant plusieurs avis, qui paraissent venir de bonne source, parlent sur un autre ton & disent que sur la proposition faite à ce Monarque africain par ledit gouverneur de permettre l'exportation de l'orge & de la paille, ainsi que du bois pour des fascines, en cas qu'il se trouvât bloqué dans cette place, dont il avoit le commandement, il s'en était excusé… …à cause de la stérilité qui avait régné cette année dans son pays. De plus on ajoute qu'il a refusé des troupes d'artillerie & des ingénieurs que le ministère anglais lui a fait offrir pour la conquête des présides espagnols en Afrique, assurant qu'il ne troublerait jamais la bonne harmonie qui subsistait entre lui & le Roi d'Espagne. Le temps nous apprendra de quel côté est la vérité. »

Des « explications » qui ne tiennent pas, le roi du Maroc n'ayant pas les moyens naval de ravitailler une place aussi importante de l'autre côté du détroit même si des échanges locaux pouvaient avoir lieu. La réalité est beaucoup plus simple. C'est la Royal Navy seule qui maintient le lien avec l'extérieur. Dès le début du siège, elle fait passer des convois de ravitaillement escortés par ses escadres. Côté espagnol, on est parfaitement conscient du problème, car ce n'était pas le premier siège de Gibraltar depuis la saisie de la place par les Anglais en 1704. Au XVIIIe siècle, la flotte espagnole avait fait un considérable effort de reconstruction, ce qui lui permettait en théorie d'engager le siège par mer avec de bonnes chances de succès.





En 1779, Madrid dispose de 64 vaisseaux dont 48 en état de prendre immédiatement la mer, sans compter les frégates, ce qui met la marine espagnole quasiment sur un pied d'égalité avec la marine française, en deuxième position derrière la Royal Navy. Le fait est qu'entre 1779 et 1783, l'essentiel des moyens de la marine espagnole fut consacré au blocus naval, soit plus de 30 vaisseaux, renforcés de 12 navires français. En 1782, on arrive au chiffre de 48 vaisseaux franco-espagnols mobilisés pour bloquer toute tentative de ravitaillement et soutenir l'attaque des batteries flottantes.

Côté anglais, une mobilisation aussi importante provoque la plus vive inquiétude, car la Royal Navy qui doit utiliser l'essentiel de ses moyens pour soutenir l'armée anglaise en Amérique du Nord et dans les Antilles n'est pas en mesure d'aligner autant de vaisseaux pour Gibraltar.
Madrid en profite pour faire des ouvertures diplomatiques (dans le dos des Français) à Londres en proposant le retrait de l'Espagne de la guerre contre la restitution du « rocher »… mais Londres refuse. Grâce à la qualité de ses escadres et de ses officiers, la marine anglaise pense pouvoir tenir quoi qu'il arrive ; calcul qui va s'avérer justifié. L'expérience du siège va prouver que la flotte espagnole n'est pas à même d'inquiéter la Navy. Les vaisseaux espagnols, construits en bois de cèdre dans les chantiers de la Havane, sont très solides, mais beaucoup trop lourds, lents et peu manœuvrant, d'autant qu'ils ne sont pas doublés de cuivre contrairement à leurs homologues Français ou Anglais. Des « citadelles flottantes » portant souvent plus de 110, voire 120 canons, mais de plus faible calibre que ceux des Français et des Anglais et de moins bonne facture (ils s'enrayent souvent au bout d'une quarantaine de coups), sans parler des équipages à l'entraînement insuffisant et mal commandés ? »



Les résultats ne se font guère attendre. Tous les convois de ravitaillement escortés par la Royal Navy passent sans trop de mal, et l'amiral Rodney inflige même une cuisante défaite à la marine espagnole qui perd 7 vaisseaux capturés ou détruits (dont le vaisseau amiral de Juan de Lángara) à la bataille du Cap Saint-Vincent (appelée aussi « bataille du Clair de lune »), le 16 janvier 1780, au large des côtes portugaises. Madrid doit se tourner vers la France pour demander du renfort, au nom de l'alliance franco-espagnole.
Louis XVI détache l'un de ses meilleurs vice-amiraux, le comte de Guichen qui accompagne la flotte espagnole dans son blocus inefficace avec 12 vaisseaux et ne fait qu'en partager l'impuissance, le commandement restant entre les mains de l'orgueilleux et hiératique don Luis de Córdova y Córdova (76 ans) sur son « mastodonte doré » (Jean-Christian Petitfils), la Santísima Trinidad… En 1782, Madrid demande même l'envoi de 40 vaisseaux français en renfort pour soutenir l'attaque des batteries flottantes en cours de préparation.
Les 48 vaisseaux de l'escadre franco-espagnole sont sous les ordres du vénérable Luis de Cordoba y Cordoba (76 ans), qui se montre absolument incapable d'intercepter les convois anglais de ravitaillement.

Don Luis de Cordoba y Cordoba



Demande totalement irréaliste que rejette le roi et son ministre des affaires étrangères, le comte de Vergennes.
À Versailles, on commence à se fatiguer de ce siège interminable où s'étale l'impuissance espagnole alors que le coût de ces engagements retombent sur la France.



« Tout le poids de la guerre porte uniquement sur nous et l’Espagne semble n’y prendre part qu’à titre de spectatrice » gémissait Vergennes alors que la Marine française était engagée dans de lourdes opérations aux Antilles et en Méditerranée, d'ailleurs en partie au profit de l'Espagne, pour la reconquête de la Floride (mai 1781) et de Minorque. L'échec de l'attaque des batteries flottantes est couronné le 11 octobre 1782, par l'arrivée de l'escadre de Richard Howe, qui, avec 38 vaisseaux de ligne, réussit après un bref engagement au cap Spartel à faire passer son convoi de 183 navires de transport au nez et à la barbe des 48 vaisseaux franco-espagnol mobilisés devant la place…

La défaite était totale, et le traité de Versailles confirma la mainmise de l'Angleterre sur cette position stratégique à l'entrée de la Méditerranée. Gibraltar reste encore aujourd'hui sous pavillon britannique.

( Merci WIKI )

.
avatar
Mme de Sabran

Messages : 28842
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le siège de Gibraltar, en 1782

Message par Mme de Sabran le Mar 23 Sep 2014, 18:58



Bombelles continue de sa plume narquoise :

Le 16 septembre, à Trianon.

De quoi parle-t-on ? De Gibraltar et puis encore de Gibraltar. C'est la conversation de tous les ordres de la société. Hier, en allant sur le boulevard, depuis la rue de Gramont jusqu'à la porte Saint-Honoré, je n'ai trouvé que des gens qui revenaient des guinguettes et qui devisaient sur le fameux siège . ( ... ) Le ridicule, qui ne respecte rien, a souvent choisi pour sa victime le duc de Crillon, chef de l'armée espagnole et française, placé dans ce moment sur une estrade si brillante. Bien des gens se regardent encore en riant lorsqu'ils se figurent le Crillon qu'il on connu, un Pantalon et cela très récemment, chargé des objets les plus intéressants à la gloire espagnole .


avatar
Mme de Sabran

Messages : 28842
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le siège de Gibraltar, en 1782

Message par Mme de Sabran le Mar 23 Sep 2014, 20:34

Roi-cavalerie a écrit:

Tout ceci est un peu hors sujet mais vous me sembliez être en mal de précisions sur ce personnage, du moins sur sa carrière militaire, par ailleurs  très éclectique et  extrêmement intéressant dans la mesure où il a joué un rôle très important dans le groupe des Polignac et auprès du comte d'Artois.

A bientôt!

A vrai dire, je vais dupliquer votre message dans le sujet dévolu à Vaudreuil ! Very Happy
C'est la mention de son départ pour Gibraltar qui m'a donné l'idée d'ouvrir ce sujet-ci, en résonance avec les notes de Bombelles dans son journal.

.
avatar
Mme de Sabran

Messages : 28842
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le siège de Gibraltar, en 1782

Message par Mme de Sabran le Mer 24 Sep 2014, 13:51




C'est à Gibraltar, par parenthèses, que mourra le jeune Anne-Henri-Louis de Polastron, fils de Louise de Polastron, qui avait été tenu sur les fonts baptismaux par Louis XVI et Marie-Antoinette.
Sa mère l'avait emmené avec elle en émigration.

Par la suite, il devint lieutenant dans l'armée anglaise, et mourut sur le fameux rocher litigieux d'un accès de fièvre jaune contractée en octobre 1804.
avatar
Mme de Sabran

Messages : 28842
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le siège de Gibraltar, en 1782

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum