Abel François Poisson marquis de Marigny

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Abel François Poisson marquis de Marigny

Message par Mme de Sabran le Lun 16 Mar 2015, 17:16






Kiki a écrit :

On se souvient qu'Abel François Poisson marquis de Marigny était le frère de Mme de Pompadour .   Very Happy
Il épousa une fille légitimée de Louis XV .

Reinette :

J'ignorais que Marigny avait épousé une fille de Louis XV !  
C'était le rêve de Madame de Pompadour d'unir leurs deux familles. Elle avait le projet de marier Alexandrine avec le fils que le roi eut de madame de Vintimille.

Mme de Sabran :

C'était un homme , semble t-il, rempli de qualités et généralement très estimé .
Il fut nommé en 1756 greffier de l'ordre du Saint-Esprit, ce qui lui permit d'avoir un « cordon bleu » qu'il n'aurait pu avoir autrement. Parmi les nombreuses plaisanteries, on dit qu'il était « un bien petit Poisson pour être mis au bleu » .
En 1767, il épousa Julie Filleul (1751-1822), fille légitimée de Louis XV.

Merci Wiki !  :n,,;::::!!!:


La nuit, la neige :

Mme de Sabran a écrit:Parmi les nombreuses plaisanteries, on dit qu'il était « un bien petit Poisson pour être mis au bleu »

j'adore  :\\\\\\\\:  smiley12  :\\\\\\\\:


Mme de Sabran :

Oui, elle est concoctée exactement pour toi, celle-là !   Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing

J'en connais une autre beaucoup moins drôle, toujours faite sur le thème du poisson, à l'occasion de la mort de la petite fille de Mme de Pompadour .
C'était quelque chose comme une comparaison faite entre ses petites arrêtes qui allaient reposer auprès d'augustes os .


Gouverneur Morris :

olivia
   J'ignorais que Marigny avait épousé une fille de Louis XV !
   C'était le rêve de Madame de Pompadour d'unir leurs deux familles. Elle avait le projet de marier Alexandrine avec le fils que le roi eut de madame de Vintimille.


Julie Filleul, sœur de Mme de Flahaut chère à mon cœur... et à celui de beaucoup d'autres.   :

Le roi refusa sèchement le projet de mariage entre Alexandrine et le Demi-Louis. La marquise dut se rabattre sur le petit duc de Fronsac, fils du Maréchal-Duc de Richelieu, et les deux enfants furent promis l'un à l'autre. Le destin en décida autrement.

Mme de Sabran :

Tiens donc ! J'ignorais que votre bonne amie Mme de Flahaut était la belle-soeur de M. de Marigny !   Shocked

Gouverneur Morris :

Et aussi belle-soeur de d'Angiviller, frère de Flahaut, et successeur de Marigny ! On reste en famille.  

Morny prétendra plus tard, afin d'ajouter à son arbre de la main gauche un degré de royal bâtardise supplémentaire, que Mme de Flahaut (sa grand-mère donc) était aussi fille de Louis XV. Mais rien n'est moins sûr.

Mme de Sabran :


Comme vous dites ! Alors là , je ne m'avancerais pas non plus .    
Louis XV a eu beau semer des enfants naturels à tous vents, on lui en prête peut-être davantage qu'il n'y en eut en réalité ?

Gouverneur Morris :

D'autant plus que 10 ans d'écart séparent les deux soeurs... On voit mal le roi honorer leur mère, si tant est qu'il fut jamais son amant, sur une telle durée
J'ajouterai que d'abord titré Marquis de Vandières par le roi, il fut rapidement titré Marquis de Marigny pour éviter le ridicule, la Cour l'ayant surnommé Marquis d'Avant-Hier

Mme de Sabran :

Ce qui fait le pendant à la marquise de Maintenant !   Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing
Est-ce que terres et château de Marigny ne lui venaient pas, par héritage, de son père ?




Gouverneur Morris :


Je me permets d'ajouter celui-ci, représentant le marquis assistant à la toilette de sa jeune épouse, par Louis-Michel van Loo :




Abel-François Poisson de Vandières, marquis de Marigny (1754) et de Ménars, est né à Paris en 1727 et mort à Paris en mai 1781.


De naissance roturière, Abel-François Poisson de Vandières fut élevé dans le milieu de la finance parisienne. Lorsque sa sœur aînée, Jeanne-Antoinette devint, en 1745, la maîtresse de Louis XV et fut titrée marquise de Pompadour, elle le fit venir à la Cour, où le jeune homme s'attira rapidement les bonnes grâces du Roi.
( Malheureusement oui, c'est ce que l'on est convenu d'appeler la promotion canapé ... )

Lorsque Philibert Orry prit sa retraite, le Roi donna à Poisson de Vandières, alors âgé de 18 ans, la survivance de la direction générale des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures tandis que Charles François Paul Le Normant de Tournehem, père biologique de la marquise de Pompadour et son oncle par alliance, était nommé pour succéder à Orry.

Charles Antoine Coypel, premier peintre du Roi, fut chargé de former le goût du jeune Poisson de Vandières. Avec son aide, celui-ci eut notamment à sélectionner des tableaux des collections royales afin de les exposer au Palais du Luxembourg, créant ainsi le premier musée de France.

Entre décembre 1749 et septembre 1751, il séjourna ensuite en Italie pendant 25 mois, d'abord à l'Académie de France à Rome avant de faire le Grand Tour, avec le graveur Charles Nicolas Cochin, l'architecte Jacques-Germain Soufflot et l'abbé Leblanc. Ce voyage eut d'importantes répercussions sur l'évolution des arts et du goût en France.

À la mort de Le Normant de Tournehem en 1751, il fut rappelé d'Italie et prit ses fonctions de directeur général des Bâtiments du Roi. Il resta à ce poste jusqu'à sa retraite en 1773, établissant un record de longévité dans ces fonctions au XVIIIe siècle.

Il encouragea la peinture d'histoire et, dans l'architecture, le mouvement de retour à l'Antiquité qui devait engendrer le néoclassicisme.

Susceptible, orgueilleux, ombrageux, sans cesse occupé de ses origines roturières qu'il craignait de se voir reprocher, Marigny fut un administrateur intelligent et actif, pénétré de l'importance de sa mission. Il protégea Soufflot, à qui il confia le chantier de la nouvelle église Sainte-Geneviève, véritable manifeste du style "à l'Antique".

Il fit attribuer à Charles De Wailly et Marie-Joseph Peyre le chantier du nouveau Théâtre-Français (actuel théâtre de l'Odéon). Il fit aménager la place Louis XV (actuelle place de la Concorde) et planter les jardins des Champs-Élysées. Il supervisa la construction de l'École militaire, passa de nombreuses commandes à François Boucher, Van Loo, Jean-Baptiste Marie Pierre et nomma Charles-Joseph Natoire directeur de l'Académie de France à Rome.

Ayant hérité de son père, en 1754, le château de Marigny-en-Orxois, près de Château Thierry, il fut créé la même année marquis de Marigny.

Il fut nommé en 1756 greffier de l'ordre du Saint-Esprit, ce qui lui permit d'avoir un « cordon bleu » qu'il n'aurait pu avoir autrement. Parmi les nombreuses plaisanteries, on dit qu'il était « un bien petit Poisson pour être mis au bleu »[1]. En 1767, il épousa Julie Filleul (1751-1822), fille légitimée de Louis XV.

Bien que souffrant sévèrement de la goutte, il n'avait pas anticipé sa mort prématurée en 1781 et mourut sans avoir fait de testament.



Merci Wiki .  Very Happy


Gouverneur Morris
:

...Marigny peint par Louis Tocqué, présentant les plans de l'Ecole Militaire par Gabriel :






Le mois de juillet arriva, ainsi que le voyage de Compiègne. Les fêtes y commencèrent; madame de Pompadour avait à ses ordres tous les artistes du royaume, mais son frère, surintendant des bâtiments, y mettait peu de grâce.
Poisson de son nom, depuis Vandières, et ayant pris ensuite le nom de marquis de Marigny, il disait lui-même qu'on l'avait appelé marquis d'avant-hier, et qu'on l'appellerait marquis de Marinières, puisque son vrai nom était Poisson. Il avait de l'esprit, une grande mémoire et un fond d'instruction; né pour être un commis de ferme, et peut-être fermier général, en passant par tous les emplois, il s'était senti de la haute fortune de sa sœur, dès l'instant où il avait été mis au collège. Envoyé à dix-huit ans à Rome avec Cochin (1), il avait fait un voyage qui lui avait profité. Très-égoïste, brutal et d'une grande présomption, il faisait les honneurs de sa naissance tant qu'on voulait,
pourvu qu'on fût convaincu qu'il valait beaucoup par son mérite.


( Dufort de Cheverny )

(1) Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), graveur, dessinateur, écrivain. Il fil en 1749 le voyage d Italie avec Marigny, et en publia le
récit au point de vue artistique (3 vol. in-r2, 1758).

Note de l'éditeur :  L'auteur est généralement peu bienveillant pour Marigny, que ses
contemporains ont jugé moins sévèrement. Des dissentiments person-
nels, dont on trouvera le récit plus loin, ont évidemment influencé
M. Dufort, qui d'ordinaire est plus porté à l'indulgence.


Gouverneur Morris
:

... et enfin portraituré par Roslin, présentant - de mémoire- en gravure et en plans ses travaux de dégagement et d'achèvement de la Cour Carrée et de la Colonnade du Louvre, posés sur son bureau...




La richesse du mobilier, du dernier goût néo-classqiue (nous ne sommes qu'en 1764 !), est confondante.

Kiki :

Il n'a pas hésité à faire figurer symboliquement son patronyme roturier sur son blason !

;;;;;;;;;;;;;;;;;
 

Gouverneur Morris :

Ah oui , je crois que cela s'appelle en héraldique des armes parlantes.

Sa sœur avait commandé un service en porcelaine des Indes où figurait ce type d'armes ; la crainte du ridicule l'y fit renoncer, mais les pièces déjà exécutées se retrouvent encore aujourd'hui dans certaines collections européennes.


Mme de Sabran :



Gouverneur Morris a écrit:

  Ah oui , je crois que cela s'appelle en héraldique des armes parlantes..

..... fritures d'or sur champ de gueule !   lol!


Gouverneur Morris a écrit:
  Sa sœur avait commandé un service en porcelaine des Indes où figurait ce type d'armes ; la crainte du ridicule l'y fit renoncer, mais les pièces déjà exécutées se retrouvent encore aujourd'hui dans certaines collections européennes.

Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Je le crois bien volontiers ! Cela aurait trop fait, euh .... service à poisson !




.




.............................................................
 FIN DE CE BOUTURAGE !

.........................................


.
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Re: Abel François Poisson marquis de Marigny

Message par pilayrou le Lun 16 Mar 2015, 18:08



Deux autres Marigny :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_de_Marigny
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Re: Abel François Poisson marquis de Marigny

Message par Mme de Sabran le Lun 16 Mar 2015, 23:22

En effet, nous avons un autre Marigny, Charles de Bernard, qui, quoique homme de la mer ( il est vice-amiral ) n'a rien à voir avec la famille Poisson .
Il participe à la Guerre d'Indépendance des États-Unis .

Et, concernant ce deuxième Marigny vice-amiral, voici une petite anecdote pour Olivia ( notre adoratrice de Loulou ) :n,,;::::!!!:

Au mois d’août 1784, Marigny fut nommé major du corps royal des canonniers matelots, et, au mois de mai 1786, il fut fait chef de division et major de la première escadre. Il était chargé d’une inspection des ports, en 1789, et il se trouvait à Cherbourg lorsque Louis XVI vint le visiter. Marigny fut brigadier du canot qui porta le roi en rade; en rentrant dans l’embarcation pour retourner à terre, le roi fit un faux pas ; Marigny le saisit aussitôt dans ses bras, et, malgré l’embonpoint du monarque, il le porta jusque dans la chambre du canot. « Mon Dieu, monsieur de Marigny que vous êtes fort ! » lui dit Louis XVI. « Sire, un Français est toujours fort, quand il tient son roi dans ses bras. »


Il est intéressant aussi, ce bon et excellent deuxième Marigny ! Allez, zou, je vous mets tout l'article ! Very Happy

Charles-René-Louis, vicomte de Bernard de Marigny, né à Sées le 1er février 1740 et mort à Brest le 25 juillet 1816, est un vice-amiral français, grand-croix de l’ordre de Saint-Louis, commandant de la marine au port militaire de Brest.

Le père de Marigny appartenait à l’une des plus anciennes familles de la Normandie, mais son défaut de fortune ne lui eût pas permis de donner à ses huit enfants une éducation conforme à son rang, sans le secours des institutions destinées aux enfants nobles. Des trois frères de Marigny, l’aîné était officier de dragons, le second servait dans la marine, un autre était à l’école militaire. Quant à lui, destiné à l’état ecclésiastique, il fut placé de bonne heure au séminaire de Sées pour y suivre ses études. Mais la sollicitude de ses parents ne put maîtriser le penchant qui le portait aux entreprises aventureuses ; à quatorze ans, il quitta la maison paternelle, et se rendit à pied à Rochefort, où il réclama la protection de son frère, plus âgé que lui de quelques années, et qui y servait alors comme garde de la marine.

Le jeune Marigny se fit, dès ce moment, une règle de conduite dont il ne se départit jamais ; n’ayant rien à attendre de son père, mécontent du parti qu’il avait pris, il voulut désormais ne rien devoir qu’à lui-même, et il travailla nuit et jour pour acquérir les connaissances nécessaires à l’état qu’il embrassait.

Ses efforts furent couronnés de succès. Admis, en 1754, parmi les gardes de la marine, l’année suivante il obtint un ordre d’embarquement sur la frégate la Valeur, avec laquelle il fit une campagne de quatorze mois. Cependant sa constitution semblait désavouer son goût pour le métier de marin, car pendant la durée de cette campagne, il éprouva constamment le mal de mer ; mais sa persévérance maitrisa chez lui la nature, et dans une nouvelle campagne qu’il fit sur le même bâtiment, les symptômes de cette maladie disparurent entièrement.

Nommé enseigne en 1757, Marigny s’embarqua d’abord sur la corvette le Zéphir, et ensuite sur l’Actif. Ce vaisseau faisait partie de l’escadre de huit vaisseaux et deux frégates, aux ordres du comte d’Aché, destinée à protéger les possessions françaises dans l’Inde, et il participa aux divers combats qu’elle soutint contre les Anglais sur la côte de Coromandel, en 1758.

Après une campagne d’environ quarante mois, le chevalier de Marigny revint en France sur le Zodiaque. Il servit successivement sur les vaisseaux le Glorieux, le Minotaure, l’Union, la frégate la Légère, et la flûte la Garonne, avec lesquels il fit diverses campagnes à Saint-Domingue, à la côte d’Afrique, aux îles du Vent, au Portugal et en Inde, jusqu’en 1767, époque à laquelle il fut fait lieutenant de vaisseau. Étant à l’île de France, en 1768, il reçut l’ordre de s’embarquer, comme passager, sur un bâtiment de la Compagnie, avec la mission d’explorer les côtes de Coromandel et du Bengale. Il visita alors les différents comptoirs européens, y recueillit des renseignements qu’il consigna dans des mémoires particuliers. Ce voyage dura environ huit mois, et à son retour en France il déposa au ministère de la marine les résultats de ses recherches.

En 1770, Marigny fut nommé au commandement de la Dorade. Cette gabare, qui était destinée à faire le cabotage sur les côtes de France, fut employée à transporter à Rochefort une grande quantité de munitions navales accumulées depuis longtemps à Bayonne, et Marigny s’acquitta de cette mission sans être inquiété par les croiseurs anglais. Au désarmement de ce bâtiment, il fut nommé premier aide-major de la marine à Brest. Là, il s’occupa activement et avec succès, à l’instruction et à la discipline des troupes. Lorsqu’en 1773, une escadre dont le commandement était destiné au comte d’Estaing fut armée à Toulon, Marigny fut désigné pour en faire partie sur le vaisseau le Lion, mais l’expédition projetée n’ayant pas eu de suite, l’escadre désarma sans avoir pris la mer. En 1775, Marigny fut fait chevalier de Saint-Louis, et nommé au commandement de la corvette le Serin. Il prit également celui de la station des îles du Vent, chargée de protéger le commerce français dans ces parages.

Une maladie de près d’une année, causée par l’imprudence qu’il commit de coucher à bord de son bâtiment trop nouvellement peint, le força d’en quitter le commandement ; mais lorsqu’il fut rétabli, on lui confia celui de la corvette l’Étourdie, avec laquelle il fit une campagne de six mois sur les côtes de la Manche. À la fin de l’année 1777, Marigny, qui commandait la frégate la Belle Poule, fut chargé de reconduire aux États-Unis Benjamin Franklin, qui avait été envoyé en France par le Congrès, pour solliciter des secours en hommes et en argent.

Le 7 janvier 1778, cette frégate, se trouvant par le 45 ° 46 de latitude nord, et le 8 ° de longitude, fut rencontrée par les vaisseaux anglais l’Hector et le Courageux, tous deux de soixante-quatorze, qui lui tirèrent chacun un coup de canon à boulet. Ils parvinrent à placer la Belle Poule entre leurs feux, et enjoignirent au commandant de mettre son canot à la mer. Le chevalier de Marigny s’y refusa. Alors l’un des deux lui détacha une embarcation avec un officier qui lui fit les questions suivantes i« Qui êtes-vous ? d’où venez-vous ? où allez-vous ? » Le chevalier répondit : « Je suis la Belle Poule, frégate du roi de France ; je viens de la mer, et je vais à la mer ; les bâtiments du roi mon maître ne se laissent jamais visiter. » Après quelques pourparlers, dans lesquels le chevalier de Marigny montra la même réserve et le même caractère, l’officier anglais s’excusa sur ce que son commandant avait pris la Belle Poule pour une frégate américaine, masquée sous le pavillon français.

Contrarié pendant trente-six jours consécutifs par des vents contraires, dégréé et menacé de perdre sa mâture, ses vivres épuisés et son équipage accablé de fatigues, , le chevalier de Marigny se vit contraint de revenir à Brest. Il n’y resta que le temps nécessaire pour transborder son équipage sur la Sensible, et il reprit immédiatement la mer avec cette frégate. Cette fois, sa traversée fut si heureuse, qu’après avoir débarqué aux États-Unis l’envoyé américain, et fait plusieurs prises, dont un corsaire, il était de retour à Brest soixante-cinq jours après son départ de ce port. En opérant son retour, il fut rencontré, à la hauteur d’Halifax, par le vaisseau anglais le Centurion et la frégate le Diamant. Le vaisseau le héla, en lui demandant où il allait. « Je tiens la mer », répondit le commandant, et il continua sa route.

Combat entre La Belle Poule et l'HMS ArethusaL’activité continue de Marigny avait altéré sa santé, mais comme les relations diplomatiques entre la France et l'Angleterre se détérioraient, il resta dans la Marine. La guerre éclata entre la France et l’Angleterre au mois de juin de la même année, et la Sensible, qui était la frégate de répétition du comte d’Orvilliers, participa au combat d’Ouessant, le 27 juillet 1778.

À la suite de cette affaire, Marigny fut nommé capitaine de vaisseau, et il passa au commandement de la Junon. Le 25 juillet 1779, l’armée navale aux ordres du comte d’Orvilliers sortit de Brest pour se réunir aux Espagnols. Cette jonction opérée, elle entra dans la Manche, et se dirigea sur les côtes d’Angleterre. L’escadre légère, que commandait La Touche-Tréville était en avant. Le 17 août, au matin, la Junon, qui en faisait partie, signale plusieurs voiles au vent, dont un vaisseau. Ayant reçu l’ordre de lui donner la chasse, elle suit ses mouvements, et, manœuvrant de manière à lui couper le chemin, l’atteint à demi-portée de canon de la côte. C’était l’Ardent, de soixante-quatre canons. Après avoir assuré son pavillon, Marigny commença le feu ; s’apercevant que le vaisseau n’ouvrait ses sabords que l’un après l’autre, il le jugea mal préparé au combat. Il passa derrière lui pour l’attaquer à tribord. L’Ardent répondit faiblement au feu nourri de la Junon ; ses coups étaient incertains, mal dirigés. La frégate la Gentille, joignant la Junon, attaqua le vaisseau à babord. Pris entre deux feux et voyant s’approcher l’escadre légère, l' Ardent amena son pavillon. Plus tard, le marquis de Rossel fut chargé de faire du combat le sujet d’un tableau qui fut envoyé au commandant de la Junon, portant en légende : « Donné par le roi au brave chevalier de Marigny. » Le ministre de la marine, en lui annonçant ce cadeau, lui disait dans sa lettre : « Sa Majesté vous donne le commandement du vaisseau l’Ardent, que vous avez attaqué et combattu si vaillamment. »

L’année suivante, faisant partie d’une division commandée par le chevalier de Ternay, l’Ardent prit part à l’engagement qu’elle soutint, le 21 juin 1780, contre cinq vaisseaux anglais. En 1781, une escadre de huit vaisseaux, aux ordres du chevalier Destouches, ayant à bord un corps de troupes d’environ mille hommes, destiné à renforcer l’armée américaine, se rendait dans la Chesapeake, lorsque, le 16 mars, elle fut rencontrée par celle de l’amiral Arbuthnot, également composée de huit vaisseaux. Dans le combat qui eut lieu, l’Ardent, pris entre le feu du London, de quatre-vingt-dix-huit et du Royal-Oak, de soixante-quatorze, allait succomber, lorsque l’Éveillé, de soixante-quatre, que commandait le Gardeur de Tilly, parvint à le dégager, malgré la disproportion de leurs forces réunies ; l’Ardent eut cinquante-quatre hommes tués et un grand nombre de blessés.

L’année suivante, Marigny prit part, avec l’Ardent, aux combats des 25 et 26 janvier, sous Saint-Christophe, et à la prise de cette île, qui en fut le résultat. Chargé par le comte de Grasse de se rendre en France pour y rendre compte des opérations de l’armée, le chevalier de Marigny quitta l’Ardent, et prit passage sur la frégate l’Aigrette. En son absence, le 12 avril 1782, l’Ardent est capturé et sa conserve, le César explose, tuant son frère Gaspard de Bernard de Marigny. Au début de l’année 1783, le chevalier, devenu vicomte de Marigny, reçut l’ordre d’aller prendre, à Toulon le commandement du vaisseau la Victoire, mais la paix, conclue le 20 juin, rendit cet armement inutile.

A l'été 1784, Marigny est chargé du bombardement de Cabinda, fort construit par les Portugais sur l’un des principaux comptoirs de la côte d’Angola et leur permettant d'interdire l'accès aux navires étrangers, gênant les opérations des négociants qui venaient y faire la traite.

Le roi de France ordonna l’armement d’une division composée de la Vénus, frégate de trente-six, la Lamproie, gabare de vingt-quatre, et l’Anonyme, cutter de dix canons. Marigny en reçut le commandement, avec instruction de protéger le commerce français à la côte d’Angola, par tous les moyens. Il appareilla de Brest avec ces trois bâtiments, portant trois cents hommes de troupes, et mouilla devant Cabinda, le 17 juin 1784.

Un fort assez imposant battait la passe et une frégate de vingt-six, mouillée à l’entrée, en défendait l’approche. Marigny n’hésita pas à faire connaître le but de sa mission à son capitaine ; il plaça ensuite la Vénus de manière à couper toute communication entre la frégate portugaise et le fort. Il signifie alors à son commandant ses ordres d’assurer l’indépendance du commerce français, et sa résolution d’employer la force pour les faire exécuter. Il disposa en même temps les troupes de débarquement qu’il avait amenées, et se prépara à une attaque vigoureuse. Les Portugais parurent d’abord vouloir résister, puis le commandant du fort demanda un délai de trente jours pour prendre les ordres du gouverneur général. Il était cinq heures du soir; le vicomte de Marigny lui accorde jusqu’au lendemain à sept heures du matin. À midi, le fort était rendu et sa démolition commencée. Plusieurs prisonniers, au nombre desquels se trouvait un prince africain, furent rendus à la liberté.

La cour de Lisbonne, informée de l’issue de cette expédition, se plaignit hautement et fit demander par son ambassadeur, comme une réparation, la destitution de l’officier qui l’avait dirigée. Le conseil en fut donné, mais Louis XVI refusa et le maréchal de Castries, alors ministre de la marine, approuva la conduite de Marigny.

Dans l’escadre d’évolution qui fut armé en 1784, la frégate la Fine, que commandait Marigny, fut citée pour l’habileté et la précision de ses manœuvres[réf. nécessaire]. À son retour à Brest, il passa au commandement du vaisseau le Téméraire et, sur de nouveaux bruits de guerre, il reçut l’ordre de se rendre à Toulon pour y prendre le commandement d’une escadre destinée pour les mers de l’Inde.

Je zappe l'escapade du Roi à Cherbourg que je viens de poster juste en amont .....

En 1790, Marigny est major-général de la marine. Une nuit, des révolutionnaires placent à sa porte la potence et le carcan où l’on attachait les criminels. Quelques jours après, on vint lui apprendre, au milieu de la nuit, que deux ou trois mille marins s’étaient révoltés, et demandaient la tête du major-général. Il prend à la hâte son uniforme, son épée et court à la caserne. « Vous demandez ma tête, dit-il aux marins mutinés ; la voici, je viens vous l’apporter. » Les clameurs cessèrent, et les groupes se dissipèrent.

Marigny reçut l’ordre de prendre le commandement de la marine et le ministre, en le lui transmettant, lui disait que c’était un nouveau sacrifice que le roi attendait de lui. En 1792, Marigny fut fait contre-amiral. Mais il s’opposa en vain aux révolutionnaires ; convaincu lui-même qu’il ne pouvait plus rien pour le service du roi, il demanda et obtint sa démission. À cette époque, il comptait trente-trois campagnes, avait exercé quatorze commandements, et assisté à sept combats.

Louis XVI, par une lettre close qu’il lui adressa, lui défendit formellement d’émigrer et, pour l’attacher de plus près à sa personne, il le nomma sous-gouverneur du Dauphin ; mais, témoin de la journée du 20 juin 1792 et de celle du 10 août, il échappa lui-même de peu à la mort. Lors du procès de Louis XVI, il apprit qu’au nombre des chefs d’accusation portés contre le roi, se trouvait celui d’avoir commandé et autorisé l’émigration. Ayant la preuve du contraire, il se rendit à Paris, se présenta à l’avocat du roi, Malesherbes, la lui communiqua, et demanda à la lire à la barre de la Convention.

Le roi, instruit, de cette démarche, dit à son défenseur : « Je vous défends (et ce sera probablement le dernier ordre que je vous donnerai) de faire aucune mention de ce brave homme dans mon procès ; ce serait l’exposer, et probablement sans aucune utilité pour moi. »

Cependant, Marigny fut arrêté avec sa famille. Appelé devant le tribunal révolutionnaire, il y est accusé d’avoir fait partie de l’armée royale de l’Ouest, par confusion avec l'un de ses cousins, Gaspard de Bernard de Marigny. L'un des membres du tribunal, le reconnaissant, déclare alors : « Non, lui dit-il, tu n’es pas le brigand de la Vendée ; je te reconnais, tu es un brave homme, un homme juste et le père du soldat. Tu as été mon major ; tu m’as quelquefois fait mettre en prison, mais toujours je l’avais mérité. Citoyens collègues, je réponds de son civisme. » Marigny échappa à la condamnation à mort et fut reconduit en prison.

Rendu à la liberté par la chute de Robespierre, Marigny alla se cacher dans une propriété qu’il possédait aux environs de Brest. Il s’y livra à l’éducation de ses enfants, et partagea ses loisirs entre l’étude et l’agriculture. Il est nommé maire de sa commune sous le gouvernement impérial.

A la Restauration, il est nommé vice-amiral, le 18 juin 1814; le 27 décembre, il reçut la grande décoration de l’ordre de Saint-Louis. Au mois de décembre 1815, le roi le nomma commandant de la marine au port de Brest.

Au mois de juin 1816, Marigny ressentit les premières atteintes d’une maladie aiguë ; malgré ses souffrances, il voulut assister à une fête donnée à l’occasion du mariage du duc de Berry. Il succomba le 25 juillet suivant.


Sources
Joseph François Gabriel Hennequin, Biographie maritime, t. 1er, Paris, Regnault, 1835, p. 351-63

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Re: Abel François Poisson marquis de Marigny

Message par Mme de Sabran le Sam 18 Avr 2015, 12:13

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Mme de Créquy ne tarit pas d'éloges sur Marigny !   Very Happy
Comme quoi, il arrive tout de même à la terrible marquise de dire du bien de ses prochains ... :


Abel Poisson, Marquis de Vandières et de Marigny, Ordonnateur-général des bâtimens de la couronne et Secrétaire-Officier de l'ordre du Saint-Esprit avait été le plus beau jeune homme du monde ; il était devenu l'amateur le plus studieux, le juge le plus éclairé, le protecteur le plus généreux des arts libéraux. Une élévation subite et la splendeur d'une opulence effrénée n'avaient pu dénaturer la rectitude de son jugement, la candeur de sa belle âme et la simplicité de son excellent cœur. Il avait traversé la vie et la faveur avec une sorte d'embarras si fier, avec un front si calme et si triste, avec un sourire de dédain mêlé de pitié pour les adulations dont il entendait accablé sa sœur ! Long-temps après la mort de celle-ci, je l'ai vu rougir (à soixante ans), rougir de pudeur et de honte ! je l'ai vu tressaillir et pâlir quand il entendait parler des Ducs d'Estrées, de la Vallière et d'Antin, à cause de l'origine de leur fortune. Je disais toujours qu'il me rappelait la source Aréthuse, et que s'il avait été naïade ou fontaine, il aurait pu traverser les mers de Sicile sans participer à leur amertume et sans altérer la pureté de ses eaux. L'expérience ne refroidit que les âmes tièdes, le malheur ne saurait dessécher que les cœurs secs, et j'ai toujours remarqué que la prospérité n'endurcissait que les cœurs durs.

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Re: Abel François Poisson marquis de Marigny

Message par Lucius le Sam 18 Avr 2015, 12:18

L'expérience ne refroidit que les âmes tièdes, le malheur ne saurait dessécher que les cœurs secs, et j'ai toujours remarqué que la prospérité n'endurcissait que les cœurs durs.

Très belle formule !
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Lucius

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Re: Abel François Poisson marquis de Marigny

Message par Mme de Sabran le Sam 18 Avr 2015, 12:32

N'est-ce pas ! Very Happy
Elle me plaît beaucoup aussi .
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Mme de Sabran

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Re: Abel François Poisson marquis de Marigny

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