Théveneau de Morande

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Théveneau de Morande

Message par Mme de Sabran le Jeu 04 Juin 2015, 10:17

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Nous le savions déjà, Mme de Créquy connaît décidément tout le monde !  :

Un libelliste appelé Morande avait fait contre M. de Maurepas une œuvre de son métier ; ce premier ministre en fut averti par le sieur Caron de Beaumarchais, qu'il envoya courir après le pamphlet et son auteur, par toute la Hollande et l'Angleterre. On eut le bonheur de pouvoir atteindre Morande et celui de pouvoir acquérir son manuscrit pour la somme de 48 mille livres. On fit constituer quatre mille livres de pension sur le trésor au profit dudit Morande, et M. de Beaumarchais (qui n'a pas toujours été bien riche) en gagna six mille écus pour sa peine et les autres frais de sa négociation. Ce prétendu libelle était un tissu de niaiseries les plus insipides. C'est une mystification qui doit compter parmi toutes celles que ce Beaumarchais a fait subir à M. de Maurepas dont il été un des confidents les plus favorisés.

( Souvenirs de la marquise de Créquy )



A la Conciergerie, nous évoquions déjà ce fieffé coquin de Morande !

Mme de Sabran a écrit:

Ah, j'ai retrouvé enfin le méprisable Théveneau de Morande (parfois écrit aussi Thévenot ) dans mes tablettes.   :n,,;::::!!!:

Morande était donc un aventurier de la pire espèce, spécialisé dans la calomnie en vers, couplets ... etc , une manière de maître-chanteur professionnel. Il a publié quantité de libelles et recueils d'anecdotes scandaleuses.   Sa carrière débuta sous le règne de Louis XV.   Il rédigeait des horreurs qu'il se proposait de ne pas diffuser contre espèces sonnantes et  trébuchantes.
Ainsi sa menace de faire paraître des "Mémoires secrets d'une femme publique" obligea t-elle Mme du Barry à lui verser, par l'entremise de Beaumarchais, 20 000 livres, plus 4 000 livres de rentes viagères !!!! :etonne:  :etonne:  :etonne:
Mais il se cassa les dents sur ces durs-à-cuire de Voltaire et Lauraguais.   Ce dernier le fit même bastonner par ses laquais et signer un reçu du nombre des coups donnés ! Laughing  Laughing  Laughing

Cet individu plus que douteux sévissait toujours sous Louis XVI :
" Londres était alors (1780) le foyer d'un commerce bizarre qui se faisait sur les libelles.  Cinq ou six Français couverts de dettes et d'opprobre, abusés par le succès passager du corsaire Morande, avaient imaginé de menacer le gouvernement français des écrits les plus virulents, si l'on n'assouvissaient pas leur faim par des sommes considérables ... Croira t-on que le ministre de France qui était alors en Angleterre, le comte Demoustiers, que j'ai revu depuis en Amérique, croira t-on que cet ambassadeur fut l'agent de cette séduction, et qu'il ne rougit pas de s'afficher pour le patron de Morande ."
( Mémoires de Brissot )

Les pires infamies, dont Marie-Antoinette était la cible privilégiée (et avec elle Artois et Mme de Polignac) était rédigées et publiées outre-Manche, puis largement diffusées en France ....

La nuit, la neige a écrit:
Mme de Sabran a écrit:
Sa carrière débuta sous le règne de Louis XV.   Il rédigeait des horreurs qu'il se proposait de ne pas diffuser contre espèces sonnantes et  trébuchantes.
Ainsi sa menace de faire paraître des "Mémoires secrets d'une femme publique" obligea t-elle Mme du Barry à lui verser, par l'entremise de Beaumarchais, 20 000 livres, plus 4 000 livres de rentes viagères !!!! :etonne:  :etonne:  :etonne:
Mais il se cassa les dents sur ces durs à cuire de Voltaire et Lauraguais.   Ce dernier le fit même bastonner par ses laquais et signer un reçu du nombre des coups donnés !

Vous retrouverez tout un chapitre sur ces personnages dans le génialissime Tome 1 des Hommes de la liberté, de Claude Manceron.

Tenez, voilà ce qu'écrit Lauragais dans ses Mémoires : "Ce gredin qui croit passer pour un bel esprit de bonne compagnie, parce que quelques salopes l'appellent le chevalier de la Morande au lieu de Morande, et qu'il imprime un fatras scandaleux qui a l'air d'être écrit par un cocher d'après les mémoires de la cuisinière d'une maquerelle." Laughing

Cela fait trois ans que Morande publie à Londres le Gazetier cuirassé, ou anecdotes scandaleuses de la cour de France qui s'arrache dans tous les salons européens.
Beaumarchais et Lauragais négocient en effet, missionnés par Louis XV et la comtesse du Barry, le rachat de ces Mémoires secrets (de la  dite...comtesse Tonneau  :mrgreen: ).
Le maître chanteur demandait alors 5000 louis comptant et 4000 livres de pension annuelle, réversible, après sa mort, à sa femme et son fils.
Trop cher !
On avait alors organisé, depuis la France, une expédition pour faire enlever le libelliste, et le faire enfermer à la Bastille ou à Vincennes.
Mais sans succès.

Le chevalier d'Eon, en poste à Londres, avait aussi était contacté pour intercepter Morande.
Mais il se tient plus ou moins à l'écart et note à son ministre :

" Je refusai pendant deux mois sa connaissance, et pour cause. Depuis, il a si souvent frappé à ma porte que je l'ai laissé entrer chez moi, de temps en temps, pour ne point me mettre à dos un jeune homme dont l'esprit est des plus turbulents et des plus impétueux, qui ne connaît ni bornes ni mesures, ne respecte ni le sacré ni le profane...Il a épousé la fille de son hôtesse, qui faisait et défaisait son lit avec lui...Je sais qu'il a besoin d'argent..., mais je serai charmé que l'argent lui fût remis par une autre main que la mienne, afin qu'on imagine pas que j'ai gagné une seule guinée sur un pareil marché."
D'Eon s'emploie a être le conseiller technique de cette négociation.

Beaumarchais négocie et obtient de faire brûler tous les mémoires déjà imprimés à Londres et en Hollande et qui n'attendaient qu'à être distribués.
Mais à ce moment là, Louis XV meurt, et voici ce qu'écrit alors cet opportuniste de Beaumarchais à Morande :

" Quelle différence de destinée entre nous ! Je travaille jour et nuit pendant six semaines. Je fais près de sept cent lieues...
Vous gagnez à ce travail votre tranquillité, et moi je ne sais plus même si je serai jamais remboursé de mes frais de voyage. Il ne me reste que les jambes enflées et la bourse aplatie. Un autre s'en pendrait, mais comme cette ressource ne me manquera pas, je la garde pour la fin, et je m'occupe à voir lequel, du diable ou de moi, mettre le plus d'obstination, lui à me faire choir et moi à me ramasser.
"

Mais oui, mais oui... Wink

Idea Chère Mme de Sabran (et tous ici, du reste) si vous ne connaissez pas Les Hommes de la liberte de Claude Manceron, je vous conseille absolument cette lecture.
Le Premier tome vient d'être réédité, les autres suivront.
J'ai adoré ! Très bien écrit.
On vole d'anecdotes en anecdotes avec la vie, et les destins qui se croisent, de tous les contemporains de cette fin de siècle qui nous passionne :


Mme de Sabran a écrit:

Combien je suis d'accord avec vous !!!!!!!  J'a-do-re ces pavés de Claude Manceron !!!!!!   Je les avais lus (depuis longtemps) à ma médiathèque la plus proche, quand M. de Boufflers les a trouvés ... chez un brocanteur, pour trois francs six sous !  Je ne vous raconte pas si je sautais de joie comme un cabri !!!!
Ne trouvez-vous que sonne étonnamment moderne " quelques salopes l'appellent le chevalier de la Morande ... "  ?????? :etonne:  :etonne:  :etonne:

La nuit, la neige a écrit:
Mme de Sabran a écrit: Ne trouvez-vous que sonne étonnamment moderne " quelques salopes l'appellent le chevalier de la Morande ... "
En effet. Mais j'aime beaucoup à vrai dire.  Laughing
Aussi, le titre exact des Mémoires de Lauraguais est : Mémoire pour moi, par moi, Louis de Brancas, comte de Lauraguais.
Voilà. C'est net !  Wink

Mme de Sabran a écrit:
Comme vous dites !!!!!!   Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing
La correspondance de Vaudreuil est parfois égayée, elle aussi, d'écarts de langage. Ils expriment souvent de façon plus ... percutante, donc efficace, notre façon de penser. N'est-il pas vrai ? Je n'ai rien contre .

En plus de son "Gazetier cuirassé " , Morande avait publié en 1771 " le Philosophe cynique", ainsi que des "Mélanges confus sur des matières fort claires " ( !!!!!!! )
Il fut collaborateur du " Courrier de l'Europe" de 1776 à 1792. Il fonde " L'Argus patriote " à Paris, qui paraît de Juin 1791 au 31 Mai 1792 " feuille de ragots méprisée par tous les partis mais qui s'en prend surtout à Brissot et à ses amis." Vous parlez d'un mec toxique !!!!!! Emprisonné après le 10 Août, Morande échappe, par miracle sans doute, aux massacres de Septembre.
Il coule une fin paisible à Arnay-le-Duc où il était né, et y meurt vers 1803.



Charles Théveneau
, (dit) de Morande ou chevalier de Morande, né le 9 novembre 1741 à Arnay-le-Duc où il est mort le 6 juillet 1805, est un libelliste, espion et polémiste français.
Son parcours est représentatif de celui d'un « aventurier des Lumières » ou d'un « Rousseau des ruisseaux » : de l'armée il passe à la littérature clandestine, puis à l'espionnage et enfin au journalisme. « Mandrin littéraire », folliculaire, il se fait connaître par son activité de maître chanteur et par le succès considérable de son libelle clandestin, Le Gazetier Cuirassé.





Il est par la suite, après avoir mis à contribution la cour de Louis XV, retourné par le gouvernement français, dont il devient l'un des informateurs en Angleterre. Il joue un rôle dans la pré-révolution française comme rédacteur puis directeur du Courrier de l'Europe avant de regagner Paris lors de la Révolution, où il poursuit son activité de gazetier.





La jeunesse turbulente et la fuite en Angleterre


Charles est fils d’un procureur d’Arnay-le-Duc, notaire royal, Louis Théveneau et de Philiberte Belin. On lui connaît deux frères : Lazare-Jean, dit Théveneau de Francy, et Louis-Claude-Henry-Alexandre.
Brouillé avec un père autoritaire, après des études de droit à l’université de Dijon, il repousse la profession paternelle avec l’ambition de vivre de sa plume. Il est conduit dans le régiment des dragons de Bauffremont en 17595. Il y demeure jusqu’à la paix de 1763.
Repoussant toujours la carrière du barreau, il compose des épigrammes, courtise et se bat en duel. Sa famille obtient contre lui une première lettre de cachet pour y remédier.
Libéré, il gagne alors Paris où il mène une vie de libertinage entre larcins, jeu et proxénétisme, côtoyant des femmes entretenues et soudoyant de jeunes étrangers. Il vit au-dessus de ses moyens et se dit « attaché au prince de Limbourg, aventurier notoire ». On imagine qu’il adopte la particule à l’occasion.
Le 17 février 1765, il est signalé au lieutenant général de police Sartine et « s’étant fait connaître pour un libertin crapuleux qui avait du mal vénérien et qui était dans les frictions », « coureur de filles », « brutal » et « mauvais sujet », il est écroué au For-l'Évêque.
Il est remis en liberté un mois plus tard. Mais sa conduite reste suspecte : il fréquente les maisons closes, y vole des montres. En mai 1768, après un nouveau scandale – il a tenté d’enlever une danseuse de l’Opéra, Mlle Danezy – il regagne For-l’Évêque sous la pression de sa famille. Il tente de s’évader, est mis au cachot pour tapage et, le 22 juillet 1768, il est transféré à la Maison des Bon-Fils d’Armentières où il demeure dix-huit mois dans une apparente tranquillité.
À sa sortie, guère assagi, il distribue des écrits irrévérencieux à des grands seigneurs.
L’un d'entre ceux-ci, adressé au duc de la Vrillière, lui vaut une nouvelle lettre de cachet. Accablé de dettes, poursuivi par la police, il gagne Liège par la Champagne, de là Bruxelles puis Ostende afin d’y embarquer pour l’Angleterre.


Les premières années londoniennes





Arrivé à Londres dans le plus grand dénuement en 1770, il fait la connaissance d’un couple de Français, le sieur et la dame de Courcelles, qui lui fournissent des anecdotes scandaleuses et l’encouragent à écrire. Ainsi naît le Gazetier cuirassé vers les mois d’avril-mai 1771. Dès le mois d’août 1771, l’ouvrage est à Paris.

Le censeur royal François-Louis Claude Marin le décrit au duc d’Aiguillon, alors à la tête du secrétariat d’État des affaires étrangères, comme un livre dangereux. S’il est un temps attribué au duc de Lauraguais, qui s’en irrite, la police de Paris comme les rédacteurs des Mémoires secrets savent que la « brochure est du sieur Morande ci-devant escroc à Paris, & qui ne l’est pas moins à Londres, puisqu’il passe pour constant qu’il a eu mille guinées pour la vente de cette rapsodie : les libraires de votre capitale n’eussent pas fait un pareil marché de dupe. »
Ce pamphlet fut l’un des grands succès de la littérature clandestine de la fin du XVIIIe siècle. Dénonciation du « despotisme ministériel », favorable à la cause choiseuliste, il fourmille d’anecdotes sur les prétendues débauches mondaines et les scandales nobiliaires. Il offre ainsi l’image d’un royaume décadent en crise.
Catalogue de personnes insultées, jusqu’au roi et à madame du Barry, ses cibles privilégiées restent le chancelier Maupeou et le duc de la Vrillière dont des caricatures ornent le frontispice.



Morande, après la parution du Gazetier Cuirassé, épouse une jeune Anglaise, Elisabeth (née) Saint-Clair.

Il entame une carrière de « brigandage littéraire », distribuant les libelles diffamatoires et se lançant dans des opérations de chantage. Il met ainsi à « composition d’argent plusieurs personnes riches à Paris par la crainte de sa plume » comme Collet de Hauteville ou encore François-Abel Poisson, comte de Marigny, frère de la marquise de Pompadour. Il aurait ainsi menacé Voltaire en personne. Parmi les victimes du libelliste on trouve aussi Louis-Léon-Félicité duc de Brancas, comte de Lauraguais, résidant à Londres, qui réduit au silence le libelliste et en reçoit amende honorable dans le London Evening


L'affaire du libelle contre Madame du Barry



Au mois de juillet 1773, Théveneau de Morande qui est devenu une des « créatures » du clan Choiseul disgracié, au même titre que Pidansat de Mairobert, le successeur de Bachaumont, s’attaque alors à la favorite royale, Madame du Barry, menaçant Versailles de la parution d’un nouveau libelle qui lui est dédié. Le comte de Broglie, responsable du Secret du roi, enjoint le chevalier d’Éon, confident du libelliste, de suivre ses démarches et d’en arrêter le cours.
Le titre seul de l’ouvrage nous est connu - les Mémoires secrets d’une femme publique ou recherches sur les aventures de Mme la comtesse du Barry depuis son berceau jusqu’au lit d’honneur, enrichis d’anecdotes et d’incidents relatifs à la cabale et aux belles actions du duc d’Aiguillon - car l’ouvrage, qui fit pourtant grand bruit, n’a jamais vu le jour.
Annoncé dès le mois de juillet 1773 à Versailles par le maître d’hôtel du roi, il devait mobiliser l’attention de bien des acteurs : le ministère, le clan du Barry, le duc de Broglie et les agents de Londres, et cela pendant près de dix mois.
Après l’échec de plusieurs opérations de police, celle de Roche de Champreux et de Bellanger des Boulets, colonel des gardes de la maison du roi, envoyé par le comte de Maurepas pour enlever le libelliste, le gouvernement se résout à l’achat du libelle. Plusieurs négociateurs se présentent à commencer par le chevalier d’Éon, jusqu’au mois d’août 1774, puis Marie-Félix Guerrier de Lormoy, vraisemblablement dans le courant du mois de septembre 1774, porteurs de lettres du prince des Deux-Ponts.


Morande :




Durant cinq mois, d’août 1773 à janvier 1774, la négociation des Mémoires secrets connaît un flottement certain. Se sentant menacé, Morande impose à ses interlocuteurs le versement d’une pension à vie. Au début du mois de janvier, l’édition du libelle est achevée, prêt à être répandu. L’heure est à la négociation. La mission échoit par décision royale à deux hommes : le comte de Lauraguais et Beaumarchais. L’auteur réclame plus de mille louis pour le règlement de ses dettes qui s’élèvent à trente-deux mille livres.
Pour le remboursement de l’édition, on négocie une pension à vie de quatre mille livres, réversible de moitié sur la tête de sa femme, du tiers sur celle de ses enfants, suivant les exigences du libelliste. Le 29 avril 1774, après avoir dressé un procès-verbal, une obligation par contrainte devant témoins, après avoir établi un contrat de vente des Mémoires, on détruit par la flamme l’édition complète. Comme le souligne le comte de Moustier, ambassadeur français à Londres quelques années plus tard :
« Au reste je désire que nous ne soyons plus dans le cas de jamais racheter ces infamies. Morande lui-même, le roué Morande, regrette d’avoir encouragé ces sortes d’ouvrages par les succès qu’il a eu de vendre le sien. »

Le « Braconnier devenu garde-chasse »
Frontispice du Diable dans un bénitier.




Le comte de Moustier, Charles Théveneau de Morande, à genoux, Receveur, inspecteur de la police de Paris qui lui donne la croix de Saint-André et Ange Goudar.

À partir de 1774, Théveneau de Morande devient l’agent de Beaumarchais à Londres. Il l’assiste dans la recherche des libelles comme dans son entreprise de soutien aux insurgents américains. L’auteur du Mariage de Figaro prend d’ailleurs son jeune frère, Théveneau de Francy, à son service comme secrétaire. Morande, qui a des liens avec l’opposition britannique, devient un interlocuteur du gouvernement français. Il informe l’ambassade des mouvements de la flotte et des séances du parlement.
Parallèlement, il occupe une place de rédacteur au sein d’une gazette franco-anglaise, le Courier de l'Europe. Il y fait la connaissance de Brissot, attaché au Palais-Royal où son épouse puis lui ont un emploi, avec lequel il entretient de très mauvais rapports : autant Morande est circonspect sur la politique tortueuse du cabinet de Londres, autant Brissot, dans le sillage du duc d'Orléans et Nathaniel Parker-Forth, son "âme damnée", se montre désireux d'importer le modèle anglais en France.

Après la déclaration de guerre, Morande se montre plus discret et vit dans les environs de Londres. En 1784, l’ancien libelliste est recruté officieusement par l’ambassade de France avec laquelle il avait déjà participé l’année précédente à l’opération infructueuse de l’inspecteur Receveur contre des libellistes. Il soumet à l’occasion un plan de police pour la ville de Londres qui intéresse vivement les plus hautes figures politiques du temps. C’est à la suite de cette collaboration qu’il se voit caricaturé par Anne-Gédéon La Fite de Pellepore dans le Diable dans un bénitier.
Pour ses services d’espionnage pour le compte des comtes de Moustier -aux États-Unis - et d’Adhémar - en Grande-Bretagne -, il est blanchi par le gouvernement qu'il sert en produisant certains libelles comme la Gazette noire ou la Vie privée du très sérénissime prince, Mgr le duc de Chartres, contre un libel (sic) diffamatoire (1784, Londres). Il soupçonne Jacques-Pierre Brissot d'être téléguidé au Palais-Royal par l'agent d'influence anglais Nathaniel Parker-Forth, et facilite son arrestation - il sera détenu à la Bastille -, ainsi que celle des libellistes Anne-Gédéon La Fitte de Pellepore et Jean-Claude Fini, soi-disant comte de Chamorand.


Le Directeur du Courrier de l’Europe


À partir du mois de janvier 1784 et jusqu’en mai 1791, Théveneau de Morande remplace Antoine Joseph Serre de La Tour à la direction de la gazette franco-anglaise le Courrier de l’Europe, « le premier des journaux français spécialement politiques ». Il profite de cette nouvelle tribune pour servir les intérêts de Beaumarchais, exposer ses idées politiques et attaquer ses concurrents et ses adversaires de circonstances – qui sont souvent ceux de Beaumarchais ou du gouvernement. Ainsi, Simon-Nicolas-Henri Linguet, Mirabeau, Cagliostro et Calonne ont à se plaindre des certains articles au vitriol dus à la plume de Morande.

Linguet, ancien ennemi du libelliste et concurrent de Beaumarchais dans l’édition des œuvres de Voltaire, est attaqué dans les colonnes de la gazette. Mirabeau a, quant à lui, le malheur d’être en rivalité avec Beaumarchais dans l’affaire de la Compagnie des Eaux de Paris.
La cause de son acharnement contre Cagliostro (arrêté) et contre Calonne (disgracié) est surtout liée à la volonté de plaire à Versailles et de donner des gages à ses employeurs successifs, que ce soit Charles Gravier de Vergennes ou Montmorin.

Morande se trouve alors chargé de la surveillance du couple La Motte, suspect dans l’Affaire du collier de la reine. En janvier 1787, le rédacteur lance une série d’articles sous le titre de Lettres d’un voyageur dues à Morande où il défend le « principe sacré d’une liberté constitutionnelle ».
Il développe dans ces années un programme politique réformateur en suivant de près la convocation des États-Généraux et les évènements parisiens. Il apparaît alors dans un libelle d’Anne-Gédéon La Fite de Pellepore, les Bohémiens, sous le nom de Mordanes (sic) comme chef d’une bande d’escrocs et de libellistes.

Retour en France


En mai 1791, Théveneau de Morande regagne Paris après vingt et un ans d’exil, vraisemblablement appelé par le comte de Montmorin. À cette époque, Mme Roland qui, pas plus que son mari n'avait d'expérience politique, vivait la Révolution dans les livres et son salon feutré, et son enthousiasme comme ses partis pris furent beaucoup plus nuancés dans ses lettres écrites en 1793 à la prison de l'Abbaye.

Il fit paraître un nouveau périodique, l'Argus patriote qui défendait les principes d’une monarchie constitutionnelle. Il y exprime sa méfiance vis-à-vis des « exagérateurs », porté par une méfiance plus générale pour les débordements populaires.

Sa feuille, où il se définissait comme un patriote royaliste - il était sincèrement attaché à la monarchie constitutionnelle, renvoyait dos à dos l'ultra royaliste Royou et Brissot. Brissot, le vieil ennemi orléaniste et anglophile, qu'il n'a jamais cessé de dénoncer comme faisant le jeu de la politique souterraine de la Grande-Bretagne en Europe et en France, demeura la cible principale de ses attaques.

Il convainquit Camille Desmoulins de son point de vue que celui-ci relaya inlassablement en 1793 dans le Vieux Cordelier. Mais contrairement à Desmoulins, Théveneau de Morande a toujours dissocié les Brissotins (Brissot, Lanjuinais et Pétion) des Girondistes (Ducos, Vergnaud, Salle, etc.), et il s'interrogeait sans cesse, dans l'Argus, sur l'aveuglement et l'imprudence de Condorcet et Roland à vouloir suivre Brissot.

Arrêté avant les massacres de Septembre de 1792 à la Conciergerie, il fut blanchi le 17 septembre suivant.

On le retrouve en 1798 aux alentours du Palais-Royal « manifestant son opinion sur les affaires du temps et les grands hommes du moment ». Il quitte la scène parisienne pour se faire élire juge de paix à Arnay-le-Duc où il meurt « riche et oublié » le 17 messidor An XIII (6 juillet 1805).


Merci WIKI ! Very Happy


Façade de la « Maison-Bourgogne » d’Arnay-le-Duc ornée de grotesques.

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Re: Théveneau de Morande

Message par Mme de Sabran le Jeu 04 Juin 2015, 18:05

;


Morande avait un frère, très lié lui aussi à Beaumarchais, dont il fut le secrétaire, et que je découvre par le plus grand des hasards, ici :

http://www.delanglais.fr/Peltier/html/francy.html


Il est beaucoup plus recommandable que Morande ( ce n'est pas difficile, remarquez !   :  )  et son destin ne manque pas d'intérêt .
Enjoy !  :n,,;::::!!!:


L.-J. Théveneau de Francy


( 1754 - 1783 )


« Francy », comme l'appelait Beaumarchais, est un personnage attachant, on sait peu de choses sur lui. Il est né le 1er septembre 1754 à Arnay-le-Duc en Bourgogne, fils d'un notaire royal Louis Theveneau et de Philiberte Belin.
Conseiller secrétaire du Roi et capitaine de marine, Lazare-Jean Théveneau épousa sa cousine germaine Philiberte Guichot, dame de Vergoncey et mourut de phtisie à Cachan ou Dunkerque en 1783, sans postérité.

Il serait resté inconnu si un jour il n'avait rencontré Beaumarchais, Beaumarchais l'a-t-il connu à la Cour ? Ou son premier contact avec la famille Théveneau date-t-il de 1774, lorsque à la demande du Roi, il est allé à Londres récupérer et brûler un pamphlet contre Madame du Barry écrit par Charles Théveneau de Morande ? Ce Charles Théveneau de Morande (1741-1805), libelliste et maître chanteur avait deux frères bien différents de lui, Lazare-Jean Théveneau, seigneur de Francy-lès-Arnay, et Louis-Claude-Henry-Alexandre Theveneau. (1)


Le fait d'être marin et de parler couramment l'anglais font de Lazare-Jean un secrétaire idéal pour Beaumarchais écrivain qui se sentant l'âme d'un armateur crée en 1776 la Société Rodrigue Hortalez pour approvisionner les "Insurgents" américains.

Francy travaille 47 rue Vieille du Temple à Paris .
C'est dans cet hôtel du Marais qu'habite Beaumarchais .



Il occupe un bureau communiquant avec celui de Beaumarchais, de là il dirige le service de fret, de l'armement et le secrétariat, pendant les premières années il court de port en port pour mettre en route l'organisation et parer à tous les ennuis ! Les ennuis ne manquent pas, c'est Francy qui est chargé de tout arranger, sa qualité de capitaine lui facilite les rapports avec les marins et les armateurs.

Une de ses premières missions, en janvier 1777, est d'éviter la catastrophe entre Tronçon du Coudray et le capitaine de L'Amphitrite à Lorient, en février il passe à Nantes chez Pelletier-Dudoyer, en juin 77 c'est l'affaire de la Marie-Catherine, ordres et contre-ordres se suivent ... Beaumarchais lui écrit : « Vous aurez de mes nouvelles ostensibles toutes relatives à ce détail à cause de la Poste. Saisissez bien l'esprit » ... affaire tellement compliquée que le bateau est saisi par les Anglais.

En Amérique les affaires sont aussi complexes et le Congrès paye mal ou ne paye pas du tout, angoissé Beaumarchais décide d'envoyer Francy aux Etats-Unis, il s'embarque pour l'Amérique sur « L'Heureux » à Marseille, le 26 septembre 1777, et arrive le 1 décembre à Portsmouth, New Hampshire. Ses instructions se terminent par : « servez-moi de votre mieux ... Je vous salue comme je vous estime et vous aime. »

Les rapports entre Beaumarchais et ses interlocuteurs sont ainsi, mais avec Francy qu'il considère comme un fils, ils seront encore plus chaleureux. Sa confiance ne sera pas trompée, Francy se démène comme un beau diable, porte des jugements, conseille, récupère de l'argent, vend au mieux la marchandise et défend avec succès auprès du Congrès les intérêts de Beaumarchais. Il aide financièrement La Fayette, La Roüerie, Von Steuben, Pulaski et bien d'autres. Pendant le séjour de Francy en Amériques Beaumarchais lui obtient un brevet de capitaine dont il rêvait... et c'est madame de Beaumarchais qui frabrique les épaulettes.

Il envoie ses correspondances à Pelletier-Dudoyer qui les lit et fait suivre à Beaumarchais, ce qui allège un peu le circuit car les délais sont longs et les lettres faites pour plus de sûreté en plusieurs exemplaires.

Au printemps 1780 Francy est de retour en France, en près de trois ans il a amassé une fortune considérable mais il doit faire une cure de repos dans sa famille. En mars 1782 il va encore à Nantes, mais atteint d'une maladie de poitrine il doit renoncer à ses missions dans les ports. C'est lui qui va s'installer dans le fauteuil directorial, Beaumarchais ne cherche pas à le remplacer, il va partir sur les routes. Francy est toujours chargé de toutes les missions comme en témoignent les nombreuses lettres que Beaumarchais lui adresse à Paris.

Dunkerque 1783, le cher Francy décède, il a 29 ans, Beaumarchais va s'occuper de son testament.




Tugdual de LANGLAIS




(1) Louis-Claude-Henry-Alexandre Theveneau qui siégea au tribunal de paix d'Arnay-le-Duc et mourut sans alliance à Arnay-le-Duc, le 31 août 1808. - Source : "Theveneau de Morande", Paul Robiquet, Paris, Quantin, 1882, p. 304.



Sources:

"Beaumarchais Correspondances" de Brian N. MORTON et Donald C. SPINELLI,
Edité chez A.G. NIZET, 1972 - Tome IV.

"Beaumarchais brillant armateur", Roger Lafon, Paris 1928.
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Re: Théveneau de Morande

Message par Mme de Sabran le Sam 06 Juin 2015, 20:42

.

Voici dans le livre d'Henri d'Alméras, Marie-Antoinette et les pamphlets royalistes et révolutionnaires, quelques lignes extraites des Mémoires de Brissot :

Londres était alors ( vers 1780 ) le foyer d'un commerce bizarre qui se faisait sur les libelles . Cinq ou six Français couverts de dettes et d'opprobe, abusés par le succès passager du corsaire Morande ( Théveneau de Morande, maître du genre en matière de pamphlets et libelles ) avaient imaginé de menacer le gouvernement français des écrits les plus virulents, si l'on n'assouvissait pas leur faim par des sommes considérables ...   Croira-t-on que le ministre de France qui était alors en Angleterre, le comte Demoustier, que j'ai revu depuis en Amérique, croira-t-on que cet ambassadeur fut l'agent de cette séduction, et qu'il ne rougit pas de s'afficher pour le patron de Morande .


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Re: Théveneau de Morande

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