Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

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Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Calonne le Ven 14 Aoû 2015, 22:03


Un géant de notre empire colonial, un seigneur, un vrai, un aventurier d'envergure, malheureusement éclipsé par Dupleix et trop oublié des manuels scolaires. Réparons cette injustice...

Sa date de naissance reste floue, comme il sied à un aventurier, 1718 ou 1720, on ne sait. C'est en Inde que notre homme va accomplir sa grande oeuvre.
Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1751, lieutenant-colonel en 1752, nabab des Sarkars en 1753, brigadier des armées du roi en 1758, maréchal de camp en 1765, commandant en chef des forces terrestres et de mer au-delà du cap de Bonne-Espérance en 1781, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1782 et enfin la grand-croix de ce même ordre de Saint-Louis en 1783.
Il termine sa carrière comme gouverneur des établissements français de l'Inde, où il meurt le 7 janvier 1785.

C'est en 1746 qu'il aborde les rives enchanteresses de l'Inde, après un passage à l'île Bourbon (Réunion) et en Isle de France (Maurice). La suite est un roman fabuleux, une vie flamboyante et aventureuse. Pour une fois, je me contente de recopier Tatie Wikie. Accrochez-vous !

Charles Joseph Patissier de Bussy arrive aux Indes en 1746 lors l'expédition militaire française entreprise pour prendre Madras (appelée Chennai depuis 1996) dans l'État du Tamil Nadu en Inde du Sud. Cette ville venait d'être prise aux Anglais par Monsieur de La Bourdonnais.

De là, il se rend à Pondichéry où il rencontre Joseph François Dupleix déjà gouverneur de Chandernagor qui avait été nommé le 1er janvier 1740 par le roi Louis XV de France gouverneur de cette ville, mais qui en avait pris réellement la fonction qu'en janvier 1742.

Le 2 novembre 1746, Charles Joseph Patissier de Bussy commande un escadron lors de la défense de Madras que les Anglais, avec l'aide de deux princes indiens Anaverdi-Kan et son fils aîné Mahufuz-Kan tentent de reprendre en l'assiégeant. Avec ses hommes, le marquis de Castelnau réalise des prouesses qui participent significativement le 3 novembre à l'échec des assiégeants.

Les accrochages entre les deux armées se poursuivent tout au long de l'année 1747 et une grande partie de l'année suivante. Charles Joseph Pâtissier de Bussy met ce temps à profit pour s'imprégner des mœurs et coutumes des Indiens. Il apprend le tamoul l'une des quatorze langues parlées aux Indes. Il est encouragé dans cette démarche par l'épouse du général Dupleix, Jeanne Albert, appelée aussi « Begum Joanna » (la princesse Jeanne) qui bien que française a des origines portugaises du côté de son père et hindoues du côté de sa mère.

Comme bien d'autres jeunes officiers, de Bussy admire cette femme métisse fortunée, intelligente, vêtue le plus souvent à l'orientale, qui parle un grand nombre de langues en cours sur les territoires de la Compagnie française des Indes orientales et qui est aussi tenue en haute estime par tous les Soubadars, les Rajahs et les Nababs de la péninsule indienne. Ainsi, de Bussy va baser la reconnaissance de sa future autorité par les peuples indigènes, certes sur la renommée qu'il se fera de courageux, impétueux et chevaleresque soldat, mais aussi, et surtout, sur sa finesse d'esprit et sur sa faculté de se fondre dans les mentalités et les pratiques des princes indiens.

Dès la fin de l'été 1748, les Anglais concentrent leurs forces navales pour mettre le cap sur Pondichéry et l'attaquer avec une armée qui comprend 3 000 fusiliers marins, 1 800 marins, plus environ 10 000 soldats comprenant environ 200 combattants indigènes.

L'escadre anglaise arrive devant Pondichéry le 18 août 1748. Les forces françaises qui défendent Pondichéry sont très inférieures en nombre à celles des attaquants. Elles se composent de 1 400 combattants européens et de 2 000 combattants indiens. Charles Joseph Patissier de Bussy fait partie de ces forces installées dans le fort qui défend la ville Ariancoupang. Il y a là, avec lui, les officiers Latouche, Laborderie, le comte d'Auteuil, le chevalier Law et l'ingénieur Paradis. Ces forces ont pour missions essentielles d'abord de bloquer la progression des troupes anglaises sur le chemin qui mène à Pondichéry, puis de leur infliger le plus possible de pertes, afin d'atténuer le déséquilibre des forces en présence. Les premiers engagements entre les Français d'Ariancoupang et les forces britanniques commencent le 24 août 1748 et vont durer jusqu'à la retraite organisée des français sur Pondichéry le 7 septembre.

Durant ce temps, Charles Joseph Patissier de Bussy à la tête de ses volontaires, harcèlera les forces anglaises par des raids fulgurants et audacieux faisant des prisonniers et causant des pertes chez l'ennemi et peu dans ses rangs. Rentré dans la ville, de Bussy participe activement à la défense de Pondichéry en portant, comme à son habitude, des attaques hors des murs de la cité.

Le 17 octobre les Anglais lèvent le siège de Pondichéry après 56 jours de combats qui leur ont coûté les vies de 1 300 hommes. Le 18 octobre, l'escadre anglaise quitte Pondichéry et met le cap sur Gondelour.

Le traité d'Aix-la-Chapelle signé le 18 octobre 1748 met fin à la guerre de Succession d'Autriche et oblige Dupleix à rendre Madras aux Anglais. Mais ce dernier, dans le dessein d'étendre l'influence française dans le Dekkan (Deccan) et le Karnatic, prend le parti des princes indiens qui s'opposent aux prétentions territoriales d'autres princes indiens soutenus par les Britanniques. La guerre franco-anglaise arrêtée par le traité d'Aix-la-Chapelle continue donc, mais par princes indiens interposés.

À la bataille d'Ambour du 1er au 3 août 1749 – où s'opposèrent les troupes de Chanda-Cahib et de Muzzafer-Sing soutenues par les Français, à celles d'Anaverdi-Kan (Anwaruddin Muhammed Khan) et de son fils aîné Mahfuz-Kan appuyées par les Anglais – de Bussy et ses volontaires font là encore des prouesses. Cette victoire installe durablement l'influence française dans le Dekkan. Le 11 septembre 1750, Charles Joseph Patissier de Bussy et Latouche aident Muzzafer-Sing à enlever la triple forteresse de Gingee ou Gingi.

En décembre de la même année, ce même Muzzafer-Sing jure fidélité à de Bussy. Le 3 février 1751, Charles Joseph Patissier de Bussy est fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Le 6 décembre de l'année suivante, à Hyderabad, de Bussy fait sacrer Muzzafer-Sing roi des rois contrôlant ainsi l'esprit du Soubadar.

Muzzafer-Sing est tué d'une flèche dans la tête alors qu'il réprime une émeute. Sur les ordres de Dupleix, de Bussy installe alors sur le trône vacant Salabet-Sing frère du roi tué[18]. La reconnaissance du nouveau Soubadar est sans limite et il nomme de Bussy comme grand-vizir.

De Bussy continuera à maintenir sans faille l'influence française dans le Dekkan de 1751 à 1754. Le roi le fait lieutenant-colonel en 1752. Il obtient en 1753 par traité émanant de Salabet-Sing le titre de nabab des Sarkars ainsi que le don pour la France des provinces de Mustaphanagar, Elore, Rajamundrum, Gondavirl.

Après une trahison de Salabet-Sing, et au terme d'une retraite, de Bussy à la tête de 600 hommes affronte dans les murs de la place forte d'Hyderabad près de Golconde les 50 000 hommes du Soubadar. Rejoint par le chevalier Law et ses 600 soldats, après une glorieuse traversée du camp ennemi, ils terrorisent tant l'adversaire que Salabet-Sing se défait et lui demande pardon pour sa trahison. De Bussy pardonne en exigeant du Soubadar qu'il expulse les Anglais des comptoirs de Madapollam, d'Ingeram, de Baudermalanka, de Vizapatam et de Masulipatam. Ce qui est fait. La France se trouve alors à la tête d'un territoire indien plus grand que celui de la métropole qui est peuplé de 40 millions d'habitants.

En janvier 1754, Charles Joseph Patissier de Bussy demande la main de Marie Françoise Gertrude Vincent dite « Chonchon » âgée de 16 ans et demi, fille du défunt Jacques Vincent ex-conseiller au Conseil supérieur de la Compagnie des Indes et de Jeanne Albert de Castro épouse de Dupleix. Dupleix voit en Charles Joseph Patissier de Bussy un successeur et que c'est cette intention qui l'amène à être favorable à ses fiançailles avec sa belle-fille.

Mais déjà, les dirigeants de la Compagnie des Indes françaises pensent que les conquêtes territoriales de Dupleix secondé dans le Dekkan par de Bussy, mêmes si elles rehaussent le prestige du royaume de France, sont, du fait des troubles qu'elles causent, néfastes à la prospérité du commerce entre la métropole et ses comptoirs orientaux.

Ils remettent donc en question la politique du gouverneur Dupleix et ils nomment Monsieur Godeheu commissaire et commandant général des Indes qui arrive à Pondichéry le 1er août 1754 avec la mission de destituer et de faire embarquer Dupleix pour la France au plus tôt. Ce que Dupleix et sa famille – y compris Chonchon pourtant fiancée à de Bussy – font le 14 octobre de la même année.

Après avoir signé avec Saunders, gouverneur anglais de Madras un traité de non-soutien aux princes indiens par les troupes françaises, en date du 31 décembre 1754, Godeheu s'embarque pour la France le 16 février 1755, en laissant le gouvernement des Indes françaises à Georges Duval de Leyrit alors commandant de Chandernagor.

Charles Joseph Patissier de Bussy n'étant pas homme à participer à ce qu'il juge être une infamie maintient avec difficulté mais âpreté son rôle d'appui pour sauvegarder l'influence française dans le Dekkan. C'est la guerre de Sept Ans, qui éclate le 29 août 1756, entre la Grande-Bretagne et la France puis entre la Prusse et l'Autriche, qui va donner une légitimité à son opposition au traité Godeheu-Saunders.

À cette époque, Charles Joseph Patissier de Bussy demande à son frère Bouchard Patissier de Bussy, de lui chercher un domaine foncier de rapport en métropole, afin de préparer son retour en France. Bouchard lui achète le 30 janvier 1756, pour la somme de 600 000 livres[24] le marquisat de Castelnau des terres de Plou en Berry.

Ce marquisat, ancienne seigneurie de Breuilhamenon, incluait les villages et paroisses de Plou, de Poisieux, de Saint-Georges, de Sainte Lizaigne, et du Coudray qui comprenait lui-même, les terres de Civray et de Rosière. C'est ce marquisat qui donna à de Bussy, le titre de marquis de Castelnau.

Pour porter la guerre contre l'Angleterre dans les Indes, le gouvernement royal et la Compagnie des Indes françaises décident de nommer Thomas Arthur de Lally-Tollendal commandant en chef en Inde française en remplacement de Dupleix et lui donne les pleins pouvoirs.

Lally-Tollendal est un officier courageux, mais c'est aussi un homme orgueilleux et hautain incapable d'écouter et de se remettre en question. Sa politique pour les Indes française est simple, contraindre l'Anglais et les princes indiens par la force. La négociation et les alliances ne sont à ses yeux, qu'une inutile perte de temps.

L'envoi des forces françaises est organisé en trois divisions, celle commandée par le chevalier de Soupire, celle sous les ordres du comte d'Estaing, partant toutes deux du port de Lorient le 30 décembre 1756, enfin celle dirigée par Lally-Tollendal lui-même qui partit du port de Brest le 2 mai 1757. Cette escadre transporte 4 000 hommes avec vivres artillerie et munitions. Après un voyage mouvementé c'est entre les mains du chevalier de Soupire qui débarque le premier, le 9 septembre 1757, que le gouverneur provisoire de Pondichéry, Monsieur de Leyrit remet ses fonctions.

Dès qu'il apprend l'arrivée du chevalier de Soupire, Charles Joseph Patissier de Bussy marquis de Castelnau lui demande des nouvelles de France. Ainsi il apprend le décès de Jeanne Albert, l'épouse de son ami Dupleix qui a lieu le 4 décembre 1756 à Paris. Plus tard, de Bussy-Castelnau lui expose par courrier ses difficultés à maintenir la souveraineté de la France dans le Dekkan et lui demande de lui envoyer des renforts. Mais la prise de Chandernagor par les Anglais le 23 mars 1758 les rendant maître de tout le Bengale préoccupe monsieur de Soupire tant au devenir des autres territoires. Il ne peut pas envoyer les troupes et les fonds demandés par de Bussy-Castelnau, mais lui envoie monsieur d'Estrées. De Bussy-Castelnau est donc alors contraint a vendre ses chevaux, ses éléphants et ses bijoux pour assurer la solde de ses hommes et officiers. Le 22 mars de cette même année, il est nommé par le roi brigadier des armées royales. Ce grade lui sera signifié plus tard par Lally-Tollendal. C'est aussi à cette même époque qu'il apprend la mort de son frère Bouchard à la bataille de Hastenbeck en juillet 1757, ainsi que le mariage en France, la même année de Chonchon belle-fille de Dupleix sa fiancée, avec Louis Hercule marquis de Montlezun.

Lorsque Lally-Tollendal arrive enfin à Pondichéry le 28 avril 1758, soit un an après son départ de France, il ignore complètement la situation des territoires et met immédiatement son plan à exécution. Cela engendre les premières brouilles avec son état-major censé le conseiller mais surtout avec ceux qui sont là depuis longtemps comme Monsieur de Leyrit. Les forces armées semblent alors se diviser en deux camps celui des nouveaux arrivants et celui des anciens. Mais surtout, la méconnaissance de Lally des mœurs et traditions indiennes lui font commettre des actes sacrilèges que les Indiens ne lui pardonneront jamais, car en plus, au lieu de s'excuser auprès d'eux de son ignorance, ils eurent droit dans le mépris, à la plus sévère répression.

Lally enlève Gondelour le 2 mai 1758, le fort Saint-Denis le 2 juin et il est victorieux à Divicottan le 5 juin où ses troupes, qui manquent de tout, pillent et brûlent trois fois la ville. Une attaque anglaise l'oblige à battre en retraite vers Pondichéry dans le plus profond dénuement.

Malgré son entêtement à déloger les Anglais de Madras, ses succès militaires s'arrêteront là. Mais Madras devient une telle obsession chez Lally, qu'il la lui faut à tout prix, même si pour cela il doit mettre en péril les acquis territoriaux dans le Dekkan et autour de Masulipatam.

Charles Joseph Patissier de Bussy marquis de Castelnau pour le Dekkan, et le conseiller Morasin pour le Masulipatam sont appelés à venir avec leurs forces militaires à Pondichéry afin d'attaquer Madras. De Bussy-Castelnau dans une lettre du 17 mai 1758, qu'il adresse à Monsieur de Leyrit explique que son départ du Dekkan serait une profonde erreur d'appréciation de la situation. La réponse de Lally est cinglante, par une lettre du 13 juin 1758, il somme de Bussy-Castelnau de venir le rejoindre avec argent et troupes en un lieu qui lui indiquera lorsqu'il aura connaissance de sa date de départ. Il lui envoie Monsieur de Conflans pour le remplacer dans le Dekkan.

Charles Joseph Patissier de Bussy marquis de Castelnau doit obéir et se met en marche avec ses troupes en direction d'Arkot où Lally-Tollendal - qui vient au nom du roi de lui signifier son grade de brigadier des armées en espérant ainsi obtenir son inconditionnel soutien - doit le retrouver avant de continuer vers Madras. C'est donc une armée de 3 500 hommes qui arrive fin novembre 1758 sous les murs de Madras. La partie basse de la ville (ville noire) fut rapidement investie par les Français, elle tombe le 14 décembre 1758. Reste donc à soumettre la ville Blanche où était enfermée une force anglaise de 5 000 soldats. Sans écouter de Bussy-Castelnau et ses autres officiers, Lally, dès les premiers jours de l'engagement, emploie sans discernement l'artillerie qui n'est que peu efficace. Il résulte de cette méthode, qu'après deux mois de siège, les munitions viennent à manquer, et c'est tout juste si on parvient à repousser les sorties de l'ennemi et les tentatives anglaises extérieures lancées pour faire lever le siège. Alors que les troupes françaises se préparent à l'assaut général dans la nuit du 16 au 17 février 1759, une escadre anglaise de six navires parvient à approvisionner les assiégés et faire rentrer 600 soldats en renfort. Se rendant alors compte qu'il n'enlèvera jamais la place, le 17 février 1759, Lally-Tollendal lève le siège de Madras et prend la route de Pondichéry avec une armée dans un état de délabrement déplorable.

Le 28 mars 1759, ne touchant plus de solde, bon nombre d'officiers prennent la décision de rentrer en France. Lally-Tollendal malade, demande à Charles Joseph Patissier de Bussy marquis de Castelnau de prendre le commandement des troupes françaises en Inde. Au regard des défaites de Surate et de Masulipatam, de la situation précaire des établissements français de la côte du Coromandel et de la perte total du Bengale dont étaient responsables les entêtements de Lally-Tollendal, de Bussy-Castelnau sentant qu'un tel transfert de commandement pouvait aussi lui faire porter une part des fautes de stratégie militaire contre lesquelles il s'était toujours opposées, refuse l'honneur que lui présente Lally. C'est à cette période que les nouvelles de France lui apprennent le décès de Chonchon le 17 mai 1759 à Paris.

C'est lors de la bataille de Vandavahi, qui a lieu le 27 janvier 1760, que Charles Joseph Patissier de Bussy marquis de Castelnau, à la suite de la chute de son cheval, est fait prisonnier par les Anglais. Il ne participera donc pas au désastre de Pondichéry.

La flotte anglaise (14 vaisseaux) apparaît en rade de Pondichéry le 18 mars 1760. La ville est alors peu à peu encerclée par les 17 000 hommes de la marine britannique et par les 15 000 hommes de l'armée anglaise. À l'intérieur de Pondichéry l'effectif des troupes françaises est d'environ 700 hommes dont au moins 650 sont malades de fièvres et de privations. Le siège et le blocus maritime dure 10 mois et le 16 janvier 1761 la cité de Pondichéry est remise aux Britanniques par Lally-Tollendal sans reddition.

Après sa capture, Charles Joseph Patissier de Bussy marquis de Castelnau embarque le 31 août 1760 sur « l'Ajax » pour être conduit comme prisonnier en Angleterre. Il est libéré sur parole et revient en France pour se défendre des accusations que porte contre lui Lally-Tollendal lors de l'instruction de son procès pour trahison des intérêts du roi. Cette même année, à Fontainebleau se négocient les conditions du traité de Paris qui mettra un terme à la guerre de Sept Ans.

La participation de la France à la guerre d'indépendance des États-Unis, puis la reconnaissance de cette indépendance par le roi Louis XVI le 14 mars 1778, mettent à bas les clauses humiliantes qu'elle dut accepter lors du traité de Paris du 10 février 1763 notamment, l'abandon presque total de ses intérêts en Inde.

C'est en fait la confiscation par les Anglais des navires hollandais dans les rades anglaises, puis les raids des corsaires britanniques contre les navires marchands venant ou allant en Inde qui déclenchent les hostilités. Par une lettre du 15 juillet 1778, Louis XVI annonce à Monsieur de Bellecombe gouverneur de Pondichéry et à Monsieur de la Brillanne, gouverneur de l'Isle de France, la déclaration de guerre entre la France et l'Angleterre. Les Anglais sont les premiers à mener l'offensive sur les possessions françaises en Inde. Pondichéry résiste du 21 août au 19 octobre 1778, puis c'est au tour de l'Île de France d'être menacée par les navires anglais. Devant ces attaques, malgré un appui inconditionnel du prince indien Hyder-Aly et son fils Tippoo-Saëb nabab d'Arcate, aussi appelé Tipû Sâhib, maîtres d'une grande partie des territoires indiens, les Français restent dans un incompréhensible immobilisme. Même l'apparition des voiles de l'escadre françaises commandée par Monsieur d'Orves le 17 février 1781 ne déclenche aucune réaction française contre les petites défenses anglaises de Madras pourtant à leur portée.

Pire encore, l'alliance avec le prince Hyder-Aly est remise en question par l'amiral d'Orves qui s'en retourne avec ses navires mouiller à Port Louis, le laissant ainsi seul face aux troupes anglaises. La situation n'a pourtant jamais été si favorable à une reconquête française des territoires indiens perdus à cause d'actions plus mercantiles que politiques qu'avait menées la Compagnie française des Indes orientales. En effet, d'un côté, presque la totalité des forces militaires anglaises étaient fortement occupées a réprimer les insurrections indépendantistes nord américaines, donc le royaume britannique ne disposait que de peu de troupes pour une action d'envergure en Inde. D'un autre côté, les princes indiens, acquis à la cause française par le souvenir de Joseph François Dupleix et de Charles Joseph Patissier de Bussy-Castelnau, n'avaient jamais été militairement aussi forts. Devant ce mutisme militaire français, le prince Hyder-Aly continue seul la lutte et inflige des pertes sévères aux forces anglaises. Rien que pour le mois d'août, elles perdront près de 2 500 hommes.

C'est dans ce contexte géo politique, que le 11 novembre 1781, le marquis de Castelnau, est nommé par le marquis Charles Eugène Gabriel de La Croix de Castries secrétaire d'État à la marine, « commandant en chef des forces de terre et de mer au-delà du cap de Bonne-Espérance dans le continent et mers d'Asie ».

Ce secrétaire d'État avait auparavant nommé Monsieur de Suffren, chef de l'escadre des vaisseaux français envoyée aux Indes le 22 mars 1781 et qui se distingue sur mer lors de la bataille de Porto Praya au Cap-Vert qui l'oppose aux forces navales anglaises.

Parti de Paris le 13 novembre 1781, de Bussy-Castelnau embarque à Cadix le 4 janvier 1782 à bord des vaisseaux Le Saint-Michel et L'Illustre, plus trois bâtiments de transport. Il vient d'être fait par le roi, commandeur de l'ordre de Saint-Louis. Âgé d'une soixantaine d'années, il est malade (la goutte). Il fait mettre le cap sur Ténériffe où il doit rejoindre le convoi commandé par Monsieur de Guichen fils qui avait quitté Brest le 11 décembre. Un troisième convoi français en partance pour les Indes, commandé par monsieur de Soulanges et monsieur de Peynier était prévu pour un appareillage en avril.

Quand il arrive à Sainte Croix de Ténériffe, le 11 janvier, seuls deux transports chargés d'artillerie de ce convoi l'attendent. Le gros de l'escadre a été en partie capturé par les Anglais, l'autre éparpillée par une grosse tempête.

De Bussy-Castelnau continue sa route vers la colonie hollandaise de Table Bay au cap de Bonne-Espérance qu'il atteint les premiers jours d'avril. Il apprend là, qu'une escadre anglaise, forte de 5 à 6 000 hommes, se dirige vers cette colonie en vue de capturer son convoi. Cet événement le décide à reprendre la mer non sans avoir laissé au gouverneur hollandais 650 hommes en renfort en cas d'attaque. Il quitte Table Bay le 2 mai en direction d'île de France où il arrive le 17 mai. Il y trouve le vicomte de Souillac préparant les renforts que lui avait demandé monsieur de Suffren commandant de la flotte française et qui se trouve en Inde avec le nabab Hyder-Aly.

De Bussy-Castelnau leur envoie alors monsieur de Launay chargé de leur apprendre qu'il est en Isle de France avec plus de 3 000 hommes et qu'il attend d'autres renforts. Il informe de Suffren qu'il entend que les renforts qu'il lui envoie soient employés à la prise de Trinquemalay, ville connue aussi sous le nom de Trincomalee, avant d'envisager un débarquement sur la côte de Coromandel.

Le 23 août, le bailli de Suffren appareille avec son escadre et les renforts de de Bussy-Castelnau, le 25 ils sont dans la rade de Trinquemalay, le 27 août la bataille de Trinquemalay s'engage. Le siège est établi le 30, les Anglais se rendent et capitulent le 31 août 1782. Ainsi, par cette victoire, Suffren vient de doter la marine française d'un lieu sûr d'hivernage. Suffren est victorieux à la bataille navale de Trinquemalay le 3 septembre, mais il doit laisser s'échapper l'amiral Hughes qui se replie vers Madras alors que lui-même a deux vaisseaux démâtés. Suffren répare ses avaries et s'en va hiverner à Achem en attendant l'arrivée de Bussy.

Entre temps, une épidémie s'installe sur l'Isle de France et fait des ravages dans les troupes françaises, elle dure près de six mois, même de Bussy-Castelnau tombe sérieusement malade le 25 novembre. Le 5 décembre, il apprend la mort du nabab Hyder-Aly et sa succession par son fils Tippou-Saïb. Cette épidémie décime un tiers des forces françaises présentes sur l'île de France.

Ce n'est que le 16 mars 1783 que le marquis de Castelnau, foule la terre indienne avec 2 227 hommes qu'il organise en deux brigades. La première s'établit à Vilnour, la deuxième avec lui-même cantonne à Mangicoupan. Le 12 mai 1783, il demande à Monsieur de Suffren de venir le rejoindre dès que possible. Le 24 mai, l'escadre anglaise vient menacer les deux villes de Trinquemalay et Gondelour. Face à l'avance anglaise, de Bussy-Castelnau demande à Suffren de protéger au mieux les deux places. De son côté, fidèle à sa tactique favorite, de Bussy-Castelnau vient avec ses forces prendre position à Bahour attirant sur lui les forces ennemies qui ainsi délaissent Gondelour. Le 6 juin, les troupes anglaises fortes de 18 000 hommes avancent sur de Bussy-Castelnau qui se dérobe pour venir prendre position sur les glacis de Gondelour avec ses 5 200 hommes. La bataille s'engage le 12 juin et les troupes françaises contiennent au mieux les forces anglaises pourtant près de trois fois supérieures. De Bussy-Castelnau qu'une crise de goutte ajoutée à un mauvais rétablissement des fièvres épidémiques d'Île de France est au milieu de ses hommes, à moitié allongé sur un palanquin. Il ne lui reste de sa jeunesse intrépide et fougueuse, que le courage et l'expérience. Il lui faut tenir jusqu'à l'arrivée du Bailli de Suffren qui apporte un renfort de 1 200 hommes. Le 20 juin, les forces navales françaises et anglaises sont en présence, toutes deux voulant approvisionner leur camp en hommes vivres et munitions. Il y a là dans cette magnifique baie de Gondelour 15 vaisseaux français et leurs 3 198 bouches à feu, sous le commandement de Pierre André de Suffren, face à 18 navires anglais et leurs 7 558 canons commandés par Edward Hughes. Après presque deux jours de manœuvres et canonnades, le 23 juin la flotte anglaise cède devant l'ardeur et l'habileté de l'escadre française et bat en retraite vers le large abandonnant la baie de Gondelour au bailli de Suffren qui peut débarquer les 1 200 hommes si nécessaires à l'engagement terrestre des Français.

De Bussy-Castelnau compte ses morts et il y en a beaucoup. Il sait par expérience que chaque vie est précieuse et qu'il ne sert à rien d'aller les perdre dans d'étincelantes actions qu'il aurait pu entreprendre dans sa jeunesse et qui ne servent que la gloire de fringants officiers désireux de se fait un nom, comme il le fit lui-même lorsqu'il arriva aux Indes. Il décide donc, comme un vieil ours le ferait, de se tenir dans son antre et d'attendre l'effet du blocus qui résultait du non approvisionnement des troupes ennemies par voie de mer par leur marine empêchée par Monsieur de Suffren ; et par voie de terre à cause de l'incessant harcèlement des troupes du prince indien Tippoo-Saïb. Pour encore accroître la pression et le désarroi qu'avait fait naître chez les Anglais la défaite de leur flotte, de Bussy-Castelnau, qui était lui approvisionné en munitions, fait chaque jour crépiter son artillerie sur le camp ennemi. À ce train-là, la défaite des forces britanniques n'était qu'une question de jours.

Le 25 juin 1783, ayant appris que les préliminaires de paix avaient été signées le 20 janvier 1783 à Versailles par les ministres français, anglais, espagnol et américain et ratifiées le 9 février, l'amiral anglais Edward Hughes au regard de la détresse de ses troupes terrestres, s'empresse d'envoyer à monsieur de Suffren des représentants britanniques chargés d'une proposition de cessation des hostilités entre leurs deux nations à partir de 9 juillet.

Le 29 juin la frégate parlementaire Médée apporte la confirmation de la paix, entre la France et la Grande-Bretagne. Le 30 juin, Monsieur de Suffren conduit cette délégation anglaise auprès du marquis de Castelnau. De Bussy-Castelnau demande un délai de réflexion afin d'examiner les conditions de ce cessez-le-feu. Le général anglais des forces terrestres James Stuart adopte la même position.

Le 2 juillet, la proposition d'arrêt des hostilités est acceptée par les deux parties. De Bussy-Castelnau envoie alors Monsieur de Launay commissaire de ses armées de Gondelour à Madras informer l'amiral anglais Edward Hughes de son acceptation. Le 25 juillet 1783 la frégate française La Surveillante apporte au marquis de Castelnau et à monsieur de Suffren une lettre du secrétaire d'État à la Marine le marquis de Castries qui confirme la signature des préliminaires d'un traité de paix entre la France et l'Angleterre. Dans cette lettre, le secrétaire d'État demande aussi à Monsieur de Suffren de regagner la France avec une partie de son escadre, et apprend à de Bussy-Castelnau que le roi l'a fait grand-croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Le traité de Versailles, qui vient compléter le traité de Paris, est signé le 3 septembre 1783. Le marquis de Castelnau devient gouverneur des Etablissements Français des Indes. Il s'installe à Oulgaret en attendant la restitution de Pondichéry à la France.

Pour les uns, c'est en cette ville qu'il mourra le 7 janvier 1785. Pour d'autres c'est à cette même date qu'il meurt à Pondichéry. Une chose semble sûre, c'est qu'il est inhumé à Pondichéry.

Charles Joseph Patissier de Bussy, marquis de Castelnau, a vécu une destinée hors du commun qui est celle d'un grand soldat et d'un grand seigneur. Cet homme, presque à lui tout seul, a conquis pour la grandeur de son roi, un royaume oriental plus grand et plus peuplé que le royaume de France.

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Re: Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Mme de Sabran le Ven 14 Aoû 2015, 22:18

Chic ! un nouveau personnage à découvrir !!! :n,,;::::!!! :n,,;::::!!!:
Mais souffre, mon cher Calonne, que je ne m'attelle à cette lecture que demain . Je suis débordée ...
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Re: Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Lucius le Sam 15 Aoû 2015, 09:44

Très intéressant, merci !
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Re: Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Calonne le Sam 15 Aoû 2015, 10:31

Pour ceux/celles qui seraient intéressé(e)s, je recommande la biographie de Louis XV par Jean-François Chiappe. Outre qu'il s'agit pour moi de la meilleure biographie du Bien-Aimé, l'auteur y consacre un grand chapitre à l'Inde française et à Bussy. C'est d'ailleurs ainsi que j'ai fais connaissance de ce personnage injustement oublié, qui à lui tout seul tailla un véritable empire à la France, aussi à l'aise dans la mitraille et le feu des combats que dans les précieux salons des princes indiens qui l'estimaient et le respectaient (il sera même fait Nabab).
Tout ceci réduit à néant ou peu s'en faut, dans un gâchis pathétique, par les carences de Versailles, les intrigues de bas étage et la légèreté française... Et l'Inde sera anglaise.
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Re: Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Mme de Sabran le Sam 15 Aoû 2015, 11:30

.

Bussy est donc commandant en second dans l'Inde sous Lally-Tolendal, puis gouverneur général des établissements français des Indes.
Ce n'est pas la lune de miel , loin s'en faut :

TÉMOIGNAGES SUR LA CHUTE DE PONDICHÉRY, DÉNONÇANT LA CONDUITE DE LALLY-TOLENDAL; ces documents ont été recueillis par Lally et ses défenseurs. * 2 exemplaires d'une lettre écrite avant le retour de Lally en France.
Bussy faisait peu de cas des calomnies que « la fureur et la haine » ont dictées contre lui à Lally, les attribuant à « un de ces accès qui ne luy sont que trop ordinaires ».
Mais sa dernière lettre à la Compagnie des Indes force Bussy à regarder Lally comme « le plus méchant et le plus dangereux des hommes »:
« Il m'est absolument impossible d'imaginer les prétendus crimes dont il lui à plu de m'accuser. Si les imputations odieuses de M. de Lally avoient pû faire sur moy quelque impression, je n'en serois que trop dédommagé par le suffrage unanime de tous les honnêtes gens qui nous ont vû opérer l'un et l'autre dans l'Inde»...
Il va donc communiquer tous les témoignages qui lui parviennent: « Le vrai seul peut inspirer une si parfaite conformité »...

.
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Re: Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Majesté le Sam 15 Aoû 2015, 11:37

Calonne a écrit:Pour ceux/celles qui seraient intéressé(e)s, je recommande la biographie de Louis XV par Jean-François Chiappe. Outre qu'il s'agit pour moi de la meilleure biographie du Bien-Aimé, l'auteur y consacre un grand chapitre à l'Inde française et à Bussy.
J'avais oublié que ce spécialiste de Louis XVI avait aussi écrit sur son grand-père...
J'espère qu'il use d'un  style meilleur que dans la trilogie Louis-Augustine... Smileàè-è\':
(je ne me remets pas de certaines trivialités qu'il s'y est autorisé ).

Bien à vous.

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Re: Charles Joseph Patissier de Bussy- Castelnau

Message par Reinette le Sam 15 Aoû 2015, 11:44

Heu, Chiappe... Smileàè-è\': Comme le dit Majesté, bof-bof. Son premier chapitre sur Louis XVI est un véritable plagiat de l’Éducation d'un roi des Girault de Coursac. Je ne suis pas allée plus loin. boudoi29

Pour Louis XV, celle de Petitfils est très bien. Mais, si l'on veut vraiment creuser, malgré quelques digressions très catholiques qui néanmoins se justifient, je conseille vivement celle de Paul del Perugia. Je l'ai lue deux fois, à dix ans d'intervalle et à chaque fois, c'est un bonheur. boudoi30 L'histoire de la colonisation et des îles y figure comme des éléments centraux à la politique du roi. Very Happy
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