L'énigmatique comte d'Antraigues ...

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L'énigmatique comte d'Antraigues ...

Message par Mme de Sabran le Ven 27 Nov 2015, 13:46




Emmanuel-Louis-Henri de Launay comte d'Antraigues
appartient, selon ses dires, à une vieille famille du Vivarais, dont l'origine remonte au XIVème siècle.

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Il naît le 25 décembre 1753 soit à Montpellier, soit à Villeneuve-de-Berg, soit à Antraigues-sur-Volane, les sources divergent sur ce point.

Officier de cavalerie sous l'Ancien-régime, il quitte l'armée pour une raison inconnue et se met à voyager. Après avoir parcouru l'Europe en tout sens, il visite la Syrie, l'Egypte et même l'Ethiopie. Ces pérégrinations lui permettent d'acquérir la maîtrise de plusieurs langues et de nouer d'utiles relations au sein des chancelleries européennes.

De retour à Paris, il fréquente le milieu des philosophes et des artistes, où il se lie d'amitié avec de futurs révolutionnaires, tels Nicolas Chamfort, Mirabeau, Laharpe. Il sait déjà séduire, ce qui fera plus tard sa force : « Sa figure agréable, ses manières élégantes, son esprit cultivé et original lui valent de grands succès. Il se fait également le mécène des gens de lettres et des artistes ».
Il devient l'amant de Madame Saint-Huberty, première cantatrice de l'Opéra.








Très imbu des idées philosophiques du siècle, il partage la fièvre qui s'empare des esprits peu de temps avant la Révolution, et il publie en 1788 un ouvrage Mémoire sur les États généraux, leurs droits et la manière de les convoquer. Il est l'un des premiers à voir dans le Tiers état la « nation ».
Dans un passage célèbre, il écrit : « Le Tiers état est le Peuple et le Peuple est le fondement de l'État ; il est en fait l'État lui-même… C'est dans le Peuple que réside tout le pouvoir d'une nation et c'est pour le Peuple qu'existent tous les états. » Plus loin, il renie dans un style brûlant sa propre classe : «La noblesse héréditaire est le plus grand fléau que Dieu, dans sa colère, ait répandu sur les humains. »

( Tiens donc ! On croirait lire Hérault de Séchelles !   Wink  )

Pourtant, l'année suivante, c'est cette noblesse honnie qui l'envoie la représenter aux Etats-Généraux. Il s'y montre d'abord révolutionnaire modéré, votant la Déclaration des droits de l'homme, incitant son ordre à renoncer à ses privilèges et participant au  Serment du jeu de Paume.



Mais la journée du 5 octobre 1789, durant laquelle le peuple de Paris va chercher à Versailles le roi et sa famille, le fait basculer dans l'opposition au régime qui se met en place.

Fin 1789, il est dénoncé pour avoir planifié, en compagnie du marquis de Favras, l'évasion du roi et des siens. L'exécution de son complice présumé, en février 1790, le convainc d'émigrer le mois suivant. Il entre alors au service du gouvernement espagnol, pour lequel il remplit quelques missions plus ou moins avouables, mélanges de diplomatie, de journalisme et d'espionnage.

Il s'enfuit d'abord à Lausanne (Suisse) où il est rapidement rejoint par sa maîtresse, Madame Saint-Huberty, qui était devenue l'une des chanteuses d'opéra préférées de la reine Marie-Antoinette.  
En 1790, elle quitta l’Opéra pour suivre son amant. Ils s’épousèrent secrètement à Lausanne en décembre 1790 puis vécurent plusieurs années à Mendrisio dans la villa du comte Turconi.   Là, elle donne naissance à leur fils.
D’Antraigues eut alors une activité politique très importante et fut secondé par Mme Saint-Huberty, devenue comtesse d’Antraigues, qui accomplit un voyage secret à Paris en 1792. Elle fit parvenir des messages de l’émigration à la famille royale et retourna à l’étranger à la veille des événements du 10 août.





Dans la République de Venise, le comte est nommé attaché de l'ambassade d'Espagne, puis, la paix étant conclue avec l'Espagne, de la légation de l'Empire de Russie. En 1793, il est agent secret au service du Comte de Provence, futur roi Louis XVIII. Lorsque ce dernier déplace sa cour en exil à Vérone, alors aux mains des Vénitiens, le prétendant au trône nomme d'Antraigues ministre de la police.
Même si, en 1796, le gouvernement vénitien expulse le comte de Provence suite aux pressions de la France, d'Antraigues ne quitte pas Venise

Durant l'occupation de Toulon par la flotte britannique, il obtient sa nomination comme « ministre plénipotentaire » du roi d'Espagne Charles IV auprès du « régent de France », le comte de Provence, qui a manifesté son intention de se rendre dans la ville. Le voyage du futur Louis XVIII n'ayant pu se faire, d'Antraigues trouve un autre moyen d'entrer en contact avec lui et offre de créer une officine d'information chargée de renseigner les cours étrangères sur l'état intérieur de la France.

La proposition acceptée, les cours d'Espagne et d'Angleterre sont bientôt inondées de bulletins qui leur communiquent des nouvelles sensationnelles, qu'elles prennent pourtant au sérieux.  

En 1797, d'Antraigues est installé en Italie, où, depuis la paix entre la France et l'Espagne, il appartient à la légation de l'empire de Russie. Après la prise de Milan, Napoléon Bonaparte, qui connaît ses agissements, le fait arrêter, s'empare de ses papiers et lui fait rédiger un memorandum qui révèle la trahison du général Pichegru. Peu après, d'Antraigues, assigné à résidence mais mollement gardé, s'enfuit en compagnie de sa femme,  Antoinette Saint-Huberty, et de leurs enfants.





En 1797, le comte doit cependant s'enfuir à la suite de l'invasion de l'Italie par la France du Directoire. Confiant en sa qualité de diplomate russe (il avait même pris soin de se faire naturaliser russe et de se convertir à la religion orthodoxe ), il prend la fuite en compagnie de l'ambassadeur de Russie et de son entourage. Il est néanmoins arrêté, ainsi que sa famille, à Trieste par l'armée française, qui les conduit à Milan.
Là, d'Antraigues est interrogé par Napoléon Bonaparte.   Après avoir fait saisir et examiné ses papiers personnels, Bonaparte découvre que le comte a eu un entretien avec le comte de Montgaillard, considéré comme un espion contre-révolutionnaire, sur le financement de futurs complots. Dans ces notes, le comte de Montgaillard donne les détails de ses négociations avec le général Jean-Charles Pichegru qu'il avait tenté d'amener à trahir la République française. En dépit de cette découverte et de sa détention à domicile, le comte d'Antraigues réussit à gagner l'Autriche avec sa famille.






Peu après, le futur Louis XVIII se défait de ses services, le soupçonnant d'avoir volontairement révélé les tractations de Pichegru, ainsi que d'autres secrets des royalistes, en échange de sa liberté. Il paraît plus probable que la fuite d'Antraigues a été due à l'intervention de Joséphine de Beauharnais, la femme de Napoléon, grande admiratrice de Saint-Huberty. Après cet épisode, d'Antraigues rejoint les opposants à Louis, comte de Provence, prétendant au trône.
En 1798, il déclare que Malesherbes, le dernier avocat de Louis XVI, lui a confié des papiers écrits par le roi juste avant son exécution. Selon ces écrits, le roi aurait dévoilé que son frère avait trahi la cause royaliste par ambition personnelle, et que, pour cette raison même, il ne devait pas lui succéder sur le trône de France .
Nous en avions parlé dans le C.D.B.  me semble-t-il !  scratch

D'Antraigues vit les années suivantes en Allemagne, en Autriche et en Russie, où il est nommé conseiller d'Etat . Envoyé en mission secrète à Dresde par Alexandre Ier, il est expulsé de Saxe en 1806 et s'installe en Angleterre. Il vit alors du trafic de documents, vrais ou faux – il aurait ainsi fourni au secrétaire aux Affaires étrangères George Canning, en 1807, les articles secrets du traité de Tilsitt – faisant à l'occasion chanter de grands personnages.

Ayant vécu de trahison, il meurt très logiquement par trahison. Un de ses domestiques –  peut-être par suite d'une sinistre conspiration impliquant l'un des nombreux ennemis du comte ; peut-être par crainte d'être découvert après avoir vendu des documents compromettants à des agents napoléoniens ; peut-être simplement pour avoir été mal traité par ses employeurs – assassine son maître et la femme de celui-ci à l'arme blanche, le 22 juillet 1812, à Barnes-Terrace, près de Londres. Le coupable présumé, du nom de Lorenzo, est retrouvé mort lui aussi, d'un coup de pistolet, dans la maison de ses victimes...


*  *  *

Le comte d'Antraigues a laissé à la postérité une abondante oeuvre littéraire :

"Mémoire sur les États généraux, leurs droits et la manière de les convoquer" (1788),



"Ma conversation avec le comte de Montgaillard", "Exposé de notre antique et seule règle de la constitution française, d'après nos lois fondamentales" (1792), "Mémoire sur la constitution des états de la province du Languedoc", "Sur la régence de Louis-Stanislas Xavier" (1793), "Observations sur la conduite des princes coalisés" (1795), puis durant son long exil de vingt-deux ans de nombreux pamphlets, contre la Révolution française d'abord, puis contre Napoléon : "Des monstres ravagent partout", "Point d'accommodement", "Fragment de Polybe" ...


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http://www.napoleon-empire.net/personnages/antraigues.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Alexandre_de_Launay

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoinette_Saint-Huberty


Elisabeth Vigée Le Brun avait peint le portrait d'Antoinette Saint-huberty ! Very Happy



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Re: L'énigmatique comte d'Antraigues ...

Message par La nuit, la neige le Ven 27 Nov 2015, 15:53

Merci pour cette petite biographie. Wink

Enfin, "petite"....Voilà ce qui s'appelle une vie romanesque !!
Quel personnage ! cyclops
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Re: L'énigmatique comte d'Antraigues ...

Message par Mme de Sabran le Sam 28 Nov 2015, 18:49

Rien ne vaut une bonne biographie, mais il était fatal que ce comte d'Antraigues inspire un héros de roman .   :n,,;::::!!!:
Et zou ! c'est ici :

Le comte d'Antraigues.


par  Albert de CALVIMONT. —
Roman historique en full text

https://archive.org/stream/lecomtedantraigu02sain/lecomtedantraigu02sain_djvu.txt

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Re: L'énigmatique comte d'Antraigues ...

Message par Mme de Sabran le Mer 02 Déc 2015, 14:26





Les amis, je vous emmène en plein coeur de ma chère Ardèche   :c^ùù!!: ,  à Antraigues, ce berceau familial de notre espion contre-révolutionnaire !  :n,,;::::!!!:




Gravure extraite de l'Album du Vivarais, Albert Dubois, 1842.

.

Le château de la Bastide à Antraigues, placé sur une croupe entourée de ruisseaux et de cirques basaltiques d'une grande beauté, appartenait, en 1780, à M. le comte d'Antraigues, ami éclairé des arts et des sciences.
Le château n'offre plus maintenant qu'un, monceau de ruines: il a été brûlé en 1792.  
Le volcan des révolutions ne s'éteint pas dans un éternel repos, comme ceux du Vivarais; ses feux couvent toujours au fond des sociétés humaines, et les menacent d'éruptions sans cesse renaissantes.

Pourtant que la montagne est belle !   boudoi30
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?




http://www.nemausensis.com/ardeche/Gravures/Antraigues.htm

Village cévenol perché en hauteur sur de la roche volcanique, aux croisées des vallées de la Volane, de la Bise et du Maselande, Antraigues fait parti des "villages de caractère" du Vivarais.



Implanté à 470 m d'altitude aux confluents de trois ruisseaux, c'est un village chargé d'histoire. Berceau de la famille d'Antraigues (noblesse ayant eu un rôle prépondérant en vivarais), le bourg médiéval était le lieu de résidence de nombreux hommes de Loi. Au XVIIeme siècle les comtes de Launey reprennent le château dont le donjon est aujourd'hui le clocher de l'église.
Le village, constitué de maisons revêtues de granit et de pierres volcaniques et coiffées de tuiles rouges, inspire à la ballade aux travers de ruelles agréables et de calades pavées et fleuries conduisant à la place de la Résistance, lieu central et âme du bourg où il fait bon de se ressourcer à la fraîcheur de sa fontaine.

Se retirant de la scène à l’âge de 42 ans, Jean Ferrat est venu s’installer sur la commune d’Antraigues sur Volane en Ardèche, où il s’était lié d’amitié avec le peintre Jean Saussac. Ce magnifique lieu lui a inspiré l’une des chansons la plus connue de son répertoire : " La montagne ".



;

3196910   :c^ùù!!: cheers :;\':;\':; 3196910 smiley12 :c^ùù!!:

www.ardeche.com/ville-village/antraigues-sur-volane.php

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Re: L'énigmatique comte d'Antraigues ...

Message par Mme de Sabran le Jeu 03 Déc 2015, 19:23



Anne-Antoinette-Cécile Clavel, bien avant de rencontrer notre sulfureux comte d'Antraigues, avait épousé en1774 le sieur Croisilles de Saint-Huberty, chargé d’affaires du prince Henri de Prusse et recruteur de nouveaux talents pour son théâtre privé.  
Elle obtint, chose rare pour une femme à cette époque, gain de cause dans un procès en séparation d’avec son mari qui la maltraitait  ...   et la dépouillait.   Elle obtint même de garder son nom de femme mariée pour la scène, sans particule, et elle est donc connue sous le nom de « Mme Saint-Huberty » .

http://marie-antoinette.forumactif.org/t2301-madame-saint-huberty#66293

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