Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

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Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par La nuit, la neige le Lun 30 Nov 2015, 12:12

J'écrivais dans un autre sujet, à propos de ce portrait de la comtesse de Clermont-Tonnerre peint par Mme Le Brun :

La nuit, la neige a écrit:



La comtesse de Clermont-Tonnerre est costumée en sultane.
(...)

A l'époque, on pouvait se procurer ces précieux atours provenant des quatre coins du monde au Petit Dunkerque, une boutique de curiosités et de bijoux, située sur le Quai Conti, qui appartenait au marchand-mercier Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette.


Idea Le Musée Carnavalet à Paris, conserve dans ses collections l'une des enseignes du Petit Dunkerque



Il s'agit de l'enseigne d'un ancien magasin de curiosités.
Ce magasin appartenait à M. Granchez, originaire de Dunkerque, bijoutier de la reine Marie-Antoinette.


Dans cette boutique étaient vendus des objets d'arts et de curiosités venant des quatre coins du monde.
La première enseigne de cette boutique était un tableau qui représentait le port de Dunkerque avec l'arrivage des vaisseaux, qui apportaient de l'Inde et de la Chine la plupart des curiosités qu'on recherchait avec passion pour l'ornement des appartements à cette époque.
La renommée de la boutique de Granchez fut telle que le nom survécut au marchand. En effet, près d'un siècle plus tard, on appelait Petit Dunkerque, une certaine catégorie de quincaillerie fine et de bijouterie de choix.

Granchez vendit sa boutique vers 1789 (pour s'installer rue de Richelieu) à un marchand de vin qui conserva son nom célèbre et l'enseigne le petit Dunkerque resta sur la devanture jusqu'en 1913, date à laquelle le bâtiment fut démoli.

* Source : http://www.carnavalet.paris.fr/fr/collections/enseigne-au-petit-dunkerque





Idea L'auteur de ce blog écrit l'histoire de ce lieu :

Sur le quai Conti, au numéro 3, à l'angle de la rue Dauphine, était la boutique la plus séduisante de Paris au XVIII° siècle. Elle était tenue par un certain Granchez.
Les princes étrangers ne manquaient pas d'aller la visiter ; Voltaire lui consacrait ses loisirs.
Avec son étalage de bijoux de luxe, ses breloques, ses tabatières et toute la bimbloterie artistique dont on paie dix fois plus cher qu'ailleurs. Il fut le bijoutier de Marie-Antoinette.



Au début de l'Empire, la boutique fut remplacée par un horloger et un marchand de vin.
Ses mascarons et ses sculptures prouvaient que la façade datait du XVII° siècle.
Le cabaretier fit installer contre la boutique de cet maison une grille en fer, dîte "marchand de vin" dont l'encadrement se composait d'une frise également en fer, représentant des raisins et des têtes de Bacchus.
Sur le tympan de la porte d'entrée était fixé un petit navire toutes voiles déployées, avec l'inscription : LE PETIT NAVIRE, le marchand de vin voulant conserver ce nom prestigieux.

Ce cabaret était éclipsé par le Café Conti de l'autre côté de la voute rue de Nevers. Il ne reste rien aujourd'hui de tous ces ornements. Seul le plafond de la voute d'entrée de la rue de Nesle, peint avec une légende rappelant le passé, avec un texte de Claude Le Petit....



La maison a été démolie en 1913....

* Site source : http://autourduperetanguy.blogspirit.com/archive/2006/12/23/le-petit-dunkerque.html


Dernière édition par La nuit, la neige le Dim 30 Sep 2018, 11:03, édité 1 fois
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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par La nuit, la neige le Lun 30 Nov 2015, 12:16

Idea Louis-Sébastien Mercier consacre un article au Petit Dunkerque dans Le Tableau de Paris.
Critique, mais aussi très intéressant (orthographe d'époque) :


LOUIS-SEBASTIEN MERCIER
Le petit-Dunkerque

C'est la boutique d' un marchand bijoutier, à la descente du pont-neuf. Elle étincelle de tous ces bijoux frivoles que l' opulence paie, que la fatuité convoite, que l'on donne aux femmes honnêtes qui n' acceptent point de l'argent, mais bien des colifichets en or, parce qu'ils ont un air de décence.

Rien n'est plus brillant à l’œil que cette boutique : rien n'est plus triste à la réflexion ; on ne sait si l'on doit sourire ou gémir de ce luxe puérile. On admire les grâces qu'on a su donner à des riens.

Ces superfluités sont les joujoux des grands enfans, et c' st dans ce lieu sur-tout qu'un philosophe pourroit dire : que de choses dont je n' ai pas besoin !
De nombreux tiroirs sont remplis de mille bagatelles, où le génie de la frivolité a épuisé ses formes et ses contours.
Le prix de la façon vaut dix fois le prix de la matière. L'or a pris toutes les couleurs ; le crystal, l'émail, l'acier, sont des miroirs taillés à facettes, et les enfantillages de l'industrie délicate sont là sur leur trône.
Un homme descend de voiture, entre dans la boutique du bijoutier, et achète des breloques à un tel prix que la moitié auroit suffi pour faire subsister pendant une semaine entiere plusieurs familles nécessiteuses.

Nos petits seigneurs prennent ces petits bijoux à crédit, les distribuent d' un air de nonchalance ; et ces dépenses de fantaisie excédent les dépenses nécessaires. Il est triste de voir des sommes considérables offertes à un luxe aussi petit.
Dans les premiers jours de l' année, la boutique est remplie d' acheteurs ; on y met une garde. Ne faut-il pas pouvoir
dire, en étalant une boîte : c'est du petit-Dunkerque ? Chaque année on baptise ces petits bijoux d' un nom particulier et bizarre.



Mais après avoir gémi en philosophe, il faut rendre justice au goût du maître. Il anime, il dirige les artistes ; il imagine ce qui doit plaire. En donnant la vogue à plusieurs colifichets, il a fait travailler dans la capitale ce qu' on étoit obligé de faire venir à grands frais de l' étranger. La bijouterie a fait plus de progrès, depuis qu' il a mis sous les yeux du public des modes les élégans et variés, qu'elle n' en avoit fait depuis longtemps.
D'ailleurs chez lui le prix des bijoux est fixe et invariable ; et si la rivalité fait dire aux autres marchands, qu'on paie le double au petit-Dunkerque , c'est la jalousie qui parle.
La grace et le fini des bijoux ne les rendent pas là plus chers qu' ailleurs.
Voltaire, lors de son dernier séjour à Paris, se plaisoit beaucoup dans le riche magasin de cette maison curieuse. Il sourioit à toutes ces créations du luxe ; il apercevoit, je crois, une certaine analogie entre ces bijoux brillans et son style.

Comme le luxe change continuellement d'objets, et que les modes varient avec rapidité, les ouvriers du luxe éprouvent des vicissitudes ruineuses ; et leur sort est toujours incertain, tandis que celui de l'agriculteur ne
l'est pas. Tel colifichet perd de sa faveur, et voilà des hommes qui tombent inopinément dans le besoin.
Un autre jour s'accrédite un nouveau genre : des ouvriers qui mouroient de faim se trouvent dans une abondance imprévue, et suffisent à peine aux demandes des amateurs.
Mais ces artisans, soumis aux idées de fantaisie, n' ont que des momens de vogue ; ils ne savent à quel objet s'attacher, pour assurer leur subsistance.
Quand le caprice vient à changer, plusieurs ne sont plus en état d'embrasser une profession nouvelle.
La pénurie les desseche, et l'état perd des citoyens dont les bras et la tête sont devenus absolument oisifs.

Si l'on dit que les ouvriers favorisés jouissent à leur tour de la souffrance des autres, et dédommagent l'état de la perte des malheureux, il faudroit pouvoir ajouter que cette abondance sera durable. Mais non ; ils tombent
invinciblement dans l'abyme de la misere, ces futilités changeantes exigeant une adresse particuliere.
Prisée la veille, nulle le lendemain, cette industrie n' est point applicable à des objets utiles ; elle est trop ou trop peu payée, selon le cours de ces joujoux bizarres.
Aussi l' artisan qui connoît lui-même l'instabilité de sa profession, n'ose jamais statuer sur rien, et la population ordinairement ne gagne pas avec lui.

Chaque siècle a son moule qui passe de mode. Tout s'y jette ; on le change : les deux siècles n'ont presque plus la même physionomie. Qui découvrira les chaînons imperceptibles, mais existans, par lesquels nos manieres tiennent les unes aux autres ?
Quand les femmes portoient de grands paniers, on forgeoit chez les orfevres des assiettes d'une grandeur extraordinaire. Les bijoux du petit-Dunkerque semblent d'accord aujourd' hui avec nos petits appartemens, nos jolis meubles, notre habillement et notre coëffure.
Il est donc en tout des rapports secrets, qui ont leur origine et leur liaison.
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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par Mme de Sabran le Lun 30 Nov 2015, 12:26

La nuit, la neige a écrit:Idea Louis-Sébastien Mercier consacre un article au Petit Dunkerque dans Le Tableau de Paris.
Critique, mais aussi très intéressant (orthographe d'époque) :


LOUIS-SEBASTIEN MERCIER
Le petit-Dunkerque


Fabuleux article, tellement vivant qu'il nous transporte aussitôt dans l'effervescence de Paris au XVIIIème !
Merci, cher la nuit, la neige Very Happy

La nuit, la neige a écrit:
C'est la boutique d' un marchand bijoutier, à la descente du pont-neuf.



La nuit, la neige a écrit:
Elle étincelle de tous ces bijoux frivoles que l' opulence paie, que la fatuité convoite, que l'on donne aux femmes honnêtes qui n' acceptent point de l'argent, mais bien des colifichets en or, parce qu'ils ont un air de décence.


Gardons notre air de décence, Mesdames, ça paye !!!  boudoi26  boudoi26  boudoi26

lol!

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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par La nuit, la neige le Lun 30 Nov 2015, 12:29

Sur ce blog intéressant, où se trouvent présentée une liste de célèbres bijoutiers, orfèvres, joallliers et marchands merciers, vous retrouverez donc mentionné Charles Raymond GRANCHEZ.
Avec quelques images d'objets en vente au Petit Dunkerque (et ailleurs). Smile





Arrow C'est ici : http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2014/11/quelques-noms-de-bijoutiers-joailliers_16.html
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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par Mme de Sabran le Lun 30 Nov 2015, 12:38

C'est un régal des yeux ! Very Happy

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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par Duc d'Ostrogothie le Sam 29 Sep 2018, 08:44

Charles Raymond Grancher (ou Granchez) (mais pas "Grangez"  Hop!  ) est évoqué dans l'exposition "La Fabrique du luxe - Les marchands merciers parisiens au XVIIIème siècle", qui vient de commencer au musée Cognacq-Jay (v. ici : http://marie-antoinette.forumactif.org/t3976-exposition-a-cognacq-jay-la-fabrique-du-luxe-les-marchands-merciers-parisiens-au-xviiie-siecle#131057 ).

Le catalogue de l'expo explique que Grancher inaugura son magasin anglais Au Petit Dunkerque, sur le quai de Conti en 1767. Les arts de la table y étaient à l'honneur, au milieu d'horloges, de meubles, de boutons et d'accessoires, de boîtes à tabac et de bonbonnières, et de toute une ribambelle de bibelots "étincelants" pour une large part objets de style anglais composés de matières nouvelles : vaisselle en argent de Sheffield, faux cristal anglais et tôle vernie.

A cette époque, Paris avait succombé à la mode de l'anglomanie, qui se traduisait dans des domaines divers : articles de luxe, jardins, boxe, courses de chevaux, littérature, mode...  Grancher réagit à cette passion et l'encouragea activement au moyen de cartes publicitaires, de papier à en-tête et de son enseigne qui représentaient le port de Dunkerque, pivot du commerce maritime entre la France et l'Angleterre.

A la mort de Louis XV, il baptise une boîte "La consolation dans le chagrin". Recouverte de cuir chagrin noir ("le chagrin"), elle était décorée des portraits de Louis XVI et Marie-Antoinette ("la consolation"). C'est ainsi qu'il est nommé bijoutier du roi, en 1774, et en 1775, bijoutier de la reine.

Cette paire de flambeaux est d'un modèle identique à celui d'une paire qui ornait les appartements de Marie-Antoinette à Saint-Cloud, et qui était en vente au magasin Au Petit Dunkerque, vers 1780 :





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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par La nuit, la neige le Sam 20 Oct 2018, 20:34

La nuit, la neige a écrit:

A l'époque, on pouvait se procurer ces précieux atours provenant des quatre coins du monde au Petit Dunkerque, une boutique de curiosités et de bijoux, située sur le Quai Conti, qui appartenait au marchand-mercier Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette.

Idea Le Musée Carnavalet à Paris, conserve dans ses collections l'une des enseignes du Petit Dunkerque



Il s'agit de l'enseigne d'un ancien magasin de curiosités.
Ce magasin appartenait à M. Granchez, originaire de Dunkerque, bijoutier de la reine Marie-Antoinette.


Dans cette boutique étaient vendus des objets d'arts et de curiosités venant des quatre coins du monde.
La première enseigne de cette boutique était un tableau qui représentait le port de Dunkerque avec l'arrivage des vaisseaux, qui apportaient de l'Inde et de la Chine la plupart des curiosités qu'on recherchait avec passion pour l'ornement des appartements à cette époque.
La renommée de la boutique de Granchez fut telle que le nom survécut au marchand. En effet, près d'un siècle plus tard, on appelait Petit Dunkerque, une certaine catégorie de quincaillerie fine et de bijouterie de choix.

Granchez vendit sa boutique vers 1789 (pour s'installer rue de Richelieu) à un marchand de vin qui conserva son nom célèbre et l'enseigne le petit Dunkerque resta sur la devanture jusqu'en 1913, date à laquelle le bâtiment fut démoli.

* Source : http://www.carnavalet.paris.fr/fr/collections/enseigne-au-petit-dunkerque

 

Idea Vue à l'occasion de la visite de l'exposition La fabrique du luxe : les marchands-merciers parisiens au XVIIIe siècle (Musée Cognacq-Jay)...

Cette belle enseigne du marchand mercier en fer étiré, repoussé, découpé, polychromie et rehauts d'or, datée 1767 :

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Re: Le Petit Dunkerque, chez Granchez, bijoutier de Marie-Antoinette

Message par Mme de Sabran Hier à 14:11

.
... toute mignonne, un peu pataude ... Very Happy

La première enseigne de cette boutique était un tableau qui représentait le port de Dunkerque avec l'arrivage des vaisseaux, qui apportaient de l'Inde et de la Chine la plupart des curiosités qu'on recherchait avec passion pour l'ornement des appartements à cette époque. la renommée de la boutique de Granchez fut telle que le nom survécut au marchand. En effet, près d'un siècle plus tard, on appelait Petit Dunkerque, une certaine catégorie de quincaillerie fine et de bijouterie de choix.
Granchez vendit sa boutique vers 1789 (pour s'installer rue de Richelieu) à un marchand de vin qui conserva son nom célèbre et l'enseigne le petit Dunkerque resta sur la devanture jusqu'en 1913, date à laquelle le bâtiment fut démoli.



Auteur de la notice : Jean-Pierre Willesme

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