Fersen, cheville ouvrière de la Contre-Révolution

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Fersen, cheville ouvrière de la Contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Mar 23 Fév 2016, 22:37

Majesté a écrit:

Pourquoi sont-ce Jarjayes, Rougeville ou des petits perruquiers qui risquèrent leur vie au temps de la Conciergerie?

Franchement, si Fersen avait tant aimé Marie-Antoinette, il n'avait plus rien à perdre dès lors qu'Elle avait été transférée dans l'antichambre de la mort, c'est donc à son nom qu'aurait dû être associé le complot de l'Œillet !
.

G. Lenôtre la fait, cette association :  
page 184  :

"  ...   sa vie  ( celle de Rougeville ) , qui n'était que bizarre, devint mystérieuse, taciturne et sombre; il sa confina si bien dans son isolement que les paysans de Saint-Laurent même en arrivaient à se demander si le château était habité, ou si leur " seigneur " était retourné à Paris .
Les papiers saisis chez lui nous font pénétrer, en partie, dans le secret de sa retraite :  il y a là quelques brouillons de lettres, certaines notes qui ne laissent aucuns doutes sur ses occupations : il continuait à conspirer : on ne saura jamais avec quels complices, ni au profit de quel prétendant.  Les pièces que nous possédons ne fournissent qu'une indication bien vague et bien incomplète : c'est par exemple le billet suivant ( ... ) portant l'adresse de Mme la baronne de Hofflünger ( ... ) .   Voici, griffonnée sur un chiffon, l'adresse du comte de Fersen, l'un des plus dévoués et des derniers amis de la reine Marie-Antoinette . "


( G. Lenotre, le Vrai Chevalier de Maison Rouge )


Ainsi donc Gonze de Rougeville et Fersen étaient en contact !   Bon, c'est tout ce que l'on peut dire sans plus amples renseignements, mais c'est tout de même très curieux et je ne sais pas trop ce que cela peut signifier .  Encore un point à éclaircir le 27, ou du moins poserai-je la question.  Enfin, affaire à suivre  .  
Ces bons et excellents Rougeville et autres petits perruquiers ont fait des actions d'éclat, avec le plus admirable et louable courage, c'est certain . Mais c'était des coups de force sporadiques, ponctuels, comme tu vas au front en courant, presque mu par une pulsion irraisonnée, la fleur au fusil ça s'appelle .

Il en va tout autrement de Fersen qui était un forçat de la contre-révolution, à laquelle il a travaillé avec un acharnement obsessionnel et puis l'énergie du désespoir, du premier jour des troubles jusqu'au dénouement tragique que nous ne connaissons que trop bien .  Il a oeuvré en vain à soulever l'Europe entière contre le nouveau régime mis en place. Il s'est escrimé à élaborer plusieurs plans d'évasion de la famille royale et, comme Louis XVI refusait obstinément, il est revenu à la charge en février 92,  narguant le danger, se pointant aux Tuileries autant dire dans la gueule du loup ...  Au milieu de ce chaos, il passait des heures jour et nuit à tartiner des kilomètres de prose diplomatique, à se battre contre l'apathie des uns, l'indifférence ou l'hypocrisie des autres, se flinguant les yeux sur ses décryptages  ( souviens-toi de son histoire de boucle d'oreille ) ...  Sur ces entrefaites, un assassinat le prive du seul vrai soutien sur lequel il pouvait compter : Gustave III. Mais cela n'entame pas sa détermination, et il continue à mener tout seul son combat .

Tout ce qui devait aboutir à Louis XVI et Marie-Antoinette passait par lui, toutes les décisions les plus graves étaient concertées avec lui; il soutenait Breteuil contre les princes, mais ce n'est que par lui que les princes pouvaient contacter le roi .  Il a la révélation ( ou plutôt la prise de conscience, atroce !  ) que  Léopold et puis François  ne rêvent que de dépecer la France après l'abaissement des Bourbons ...

Alma Söderjhelm écrit :




Elle poursuit :

" Car c'est lui qui faisait toute la correspondance avec Marie-Antoinette, non seulement la sienne propre mais aussi celle des autres . Presque toutes les lettres qu'envoyait Louis XVI et la Reine étaient transmises à leurs destinataires par l'intermédiaire de Fersen, tous les actes envoyés aux Cours étrangères avec demande de secours et d'appui, tous les projets et mémoriaux ainsi que les réponses, étaient rédigés ou revus par lui . Il était le secrétaire de la famille royale, leur serviteur, leur facteur,  celui qui était chargé de faire respecter leur volonté dans la mesure du possible.  Il assuma ces fonctions absorbantes pendant un an et quatre mois . ( ... ) Toute conspiration nécessite un foyer où les acteurs peuvent se réunir pour tenir leurs conciliabules et qui doit ouvrir ses portes aux fidèles à toute heure du jour ou de la nuit.  Dès le début, on se réunissait cher Craufurd où Mme Sullivan jouait le rôle de maîtresse de maison. Elle était aussi au courant des conspirations politiques, et le journal intime de Fersen nous apprend qu'elle était même un des membres les plus actifs du cercle : tous les projets, si secrets fussent-ils, lui étaient toujours soumis pour être discutés en sa présence. ( .... )

On voit avec quelle ardeur tous ces conseillers poursuivaient Fersen pour lui imposer leurs opinions, leurs volontés, leurs intentions .  Si on ne le savait déjà, ces lettres prouveraient abondamment qu'au moment où l'on discutait encore pour savoir lesquels du Roi d'Espagne ou de Gustave III prendrait le commandement de la ligue contre-révolutionnaire, si Breteuil ou Calonne seraient chargés des négociations avec les Princes ou encore si l'Empereur se verrait confier la mission de rétablir la Monarchie, c'était en vérité Axel Fersen la figure centrale de l'entreprise : tout dépendait de lui .




Ce mémoire, c'est un roman-fleuve, un véritable pensum qui a dû requérir plusieurs heures de travail et de grande concentration à Fersen déjà épuisé.    Alma n'en donne que quelques extraits, Nous aurons l'intégrale dans le livre d'Eve.
L'incroyable, c'est que, comme Mirabeau avant lui et comme bientôt Barnave après lui : Fersen zappe tout simplement Louis XVI :  le roi est quantité négligeable : il n'a jamais d'avis sur rien, ni de volonté à exprimer ...
Ce n 'est pas moi qui le dis, je n'y étais pas , ce sont les contemporains .

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Re: Fersen, cheville ouvrière de la Contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Mer 24 Fév 2016, 10:46

;

Nous avons vu le lien établi entre Fersen et Rougeville par Lenôtre ci-dessus,  voici maintenant le témoignage d'un autre entre le Suédois et le baron de Batz.

Après le 10 août 1792, Batz se rend à Bruxelles " confère avec Fersen, le grand ami de Marie-Antoinette " .  
Fersen, Batz, Breteuil ( le bras droit de Fersen ) sont en cheville.

En effet, le 16 septembre, quatre jours donc avant Valmy, Breteuil écrit à Fersen :

Si l'issue était favorable au duc de Brunswick, on pourrait tenter la conciliation avec le conseil exécutif  (  ... ) . Peut-être le baron de Batz se dévouera-t-il à aller à Paris, hier enfin du moins il m'en a montré la volonté et je tâcherai de le soutenir jusqu'à l'effet. Je ne pouvais en employer un meilleur par ses connaissances locales .


( Marina Grey : Hébert, le Père Duchesne agent royaliste )

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