L'Archiduchesse Marie-Anne

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Mme de Sabran le Ven 03 Nov 2017, 22:02

... ça oui ! Eventaille

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Dominique Poulin le Mar 14 Nov 2017, 02:26

Le tournant des années 1770 demeure une énigme. Les sources françaises nous renvoient très peu de choses à l'exception de la correspondance de l'impératrice avec Marie-Antoinette où il est parfois question de Marie-Anne.
Les deux sœurs entretenaient elles aussi une correspondance à part, car Marie-Antoinette renseigne sa mère à plusieurs reprises des missives de sa soeur. Toutefois, nous n'avons connaissance d'aucune lettre des deux archiduchesses. Elles ont sans doute été détruites ou perdues depuis longtemps, à moins que les lettres de Marie-Antoinette à sa soeur ainée soient encore conservées dans des collections publiques ou privées, en Autriche, en Allemagne, ou ailleurs... Ce n'est pas impossible.
Pour ce qui traite spécifiquement de la correspondance simultanée entre Marie-Therese et Marie-Antoinette, quelques détails concernent la princesse malade.

Car Marie-Anne l'est très souvent, causant de vives angoisses au sein de son entourage. Son peu de santé reste le problème récurrent de sa vie, il en restera ainsi jusqu'à la fin.

Le 1er novembre 1770 Marie-Thérèse confie à la dauphine de France :
"La Marie-Anne est entièrement remise de sa fièvre et s'en porte mieux que ci-devant. Elle va à toutes les chasses et promenades, hors dans le théâtre".
Ce ne sera qu'une rémission... Trois ans plus tard, Marie-Antoinette déclare :
"J'ai été pénétrée de l'amitié de ma sœur Marianne, qui malgré sa maladie, m'a écrit par ce courrier. Heureusement, cette vilaine maladie ne paraît pas de nature à revenir."
Quelques jours plus tard, l'impératrice dissuade la dauphine de cet optimisme prématuré :
"La Marianne va mieux, mais à bien de la peine à se refaire. Le temps étant si beau comme au mois de mai, j'espère que cela lui fera de bien que tous les remèdes."

Les années passent, la benjamine des archiduchesses devient reine de France, tandis que l'ainée se débat toujours dans les affres de ses maux..
Le 14 mai 1780, Marie-Antoinette écrit a Marie-Thérèse :
"La santé de Marianne m'inquiète. Il me semble qu'elle a beaucoup plus souffert cette année que les autres."
Fait du hasard, la dernière lettre de l'impératrice, datée du 3 novembre 1780, renferme des nouvelles de Marie-Anne. Pourtant, Marie-Thérèse, elle aussi très malade, ne peut s'empêcher avec commisération de penser au calvaire incurable de sa fille :
"Je suis inquiète pour Marie-Anne, qui est tourmentée par une dureté à l'estomac, causée par sa terrible conformation, ce qui lui fait rendre tout ce qu'elle mange, sans effort, mais à la longue, cela ne saurait se soutenir. Elle a pris un rhume, ce qui l'incommode beaucoup. Au premier accident à l'estomac, il n'y à rien a faire, causant d'une cause pareille. Je la vois souffrir avec peine, et son courage que vous lui connaissez commence presque à l'abandonner."

Marie-Thérèse d'Autriche expira le 29 novembre 1780. Elle était morte dans les bras de son fils Joseph II, elle n'avait pas voulu que ses filles la voient dans ses ultimes moments.
Sortant de son marasme, la reine de France écrivit à l'empereur, le 10 décembre, en lui demandant de prendre soin de ses soeurs restées en Autriche, les archiduchesses Marie-Anne, Marie-Christine et Marie-Elisabeth :
"Il ne me reste qu'à vous recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi. Elles seraient bien malheureuses."

Pour Marie-Anne, comme pour tous les Habsbourg, une page de sa vie se tournait. À quarante-deux ans, éternellement souffrante, mais non résignée, elle allait faire fi des difficultés, imposer ses volontés à Vienne, et éclairer au grand jour là véritable nature de ses qualités de maitresse-femme.  king

A suivre.  Smile
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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Mme de Sabran le Mar 14 Nov 2017, 08:28

C'est curieux cette façon de Marie-Thérèse d'écrire " la Untelle " !

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Dominique Poulin le Mar 14 Nov 2017, 13:12

C'est vrai, Eléonore, mais il n'y avait pas d'aigreur je pense dans l'expression de l'impératrice. Elle appelait aussi ses enfants, son "poulailler". 
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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Trianon le Mar 14 Nov 2017, 14:33

Je trouve le mot "poulailler" attendrissant et drôle. Prouvant que l'Impératrice savait qu'Elle avait bien TRAVAILLE pour son pays. Qui dit mieux ? Je ne suis pas sûre que cela existe encore de nos jours.
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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Mme de Sabran le Lun 27 Nov 2017, 22:44

Dominique Poulin a écrit: Marie-Anne manifesta très jeune des capacités de compréhension et d'éveil étonnantes, se piquant de curiosité dans de multiples domaines. L'archiduchesse se passionna pour les sciences exactes et les sciences naturelles, chimie, physique, botanique, minéralogie. Elle se constitua des collections importantes d'insectes et de minéraux, se spécialisent par ailleurs pour la numismatique.

En effet, à la Conciergerie    , l'un d'entre nous écrivait antan :

Kiki a écrit:
Souffrant de voir ses frères et sœurs jouir de plus d'attentions qu'elle, elle essayait toujours de se faire remarquer. Son comportement orgueilleux et sa jalousie vis-à-vis de son entourage faisaient qu'elle n'était pas particulièrement appréciée (c'est flagrant quand on lit la correspondance d'Isabelle de Parme avec Marie-Christine, les deux belles-sœurs très/trop liées ne la portaient pas dans leur cœur).
Elle se sentait surtout attirée par son père avec qui elle partageait un intérêt pour les sciences naturelles - en particulier pour la minéralogie et la numismatique. En outre, tout comme son père, elle dessinait bien et était très douée pour le théâtre. Ses ambitions artistiques - qui la portaient vers le dessin, l'aquarelle, la gravure - se virent confortées par son admission en 1767 à l'Académie de gravure sur cuivre de Vienne, tout juste créée, et deux ans plus tard à l'Académie grand-ducale des arts de Florence.
Avec son professeur Ignaz von Born, un savant réputé, qui l'introduisit dans le cercle des francs-maçons (dites donc, il semble que Marie-Antoinette était fortement entourée de francs-maçons, j'avais lu ailleurs que c'était le cas pour son père, Joseph, Léopold, Maximilien, Marie-Caroline...), elle se constitua une collection de minéraux qui se trouve aujourd'hui au museum d'histoire naturelle de Vienne. Le magnifique ouvrage qu'elle a rédigé sur les médailles de l'époque thérésienne se trouve actuellement au cabinet des monnaies du musée des Beaux-Arts.
Demeurée célibataire et pourvue depuis 1766 du titre d'abbesse de l'abbaye des nobles demoiselles de Prague, elle vécut jusqu'à la mort de sa mère à la cour de Vienne. Eloignée de la cour, en 1781 par son frère Joseph II (sympa le frérot!), elle vécut alors jusqu'à sa mort à Klagenfurt, à proximité du couvent Sainte-Élisabeth, où elle anima un cercle scientifique et artistique.

Elle avait probablement un sale caractère mais ce devait être une sacrée tronche!

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Dominique Poulin le Mer 29 Nov 2017, 04:10

Suite et Fin de ma présentation biographique sur l'archiduchesse Marie-Amélie :

La mort de Marie-Thérèse modifia radicalement la vie de sa fille. Très vite, Joseph II lui fit entendre que sa présence à la Cour n'était plus désirée en lui conseillant de regagner son abbaye de Prague. C'était un ordre, Marie-Anne connaissait assez son frère pour mésestimer sa décision.
Beaucoup d'historiens ont accusé l'empereur de mysoginie. C'est peut-être excessif, à travers le contexte de l'époque, mais il est indubitablement vrai que Joseph II ne possédait aucun tact avec les femmes. Il était souvent bourru et arrogant à leur égard, voire méprisant. L'omniprésence et le charisme de sa mère cristallisa chez lui une peur inconsciente de la gent féminine. Sa première femme, Isabelle de Parme, bien que sincèrement aimée, souffrit de sa froideur et de son incapacité à exprimer ses sentiments. Quant à sa deuxième épouse, Josepha de Bavière, il l'ignora imperialement

L'avènement de Joseph II n'affecta pas uniquement Marie-Anne. Sa sœur, Marie-Elisabeth, demeurée elle aussi célibataire, fut priée de rejoindre son abbaye d'Innsbruck, tout comme d'autre dames de la Cour qui s'empresserent de déserter les palais impériaux.
En théorie, la raison aurait dû conduire la soeur ainée de l'empereur à s'installer dans son couvent des dames nobles de Prague. Or, Marie-Anne exprima un tout autre désir. La petite cité de Klagenfurt l'attirait irrésistiblement. Elle avait visité la ville et son couvent quinze ans plus tôt, lors du voyage qui avait conduit la Cour à Innsbruck, pour le mariage de l'archiduc Leopold. Klagenfurt resta gravé dans sa mémoire, et on peut s'interroger, mais sans affirmation, si l'archiduchesse n'avait pas exprimé son souhait à sa mère quelques années plus tôt, à moins qu'elle ne l'eut fait sur son lit de mort. Ce n'est cependant qu'une hypothèse.
Toujours est-il que dès 1782, Marie-Anne fit de Klagenfurt, son lieu de résidence quasi-permanent, et pour longtemps. Ses habitants louerent sa bonté, ses largesses, ses charités, surtout pour les pauvres. Elle ne supplanta pas la supérieure du couvent dans ses fonctions, Xaveria Gasser, mais s'en fit une amie dévouée. C'est au sein du monastère de Xaveria Gasser, que l'archiduchesse occupa un appartement.
La présence assidue d'une archiduchesse à Klagenfurt, marqua profondément la ville, Marie-Anne, contribuant grâce à sa fortune, au développement de la ville. Des mesures, découlent directement de son influence, comme la reconstruction de l'hôpital. La princesse, encouragea et parfois en puisant dans sa cassette, des actions culturelles et phylantropiques. Toujours avide de nouvelles connaissances, elle soutint un programme de fouilles archéologiques.

Pourtant, réputée ouverte aux idées nouvelles et d'esprit libéral, proche des milieux intellectuels et scientifiques, les initiatives de Marie-Anne achopperent devant le centralisme de la monarchie bicephale. Joseph II, malgré ses ambitions pour ses peuples, était très jaloux de son autorité. Les philosophes, les hommes de sciences et de progrès avaient alors commencé à se regrouper au sein de loges maçonniques et la soeur de l'empereur avait montré des signes d'acquiescement à leurs créations. L'un des dirigeants les plus en vue des loges Viennoises, Ignace de Born, comptait parmi les protégés de l'archiduchesse. Outre-Rhin, Ignace de Born, représentait une sommité dans le monde des savants, grâce à ses travaux de minéralogie et de géologie, deux disciplines que Marie-Anne affectionnait particulièrement. Cependant, le développement croissant de la franc-maçonnerie, ne devait pas tarder à inquiéter le pouvoir impérial, et au bout de quelques années, de sévères mesures coercitives alienerent les loges notamment avec des ordres de fusion, afin de limiter leur influence, et leur surveillance fut renforcée. A la fin du règne de Joseph II, les loges étaient entrées dans un relatif déclin, malgré le soutien de Marie-Anne.  Crying or Very sad

A Klagenfurt, l'archiduchesse-abbesse, vivait de plus en plus retirée. Avec l'âge, sa santé précaire se deteriora rapidement et la chaise roulante limita ses déplacements. L'ainée des princesses impériales, mourut le 19 novembre 1789, à cinquante et un ans. En France, Marie-Antoinette mandait à Mercy-Argenteau, "de remercier M. d'Ezenberg de l'exactitude avec laquelle il lui a écrit et donné des nouvelles jusqu'à la fin de sa malheureuse soeur."

Deux siècles plus tard, et bien malgré elle, le souvenir de la bienfaitrice de Klagenfurt reparut sous les feux de l'actualité moderne. En témoignage de reconnaissance, Marie-Anne avait légué à son couvent, tous ses objets personnels demeurés sur place. Parmi eux, un chapelet précieux ornés de médaillons, contenait les cheveux de tous les enfants de la feue impératrice. Mr Philippe Delorme, à la recherche de la résolution de l'énigme Louis XVII, obtint afin de faire aboutir ses investigations, de procéder au prélèvement ADN des cheveux des archiduchesses Jeanne-Gabrielle et Marie-Josephe. Leurs correspondances avec le coeur du petit roi prouva la filiation formelle avec les soeurs de Marie-Anne et de Marie-Antoinette, et pour le moins, l'élimination de la thèse Naundorff.
Au-delà de la mort, c'est l'ultime réminiscence, de l'abbesse du chapitre des dames nobles de Prague, puis de la recluse de Klagenfurt, et pour l'ensemble de ces travaux présentés sur ce forum, l'état sommaire et global de nos connaissances en France.  study
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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Mme de Sabran le Dim 03 Déc 2017, 19:24

Pour Marie-Anne, Prague n'aura donc pas eu ( loin s'en faut ) la séduction de Klagenfurt !
A jeter un  oeil dans Google images, je trouve pourtant que ces deux cités ont un petit air de ressemblance .
Leos saurait nous dire si je me trompe, sans doute . Very Happy

Merci, cher Dominique, pour cette courte mais précise biographie d'une archiduchesse beaucoup moins connue que ses soeurs . Nous la découvrons !

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Comtesse Diane le Lun 04 Déc 2017, 15:34

Mme de Sabran a écrit:Pour Marie-Anne, Prague n'aura donc pas eu ( loin s'en faut ) la séduction de Klagenfurt !


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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Leos le Mar 05 Déc 2017, 08:47

Chers amis,

Les villes d'Europe centrale ont un caractère similaire.
Klagenfurt est entourée de hautes montagnes, contrairement à la ville de Prague.
Mais il est plus proche de Vienne, ce qui était sûrement pour Marianne satisfaction
Prague était certainement considéré comme un exilé
Aujourd'hui est, bien sûr, Prague couleur intéressante magique ..
Mais pour vivre ici en permanence à l'extérieur de la cour, l'archiduc et l'archiduchesse ne veulent pas ...

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Mme de Sabran le Mar 05 Déc 2017, 08:58

Leos a écrit:
Mais il est plus proche de Vienne, ce qui était sûrement pour Marianne satisfaction


Ah ! voilà certainement un bon argument pour cette préférence !
Merci, cher Leos !

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Re: L'Archiduchesse Marie-Anne

Message par Leos le Mar 05 Déc 2017, 09:28

Klagenfurt est presque aussi éloignée géographiquement de Vienne que Prague.
Mais c'est une ville autrichienne, alors que Prague est la capitale de la Couronne tchèque /Boheme/
La ville au nord ..
La ville pour elle inconnue ..

Sa mère Marie Therése se rendit à Prague comme une petite fille, accompagnée de ses parents en 1721, puis lors de leur célèbre couronnement en 1723, elle assista à un grand triomphe des parents, puis en 1732, puis au couronnement de 1743 puis à sejourner ici en 1754.
Elle avait probablement une relation personnelle, plus proche de la ville

J'ai lu quelque part dans la biographie qu'petit Anne l'accompagnait au couronnement de 1743, mais je n'ai rien lu de tel dans les sources / wiener diarum/.

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