Ailleurs dans le monde en 1789

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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Ven 22 Aoû 2014, 23:25



... mais pour déboucher sur quel cauchemar !  boudoi29 
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Ven 22 Aoû 2014, 23:39

Le portrait de ce prêlat hors-normes, Pierre Joseph Georges Pigneau de Behaine :


Né en 1741, ordonné prêtre en 1765, il s'embarque pour l'Asie la même année. Homme énergique, il affronte marais, fièvres et pluies diluviennes, de même que combats et embuscades. Lâché par Versailles, il finance lui-même la campagne de son protégé, achetant lui-même munitions et matériel et recrutant trois cent cinquante marins volontaires et vingt officiers de marine, dont Olivier de Puymanel, Jean-Baptiste Chaigneau, Philippe Vannier et Jean-Marie Dayot. Ceux-ci formèrent les soldats locaux et construisirent un réseau de citadelles à la Vauban, dont la plus importante est la citadelle de Saïgon.
Il a eu droit à sa statue devant la cathédrale de Saïgon (remplacée aujourd'hui par une statue de la Vierge). Ses cendres ont été ramenées en France en 1983 à bord de la frégate Jeanne d'Arc avec tous les honneurs.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Ven 22 Aoû 2014, 23:41

Calonne a écrit:
Il a eu droit à sa statue devant la cathédrale de Saïgon (remplacée aujourd'hui par une statue de la Vierge).

Le rapport n'est pourtant que très lointain .  boudoi26 
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par La nuit, la neige le Sam 23 Aoû 2014, 00:16

Merci de reprendre ici cet intéressant tour du monde, après tant de difficultés pour nous retrouver.
Pourtant, c’est simple avec Google : Forum + Marie-Antoinette, et nous apparaissons en première ligne.   

Calonne a écrit:
Pour la Chine, comme nous l'avons vu plus haut, elle aussi s'est repliée sur elle-même, devenant "L'empire immobile", mais elle n'échappera pas au déclin et à la conquête européenne au siècle suivant avec, par exemple, la guerre de l'opium.

J’insérerai demain dans notre rubrique Biblio deux livres que j’ai emportés avec moi pendant ces vacances, et qui traitent notamment des guerres de l’opium.
Les grandes puissances coloniales de la fin du XIXème-début XXème siècles se sont comportées comme les pires des rapaces et charognards.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Sam 23 Aoû 2014, 09:49

Hélas... Mais tout ceci commence dès notre cher XVIIIème siècle. En faisant des recherches sur ce fameux évêque Pigneau, j'ai ainsi découvert que la France s'intéressait déjà à la Cochinchine et que les anglais avaient déjà des vues sur la Birmanie à la même époque... Au traité de Paris en 1763, ces messieurs d'Outre-Manche se sont déjà rendus maîtres du Canada et des Indes, les puissances européennes intriguent à Istanbul avec l'Egypte en ligne de mire, passage obligé vers l'Extrême-Orient, les hollandais sont installés en Afrique du Sud dans la région du Cap, tiennent fermement leurs comptoirs à Java, Sumatra, les portugais lorgnent vers le Japon...
C'est bien en cette fin de XVIIIème siècle que l'Europe se lance à la conquête du monde.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par La nuit, la neige le Sam 23 Aoû 2014, 10:40

Certainement, mais je parlais de la Chine plus précisément.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Sam 23 Aoû 2014, 11:23

Hé bien, en ce qui concerne la Chine, comme promis, intéressons-nous à ceux qui ont été en première ligne de la pénétration européenne du Céleste Empire : les jésuites.
Depuis longtemps déjà, les représentants de la Compagnie de Jésus se sont aventurés en Extrême-Orient. Pas toujours bien accueillis en Inde et au Japon, ils le sont bien mieux à la cour du Fils du Ciel. Hommes de science autant que de religion, ils s'intéressent très vite à la civilisation chinoise et à sa culture et étudient entre autres l'astronomie, la botanique ou encore la médecine chinoise.
C'est Louis XIV en personne qui donne une grande impulsion au mouvement en mettant en place la Mission française de Pékin : un groupe de jésuites envoyé en 1685 à la demande pressante du père Verbiest, un prêtre portugais. Le Roi-Soleil leur confie des missions scientifiques en collaboration avec l'Académie des Sciences de Paris, tout juste fondée. En filigrane, il y a bien sûr l'idée d'implanter une présence française durable en Chine... La Mission française de Pékin est officiellement fondée en 1700. Ses nombreux rapports et ses descriptions variées envoyées à Versailles suscitent un véritable engouement pour la civilisation chinoise et la mode des "chinoiseries". C'est grâce à eux par exemple que l'acupuncture apparaît en Europe.

Mais en 1764, la Compagnie de Jésus est dissoute sur ordre du Pape en personne. Pourtant, à Pékin, nos jésuites poursuivent leurs travaux, soutenus par l'empereur, en dépit de quelques accrocs ici et là.
En 1774, Louis XVI décide de se pencher sur cette mission mise en place par son illustre aïeul. Car le Bref du Pape est parvenu à Pékin et la petite communauté, désemparée, en apelle au roi de France. Bien que très pieux, Louis XVI refuse de clore une si belle aventure. Dans un premier temps, il octroit un fort soutien financier à la mission qui, en 1775, compte dix jésuites français et trois chinois convertis, mathématiciens, botanistes, astronomes, peintres ou encore traducteurs (A cette époque, la Bible et les deux Testaments sont traduits en chinois).

Mais le ton monte entre Rome et Versailles. A Rome, notre ambassadeur, le délicieux cardinal de Bernis se fait sonner les cloches... Sur place, les portugais intriguent pour prendre la place de la prestigieuse mission, les vexations et intimidations s'accentuent. Rome décide de remplacer les jésuites par des lazaristes et un groupe embarque rapidement pour la Chine en 1784. Cinq mois plus tard, les nouveaux arrivants débarquent. Au mauvais moment : un mouvement antichrétien, "le nénuphar blanc" éclate, les missionnaires chrétiens sont arrêtés, menacés d'exécution... L'intervention de l'empereur leur sauve la vie. La mission poursuit ses travaux, lazaristes et jésuites travaillant en bonne intelligence, compromis qui permet à Rome et Versailles d'apaiser des relations devenues houleuses. Mais la Révolution éclate, l'argent ne vient plus, les missionaires se retrouvent livrés à eux-mêmes, poursuivre devient difficile sans le soutien royal.
La nouvelle de l'exécution de Louis XVI provoque un choc : le père Amiot, qui avait apellé le roi au secours, a juste le temps de célébrer une messe en son honneur avant de mourir d'une attaque d'apoplexie.

Anticipons un peu : la Mission française de Pékin va survivre, comme elle pourra, pendant toutes les années révolutionnaires, bien que les ponts soient quasiment coupés avec la France (Des rapports scientifiques sont encore envoyés, mais se perdent quasiment dans l'indifférence générale). Lazaristes et jésuites se serrent les coudes pour continuer et recoivent même de nouveaux arrivants. Les quatre derniers jésuites disparaissent à la fin de l'Empire et la mission passe alors entièrement sous le contrôle des lazaristes. Le projet initié par Louis XIV s'achève alors...
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Message par Mme de Sabran le Sam 23 Aoû 2014, 18:00



Eh bien dis donc ! Il fallait être motivé !  Hop! 
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Sam 23 Aoû 2014, 19:54

Sans oublier la lenteur des communications ! A l'époque, par mer, si tout va bien, il faut environ six mois depuis la France pour rejoindre l'Inde et la Chine...
Soeur Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir...
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par La nuit, la neige le Sam 23 Aoû 2014, 23:10

Merci pour cette suite... Very Happy 

Afin de compléter le post de Calonne concernant la Chine, je vous propose la lecture des messages postés sur le forum La folie XVIIIème ; une présentation des trois grands empereurs qui ont régné sur la Chine au XVIIIème siècle
Sujet passionnant et particulièrement bien développé par les intervenants de La Folie.

C’est ici : http://www.lafoliedix-huitieme.eu/asie/les-trois-empereurs-t999.html

 Idea D’ailleurs, je recommande plus simplement toute la rubrique Asie de ce forum.  Wink
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Dim 24 Aoû 2014, 08:45

Embarquement immédiat ! Nous poursuivons notre traversée en nous intéressant cette fois au Portugal. Car si ce pays semble absent de la scène européenne au XVIIIème siècle (Excepté le terrible séisme de 1755 et le fait que ses souverains de l'époque soient parrain et marraine de Marie Antoinette), son empire colonial reste d'envergure et réserve bien des surprises...
 
Bien sûr, il y a le Brésil, découvert vers 1500 et qui commence à recevoir ses premiers colons 30 ans plus tard. Savez-vous que nous avons fait un passage à Rio (ça se comprend !) de 1555 à 1567 ? Hé oui, il y eût bien une colonie française implantée là, sous le nom étrange de "France Antarctique"... Mais les portugais, peu prêteurs, nous en délogèrent bien vite...
En 1789, le Brésil est donc une colonie importante économiquement et un point d'arrivée de la traite négrière également, les populations indiennes locales ne suffisant pas pour répondre aux besoins de main d'oeuvre. Anticipons un brin : en 1807, devant l'invasion du Portugal par les troupes de Napoléon, le régent Jean VI fuit et part s'installer à Rio, ne revenant qu'en 1821 (Hé oui, on quitte difficilement la "Cité Merveilleuse"...)
 
Mais le Portugal a de quoi nous étonner plus encore... Ses hardis marins et explorateurs se sont aventurés un peu partout comme nous allons le voir.
On commence par l'Afrique. Premier arrêt en Ethiopie où des envoyés portugais débarquent à la cour des empereurs éthiopiens dès la fin du Moyen Age. Bien reçus par ces souverains, chrétiens depuis le IVème siècle et qui prétendent descendre des amours de Salomon et de la Reine de Saba, ils découvrent la cité monastique de Lalibela, la "troisième Jérusalem", ville sainte composée d'églises et sanctuaires taillées dans la roche rose, comme à Pétra. L'Ethiopie ne sera pas une colonie, mais l'influence portugaise y sera indéniable. Plus tard, quand les empereurs éthiopiens feront bâtir la cité de Gondar et le château de Fasilides, ils le feront avec une architecture fortement influencée par le style portugais.
Continuons. L'Afrique portugaise, ce sont l'Afrique Portugaise Occidentale (l'Angola actuel), l'Afrique Portugaise Orientale (l'actuel Mozambique) et la Guinée Portugaise (actuelle Guinée-Bissau). Des colonies riches, surtout avec l'or de l'Angola et la longue façade maritime du Mozambique qui permet un commerce actif avec l'Extrême-Orient. Les portugais peuvent remercier Vasco de Gama, découvreur de ces régions. En 1789, ils sont toujours là et leurs navires patrouillent avec vigilance dans la zone.
Nos vaillants navigateurs se sont également aventurés en d'autres lieux, dont le Moyen-Orient. En route pour les Indes, ils ont traîné du côté du Golfe Persique et du détroit d'Ormuz, au point d'inquiéter Soliman le Magnifique en personne : les portugais passaient pour menacer les villes saintes de l'Islam, le Magnifique fût prêt à entrer en guerre avec eux, Barberousse eût des accrochages violents avec leurs comptoirs installés dans la région... Pas de colonies sur place finalement, mais une forte présence dont on retrouve de vagues traces ici et là, du côté du sultanat d'Oman, du détroit d'Ormuz ou du Golfe Persique.
 
Et en Asie ? En 1789, les portugais ont certes perdu depuis longtemps les Moluques, un archipel indonésien qui approvisionne l'Europe en poivre, clous de girofle, noix de muscade, cannelle... au profit des Hollandais qui leur ont également soufflé Ceylan et Malacca qui contrôle le détroit du même nom. Mais ils tiennent toujours les comptoirs indiens de Goa, Diu et Daman. Et surtout Macao !
 
Macao (à une heure de ferry de Hong Kong aujourd'hui) qui est pour les portugais une formidable plaque tournante vers l'Inde, la Chine et le Japon. Un commerce des plus fructueux y transite, de même que les nombreux missionnaires envoyés dans le Céleste Empire et l'archipel du Soleil Levant. C'est la porte d'entrée des portugais vers l'Extrême-Orient et on comprend qu'ils y tiennent férocement. De passage en 1787, La Pérouse témoigne de la dureté de l'administration portugaise en place.
Aujourd'hui encore, au-delà des néons criards de ses célèbres casinos, Macao conserve une très forte présence de son passé portugais, en architecture surtout.
 
Comme nous l'avons vu plus haut, le Japon, en 1789, est totalement replié sur lui-même ou presque. Terminés les riches échanges dans les comptoirs installés par les portugais à Hiroshima ou Nagasaki...
De retour vers l'Europe, nous pourrons faire halte au Cap Vert, colonisé dès 1456 et toujours portugais en 1789 (L'indépendance sera effective en 1975).
 
En 1789, l'empire colonial portugais n'est donc plus ce qu'il était mais garde de beaux restes : le Brésil, une façade maritime importante en Afrique, Macao, les comptoirs indiens, une certaine présence en Chine... C'est pourquoi nous risquons de croiser bien des navires de cette nation au cours de notre périple...
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Dim 24 Aoû 2014, 09:40

Calonne a écrit:
 
Bien sûr, il y a le Brésil, découvert vers 1500 et qui commence à recevoir ses premiers colons 30 ans plus tard. Savez-vous que nous avons fait un passage à Rio (ça se comprend !) de 1555 à 1567 ? Hé oui, il y eût bien une colonie française implantée là, sous le nom étrange de "France Antarctique"... Mais les portugais, peu prêteurs, nous en délogèrent bien vite....

Mon cher Charles-Alexandre, autorise-moi une petite digression !  Very Happy 

Rouge Brésil
est un roman de Jean-Christophe Rufin publié en 2001 aux éditions Gallimard. Il reçoit le prix Goncourt la même année.

Rouge Brésil
raconte un épisode aussi extraordinaire que mal connu de la Renaissance : la première conquête du Brésil par les Français, sous la conduite d’un chevalier de Malte, Nicolas Durand de Villegagnon.
En 1555, une expédition censée profitable au commerce et au royaume est montée au nom d’Henri II pour fonder la France antarctique sous les tropiques.

Le titre du livre évoque directement le bois brésil, découvert dans ce pays et dont on tire une teinture rouge. L’intensité des échanges commerciaux qu’il suscita entre les continents eut pour résultat de nommer le pays du nom du bois éponyme. Ce roman basé sur des faits réels, s'inspire de multiples sources, notamment du journal de voyage d'un des protestants de l'expédition de Villegagnon : Jean de Léry, Histoire d'un voyage fait en la terre de Brésil et à notre époque, et des précieux éclairages de l’historien français Franck Lestringant, spécialiste du XVIe siècle.

Deux adolescents, Just et Colombe, sont embarqués dans l’expédition pour servir d’interprètes auprès des Indiens. Leur découverte de ce nouveau monde proche de la nature et leur lente maturation à son contact fait toute la trame du roman, centré sur ce choc de civilisations, « cet instant de la découverte qui contient en germe toutes les passions et tous les malentendus à naître » indique Jean-Christophe Rufin dans sa postface — « Bien qu’il concerne des sociétés, ce moment s’apparente à l’état amoureux lorsque deux êtres sont mis en présence pour la première fois. »

Pour créer cette colonie, Villegagnon, amiral de son état, s’implante avec tout son équipage dans une île de la baie de Rio de Janeiro, appelée alors Guanabara. Il consolide sa position en faisant ériger le fort Coligny pour résister à la conquête de ces terres par les Portugais. Des difficultés de tous ordres compromettent bientôt l’œuvre du colonisateur. Pour ramener l’ordre dans une île menacée par toutes les corruptions, Villegagnon demande l’aide de Calvin, ignorant son évolution radicale. En fait de secours, l’arrivée de cette seconde expédition de calvinistes a surtout pour effet de transformer l’île en champ de batailles théologiques et de précipiter la fin de la colonie. C’est le prélude, dix ans auparavant, des guerres de religion qui vont ravager la France pour longtemps.

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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Dim 24 Aoû 2014, 09:45

Calonne a écrit: Mais ils tiennent toujours les comptoirs indiens de Goa, Diu et Daman. Et surtout Macao !
 
Macao (à une heure de ferry de Hong Kong aujourd'hui) qui est pour les portugais une formidable plaque tournante vers l'Inde, la Chine et le Japon. Un commerce des plus fructueux y transite, de même que les nombreux missionnaires envoyés dans le Céleste Empire et l'archipel du Soleil Levant. C'est la porte d'entrée des portugais vers l'Extrême-Orient et on comprend qu'ils y tiennent férocement. De passage en 1787, La Pérouse témoigne de la dureté de l'administration portugaise en place.
Aujourd'hui encore, au-delà des néons criards de ses célèbres casinos, Macao conserve une très forte présence de son passé portugais, en architecture surtout.
 
..


Macao !  :n,,;::::!!!: 

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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Reinette le Dim 24 Aoû 2014, 11:33

M'intéressant fortement aux Amérindiens et leurs liens assez particuliers avec la France (relativement plus sympathiques comparés aux relations houleuses avec les Espagnols et les Anglais/Américains), j'avais découvert aussi tout récemment cette première colonisation du Brésil par les Français. Or, elle aurait été à dominante protestante : un bon moyen de prier au loin sans représailles du pouvoir et surtout cette religion encourage l'esprit d'entreprise et le commerce, contrairement au catholicisme, idéal pour une colonisation réussie. 
Ce qui est curieux, c'est d'apprendre que leur commandant fut un chevalier de Malte : je doute qu'il goûtait la fréquentation d'hérétiques.  Shocked À moins qu'Henri II a vu un bon moyen à la fois de se débarrasser d'un troupeau de rebelles et d'enrichir le royaume efficacement. Pour rassurer l'Eglise inquiète de voir proliférer l'hérésie aux antipodes, il a fallu lui donner des gages en donnant un chef catholique à l'expédition (peut-être particulièrement tolérant, car par définition déjà habitué à la fréquentation des musulmans en Méditerranée). 

En tout cas, ce tour du monde apporte de bons sujets de réflexion. Merci !  Very Happy
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par La nuit, la neige le Dim 24 Aoû 2014, 12:31

Mme de Sabran a écrit:
Mon cher Charles-Alexandre, autorise-moi une petite digression !  Very Happy 

Rouge Brésil
est un roman de Jean-Christophe Rufin publié en 2001 aux éditions Gallimard. Il reçoit le prix Goncourt la même année.

Excellent bouquin, que j’ai bien aimé. Très bien écrit !
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par La nuit, la neige le Dim 24 Aoû 2014, 12:33

Reinette a écrit:
En tout cas, ce tour du monde apporte de bons sujets de réflexion. Merci ! 
Absolument, et respirer « un autre air » fait du bien... Very Happy 
Merci Calonne.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Dim 24 Aoû 2014, 14:04

La nuit, la neige a écrit:
Excellent bouquin, que j’ai bien aimé. Très bien écrit !

Moi aussi, beaucoup !  Very Happy 

Il en a été tiré un téléfilm franco-portugais-brésilien réalisé par Sylvain Archambault :

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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Lun 25 Aoû 2014, 19:27

Merci pour ces informations, je suis tombé par hasard au cours de mes recherches sur cette présence française à Rio, mais n'en savais guère plus. Je connaissais ce livre et ce film de nom, mais j'ignorais qu'il se rapportait à cet évènement. France Antarctique, drôle de nom pour une colonie sous les tropiques...

Après les vaisseaux portugais, nous croiserons prochainement ceux des hollandais. Hé oui, en 1789, le pays des tulipes possède lui aussi des comptoirs et possessions lointaines, en Indonésie ou encore en Afrique du Sud...
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Lun 25 Aoû 2014, 19:35



Nous n'avons pas défait nos valises ! En voiture, Simone !!! :n,,;::::!!!:
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Lun 25 Aoû 2014, 23:05

Si l'âge d'or des Pays-Bas remonte au siècle précédent, il reste de l'empire colonial néerlandais de beaux restes... Petit retour en arrière...
Au XVIIème siècle, l'empire colonial néerlandais est impressionnant. Qu'on en juge :

- Amérique du Nord : une colonie qui s'étend de la Virginie à la Nouvelle Angleterre actuelles avec, au passage, une certaine New York, ancienne Nouvelle-Amsterdam et rebaptisée par les anglais.
- Les Antilles avec Aruba, Curaçao, Bonaire, Saint-Martin,  Saint-Eustache et Saba.
- Les îles vierges et Trinidad et Tobago.
- L'Amérique du Sud avec le Surinam, aujourd'hui Guyane hollandaise, mais aussi des possessions au Brésil, âprement disputées aux portugais.
- L'Afrique avec une partie du Sénégal, de la Mauritanie, de la Sierra Leone et du Libéria mais aussi le Togo, le Bénin, le Nigéria, une partie de l'Angola et du Mozambique (repris par les portugais) et bien sûr, l'Afrique du Sud.
- L'Asie avec Ceylan, Malacca et surtout l'Indonésie sans oublier un passage au Bengale, à Formose (Taïwan) et au Japon. Vous en voulez encore ? Coromandel, la Birmanie, le royaume du Siam, les Molluques... Et pour finir, la découverte de la Nouvelle Zélande. Impressionnant.

A l'époque qui nous intéresse, 1789, où en sont nos hardis navigateurs venus d'Amsterdam ? Ils ont perdu pas mal de territoires, au fil de guerres sans cesse renouvellées, avec les portugais principalement. Mais ils n'ont pas tout perdu, loin de là...

Au Japon, malgré le repli de l'archipel à cette époque, ils gardent leur comptoir de l'île de Deshima en face de Nagasaki. Ils sont les seuls occidentaux autorisés à commercer à cette époque, mais les contacts avec les japonais sont limités au strict minimum et il vaut mieux ne pas s'aventurer au-delà de l'île et des limites autorisées.
En Inde, ils conservent quelques plantations au Bengale, qu'ils perdront avant la fin du siècle face aux anglais.
Ils possèdent encore Ceylan (Sri Lanka) qu'ils perdront en 1802 et qui leur sert d'étape entre leurs possessions du Cap et d'Indonésie.
En Amérique du Sud, ils tiennent toujours fermement leurs prospères plantations de canne à sucre du Surinam qui n'obtiendra son indépendance qu'en... 1975.
S'ils ont quasiment perdu toutes leurs possessions africaines, il leur reste un morceau de roi, la colonie du Cap en Afrique du Sud. Ils sont bien installés dans ce qui n'est à l'époque qu'une bourgade perdue à la pointe extrême du continent, pourvue de quelques milliers de colons seulement. Mais ils vont y laisser une empreinte très forte... Ayant emmené des plants de vigne avec eux et ayant découvert le climat particulier de la région, ils y installent des exploitations viticoles qui sont à l'origine des célèbres vins d'Afrique du Sud. Aujourd'hui, la région de Stellenbosch ou de Praal est un formidable témoignage de ce passé avec ses maisons et fermes de style hollandais perdues parmi les vignobles sous le ciel africain. Chassés par les anglais en 1797, les colons émigrent vers le nord à la recherche de nouvelles terres, exode apellé le Grand Treck et formeront les Afrikaners. On connaît la suite... Quoiqu'il en soit, ils sont la raison pour laquelle, encore aujourd'hui, on croise en Afrique du Sud des blancs à la peau laiteuse, blonds ou roux, les yeux clairs et qui parlent une langue à forte consonnance néerlandaise.

Mais c'est bien l'Indonésie qui reste le joyau de leur couronne... Malacca et son détroit qui contrôle le transit d'une grande partie des marchandises circulant dans la région (Ils le perdront en 1806).
Les Indes Orientales Néerlandaises forment donc l'Indonésie. C'est leur bijou : Java, Sumatra, les Molluques, les îles de la Sonde, la Malaisie... Voici le thé, la noix de muscade, le clou de girofle, les épices, les laques précieuses, mais encore la soie, le corail, le riz ou les perles... Les navires hollandais regagnent la mère-patrie leurs cales débordant de richesses qui vont agiter les cours à la bourse d'Amsterdam, si loin... Pas vraiment d'opposition, sauf de la part de quelques sultans et roitelets locaux, vite matés.
Tout cela est sévèrement contrôlé par la redoutable VOC, la Compagnie des Indes Orientales, sorte de consortium qui n'a rien à envier à la Compagnie des Indes britannique. Cette institution capitaliste avant l'heure contrôle tout le négoce de l'archipel, de la production à la vente. Rien ne lui échappe et certains de ses agents, magouilleurs de haut vol, se taillent des fortunes colossales au passage. Une corruption si importante que la VOC s'effondrera, en pleine banqueroute, en 1800. C'est la VOC qui finance et construit ses propres navires, des galions qui permettent, depuis Amsterdam, de rallier le Cap en trois mois et l'Indonésie en cinq mois. Elle recrute elle-même ses marins et officiers également.

L'ensemble de l'archipel est loin d'être homogène : en dehors de Djakarta, fondée en 1619 sous le nom de Batavia, pas de grandes villes, pas vraiment d'urbanisme. Au-delà des grandes plantations, c'est la forêt, la jungle. Pas vraiment de routes, seules les côtes sont aménagées. Comme dans nos îles à sucre, le confort et plus encore le luxe sont rudimentaires et importés. Il s'agit de comptoirs, peuplés principalement d'aventuriers, d'agents de change, de petits fonctionnaires, de filles et de marins. Les autorités locales mènent une politique conciliante avec les roitelets locaux, avec certains égards, respect des hiérarchies locales, des seigneurs locaux... Ce qui permet de disposer, sans heurts majeurs, de l'importante paysannerie indonésienne comme main d'oeuvre.

En 1789, l'Indonésie est bien le joyau de l'empire néerlandais, formidable plaque tournante entre l'Afrique et l'Asie et en Asie même, permettant de rayonner sur l'Inde, la Chine et le Japon.


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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Lun 25 Aoû 2014, 23:10



Tu me donnes le tournis ! Very Happy
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Lun 25 Aoû 2014, 23:23

Personellement, connaissant bien l'Afrique du Sud et surtout le Cap, je reste toujours surpris par cet héritage néerlandais, très fort et si inattendu sous le ciel d'Afrique. Certaines localités ont des noms à résonnance bien néerlandaise, avec des maisons à pignons de style hollandais, très "dutchtown" et on y croise des hommes et des femmes blonds, roux ou châtain, les yeux et la peau claire. Et on est bien en Afrique, à quelques heures, c'est la brousse... Dépaysant et détonnant.

Sinon, petit rectificatif : ce sont en fait des hugenots français, fuyant la révocation de l'Edit de Nantes et ayant rejoint les colons hollandais du Cap, qui emmenèrent avec eux les pieds de vigne à l'origine des exploitations d'aujourd'hui.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par pilayrou le Mar 26 Aoû 2014, 11:49

1789 : départ de la Bounty pour la Polynésie. La révolte qui y éclatera marquera un tournant dans la discipline sur les navires du Roi d4angleterre (assouplissement).
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Mme de Sabran le Mar 26 Aoû 2014, 12:03



Ah tiens ! C'était en 1789, la mutinerie de la Bounty ?  Je l'ignorais !  

( une petite pensée enamourée forcément, pour Marlon Brando boudoi30  )
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

Message par Calonne le Mar 26 Aoû 2014, 16:39

La discipline était souvent féroce à bord de tous ces navires, quelque soit leur nationalité. On parle de voyages de cinq à six mois où, en dehors des rares escales, des dizaines ou centaines d'hommes se retrouvaient en milieu fermé et coupés du reste du monde.
A l'époque, en tant que passager, il ne devait pas y avoir grand chose (sinon rien) à faire. Les cabines étaient petites, pourvues du strict minimum et chaque jour était semblable au précédent. L'ennui et la lassitude devaient être épouvantables au bout d'un moment...
Les navires de l'époque sont pourtant plus rapides, plus sûrs, les cartes et itinéraires plus fiables, mais s'embarquer depuis Amsterdam ou Lisbonne pour l'Indonésie ou l'Ile de France, c'était une aventure.
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Re: Ailleurs dans le monde en 1789

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