Le sulfureux Choderlos de Laclos

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Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Ven 01 Juil 2016, 16:18

Evelyne Lever et André Castelot plus encore prêtent à Laclos une influence considérable sur le duc d'Orléans et le déchaînement des évènements début octobre 89 .
Pourtant, l'officier de l'armée française est complètement éclipsé par l'auteur génial du roman épistolaire des Liaisons dangereuses véritable traité du mal d'une implacable rigueur analytique et d'une rare qualité d'écriture .
Nous nous en sommes tous délectés !!!  N'est ce pas !  :n,,;::::!!!:
Par cette seule oeuvre, Laclos demeure à jamais un monument incontournable de la littérature romanesque et, aujourd'hui , l'un des sujets de prédilection du septième art .
Mais ce qui me titille pour l'instant scratch ,  écrivais je dans une autre vie (  :  )  c'est son rôle auprès du duc à la période révolutionnaire.

J'ai retrouvé ce vieil Historia dans lequel Georges Poisson lui consacre un article intitulé La liaison dangereuse de la plume et de l'épée :



Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos vient au monde à Amiens, le 18 octobre 1741 .   Décidé à vouer sa vie à l'armée, il s'inscrit en 1759 à l'école d'artillerie de la Fère et commence une carrière militaire sans histoire . En 1762, il arrive à la Rochelle et s'embarque pour "les îles" , mais trop tard pour participer aux derniers soubresauts de la guerre de Sept ans .  
C'est le premier d'une longue accumulation de regrets .   Dès lors, il traîne de garnison en garnison, fournissant un service irréprochable, se perfectionnant dans le métier des armes . Le lieutenant Laclos monte lentement en grade .
Entre deux exercices, il fréquente le monde et remporte de petits succés en rimaillant dans les salons qui sont le cadre doré d'intrigues légères ....
Tout va changer à Grenoble, où il prend conscience de la corruption de la société :




Le livre mit quelques temps à incuber et à éclore parce que les années suivantes sont bien remplies pour Laclos : mission à Valence pour y installer une école d'artillerie, mission de fortification de l'île d'Aix ( ??? ) .   Nouvelle déception : le fort d'Aix ne joue aucun rôle dans la guerre d'indépendance américaine .

Pour tromper sa frustration, Laclos se jette à corps perdu dans l'écriture et la mène à son point de perfection . Les Liaisons paraissent en 1782 et remportent un fabuleux succès à l'arrière-goût de scandale .  Mais le but de l'auteur, de dénoncer la pourriture des mœurs et de la société, ne fait pas mouche :  les lecteurs ne font que goûter son œuvre comme une peinture grivoise encore plus épicée que les innombrables romans légers de l'époque .
Déception encore pour Laclos !!!

Une nouvelle mission, cette fois de construction d'un arsenal, le renvoie à la Rochelle .
Il s'y éprend de la blonde et potelée Marie Soulange Duperré .  boudoi30  Elle a vingt-trois ans ( lui approche de la quarantaine ) . Elle est la fille d'un fonctionnaire financier qui n'apprécie pas la réputation d'auteur sulfureux de ce chevalier servant tellement empressé auprès de sa fille ...   trop empressé : Marie a vu le loup, elle est enceinte.
Laclos met pourtant trois ans à vaincre les réticences de sa future belle-famille et à épouser celle qu'il aime .





Laclos, ne comprend pas que le meilleur moyen de se faire bien voir de l'administration, tant civile que militaire, c'est de ne pas faire de vagues : il a l'idée saugrenue d'attaquer par la plume ... Vauban, l'idole de l'armée française !!!  Smileàè-è\':  
C'est un tollé ! L'impertinent est sanctionné et même privé de congé au beau milieu de son voyage de noces !  
Il est obligé de regagner Metz, bloqué dans le grade de capitaine, officiellement bien noté mais en réalité tenu en suspicion .

Il commence à penser que la protection d'un puissant serait la bienvenue et même favoriserait son avancement  ....   Suivez ma pensée .....  Suspect
Bingo !
 Lâche, indécis, brouillon, velléitaire, une ganache ( oh ! j'adore une ganache ! )  son nouveau maître sera le duc d'Orléans, point encore connu sous le sobriquet d'infamie :  Philippe Egalité qu'il méritera bientôt!

C'est à la fin de l'année 1788 que Choderlos de Laclos devient le secrétaire des commandements du duc d'Orléans .  
Pour Georges Poisson, Laclos se met au service d'Orléans et ne le reniera jamais .




C'est très intéressant cette information sur les cahiers de doléances que j'ai lue aussi ailleurs : ils semblent avoir été imaginés et mis en oeuvre par Laclos, diffusés et multipliés dans toute la France d'après un modèle fait par Laclos !!


Kiki :
Ah bon ? Laclos était donc plus doué pour jouer les Valmont et engrosser les jeunettes que pour chauffer l'ambition d'un Orléans ?
Le prince ne manquait pas d'hommes plus aptes à ce rôle dans son entourage, nous dit l'auteur de l'article... Ok, mais qui ?! Nous donne-t-il des noms ? des pistes ?



Georges Poisson ne mesure pas la réalité de la situation : La partie fut gagnée par les révolutionnaires lors des journées d'octobre, auxquelles ni Philippe d'Orléans ni Laclos ne semblent avoir participé, mais la Cour, par un dernier sursaut, essaya d'en faire porter la responsabilité au prince, en l'éloignant .
Comme si Orléans et Laclos n'avaient pas participé à octobre !   Shocked

Ce n'est franchement pas l'avis de Tulard, Fayard et Fierro :



Nier la participation d'Orléans aux funestes journées d'octobre est vraiment de la mauvaise foi !

Pour André Castelot, la rébellion d'Orléans se divise en deux frondes : la Fronde parlementaire allumée et animée par Mme de Genlis et son clan, et la Fronde du prince qui prend le relais, déchaînée par Laclos en évinçant purement et simplement Félicité !

Je vais le travailler, disait Laclos en parlant du duc, en prenant son poste .
Et cette pâte molle de Philippe va se laisser travailler au-delà de toute espérance . Au lieu de prendre la direction du mouvement, il laissera les autres agir en son nom .
Laclos n'en espérait pas tant !


Choderlos de Laclos se prenait pour un génie méconnu .... et peut-être cet ambitieux l'était-il réellement . De toute manière, c'était un homme redoutable .


( André Castelot )

Laclos est maçon comme lui, et c'est là une raison déterminante pour Orléans pour le choisir pour secrétaire :




Que voilà un point de vue intéressant ! L'auteur de l'article dans "Historia" avance que c'est sans preuve qu'on accuse Laclos d'ambition.
Castelot affabulerait il ?
Non. Evelyne Lever va dans le même sens !
Pour elle Orléans est une chiffe molle qui subit les influences diverses ... Je la citerai ensuite .

Laclos est un homme terriblement aigri par sa carrière militaire dans laquelle il ne se sent jamais estimé et employé à hauteur de ses compétences, comme il le mériterait .  Il trépigne et attend son heure, le moment où il pourra déployer ses talents .

Castelot poursuit :
Désormais, seul Laclos règne . Il va dominer son maître, "autant, précisait l'ambassadeur de France à Londres ...





Ah ! nous en sommes aux fameux cahiers de doléances !  



J'ignorais ( jusqu'à ce que je m'intéresse à Orléans ) que les cahiers de doléances étaient une invention de Laclos .  ?!!     Hop!

Kki :
"le texte en avait été rédigé d'après les instructions" du duc ?!


Non : certaines sénéchaussées indiquaient ingénument que le texte en avait été rédigé par Orléans . Ce n'est pas pareil !


La nuit, la neige :
Dans ses Mémoires, Tilly rapporte le propos que lui aurait tenu Laclos au sujet des Liaisons :

Après avoir étudié un métier qui ne devait me mener ni à un grand avancement ni à une grande considération, je résolus de faire un ouvrage qui sortît de la route ordinaire, qui fît du bruit, et qui retentît encore sur la terre quand j'y aurai passé. (...)
Je soignai mon style autant que j'en suis capable, et, après quelques mois d'un dernier travail, je jetai mon livre dans le public.


A noter que la Bibliothèque Nationale conserve un exemplaire des Liaisons acquis par la Reine, sans les initiales de l'auteur ni le titre de l'oeuvre sur la reliure.

Invité a écrit:
la nuit, la neige a écrit:
Mme de Sabran a écrit:  J'ignorais ( jusqu'à ce que je m'intéresse à Orléans ) que les cahiers de doléances étaient une invention de Laclos .
Ce n'est pas ce qui est écrit non ?


Si, il en est l'instigateur, d'abord dans l'apanage d'Orléans, ce qui correspond à peu près à trois départements . Son initiative aurait ensuite fait tache d'huile .


A suivre ... :n,,;::::!!!:

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Sam 02 Juil 2016, 08:57

D'après wiki, la question de la prononciation de Choderlos fait toujours débat :   Hop!

Les francophones hésitent entre deux prononciations pour Choderlos, soit sho-der-lo et ko-der-lo.

L’Académie française préconise cependant la prononciation ko-der-lo.[réf. nécessaire] Roger Vailland, dans son Laclos par lui-même (p. 65), donne un fac-similé d’un Mémoire pour demander la Croix de Saint-Louis rédigé par Laclos et daté du 26 août 1787, il s’y dénomme Chauderlot de Laclos.

Cependant, les actuels descendants de Choderlos de Laclos prononcent leur nom : sho-der-lo, ce qui est vraisemblablement la bonne prononciation.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Choderlos_de_Laclos

Kiki :

Remarque, l'inverse ne m'aurait fait ni cho ni froid ....



Dans la correspondance de d'Angerville (sorte de nouvelliste parisien) :

Le roman des Liaisons dangereuses a produit tant de sensations, par les allusions qu'on a prétendu y saisir, par la méchanceté avec laquelle chaque lecteur faisait l'application des portraits qui s'y trouvent à des personnes connues (...), que la police en a arrêté le débit, et a fait défendre aux endroits publics où on le lisait de le mettre désormais sur leur catalogue.
L'auteur est fils d'un M. Chauderlot (sic), premier commis d'un intendant des Finances ; il a déjà éprouvé beaucoup de chagrin de la publicité de son ouvrage. Parce qu'il a peint des monstres on veut qu'il en soit un.


Témoignage, sans doute, de l'orthographe flottante de l'époque, mais plus certainement encore de la prononciation.

Kiki :
Ne chipote pas s'il te plait  .    

Gouverneur Morris :
Ne kipote pas ?   Smileàè-è\':

En choeur :

Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing  Laughing

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Majesté le Sam 02 Juil 2016, 09:42

C'est un point de vue qui m'est effectivement revenu en tête lors de la dernière énigme du jeu de l'été :
Il me semble que c'est la prononciation [sho-der-lo] qui soit la plus reconnue, même si cela peut paraître vulgaire à ceux qui ont goûté à l'autre... à l'instar de celle de Jane Austen :


Bien à vous.

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Sam 02 Juil 2016, 10:46

La prononciation Ko, à la grecque, est sans doute plus chic.   ( mais non pas kik    )

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Majesté le Sam 02 Juil 2016, 11:32

C'est assurément ce pour quoi (ou choi...x) je l'avais adoptée... :
Mais si elle n'est pas celle qu'utilisent les porteurs du nom... J'ai à cœur de les respecter...


Bien à vous.

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Sam 02 Juil 2016, 13:56

Puisque nous en sommes à l'initiative de Laclos d'organiser la rédaction de cahiers de doléances, dans tous les coins de France et de Navarre, sur un modèle conçu par lui, eh bien, je vous propose un exemple, une page de ces fameux cahiers ...
Allez Zou !    :n,,;::::!!!:





En voici encore un exemple, et là, nous avons même la couverture :

[/quote]

Je lis, sous les plumes de Tulard, Fayard et Fierro, que l'influence occulte de Choderlos de Laclos auraient pu s'étendre au-delà même de l'exécution d'Égalité . Il serait le seul, dans la mouvance d'Orléans à avoir échappé à la guillotine .
Arrêté avec d'autres orléanistes, le 31 mars 1793, son emprisonnement sous forme d'assignation à résidence, dans sa propre maison, est d'une étrange clémence . On a insinué que Laclos était protégé par Robespierre .
Participe t-il au 18 brumaire ? En tout cas, il accueille d'enthousiasme l'arrivée au pouvoir de Bonaparte .

Acteur caché de la Révolution, Laclos est un bon exemple des relations souterraines unissant les milieux orléanistes et révolutionnaires jusque sous le Consulat. Les ahurissantes complaisances dont il a constamment bénéficié, même aux périodes les plus tragiques, permettent d'échafauder les hypothèses les plus folles .


Cécile :
C'est quand même incroyable ce que les français sont pénibles à gouverner : l'égalité devant l'impôt , c'est qu'on leur  proposait (le roi et Calonne) déjà  en 1786, et qu'ils ont refusé (enfin certains, les plus gros financièrement bien sûr) et voilà qu'ils le demandent dans tous les cahiers de doléances....spontanément ou pas d'ailleurs...
De l'art de tourner en rond...

A-t-on des propos de Robespierre himself concernant Choderlos qui viendrait attester cette protection de l'incorruptible ?
Et comment Choderlos a -t-il réagi à Thermidor lors de la chute de l'incorruptible ? qui l'a mis au chaud pendant ce temps et où ?

Étrange, ces hommes qui s'en sortent toujours là  où les autres se cassent le nez...
Opportunisme et savoir faire comme Tayllerand, monnaie sonnante et autres magouilles ....Racontez, je découvre...

Kiki :
C'est la clique des courtisans qui a repoussé cet essai de réformes de Calonne .
Les nobles ne voulaient pas voir attaquer leurs privilèges, le plus important étant bien sûr de couper à l'impôt !

cecile a écrit:

A-t-on des propos de Robespierre himself concernant CHoderlos qui viendrait attester cette protection de l'incorruptible ?
Et comment Choderlos a -t-il réagi à Thermidor lors de la chute de l'incorruptible ? qui l'a mis au chaud pendant ce temps et où ?


Eh bien, précisément, Laclos était censé être en prison ( en fait résidence surveillée, chez lui ) à ce moment-là ; la chute de Robespierre ne met pas un terme immédiat à sa " captivité " et Laclos ne retrouve la liberté que le 3 décembre 1794 , autre fait curieux qui pourrait effectivement s'expliquer par des liens avec l'  " Incorruptible " .
( Histoire et Dictionnaire de la Révolution Française, de Tulard, Fayard et Fierro )


Baron de Batz :

Laclos se permettait de parler au Duc d'Orléans avec un ton très libre. Une fois, arrivant chez lui au Palais Royal, il se permit de lui dire qu'il espérait le voir dans un de ces rares moments où Mme de Genlis laissait son corps et esprit libres!

Kiki :
C'est exactement ce que j'ai posté la semaine dernière, non pas dans le sujet de Mme de Genlis mais dans celui d'Agnès de Buffon . Car c'est de Mme de Buffon ( et non Genlis ) que Laclos parlait si cavalièrement à Philippe Egalité, mon cher Baron .

Cécile a écrit:
   C'est quand même incroyable ce que les français sont pénibles à gouverner : l'égalité devant l'impôt , c'est qu'on leur proposait (le roi et Calonne) déjà en 1786, et qu'ils ont refusé (enfin certains , les plus gros financièrement bien sûr) et voilà qu'ils le demandent dans tous les cahiers de doléances....spontanément ou pas d'ailleurs...
   De l'art de tourner en rond...



Ce qu'on lit dans les cahiers c'est ce que voulait le peuple. Ceux qui ont poussé des cris d'orfraie quand le Roi voulait réformer, c'était les privilégiés. Ce ne sont pas les français qui tournaient en rond mais le Roi et les ministres. En réunissant les Etats Généraux, Louis XVI n'eut que la confirmation que sa première idée était la bonne.

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Louise-Adélaïde le Sam 02 Juil 2016, 17:04

La prononciation "sho" est attestée par deux écrits de Choderlos lui-même, ( documents d'époque) orthographiés le premier = CHAUDERLOT et le second CHAUDERLOS.

Le caractère "sulfureux" de cet homme méconnu et mal compris me semble ( soyons courtois) un dérapage romanesque ( même s'il s'agit là de deux historiens reconnus qui en sont les auteurs);
En effet, noble de noblesse de robe récente, Choderlos de Laclos, préfère la carrière des armes au droit, et rêve de s'y illustrer;
Hélas, le contexte militaire de l'époque ne s'y prête guère, et il va végéter de garnisons en garnisons durant dix sept ans;
Il effectue donc parallèlement moitié pour progresser sur le plan social, moitié pour se désennuyer, deux démarches = une entrée dans la franc maçonnerie dont il deviendra grand maître d'une loge provinciale et ensuite se lance dans la rédaction d'un roman épistolaire qui va connaître un succès de scandale absolument en contresens avec le vrai sens donné par Laclos, fervent admirateur de Rousseau, de La Nouvelle -Héloïse, notamment;
Les Liaisons dangereuses sont ( confert la double préface, écrite soigneusement par Laclos) un roman moral soigneusement déguisé de cynisme et d'ironie, mais la fin en porte la trace, et rejoint la double préface pour "encadrer" la siginfication; les "méchants" sont punis, les "imbéciles" aussi, et seules, deux vieilles femmes demeurent à commenter sagement;
Roman aigu, amer, Les Liaisons expriment en filigrane la dépravation de la noblesse, le règne des apparences, le jeu des illusions, surtout le vide existentiel qui ronge une société à son déclin;
Le titre lui-même ( au XVIIIème siècle "liaison" a le sens de "relation sociale" est infailliblement clair = une "relation sociale" dangereuse ruine une vie dans une société qui sacrifie tout à ce jeu y compris identité personnelle et sphère de l'intime;

Je m'en tiens là, je ferais un cours sinon;
Mais, désolée, et le titre du sujet, et la description du personnage de Laclos sont en contresens ( contresens confirmé par les études critiques récentes; ) au mieux, c'est superficiel, et ne donne pas une haute opinion du forum;

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Majesté le Sam 02 Juil 2016, 17:39

Merci , ma chère Louise-Adélaïde, pour tes Lumières qui nous en apprennent encore sur ce roman que chacun de nous connaît assez bien, je crois Very Happy


Bien à toi Wink

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Louise-Adélaïde le Sam 02 Juil 2016, 19:20

Majesté a écrit:chacun de nous connaît assez bien, je crois

Absolument, j'ai réagi à "sulfureux" qui est une légende......En fait, c'était un pauvre type aigri, heureusement bien marié; sans ça, il virait au Robespierre.....

Quant à mes lumières OUF....... Sad Sad Sad



Bien à toi, cher Majesté, j'y retourne.......sans "lumières" !!!

" y " = à mes élèves...... Smileàè-è\':

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Sam 02 Juil 2016, 23:13

Louise-Adélaïde a écrit:
Roman aigu, amer, Les Liaisons expriment en filigrane la dépravation de la noblesse, le règne des apparences, le jeu des illusions, surtout le vide existentiel qui ronge une société à son déclin;
Le titre lui-même (  au XVIIIème siècle "liaison" a le sens de "relation sociale" est infailliblement clair = une "relation sociale"  dangereuse ruine une vie dans une société qui sacrifie tout à ce jeu y compris identité personnelle et sphère de l'intime;

Je m'en tiens là, je ferais un cours sinon;
Mais, désolée, et le titre du sujet, et la description du personnage de Laclos sont en contresens ( contresens confirmé par les études critiques récentes; ) au mieux, c'est superficiel, et ne donne pas une haute opinion du forum;


L'article d'HISTORIA présente bien les Liaisons comme une dénonciation de cette société, et Laclos comme un moralisateur :
( premier message )

Mme de Sabran a écrit:


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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Louise-Adélaïde le Dim 03 Juil 2016, 07:51

Oui, oui ! Chère Eléonore, j'avais bien lu.......Il y a je pense un malentendu possible sur l'emploi de "sulfureux" , d'où la nuance seulement que j'ai souhaitée apporter =
Mes profs ( agrégation, l'oeuvre y a été en 1992) ont commencé par là, en dénonçant vigoureusement la réputation du roman, et par extension du romancier; réputation de roman "scandaleux" ;
Or, l'emploi de "sulfureux" peut avoir deux sens 1) roman scandaleux par l'histoire racontée sens habituel; 2) roman scandaleux par la dénonciation de la société qu'il fait; c'est bien sans doute ce second sens qui est donné par les deux historiens;
Du coup, on emploie aussi "sulfureux" pour Choderlos, ce qui me semble inapproprié;
Cet homme était plutôt "psychorigide" pour ce que j'en ai appris, sévère, aigri, et en même temps sentimental et idéaliste; il était fou amoureux de sa femme, et un très bon père, en admiration devant La nouvelle Héloïse et Rousseau; on a d'ailleurs qualifié les Liaisons d'anti-roman Rousseauiste;
Je dirais que Choderlos était Rousseauiste, amer et cynique;


Bon, j'ai fait un cours........ boudoi29

Très douce journée à vous, chère Eléonore, j' "y" * retourne....... pale

* "y" = à mes cours........ study What a Face Smileàè-è\':


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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Dim 03 Juil 2016, 09:34

.

Le terme de sulfureux replace Laclos dans son contexte historique.
C'est ainsi que le percevaient ses contemporains.
Je vous cite le journal du marquis de Bombelles, année 1782 :




Par ailleurs, au delà de l'auteur des Liaisons dangereuses, voilà un homme dont l'action politique occulte dans la mouvance du Palais Royal contribue à faire un personnage trouble, mystérieux et inquiétant.  L'interprétation qui en est donnée plus haut  ( notamment par les biographes de Philippe Égalité )  me semble plus substantielle que " superficielle ".

Enfin, je n'en suis qu'au début de ce bouturage .     Apprêtez-vous à en lire de vertes et de pas mûres, à en prendre et à en laisser .   Toute approche de tout personnage historique est ambigüe, souffle le chaud et le froid.   Laclos auteur ou militaire, bon père de famille, ou éminence grise du duc d'Orléans est particulièrement protéiforme donc sujet à caution.

Quel qu'ait été l'homme, ses Liaisons n'en demeurent pas moins une œuvre fabuleusement géniale, un MONUMENT de la littérature française,  pur régal à savourer sans modération.

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Louise-Adélaïde le Dim 03 Juil 2016, 12:49

Mme de Sabran a écrit:Le terme de sulfureux replace Laclos dans son contexte historique.
C'est ainsi que le percevaient ses contemporains.

Ah, ok, en ce cas;

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Dim 03 Juil 2016, 18:10

Voilà ! Very Happy

Tenez, notre Princesse nous proposait toujours une bibliographie étourdissante :
( et, je vous préviens, elle ne portait pas Choderlos de Laclos dans son coeur ! : )


Madame de Chimay :

Choderlos de Laclos ou l’obstination de Georges Poisson
Grasset, 1985, 525 p

Quatrième de couverture

La dernière biographie de Choderlos de Laclos a plus de cinquante ans. Georges Poisson , pour écrire la sienne , qui fera date , a cherché et trouvé quoi ? D’importants inédits aux Archives du Génie –et ailleurs.
Des inédits qui éclairent la vie de Laclos et apportent une contribution importante à la connaissance de son œuvre.

Comploteur , agent de la subversion , violeur de consciences, Laclos passe pour un des personnages les plus noirs de la Révolution et on lui refuse toute parcelle de cet idéalisme dont on crédite Robespierre et au nom duquel ce dernier fit tomber tant de têtes…

Georges Poisson , lui , a découvert un Laclos bien différent : certes , un réformisme parfois brutal , mais probe , légaliste, enthousiaste , passionné sous une apparence impassible , obstiné dans la poursuite de ses desseins , souvent maladroit et même un peu naïf.
Enfin , un extraordinaire amoureux qui vécut, jusqu’à sa mort , un grand amour…

Auprès de conservateurs de musées , de bibliothécaires, d’archivistes , de collectionneurs privés , de professeurs , d’érudits , d’historiens locaux . Georges Poisson a mené une longue enquête , pour la gloire et la vérité des Liaisons Dangereuses.




Le deuxième ouvrage :

-Politique de Laclos
de Biancamaria Fontana
Editions Kimé, 1996, 173 p

Quatrième de couverture

Deux siècles après la publication des Liaisons Dangereuses , l’écrivain Choderlos de Laclos demeure méconnu pour le lecteur moderne , figure sombre et énigmatique éclipsée par la réputation scandaleuse de son roman.
Et pourtant , c’est dans l’expérience personnelle de l’officier d’artillerie , de l’agent orléaniste et du militant jacobin qu’on peut découvrir les significations profondes d’un ouvrage qui semble toujours hésiter entre la conspiration et le projet révolutionnaire.
Dominé par les thèmes de la guerre d’amour et du combat des sexes , Les Liaisons Dangereuses trouve sa force dramatique et son actualité dans une vision fondamentalement conflictuelle de la liberté individuelle.

J’attends encore ces livres suivants :

-Choderlos de Laclos
de
Jean-Paul Bertaut
Fayard, 2003, 570 p : 32 euros

-Le Général Choderlos de Laclos : Auteur des Liaisons dangereusese, 1741-1803, d'après des documents inédits
...de Emile Dard

Une question que je me pose : comment un général tel que Laclos a t-il pu écrire un tel roman s'il n'avait pas déjà en arrière pensée la nouvelle société qu'il substituerait à celle de l'Ancien Régime , c'est à dire : Egalité des sexes, libertinage , divorce...
Les Liaisons dangereuses , dans cette optique, ne seraient autre que l'exposition de son projet politique ?
Que ceux et celles qui ont lu le bouquin me répondent...
Autrement parlant, je vois mal un général versé dans l'art et la stratégie militaire finir en galanterie et surtout l'exposer dans un roman par surcroît .
Quel est l'objectif de Laclos au finish ?
Et ce ne serait que sciemment et consciemment , qu'il aurait abusé de la forme du roman pour mieux diffuser ses idées et imposer sa vision et son projet de société, son projet politique...
Quel tacticien ! C'était bien calculé ! Il ne faisait pas rien pour rien !

Kiki :
Même en vous triturant la cervelle dans tous les sens, chère Princesse, vous ne décèlerez pas l'ombre d'un projet politique dans les liaisons !
Ou alors, il m'aura complètement échappé !

Diphil :

Nous sommes deux à ne pas l'avoir entendu!

Madame de Chimay :

Pourquoi se serait-il donné la peine d'écrire un roman alors ? Shocked
Il ne faut pas oublier que c'est un militaire , qu'il a une stratégie bien définie pour un travail de sape...
Il ne fait pas rien pour rien...

Kiki :
Les seules stratégies des Liaisons sont amoureuses, croyez-nous, de même que les assauts ... Wink
Le langage-même de Valmont (lorsqu'il parle de sa "conquête" de Mme de Tourvel qu'il veut "forcer" malgré elle à l'aimer) est nourri de métaphores militaires et guerrières ...
Voici une expression très courue à l'époque pour dire la réciproque : " Madame de Ceci a attaché à son char Monsieur de Cela " .

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Mar 05 Juil 2016, 10:22

Je poursuis ce bouturage :

Madame de Chimay :
Je suis tombée sur un scoop tout à l'heure sur un livre numérisé de Google . En l'occurrence, il s'agit du livre d'Emile Dard , livre que j'attends . Mais plus moyen de retrouver le chapitre.
Il s'agit d'une lettre de Philippe Egalité inédite sur Laclos. Il faut absolument que je retrouve ce morceau d'anthologie...

Je viens de retrouver cette fameuse lettre dont je parlais. cheers
Cette lettre , c'est une bombe !
Ce livre d'Emile Dard est génial . Vivement que je le reçoive.
Je vous dis à tout à l'heure pour ménager le suspense ...

Tous en choeur :

Nous grillons d'impatience ! :n,,;::::!!!:

Madame de Chimay:
Voici toujours la lettre d'Orléans . Pour la réponse de Laclos , ce sera pour plus tard .

La faction d’Orléans mieux dévoilée .
Lettre de M. le duc d’Orléans à M . de Laclos ( Londres , le 10 mai 1790
). Et réponse de M. de Laclos à M. le duc D’Orléans , B.N.
Lb39 3402 et Lb 39 3575

« C’est vous seul qui m’avez rendu ambitieux … C’est vous qui m’empêchâtes d’aller me jeter aux pieds du Roi lorsque les Allemands environnaient Versailles. Ce sont vos artifices et la rigide métaphysique de l’abbé Sieyès , qui m’ont perdu. Ah ! Laclos ! Que le roman patriotique que vous m’avez fait faire peut bien s’appeler à plus juste titre , Les Liaisons Dangereuses que celui où vous avez peint Valmont et Merteuil …
En vérité , j’étais né pour le vice plutôt que pour le crime. Cette charge de grand-maître de l’artillerie que votre ambition convoite avec tant d’ardeur a été votre unique but et non le soin de ma grandeur et l’amour de ma personne . J’ai été votre dupe . Je suis tenté quelquefois de ramasser mes trésors et , pour tout expier , de me jeter dans le parti du Roi. Mais les Cours sont sans reconnaissance et je donnerais à certaines gens le pouvoir de me faire décapiter . Mon embarras est affreux …Vous m’avez placé dans une situation où il faut que je joue mon reste. Mais je crains bien que l’opinion ne soit plus pour moi . La Fayette m’a dévoilé . On m’aime, on m’attend , me dîtes vous sans cesse. Avec un peu d’esprit , puis-je vous croire !
…Ah ! Laclos , Laclos, que je suis malheureux de vous avoir connu !
"

Source : Général Choderlos de Laclos d'Emile Dard.

C'est un morceau d'anthologie que cette lettre! Hallucinant! !!!

Kiki :
Merci pour cette publication!

Madame de Chimay :

Tout à l'heure, je publierai la réponse de Laclos.
Maintenant , nous connaissons mieux la nature de la relation entre ces deux hommes et cette lettre n'a fait que confirmer ce que je soupçonnais...

Cette lettre est terrible !
Et malgré tout cela, il entrera aux jacobins, y mettra son fils et votera la mort du roi !
Il avait pourtant bien conscience de la manière dont il avait été manipulé ! Shocked

Cosmo :

Orléans disant "j'étais né pour le vice plutôt que pour le crime", je n'y crois pas une seconde - ça sent la fausse lettre à plein nez. Les faussaires du XIXème n'étaient pas très habiles et en faisaient souvent des caisses... Il y a beaucoup de fausses lettres de personnages historiques qui circulent (notamment de la reine bien évidemment (merci Feuillet de Conches boudoi29 ) mais aussi d'Orléans, Lafayette etc...

Reinette :
C'est à quoi j'ai pensé au début, tellement c'est gros. Mais la lettre semble correctement référencée.

Mme de Sabran :

C'est génial, si ce n'est pas un écrit apocryphe, bien sûr, ce que l'on ne peut pas exclure totalement !
Le trio infernal, Ordure, Siéyès, Laclos ! C'est presque trop beau pour être vrai !
Exactement ce que je venais de citer sous la plume de Bombelles !

... en raccourci :

Mme de Sabran a écrit:

17 juin 1789 :

Ce projet dont les suites pouvaient être affreuses, était concerté entre M. l'abbé Siéyès, M. de Laclos et le prince, que le besoin de se venger du Roi semble avoir sorti de son caractère léger et insouciant .

( marquis de Bombelles )

Mais nous savons que Laclos et Siéyès n'étaient pas les seuls , à ce moment-là ! Il y avait aussi Mirabeau qui misait sur le duc d'Orléans !!! ( une sacrée autre pointure que Laclos, Honoré ! ) Cela lui passera très vite . Dès le lendemain du 14 juillet, en fait .
Peut-être Orléans ne le mentionne-t-il pas parce que, schpounk, il est mort ? Ou mieux, parce qu'il préfère oublier le mépris cuisant de Mirabeau ...

Kiki :

La lettre daterait de 1790, donc Mirabeau n'est pas mort.

Cosmo :

Il y a plein de fausses lettres aux archives, ne vous inquiétez pas pour ça ! Des quantités de fausses lettres ont été produites tant sous la Révolution qu'au début du XIXème afin de servir d'arme politique à l'un et l'autre camp.. La reine elle-même s'est plainte dans une lettre à Fersen que l'on imitait constamment son écriture pour fabriquer de fausses lettres d'elle-même à l'Empereur. (Ce qui me fait d'ailleurs douter de la "trahison" dont la reine est accusée (mais c'est un autre sujet).
la reine à Fersen (7 décembre 1791) : "Ce que l'on dit de mes lettres à l'Empereur est incompréhensible. Il y a déjà quelque temps que je soupçonne que l'on imite mon écriture pour les écrire. Je veux éclaircir ce fait."

Madame de Chimay :

Voici le portrait que Rivarol traçait , quelques mois après de Laclos dans le Petit Dictionnaire des Grands hommes de la Révolution, Paris, 1790.
« Laclos, le confident, le conseiller, l’ami peut-être du Duc d’Orléans . C’est lui qui débrouille ses sentiments , qui enfante tous ses projets , qui dissipe toutes ses craintes ; en un mot , c’est lui qui en a fait un moment l’idole et l’espoir du peuple. A quel degré de gloire il aurait élevé ce grand prince , s’il eût pu le persuader sans l’effrayer ! Mais on apprend à jouer toutes les grandes qualités, excepté le courage , et le malheureux Laclos n’a pu même donner le sien à son élève. Il reste donc inutilement attaché à sa fortune. Et il répond seulement à la nation de ses aumônes."

Source : Choderlos de Laclos d'Emile Dard

Kiki :
Redoutable mot de Rivarol.
Merci princesse.

Pour ce qui concerne la lettre d’Orléans à Laclos, je n’ai pas d’avis tranché.
Comme le précise Cosmo, il peut s’agit d’un faux. C’est envisageable.
Ou pas. De toutes les manières, tous le décriront comme un manipulé, un faible...

Madame de Chimay :

"Le Marquis de la Luzerne était le neveu de Malesherbes , le frère de l’évêque de Langres et du comte de la Luzerne , ministre de la Marine ; envoyé du Roi près du Congrès américain pendant la dernière guerre , il avait ardemment travaillé à la cause de l’indépendance des Etats-Unis . Comme son secrétaire Barthélémy , c’était un monarchiste constitutionnel , un monarchien comme on disait. Il était l’ami et l’admirateur de La Fayette et croyait en Necker ; au demeurant religieusement fidèle à son Roi.
« Je serai, écrivit-il à Montmorin , dans tous les jours de ma vie bien heureux et bien glorieux lorsque je pourrai contribuer à faire réussir les affaires de Sa Majesté , et c’est avec un zèle bien sincère et bien pur que j’y emploierai tous mes soins dans la circonstance présente.
"

Correspondance de Louis-Philippe-Joseph d’Orléans avec Louis XVI, la Reine , Montmorin,Liancourt , Biron

Publiée par L.C .R. , Paris, Lerouge , 1800 et 1801.

Les lettres du marquis de la Luzerne qui surveillait le Prince et son secrétaire , sont inédites . Elles étaient toutes chiffrées . On verra qu’elles abondent en révélations curieuses. Nous indiquons une fois pour toutes cette source importante.


Source : Choderlos de Laclos d'Emile Dard

"Soucis d’argent , soucis politiques.
A Paris, les libelles se déchaînaient sur le malheureux prince et La Fayette tramait les plus noirs complots.

Le duc finit sa lettre à Laclos , en faisant le bilan des espérances qu’on lui prête et en adressant un suprême appel à Laclos : « Georges ( le roi d’Angleterre ) n’est pas loin d’avoir des rechutes ; s’il tombe tout à fait, vous savez ce que Fox et Galles m’ont promis. J’ai un homme auprès des Savoyards qui me rend compte de tout. Ils enragent.
Le beau-frère ( le duc de Bourbon ) a juré ma mort , mais nous ne nous rencontrerons jamais, et j’ai plus d’argent que lui …Le papa Savoie est endetté ( le roi de Sardaigne , beau-père du Comte d’Artois )et il aime la paix. Léopold ( Léopold II, frère de Marie-Antoinette ) n’aime pas sa sœur ; le prussien les hait tous deux et l’Espagne est nulle. Ainsi, c’est de l’intérieur que doit partir la foudre. M. L’Artilleur , faîtes le Jupiter , écrasez ces petits géants et placez-moi sur trône , vous serez à mes côtés ."


Source : Choderlos de Laclos d'Emile Dard

Vraiment , Philippe Egalité est l'homme de l'instant . C'est une vraie toupie cet homme là !

Kiki :
Le fait que Philippe Egalité change d'avis à chaque instant dans cette lettre, cela me fait penser que selon moi, cette lettre est authentique.

Madame de Chimay :

"L’Artilleur , dans sa réponse , proteste de son zèle et rappelle la longue série d’escroqueries et d’attentats qui eussent assuré le succès , si le prince n’avait fui devant La Fayette.
Cependant rien n’est désespéré , si on lui donne de l’argent . Il a pour lui « le licencieux Danton « et le fourbe « Linguet » ; il fait beugler « Marat ». Il se pourrait toutefois que l’exilé à son retour , trouvât son domicile en prison …

A peine arrivé à Londres , le mystérieux Laclos s’était enseveli dans son cabinet de travail ; il avait disparu aux yeux de tous. Les papiers s’accumulèrent sur la table devant laquelle il surveillait anxieusement Paris , tout en intriguant à Londres .
« Laclos , déclare dès le 23 novembre M. de la Luzerne , qui seul compose le conseil du Prince et possède à ce qu’il paraît toutes ses affections politiques , ne sort presque pas de chez lui et ne paraît pas avoir jusqu’ici la moindre intrigue extérieure. Je le fais suivre bien exactement et je ne puis encore avoir aucun éclaircissement sur ce qu’il fait ici.
Je sais qu’il écrit presque toute la journée et qu’il reçoit beaucoup de lettres de France, soit pour lui , soit pour son maître.
"

Source :
Choderlos de Laclos d'Emile Dard

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Mer 06 Juil 2016, 16:03

;
Notre Madame de Chimay   , infatigable :
J'ai vraiment envie d'en savoir plus sur ce Monsieur de La Luzerne qui fait suivre Laclos...
C'est passionnant tout cela ...

"Selon toute apparence , l’Angleterre dissimula son action derrière le parti orléaniste , peut-être à l’insu de celui-ci. Le Palais Royal était rempli d’agents et de serviteurs anglais , fort aisés à transformer en espions. Deux anglais, Smith et Forth y servaient depuis longtemps d’hommes à tout faire . Forth avait été jadis employé secrètement par le cabinet de St James près de Vergennes et de Maurepas. « Il voit souvent M. Pitt , écrivait La Luzerne et tout ce que fera ou dira le duc lui sera rendu sur le champ ".

Laclos pénétra cette situation , qui lui commandait vis-à-vis de Montmorin , une prudente réserve. Il se flatta de donner le change en confirmant les renseignements qui représentaient Danton et Paré comme des agents de l’Angleterre . Montmorin eut le bon goût de ne plus insister.

S’il a existé , écrit peu après M. de La Luzerne , « quelque correspondance entre Laclos, Mirabeau et de Favras , je ne puis croire que le Ministère Anglais y ait trempé en rien. "

Même source

Encore ce Nathanaël Parker Forth !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nathaniel_Parker-Forth

Lettres de L.-P.-J. d'Orléans, duc de Chartres à Nathaniel Parker Forth (1778-1785)
de Amédée Britsch (éd.), Société d'Histoire Diplomatique, 1926, 47 pages


Et surtout ce livre

Forth de Marion Ward  
Phillimore, 1982, 238 pages




Je lis Laclos à petites doses.
Pour ses débuts , voici.
L’artillerie fut choisie par la famille Laclos comme un moyen d’ascension sociale.

Je cite Bertaud :
« La chasse aux roturiers et aux anoblis était moins pratiquée dans l’artillerie. L’arme « savante » exigeait des études auxquelles rechignaient des gentilshommes. Elle était aussi moins prestigieuse que la cavalerie ou l’infanterie.
Jean-Ambroise la choisit donc pour son fils . L’Ecole de la Fère formait les officiers d’artillerie . Le concours qui y donnait accès demandait de sérieuses connaissances en géométrie, en arithmétique et en mécanique statique.
(…)L’artillerie fut créée en 1720 et réorganisée en 1755. Elle est encadrée d’officiers qui doivent allier la science et la technicité à l’art du commandement.
Cette arme prend de plus en plus d’importance dans les batailles. "


Il fallait avoir un certain degré de connaissances pour réussir ce concours. Vraiment , on peut dire que Laclos est un cerveau !

Voici son école : Ecole de la Fère

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fère


Kiki :

Cinquante ans plus tard, une certaine famille Bonaparte fera ce choix pour les mêmes raisons.

Madame de Chimay :

Oui, vraiment l'artillerie a été un moyen d'ascension sociale.
En plus , c'était bien visé puisque c'est de ce corps d'armée que dépendait de plus en plus l'issue des batailles.

Ce qui me frappe dans la bio de Laclos, c'est le fait que cet homme est impressionnant d'intelligence, de bon sens !
Qu'on en juge un peu :

Gribeauval , Inspecteur général de l’artillerie en 1776, fut l’initiateur de la recherche militaire.
Sous sa férule ou s’inspirant de lui , l’élite des officiers se fit chercheur militaire.
Laclos s’inscrit de fait dans ce mouvement. Lui-même fait des recherches sur le boulet creux , conçu pour éclater sur les lignes ennemies.
De chercheur, il se fait penseur. L’art militaire, l’art des fortifications l’intéresse au plus haut point. De fait, il n’hésitera pas à publier un livre sur le sujet.

Voici ce qu'en dit Bertaud :
« Il doit attendre 1776 pour faire paraître à ses frais son livre La Fortification perpendiculaire ou l’art défensif supérieur à l’offensif. Il y propose de remplacer le système bastionné de Vauban , mal fait pour résister à la nouvelle puissance de feu , par un espace fortifié en profondeur. "

Pour lui, il n’y a aucun doute. Il convient de revoir le système de fortifications imaginé par Vauban. Pour lui, c’est un système obsolète. De fait , il n’est pas le seul à le penser. Cet avis est partagé par le comte de Montalembert.
Celui-ci est chargé de fortifier l’île d’Aix. Pour ce fait, il veut construire un nouveau fort. Il fait donc appel aux compétences de Laclos. C'est le moment pour Laclos de se confronter à la réalité du terrain.

Bertaud écrit : « Dès 1779, Laclos peut enfin montrer ses talents d’ingénieur et d’artilleur.Mais les tâches subalternes auxquelles le contraint son état d’officier le distraient des épures , l’éloignent de leur réalisation. Il en souffre et lui que ses supérieurs présentent comme un homme réservé , n’hésite pas à rédiger un Mémoire au ministre . il y expose sa situation et propose des mesures propres à la modifier.
Pour ce faire, il propose d’en revenir à un état antérieur aux réformes de 1720.
Rétrograde , la proposition de Laclos exprime d’abord le désarroi du technicien retardé dans son travail et qui souffre et s’impatiente de ne pouvoir donner la pleine mesure de ses talents. Maintes fois, ses capacités ont été reconnues et sont restées inemployées , gaspillées , usées.
Cri de rage , désir de revanche , volonté de ne plus laisser à d’autres le soin de conduire son destin. Tout cela est dans le Mémoire.
Comme dans Les Liaisons dangereuses : au milieu du soupir des personnages s’exhale la plainte de l’auteur , homme blessé .

Le roman est pensé , agencé, construit jusque dans les moindres détails pour être un succès de librairie , une revanche sur un précédent échec littéraire. Le fort est imaginé , ordonné , bâti pour imposer ses vues novatrices et s’assurer par là une notoriété qui le fuit.
L’ambition personnelle est-elle la seule motivation de sa démarche ?
Militaire, romancier, Laclos est avant tout un homme des lumières attaché à transmettre un message qui dépasse son cas individuel.
Guerrier, il soutient que la guerre de défense à laquelle il se consacre sur l’île d’Aix est la seule forme de guerre juste, la guerre offensive préparant partout et toujours le lit du despotisme. Il en fera la démonstration en 1786 dans la Lettre à Messieurs de l’Académie Française sur l’éloge de Vauban.
Romancier , il décrit dans Les Liaisons dangereuses la cité du Mal pour mieux aider ses contemporains à bâtir la cité du Bien.
Ainsi l’ambition personnelle de Laclos s’inscrit-elle dans le credo du siècle : l’irrésistible marche collective vers le progrès et le bonheur. »



Ainsi donc Laclos a une revanche sociale à prendre. Il est dévoré par l’ambition et ne rêve que de gloire et de pouvoir. Pour arriver à ses fins , il s’en donne les moyens. D’abord le chemin militaire qui doit lui servir de tremplin , puis le chemin du romancier qui étalera sa notoriété.
Oui, le tout , c’est d’être connu, et surtout de laisser sa trace dans l’histoire.
A ce stade–là, je me dis que Laclos est un obsédé du pouvoir. Quel meilleur moyen y a-t-il d’arriver au pouvoir que de se mettre au service d’un prince , au service d’un faible qui plus est. A travers Philippe Egalité , Laclos régnait .
A ce stade là, la présence physique de Louis XVI et Marie-Antoinette gênait. Oui, il fallait pour ce faire les déloger de Versailles et donc , la première étape a été de créer les journées révolutionnaires d’octobre.
En bon tacticien et stratège, disons qu’il a mené cela d’une main de maître.

Lucius :


Madame de Chimay a écrit:
  Militaire, romancier, Laclos est avant tout un homme des lumières attaché à transmettre un message qui dépasse son cas individuel.
Cette assertion sur les Lumières françaises ne me parait pas des plus fondés. On fait de brillant discours, certes, mais après, pour ce qui est de l'application, ça reste subalterne. Et puis les bons sentiments chez certains sont rareté !

Madame de Chimay :

Cher Lucius, je cite Bertaud. Après , tout est question d'interprétation: ce personnage m'est de moins en moins sympathique.  
Mais je me fais un devoir de lire ces vies . J'en ai encore beaucoup d'autres derrière qui attendent : Chaumette, Prieur de Cote d'or, Barrère, Billaud-Varennes, Vadier, Jean-Sylvain Bailly, Barnave, Brissot, Pichegru, Carnot, Fouché , Talleyrand...

Madame de Chimay :


Gaaasp !   Je n'en ai pas eu le temps !  Hop!  

Kki :
A notre très grand regret, chère Princesse ...  Sad


Lucius :

Oh, mais mes doutes ne vous étaient pas adressés, je pensais bien que vous citiez !   Very Happy

Madame de Chimay :
Laclos mène une vie réglée comme du papier machine.
Ce qui frappe : c’est son nomadisme militaire. Il a fait les quatre coins des garnisons de la France.
Il se livre toujours aux mêmes occupations : Apprendre, enseigner, inspecter. Etudes théoriques mais aussi pratiques. Donc il mène une vie assez monotone, vie qui n’est interrompue que par sa passion du jeu, et en particulier du trictrac.
Il conçoit le jeu à la fois comme une distraction mais aussi comme un moyen d’observation.
Mais à travers cette vie quasi monacale, il s’exerce déjà à mettre en place des stratégies de manipulation et de domination.

Une petite précision : Laclos était plus grand de taille que M. de Talleyrand. Il mesurait 1m 81 !
Il avait de beaux yeux bleus . Bref, il avait tout d'un beau gosse !
Au fond pour lui, tout est sujet d'étude. Il ne peut s'empêcher de disséquer l'âme humaine !

Laclos était un vrai rat de bibliothèque et spécialement un grand lecteur des œuvres de Condillac. Son maître à penser est Rousseau et spécialement La Nouvelle Héloïse qu’il ne peut s’empêcher de lire et de relire, quitte à la savoir par cœur même.
Mais il s’intéresse aussi au théâtre et s’y essaiera même. Et cela débouchera en 1777 sur l’échec de sa pièce.

Autre centre d’intérêt de Laclos : les périodiques. Il écrit même pour un périodique , l’ALMANACH des Muses , créé en 1765. Là, il ridiculise les amours de Louis XV pour Jeanne Bécu. Il a toujours cet objectif de faire un travail de sape.

Laclos ne souffre nullement d’un retard de carrière. La sienne se déroule tout à fait normalement.
Son dossier est élogieux. Il y est noté comme un brillant cerveau , digne des plus hauts grades.
Selon Bertaud, « On a beaucoup glosé sur les recommandations dont Laclos fut l’objet aux moments difficiles de sa carrière . »
Mais ces recommandations étaient pratiques courantes chez les militaires alors .
Laclos n’a pour vivre que sa solde. Il doit vivre modestement et faire attention.

Malgré ces difficultés, Laclos est porté par son idéal : construire la cité du bonheur. Le but est de faire bouger les choses et de voir des réformes.
Mais pour l’heure, il peaufine son roman.
Bertaud  : " De 1766 à 1786 , Laclos ne cesse d’écrire des pièces en vers ( 23 au total ). Ecrire , c’est une pratique commune à beaucoup d’officiers. Savoir poser sa pensée, savoir tourner un madrigal, c’est important. C’est une pratique de sociabilité du temps. Que diantre, il faut savoir être un bel esprit ! Donc Laclos s’entraîne à la gymnastique de l’esprit. Et le thème majeur de son roman est le rapport entre le désir , le plaisir et l’amour. "

Peut-on penser que le premier contact avec Orléans s’est fait via Grenoble ?
Selon Bertaud, « Grenoble est le centre politique et administratif de la province du Dauphiné. Le duc d’Orléans, cousin du Roi , en est le gouverneur. » Mais Laclos ne se rend que rarement à Grenoble.

Le contact entre les parlementaires et les militaires est très bon comme en témoigne La Tour d’Auvergne , séjournant à Grenoble en 1769 :
« Le militaire est ici , avec tout l’agrément imaginable , bien reçu dans toutes les maisons , même celles du Parlement, fêté et chéri partout . Il ne se passe pas de jours que plusieurs d’entre nous ne mangions dans une des maisons que je viens de nommer. M . de Tonnerre et M . du Bourset tiennent table ouverte pour les officiers de la garnison et nous voyons ici la plus brillante compagnie sans être exposé au jeu qu’autant qu’on le veut ; les exercices , notre cour aux dames , la comédie, le concert, la chasse et la promenade remplissent assez agréablement nos moments. »

Et comme le précise Bertaud, « Grenoble a la réputation d’être une ville où s’amusent tous ceux qui ont un nom ou une fortune. "
Et surtout, Grenoble est réputé pour ses femmes.

Bref, Laclos a passé à Grenoble plus que du bon temps...
Il est à son aise dans ce milieu de libertinage qui passe le plus clair de son temps au lit à foutre !

Kiki :
Eh bien, princesse ! Quel langage !   :

Madame de Chimay :

Remarquez bien que je l'emprunte à Bertaud, ce langage.
C'est assez cru , je vous l'accorde mais à l'époque, on parlait comme cela. Et j'ai toujours appelé un chat un chat !
Dans ce milieu , dans ce dévergondage, de libertinage, c'est l'échangisme avant l'heure. C'est une mécanique fusion des corps où seul le plaisir entre en ligne de compte. Qu'a t-on besoin de s'embarrasser de l'amour ? C'est un sentiment dépassé !
Fi donc , séduire , c'est s'instruire et c'est exercer une domination sur l'autre !

Ah, quel monde, je vous l'accorde ! boudoi29 boudoi29 boudoi29

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Jeu 07 Juil 2016, 15:29

Madame de Chimay poursuit :
Ce libertinage, c'est la mise en place de toute une culture, une contre-culture avec ses approches, ses rites, ses jeux...
Et j'oubliais aussi : ses lieux...
Selon Bertaud, "Les Liaisons dangereuses sont un roman à clés affirme t-on dès leur parution .
Derrière les personnages se cachent des nobles grenoblois. Le Comte de Tilly , ancien page de la Reine et connu pour ses frasques libertines , assure s’être longuement entretenu sur ce sujet avec Laclos , lors de leur séjour commun en Angleterre , en 1790. Laclos lui aurait d’abord dit sa volonté de « faire un ouvrage qui sortît de la route ordinaire , qui fît du bruit , « et qui retentit encore sur terre quand j’y aurais passé ».
Mais peut-on croire Tilly ? L’homme est prêt à tout pour se faire valoir. "


On a avancé des noms mais sans aucune certitude. Stendhal aussi a avancé des noms.
Ce qui est sûr, c’est que le roman de Laclos est un tableau des mœurs de l’époque.
Pour le libertin, il s’agit de faire tomber la femme vertueuse dans son lit. Ce but est vécu comme un combat.   La résistance émousse le combat et le rend plus attractif encore.

Tu parles d'une victoire !    boudoi29

Kiki :

Il semble qu'il y ait plus d'infos croustillantes dans le livre d'E. dard que dans la bio Fayard en ce qui concerne Laclos, Orléans, La Fayette !

Madame de Chimay :
Laclos appartient à la branche la plus dure de la Franc-Maçonnerie ,  celle qui a pour objet de saper l’autorité royale, voire de la détruire.
De fait, il y a une contradiction pour les militaires de faire partie de la franc-maçonnerie. Ils sont partagés entre leur désir de paix et leur devoir qui est de faire la guerre.
Voici ce qu’écrit Bertrand à ce sujet : « Les militaires trouvent dans les loges un réconfort aux contraintes de leur état : être maçon, c’est d’abord livrer un combat au-dedans de soi-même et la première des victoires est celle que l’on remporte sur soi et ses passions . "

Mais il y a diverses voies en matière de maçonnerie. Certains sont sur une voie philosophique et de questionnement, tandis que d’autres en font un moyen d’ascension sociale. La maçonnerie sert de tremplin pour faire carrière.

Il y a aussi dès cette époque tout un débat sur le droit des femmes. A plusieurs reprises , Laclos s’en fait l’écho et il écrit sur le sujet. La franc-maçonnerie commence à s’ouvrir aux femmes. Ce débat préfigure le préalable aux mouvements de féminisme du XIXe et XXe siècle.
Un document a été retrouvé en 1991 . Voici ce que dit Bertrand à ce sujet :
« C’est le seul document que nous possédons sur l’activité du franc-maçon Laclos. Membre né Rose Croix , ex-maître, Laclos occupe alors une place relativement importante dans la maçonnerie. Il est vénérable et député du Grand Orient de France.
Le 15 mai 1777, Laclos est reçu en compagnie de deux autres députés du grand Orient ( d’Hennezel et Malaviller ) par les membres de la loge masculine de l’Union Parfaite.
"
Il y fait un grand discours sur les femmes. Il rejette notamment l’idée du péché originel commis par Eve. Il se félicite d’en avoir fait des associées en maçonnerie et en cela, Laclos s’inscrit dans l’air du temps. Il conçoit la loge comme un lieu d’éducation des femmes , voire comme un lieu de régénération.
Mais ce n’est pas l’avis de tous. Certains conçoivent la franc-maçonnerie féminine comme une sous-maçonnerie, voire une maçonnerie d’amusement. Non, les femmes ne sont pas là pour distraire les hommes.
Il n’y avait pas encore cette idée de loge mixte.
Ainsi donc dès l’Ancien Régime existait un débat sur le droit des femmes. Mais le mot féminisme n’apparaîtra qu’après 1837 . Parmi les femmes qui ont réfléchi à la condition de la femme, on trouve Fanny de Beauharnais. Il faut lire ce qu’elle a écrit en 1764 dans la Bibliothèque des Dames. Elle y réclame une nouvelle éducation, source d’émancipation.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fanny_de_Beauharnais

http://www.aei.ca/anbou/beauharnais.html


Laclos s’oriente vers le théâtre. Il puise son idée dans le roman de Madame Riccoboni ( l’Histoire d’Ernestine ) .

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Jeanne_Riccoboni

J'avoue que je ne connaissais pas cette romancière...   Hop!
Le livret rédigé , Laclos s’adresse pour la musique au chevalier de St George. L’homme est de la même génération que Laclos. Par des cousins hommes d’affaires, ce chevalier est admis dans la meilleure société . Il fréquente des financiers comme La Popelinière, des prélats comme Louis de Rohan et des membres de la haute aristocratie.

Voici comment Bertaud décrit Le chevalier de Saint George :
« Il est beau et fort. A la souplesse d’un corps élancé , il joint la vivacité d’un caractère que tempère la délicatesse des sentiments. Le « Don Juan noir « multiplie les conquêtes et les duels. Parce qu’il est mulâtre, il est rejeté même par les loges maçonniques. Ce n’est qu’en 1773 qu’une loge parisienne acceptera de le recevoir en son sein. Laclos ne partage pas ces préjugés et admire sincèrement le talent du jeune musicien. Le chevalier est un musicien réputé . Il fréquente Versailles et la reine s’en entiche. Abordé par Laclos, il accepte de composer la musique. "

Mais cet opéra comique fait un four.  Bertaud raconte l’incident :
« Le 18 juillet 1777, une représentation privée a lieu au théâtre de Madame de Montesson. Le public applaudit. Le Livret ou la musique ?
Le lendemain, l’œuvre est donnée au théâtre italien . Premier incident : La Morlière , ennemi de Saint George qui l’a rossé en salle d’escrime , bâille d’une manière si sonore qu’un spectateur furieux lui enfourne une carotte jusqu’à la gorge . La dispute dégénère en bagarre et La Morlière demande réparation : rendez-vous est pris pour un duel.
Second incident : un des personnages de l’opéra comique , un cocher apparaît et crie des « Ohé ! Ohé ! « en faisant claquer son fouet. La Reine, par amitié pour Saint George , assiste à la représentation. Amusée par la vue du cocher et sans penser à mal, Marie-Antoinette répète avec lui « Ohé ! Ohé ! « et toute la salle reprend le cri. Ernestine sombre dans le ridicule.
Le lendemain, la critique se déchaîne. (…)
Auteur blessé , Laclos cache son désappointement . IL supporte stoïquement l’affront et tire la leçon de l’échec subi. La poésie et le théâtre lui refusant le succès attendu , il se tourne vers un genre à la mode, le roman épistolaire et compose " Les Liaisons " , dont deux personnages , Cécile et Mme de Tourvel empruntent en partie les traits d’Ernestine. "


J'imagine que Laclos devait être à fond remonté contre notre reine et qu'il a dû personnellement la rendre responsable de son échec...

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par La nuit, la neige le Jeu 07 Juil 2016, 23:10

Merci.

Amusante princesse de Chimay, qui évoque ici le sexe et les franc-macs.
Tout un programme... :
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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Dim 10 Juil 2016, 20:12


Madame de Chimay :

Bientôt , l'utilité du travail militaire de Laclos ( l'érection de sa forteresse dans l'île d'Aix ) est mise en cause par un certain Fourcroy.
Voici ce qu'écrit Bertaud à ce sujet :
 Fourcroy, directeur de l'arme du génie , dénbonce en 1779 au ministre de la guerre l'édifice militaire de l'île d'Aix. Contraire aux enseignements de Vauban , la tour est la risée des soldats et des marins. Fort coûteuse , elle ne résistera pas à l'attaque d'une flotte ennemie.
Laclos répond à ces critiques le 10 février 1780. "
Ce duel entre ces deux hommes se termine par un match nul. Laclos s'est bien défendu et il reçoit avant l'heure sa promotion de même que Fourcroy qui reçoit lui aussi une promotion...


Quant à son roman, pour éviter toute ambiguïté , Laclos change le titre original : Du danger des liaisons. Celui –ci devient les Liaisons dangereuses.
Le 16 mars 1782, Laclos signe un contrat avec le libraire Durand. Mais c’est un contrat un peu particulier et qui sort des sentiers battus pour l’époque. L’ouvrage sera tiré à 2000 exemplaires, les 1200 exemplaires seront pour le seul profit du libraire éditeur imprimeur et pour les 800 autres exemplaires restant , il y a partage des bénéfices entre Laclos et l’éditeur.
Le chiffre de 2000 exemplaires est celui d’un tirage normal pour un auteur débutant.
C'était pour le moins une attitude prudente de la part de Laclos et une manière de se prémunir contre l'insuccès !

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Mar 12 Juil 2016, 10:55

;

Je poursuis ce bouturage sur ma lancée !   :n,,;::::!!!:


Madame de Chimay :
Cette fois-ci, Laclos a bien préparé son coup. Rien n’a été laissé au hasard , comme l’explique Bertaud :
« Le roman de Laclos est l’objet à sa parution de longs articles critiques dans la presse . il bénéficie d’une bonne publicité par le bouche à oreille. Diffusé du 7 au 10 avril 1782, il s’arrache dans les librairies . La reine, elle-même le réclame, dit-on.   Shocked

Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette , raconte dans ses souvenirs , qu’arrivant un matin à la toilette de la reine, avant que tout le service de la Chambre fût réuni , Sa Majesté lui dit : »

-Léonard , m’apportez-vous le roman nouveau ?
-Lequel, madame ?
-D’où sortez-vous donc, littérateur du Journal des Dames , si vous ne connaissez pas les Liaisons dangereuses ?
-Pardon, madame , j’ai lu ce livre qui produit , en effet, une vive sensation par les allusions qu’on a prétendu y saisir et par la méchanceté avec laquelle chaque lecteur fait application des portraits qui s’y trouvent à des personnes connues. Mais j’avoue à Votre Majesté que je n’aurais pas osé lui apporter le roman de M. Laclos.
-Ah, c’est le nom de l’auteur , je me souviens à présent qu’on lui attribua en 1779 l’Epitre à Margot qui drapait d’importance la favorite ; cela me rendra indulgente pour ce Monsieur de Laclos ; ne manquez pas de m’apporter demain son nouvel ouvrage. «

Le lendemain, indique le coiffeur , Les liaisons dangereuses étaient sur la toilette de Sa Majesté. D’autres témoins confirment la présence du livre , relié et sans titre , dans les appartements de la Reine. Légende : dans le cadre du catalogue de la bibliothèque , le roman de M. Laclos ne figure pas parmi les ouvrages libertins. "

Ainsi notre reine a lu cet infâme ...Oufti !

Kiki :
Tout ceci démontre que notre reine n'avait pas de préjugés et qu'elle avait l'esprit curieux...
Mais peut-on dire que ce roman n'est pas sans dangerosité et ne constitue t-il pas une bombe en soi ?

Madame de Chimay a écrit:

  Tout ceci démontre que notre reine n'avait pas de préjugés et qu'elle avait l'esprit curieux...
  Mais peut-on dire que ce roman n'est pas sans dangerosité et ne constitue t-il pas une bombe en soi ?

Les Mémoires de Léonard sont apocryphes, princesse...
Du reste, s’il est bien référencé (?) Marie-Antoinette ne lisait pas tous les livres de sa bibliothèque.
Et quand bien-même...   boudoi29

Il vous intrigue ce roman, n’est-ce pas ?!   :
Toujours pas lu ?
Allons ! Rien de bien méchant !

Madame de Chimay :
C'est à la Rochelle que Laclos fera la connaissance de sa future épouse et ce en fréquentant le salon de la famille Duperré . Il s'agit de l'une des nombreuse filles de la maison : Marie-Soulange. Laclos applique les méthodes prônées par lui dans son roman . En un tour de main à la hussarde , il séduit la jeune femme et entame une liaison amoureuse qui débouche sur la venue au monde d'un petit garçon , le Ier mai 1784. La différence d'âge est conséquente : 41 ans pour Laclos contre 23 ans pour Marie-Soulange. Il fait même figure de barbon culbutant un tendron. Cette jeune femme est tout à fait le portrait de l'une des héroïnes de son roman , à savoir Cécile . Avec elle, Laclos trouve la paix des sens et du coeur et commence à s'éprendre.
Mais il devra batailler ferme pour l'épouser car la famille Duperré n'est pas prête à compter dans ses rangs un aussi sulfureux personnage . Et puis , la succession de Papa Duperré apparaît aussi fort compliquée . Il est vrai qu'il est difficile de faire le partage entre 22 enfants !!!

Louis XV :
Le vingt-deuxième enfant, l'amiral Duperré, est d'ailleurs resté très célèbre à La Rochelle où l'on peut voir une statue le représentant sur le port. Il est enterré aux Invalides.  Very Happy
C'est pour cela que la famille Duperré a opposé une résistance si farouche à Laclos. Il suffisait que chaque enfant demande sa part et il ne restait à maman Duperré que les yeux pour pleurer !

Madame de Chimay :

Merci pour l'info , chère amie.
En tout cas pour le mythe du bon père de famille , bon époux dès le départ , cela n'est pas vrai.
Cela l'est sans doute devenu dans un deuxième temps.
En bon tacticien , il a conquis Marie-Soulange à la hussarde.
Ce sont des extrêmes qui se sont rencontrés. Lui, le libertin a été conquis par cette pure et naïve jeune fille à qui il a fait découvrir les plaisirs de l'amour.
Il aimait lire et elle pas . Jusqu'à la fin de sa vie, il lui a programmé ses lectures .
Etonnant couple s'il en fût !  Laclos devra patienter plus de deux ans et demi avant d'épouser sa belle. C'est que dans l'armée, on n'aime guère les filles sans dot ni argent . Les officiers se doivent de tenir leur rang, que diantre !
Alors pour l'heure, le couple est contraint de se cacher et de vivre dans la clandestinité.
C'est plus vrai pour Marie-Soulange que pour Laclos.

Le 3 mai 1786 , Laclos épouse Marie-Soulange que sa famille a pourvu d’une petite dot.
Comme l’indique Bertaud : « l’acte de mariage porte la reconnaissance de leur fils Etienne Fargeau , « né de leur commerce charnel avant la célébration du mariage. «
Puis au bord du canal Maubec , Laclos pose avec sa femme la première pierre du nouvel arsenal. Sur cette pierre, il est inscrit : « L’an 1786 et le 3 de mai, Messire Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos écuyer , capitaine d’artillerie au régiment de Toul , a épousé Demoiselle Marie-Soulange qui a posé elle-même cette première pierre . Le même jour a vu s’établir le fondement de cet arsenal et celui de leur bonheur. »
Puis c’est le départ vers Paris où réside la famille de Laclos puis vers Rouen où réside un des frères de Marie-Soulange , Jean-Baptiste Louis Duperré Duvemeur.
"

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Mer 13 Juil 2016, 14:55

;

Madame de Chimay continue :

Laclos s'intéresse au statut social de la femme. A partir de 1770, le débat sur la condition féminine s’amplifie. Il se fait donc témoin des débats de son temps en y rajoutant sa touche personnelle.
C'est ainsi qu'il écrit un essai sur le sujet. En 1782 Laclos prend la plume pour écrire un essai intitulé Des Femmes et de leur éducation dans lequel a liberté naturelle de la femme est opposée à son aliénation sociale .
Mais cet essai reste inachevé.






Laclos publie le 21 mars 1786 la lettre à Messieurs de l’Académie Française sur l’éloge de Vauban. E
C'est un écrit polémique de technicien militaire , la Lettre a une dimension politique.





Sur ordre de Montalembert , son supérieur hiérarchique, Laclos participe au prix d’éloquence 1787 de l’Académie Française. Il y contre Lazare Carnot faisant l’éloge de Vauban.
Laclos publie cette lettre et l’envoie à ces messieurs de l’Académie mais aussi au ministre de la guerre.
Bertaud explique ainsi la démarche de Laclos :
La guerre menace en Europe et continuer à cultiver les erreurs commises par Vauban , c’est selon Laclos , exposer la France à un désastre éventuel. La Lettre remet en cause , avec le culte de Vauban , la politique de défense du royaume. Or Vauban est une gloire nationale et un emblème. Mettre en cause Vauban , c’est mettre en cause le Roi et tous ses descendants.

Selon Laclos, Vauban n’est pas le créateur de ce génial système de fortifications. Laclos soutient que Vauban a hérité en fait les plans du comte de Pagan et que toutes ces places fortes construites ont coûté fort cher. Selon lui, on pérennise une politique militaire complètement dépassée.
Laclos en bon officier d’artillerie , s’appuie sur la réalité , à savoir que les places fortes ont de plus en plus de mal à résister au feu de l’artillerie.
Laclos termine sa lettre en arguant du fait que le sort de la guerre dépend de l’aptitude ou non du commandement.

Le secrétaire de la guerre n'apprécie guère cette lettre de Laclos et des sanctions sont prises contre lui , la meilleure étant de le renvoyer en terrain militaire. Mais en bon tacticien, Laclos sait ménager ses arrières et le ministre finit par comprendre qu'il ne peut pas aller trop loin contre lui...

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Jeu 21 Juil 2016, 13:41

Rentré dans le rang, poursuit Madame de Chimay, Laclos utilise l'arme de défense de l'ambiguïté pour mieux se poser en victime. Il force un peu la dose en faisant écrire une lettre de plaintes à sa femme. Les choses finissent par se tasser.

Etonnant ! Laclos obtient pour la ville de La Rochelle le don d'une statue d'Henri IV de la part du philanthrope Pressigny ! Shocked
Il voit dans ce roi un homme de tolérance ...
Cette statue imitait la chair aussi bien que la cire , bien qu'elle eut la dureté de la pierre. Elle fut inaugurée en grande solennité à l'hôtel de ville . On la plaça dans la salle des Assemblées ordinaires .
En 1789, on l'orna d'une cocarde tricolore ; Henri IV était alors un roi d'opposition . Shocked
En 1793, on la brisa.

Un autre dada peu connu de Laclos est sa passion pour l'anthropométrie urbaine. ( A savoir numéroter les rues pour mieux pouvoir s'y retrouver ). En cela, c'est plutôt le côté militaire de Laclos qui ressort.
Ainsi l’explique Bertaud : « En imaginant une nouvelle numérotation des rues de Paris , Laclos suit une pratique militaire établie depuis longtemps. La première tâche du fourrier dans une ville ennemie occupée est de situer les habitations où il logera les soldats. La démarche est commune aux ingénieurs et aux artilleurs qui cherchent à maîtriser l’espace urbain pour le remettre en défense ou le réinvestir s’il vient à retomber aux mains de l’adversaire . Laclos met au service de son projet la familiarité ainsi acquise dans les problèmes de topographie urbaine. Le motif qui le pousse est le bien commun , l’utilité sociale. Si son plan n’est pas réalisé , remarquons qu’une partie en fut plus tard appliquée : la numérotation des rues à partir de la Seine. "

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Ven 22 Juil 2016, 22:00

Very Happy

Madame de Chimay a écrit :
Décidément Laclos était un touche à tout. Il s'intéressait aussi à la Turquie et aurait bien voulu jouer le rôle d'instructeur des armées de l'empire ottoman . Bien qu'il ait fait jouer ses relations pour avoir ce poste , celui-ci lui a été refusé. Mais rien n'est perdu. Par l'intermédaire du financier Laurent le Coulteux, il obtient d'être présenté à Necker qui le recommande à La Fayette.
C'est dans le salon de Madame de Rochambeau, épouse du compagnon d'armes de La Fayette, que Laclos rencontre Florain, ancien officier d'artillerie , devenu poète et protégé du duc de Penthièvre. Celui-ci peut lui ménager une rencontre avec le duc d'Orléans.
Alors là , Louis XVI a perdu une occasion en or, à savoir de se débarrasser d'un être prêt à tout pour faire souffrir la monarchie...
Que ne l'a t-il envoyé là-bas !!!

Bertaud dresse un portrait peu flatteur du duc d’Orléans :
« A quarante ans, le duc d’Orléans est un des hommes les plus décriés et admirés du royaume. De haute taille, mais le corps déjà empâté , le prince a un visage qui porte les stigmates d’une vie de plaisirs. Les joues rebondies couperosées et grêlées composent « une figure abreuvée de crapule « jugent certains. Lorsque du vivant de son père , il est duc de Chartres , les pamphlets circulent dans Paris , le décrivant cupide et lâche. Il est vrai que si chacun de ceux qui le méprisent versait un écu , le duc recueillerait de quoi bâtir une ville , lit-on sur un placard affiché sur sa demeure , au Palais Royal. (…).

Affichant une anglomanie sans failles, il se passionne pour les courses de chevaux ainsi que pour l’aéronautique . En 1784 , il manque périr dans une ascension en ballon et l’on prétend que son attitude face au danger est loin d’être héroïque . Un pamphlétaire résume ainsi la personnalité du prince : « Poltron sur mer , escroc sur terre , prince nulle part, polisson partout. « Péremptoire, Mirabeau affirme plus tard : « C’est un c… »

Aux médisances et aux injures , le duc répond : « Je m’en fous ! Un écu dans ma poche vaut mieux que toute l’opinion du monde. « D’autant qu’il décèle derrière « cette campagne de presse » , la main de Marie-Antoinette. La reine fut son amie et elle ne l’est plus et donc il doit en supporter les avanies. N’est-ce pas la souveraine qui fait colporter dans Paris que le duc prend des leçons de prestidigitation pour mieux tricher ? N’a-t-elle pas écrit à sa mère dès 1775 une lettre où elle disait de lui : « Il emploie pour faire ses affaires et avoir de l’argent de petites intrigues , dont un particulier honnête rougirait. »
Le duc n’est pas en reste et alimente, dit-on, les libellistes qui traînent la reine dans la boue, depuis qu’en 1784, l’affaire du Collier laisse planer le doute sur sa fidélité d’épouse.
( …)

Mais le duc est populaire. Voici un exemple de sa popularité : « Durant l’hiver de 1783-1784 où l’on compte , de décembre à février , 70 jours de gelée et de neige, il tient les portes du Palais Royal ouvertes, des feux allumés dans la cour et du pain sur des tables.
Par ennui, il devient le chef de l’opposition . La politique comme distraction est un moyen de prendre revanche sur la reine. Enfin, il adhère à la liberté réclamée. Celle du commun l’indiffère. Seule l’intéresse la possibilité d’acquérir sa propre indépendance. Prince du sang, il ne peut rien faire ni se déplacer nulle part sans en avertir le roi et sans en obtenir une autorisation. A tout moment , le roi peut l’écarter de Paris et l’envoyer loin sur ses terres. Le prince s’exaspère d’être traité de la sorte . Mais le besoin d’argent le presse et la cassette royale ouverte le contraint à la docilité. En s’opposant , le duc pense alléger la pression qu’exerce sur lui le monarque. Aller plus loin ? Etre une sorte de « Maire du Palais » et peut-être plus encore ? Et voici que le rêve peut devenir réalité. "


Mais pourquoi haïssait-il autant la reine ?

Kiki :
Madame de Chimay a écrit:
   Péremptoire, Mirabeau affirme plus tard : « C’est un c… »

Nul besoin de trop développer....  :\\\\\\\\:  Laughing
Laclos a été le dernier insensé à croire en Orléans !

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Dim 24 Juil 2016, 11:05

Suite de ce petit bouturage .... Very Happy

Madame de Chimay a écrit :
Attendez-vous à un scoop !
J'en suis restée baba ! Finalement , elle est passionnante cette bio fayard ! :n,,;::::!!!:

Laclos est de ceux qui croient que la réforme du régime doit se faire « de l’intérieur » par l’entremise d’un prince .
Prudent , face à la révolution qui monte, Laclos demande et obtient une mise en congé temporaire de l’armée. Il a alors 47 ans. Et il est mieux à même de se poser en spectateur avant d’être un acteur du jeu politique.

Voici ce qu'en dit Bertaud :
« Laclos est plus un penseur qu’un stratège politique. Il croit faire le bon choix en se plaçant dans la maison du duc d’Orléans. Depuis quelques années , Laclos fréquente sinon le prince , tout au moins ses proches , comme le vicomte de Noailles, le vicomte de Ségur ou le duc de Biron. Vénérable frère , Laclos rencontre aussi des familiers du prince à la loge de la Candeur. Il entre vraisemblablement en relation avec la propre sœur du duc d’Orléans , Louise Marie-Thérèse Bathilde , duchesse de Bourbon. Un document découvert, il y a peu, aux Archives Nationales , indique l’existence de 1785 à 1787 , d’une correspondance du duc d’Enghien avec Laclos. A cette époque , le duc est âgé de 13 ans . Il vit au château de Chantilly, auprès de son grand-père , le Prince de Condé qui ne prise guère Laclos. (…)

Une réception à Chantilly ne semble guère possible. La duchesse est sans doute à l’origine de la rencontre entre Laclos et son fils , soit au Palais Royal chez son frère , soit plus vraisemblablement dans un des salons où elle déploie une activité fantasque.
Séparée de son mari , rejetée de Chantilly par son beau-père depuis qu’elle agressa dans un bal le comte d’Artois , la duchesse n’a qu’épisodiquement la garde de son enfant. Quand elle ne l’entraîne pas à sa suite dans les salons , la duchesse , adepte de Messmer, le fait assister à des séances de somnambulisme magnétique sur des hystériques. Des liens s’établissent donc entre Laclos et le jeune prince que Napoléon fera fusiller plus tard en 1804 dans les douves du château de Vincennes. L’attachement est assez fort pour qu’ils aient , trois ans durant , entretenu une correspondance dont on ne sait pas la teneur , les lettres ayant disparu.
En devenant l’ami du jeune duc , Laclos pose des jalons dans le domaine des puissants.

Le duc d’Enghien descendant du Grand Condé , est non seulement prince du sang , cousin de Louis XVI mais aussi son filleul. Il est donc destiné à jouer un rôle éminent dans les armées du roi et participe déjà aux assemblées des notables. Laclos comprend sans doute qu’être précepteur d’un prince du sang donne une position avantageuse à un ambitieux qui désire , dans l’ombre, avoir prise sur les événements politiques. Faute de pouvoir être l’éducateur du duc d’Enghien , il songe en entrant au service du duc d’Orléans , à devenir le précepteur de son fils, le duc de Chartres.
En octobre 1788, Laclos obtient son congé de l’armée et, au début de 1789 , il devient secrétaire surnuméraire des commandements du duc d’Orléans , soit une fonction de conseiller encore assez vague. Les appointements qu’il reçoit , 6000 livres sont le double de sa solde. Paradoxe : Laclos s’intègre dans un milieu voisin de celui dont il dépeint et dénonce les vices dans Les Liaisons Dangereuses. Les aristocrates qu’il côtoie désormais quasi quotidiennement tiennent un discours politique libéral. Leur pratique sociale est celle de libertins.
Bref, il côtoie les hommes éclairés qui sont des roués. "


C'est assez inattendu ce lien entre Laclos et le duc d'Enghien !

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Re: Le sulfureux Choderlos de Laclos

Message par Mme de Sabran le Dim 24 Juil 2016, 15:43

;
Kiki a écrit :
Madame de Chimay a écrit:
   Faute de pouvoir être l’éducateur du duc d’Enghien , il songe en entrant au service du duc d’Orléans , à devenir le précepteur de son fils, le duc de Chartres.
   !

Il voulait décidément enfiler les pantoufles de Genlis !


Madame de Chimay :

Le duc d'Orléans n'a pas été son premier choix . Orléans a été son choix par défaut !
Il en bavé avec Orléans. Ce n'est pas faute que tout le clan se soit gaussé de ses modestes origines , y compris le prince lui-même. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est resté au stade de surnuméraire.
En tout cas , on a tout fait pour lui faire sentir cette différence de naissance.
Mais même à ce prix, Laclos s'accroche. Le duc est un acteur incontournable pour le jeu politique qui est en train de naître...

Kiki :

Même pas second rôle, il n'en sera qu'un bien piètre figurant .

Madame de Chimay :
Pour Bertaud, Laclos plaît au duc d'Orléans alors il l'engage . C'est un peu comme une fantaisie. Se soucie t-on demain de cette personne , rien n'est moins sûr. Surtout qu'Orléans, c'est l'homme de l'instant . Qui domine l'autre?  C'est difficile à dire .
Mais pour l'heure, la place qu'il convoite est déjà occupée et La Genlis lui voue une HAINE FEROCE ET MORTELLE !
BIENVENUE EN ENFER !

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