Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

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Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Dim 12 Fév 2017, 12:12

.

L'abbé Delille  


Delille était accueilli dans la meilleure société ; le marquis de Vaudreuil, le duc de Narbonne l’avaient pour familier ; il donnait la réplique aux Boufflers et au prince de Ligne. Chez Mme Vigée-Lebrun il retrouvait encore le chevalier Boufflers ou le poète Lebrun et le vicomte de Ségur qui voisinaient sans troubler de leurs épigrammes l’intimité du lieu. Il devait être de ce fameux souper grec improvisé chez le peintre de la reine .

Jacques Delille, souvent appelé l'abbé Delille, né à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le 22 juin 1738 et mort à Paris dans la nuit du 1er au 2 mai 1813, est un poète et traducteur français.

Sa gloire est assurée d'un coup par sa traduction en vers des Géorgiques de Virgile, qu'il publie en 1770. Louis Racine avait tenté de le dissuader de cette entreprise, qu'il jugeait téméraire, mais Delille avait persisté dans son dessein, et Louis Racine, convaincu par ses premiers essais, l'y avait encouragé.
Son poème est accueilli par un concert de louanges, troublé seulement par la voix discordante de Jean-Marie-Bernard Clément, de Dijon.

« Rempli de la lecture des Géorgiques de M. Delille, écrivit Voltaire à l'Académie française en mars 1772, je sens tout le prix de la difficulté si heureusement surmontée, et je pense qu'on ne pouvait faire plus d'honneur à Virgile et à la nation. Le poème des Saisons [de Jean-François de Saint-Lambert] et la traduction des Géorgiques me paraissent les deux meilleurs poèmes qui aient honoré la France après L'Art poétique [de Nicolas Boileau]. »

Delille est élu à l'Académie française en 1772, mais le maréchal de Richelieu intervient auprès de Louis XV pour faire annuler son élection au motif qu'il est trop jeune. Réélu en 1774, il est, cette fois, reçu par l'illustre compagnie. Jean-François de La Harpe ayant fait observer dans le Mercure de France qu'il était indigne qu'un talent aussi exceptionnel en soit réduit à dicter des thèmes latins à des écoliers, Delille est en outre nommé à la chaire de poésie latine du Collège de France.

L'ascension de Delille s'accélère encore après la mort de Voltaire, qui pouvait passer pour son seul rival. Tant la cour que le monde des lettres reconnaissent unanimement la supériorité de son talent. Il est à la fois le protégé de Madame Geoffrin et celui de Marie-Antoinette et du comte d'Artois.

Ce dernier lui fait attribuer le bénéfice de l'abbaye de Saint-Séverin,  
qui rapportait 30 000 francs, tout en permettant de se borner aux ordres mineurs, que Delille avait reçus à Amiens en 1762.




L'abbé Delille récitant La Conversation dans le salon de Madame Geoffrin.


Nul n’avait plus d’esprit que Jacques Delille, même son compatriote et rival Nicolas-Chamfort ou son adversaire Rivarol ; mais il était autant aimé que ceux-ci étaient redoutés : car il était bon homme. Il devait lire des vers à l’académie pour la réception d’un de ses amis. « Je voudrais bien qu’on ne le sût pas d’avance ; mais j’ai peur de le dire à tout le monde. »

Chez Mlle de Lespinasse, il se rencontrait avec D’Alembert, Thomas, Turgot, Sicard, Marmontel et Buffon. Mme Geoffrin lui ouvrit son salon, où c’était pour tout artiste, tout lettré, tout savant, tout prince, tout étranger de marque, un honneur d’avoir été reçu ; elle offrit même très discrètement à son indigence un secours que du reste il n’accepta pas :

Aux offres de la bienfaisance,
Ma fière pauvreté ne consentit jamais ;
Mais en refusant le bienfait,
J’ai gardé la reconnaissance.




Plus tard il fut de la petite Cour de Marie-Antoinette.





Louis Audiat
Un poète abbé, Jacques Delille , 1738-1813
Arthur Savaète, éditeur (Collection Arthur Savaète, N° 1), s.d. (1902?) (pp. 5-55).




https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Delille
  https://fr.wikisource.org/wiki/Un_po%C3%A8te_abb%C3%A9,_Jacques_Delille

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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Comte d'Hézècques le Dim 12 Fév 2017, 14:49

Merci Éléonore pour avoir entamé ce sujet dédié à l'auteur Abbé Delille qui a connu un grand renommé à la fin du XVIIIe siècle ; sans doute son œuvre figurait dans la bibliothèque de la reine à Trianon, vu le goût des merveilles champêtres dont son œuvre est imprégnée.

En 1782, il fait publier son poème Les jardins, ou l'art d'embellir les paysages.



Dans cet ouvrage, Delille célèbre la beauté des ombrages et l'amour des champs.

Rivarol, son collègue et, en quelque sorte, concurrent des belles lettres, quant à lui, trouvait que les louanges consacrées aux Jardins étaient exagérées.

La Harpe, notamment, avait écrit à ce propos : « Après avoir traduit Les Géorgiques avec toute la fidélité et l'élégance possibles, M. l'abbé Delille aspire à les égaler dans un ouvrage original, et bientôt nous pourrons dire : Et nous aussi, nous avons un Virgile. »

Or, Rivarol prenait la plume et sous le pseudonyme du comte de Barruel, il fit publier la même année 1782 sa satire qui devait ridiculiser l'ouvrage de Delille, et dans laquelle il souligne que cet abbé élégant et maniéré au nom de Delille ne connaît sans doute pas la vraie nature qu'il s'est efforcée de dépeindre dans son ouvrage.



Rivarol y fait dialoguer un chou et un navet sur l'ouvrage Les Jardins.

Pourquoi, demandait le chou à Delille, pourquoi n'as-tu pas parlé des jardins potagers ?

D'où vient que ton cœur et ton esprit en défaut
Des jardins potagers ne dirent pas un mot ?
Enfant dénaturé, si tu rougis de moi,
Vois tous les choux d'Auvergne élevés contre toi.
Songe à tous mes bienfaits, délicat petit-maître,
Ma feuille t'a nourri, mon ombre t'a vu naître.


:

Le navet, à son tour, essaie de calmer l'indignation du chou :

Je permets qu'aux boudoirs, sur les genoux des belles,
Quand ses vers pomponnés enchantent les ruelles,
Un élégant abbé rougisse un peu de nous...
Son style citadin peint en beau les campagnes,
Sur un papier chinois il a vu les montagnes,
La mer à l'Opéra, les forêts à Long-Champs.
Irait-il, descendu de ses hauteurs sublimes,
De vingt noms roturiers déshonorer ses rimes ?


Hop!

Alors le chou prédisait la chute du poète en un vers qui fut bientôt dans toutes les bouches :

Sa gloire passera, les navets resteront.




On avait vendu sept éditions des Jardins, et rapidement Le chou et le navet allait dépasser ce nombre, et en 1783 pas plus que trente éditions avaient vu le jour. Une gravure même circulait à Paris où l'on voit l'Abbé Delille en contemplation devant un plat de choux et de navets.  

Delille, bon enfant et ayant de l'esprit, avait l'adresse de rire de cette jolie satire de Rivarol.

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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Dim 12 Fév 2017, 16:15

Comte d'Hézècques a écrit:Merci Éléonore pour avoir entamé ce sujet dédié à l'auteur Abbé Delille qui a connu un grand renommé à la fin du XVIIIe siècle...

... sur ta suggestion, mon cher Félix, et avec d'autant plus de plaisir que j'ai sous les yeux " La Pitié " . Very Happy

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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par La nuit, la neige le Dim 12 Fév 2017, 18:18

Merci pour ce sujet, les amis... Smile
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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Mer 15 Fév 2017, 14:36

Comte d'Hézècques a écrit:

Pourquoi, demandait le chou à Delille, pourquoi n'as-tu pas parlé des jardins potagers ?

D'où vient que ton cœur et ton esprit en défaut
Des jardins potagers ne dirent pas un mot ?
Enfant dénaturé, si tu rougis de moi,
Vois tous les choux d'Auvergne élevés contre toi.
Songe à tous mes bienfaits, délicat petit-maître,
.



N'est-ce pas trop mignon !       ( je devrais dire " trop chou "    :  )

Ma feuille t'a nourri, mon ombre t'a vu naître
...     la naissance de Delille :
" Coucou !   C'est moi !!!  "


C'est à sa conception que Wiki prête un décor très agreste :

Jacques, enfant naturel, conçu dans un jardin d'AigueperseJacques, enfant naturel, conçu dans un jardin d'Aigueperse, naît chez un accoucheur, rue des Chaussetiers, à Clermont-Ferrand, le 22 juin 1738 de Marie-Hiéronyme Bérard, de la famille du chancelier Michel de l'Hospital. Il est reconnu par Antoine Montanier, avocat au Parlement de Clermont-Ferrand, qui meurt peu de temps après en lui laissant une modeste pension viagère de cent écus. Sa mère, aussi discrète que belle, lui transmet un pré, sis à Pontgibaud, ce qui lui permit d'adjoindre à son prénom le nom de famille Delille. , naît chez un accoucheur, rue des Chaussetiers, à Clermont-Ferrand, le 22 juin 1738 de Marie-Hiéronyme Bérard, de la famille du chancelier Michel de l'Hospital. Il est reconnu par Antoine Montanier, avocat au Parlement de Clermont-Ferrand, qui meurt peu de temps après en lui laissant une modeste pension viagère de cent écus. Sa mère, aussi discrète que belle, lui transmet un pré, sis à Pontgibaud, ce qui lui permit d'adjoindre à son prénom le nom de famille Delille.


Arthur Savaète, éditeur, est plus précis :

Jacques Delille est né en Auvergne, à Riom, disent certains biographes, à Aigueperse, répètent la plupart des Dictionnaires, à Clermont-Ferrand, la patrie de Domat, de Pascal… et de Thomas.
Un mystère entoure son berceau. Les registres de la paroisse de Notre-Dame-du-Port contiennent l’acte de baptême (22 juin 1738), de « Jacques, fils naturel d’Antoine Montanier, avocat au parlement, et de Marie-Hiéronyme Bérard, né le dit jour, à 6 heures du soir ». Le prénom de Jacques lui fut donné par son parrain Jacques Uscalde et par sa marraine Madeleine Monatte, tous deux domestiques du curé. Il était né à six heures du soir chez l’accoucheur Blancheton, rue de l’Écu, d’après les renseignements qu’a bien voulu nous communiquer M. A. Vernière, ex-président de l’académie de Clermont ; il fut immédiatement porté à cette église qui pourtant n’était pas celle de sa paroisse.
Pourquoi ? et d’où vient une telle hâte ?
L’acte dit que l’aveu de paternité est du 27 mai précédent, « laquelle déclaration est entre les mains de M. le curé ». Antoine Montanier était fils de François Montanier, conseiller de son altesse sérénissime Mgr le duc d’Orléans, et procureur général au bailliage et duché-pairie de Montpensier, et de Quintienne Bernard, demeurant à Aigueperse.
La mère, Marie-Hiéronyme Bérard de Chazelles, née le 29 novembre 1709, était fille de Gilbert Bérard, écuyer, seigneur de Chazelles, et d’Éléonore Vachier. Son grand père, Gilbert Bérard, écuyer, conseiller du roi, contrôleur ordinaire des guerres, fit hommage au roi, en 1723, de la seigneurie de Tournebise en la paroisse de Saint-Pierre le Chastel. La famille fort honorable comptait, dit-on, parmi ses alliances, Pascal et le chancelier de l’Hospital. Mlle Bérard mourut en juin 1800.

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Message par Trianon le Mer 15 Fév 2017, 14:58

"Sa gloire passera, les navets resteront"
Rivarol (Comte de Barruel) avait un peu raison. Aujourd'hui, mis à part pour les initiés, que reste-t-il du poète l'abbé Delille ? Peu de gens le connaissent alors qu'il connut ses jours de gloire à la fin du XVIIIème siècle.
Comme d'habitude, merci Éléonore et Comte d'Hézecques, entre autres, pour nous avoir éclairés. J'espère garder en mémoire le nom de ce poète pour me procurer un jour la lecture de ses poèmes. Smile
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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Mer 15 Fév 2017, 15:33

;
Et pourquoi Rivarol fait-il naître Delille dans un chou, me demanderez-vous, bande de petits curieux ? Very Happy
Hop, nous voici à nouveau en pleine mythologie grecque ! :n,,;::::!!!:

C'est parce qu'à leurs naissances, Clytemnestre, la femme d'Agamemnon roi de Mycènes, enveloppa soigneusement ses filles de pétales de roses, emblème par excellence de la féminité . Mais quand elle eut ce gros poupon d'Oreste, elle s'en garda bien de peur de le rendre efféminé : elle emmaillota le bambin de larges feuilles de chou .


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Message par Trianon le Mer 15 Fév 2017, 15:47

Mme de Sabran a écrit:C'est parce qu'à leurs naissances, Clytemnestre, la femme d'Agamemnon roi de Mycènes, enveloppa soigneusement ses filles de pétales de roses, emblème par excellence de la féminité .  Mais quand elle eut ce gros poupon d'Oreste, elle s'en garda bien de peur de le rendre efféminé : elle emmaillota le bambin de larges feuilles de chou .


Je suis parfois obligée de faire appel à Dieu quand l'affaire est par trop complexe pour mon petit cerveau.
Je vais vous relire plusieurs fois chère amie.
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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Mer 15 Fév 2017, 17:18

... :

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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Jeu 16 Fév 2017, 14:47

Le père décéda, disent les uns, avant la naissance de son fils, entre le 27 mai, date de son aveu de paternité, et le 22 juin, date de la naissance ; cette prompte mort expliquerait cette singulière déclaration anticipée ; d’autres disent que ce ne fut que quelque temps après, laissant à l’enfant une très modique pension.
Montanier voulait bien épouser ; les parents s’y opposèrent.

Or, un Antoine Montanier, conseiller de son altesse sérénissime le duc d’Orléans et avocat général du duché de Montpensier, fils de François, aussi conseiller de son altesse, et procureur général au bailliage d’Aigueperse, et de Quintienne Bernard, épouse à Saint-Germain-Lembron, le décembre 1743, Anne de La Faye, fille de Jacques de La Faye, écuyer, gendarme de la garde du roi, et de Françoise Mounnet.
C’est évidemment le même que l’amant de Mlle Bérard et le père de Jacques.
 :129fs916747:

( Arthur Savaète )





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Re: Parmi les intimes de Trianon : l'abbé Delille

Message par Mme de Sabran le Ven 17 Fév 2017, 14:58

Que dirais-je du petit Delille, homme de mauvaise compagnie, faufilé dans la bonne; assommant par ses manières ceux qu'il n'endormait point par ses vers ...

( Talleyrand )

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