Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

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Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Invité le Jeu 16 Mar 2017, 07:10

Un grand merci, Olivier !
Voici un choix intéressant dans la presse !

Petit ajout, je vais voir à le rendre plus complet dans un fil consacré...........c'est fait  !




Il y a eu 100 ans hier, le 15 mars 1917, l’abdication du Tsar Nicolas II changeait le cours de l’histoire de la Russie, de l’Europe et du monde. Le destin de millions d’hommes allait s’en trouver bouleversé. A cette occasion, on trouvera une série d’articles richement illustrés consacrés à la famille impériale.

Entre mars 2017 et juillet 2018, qui marque le centenaire de l’assassinat de la famille impériale, nous partirons sur les traces de Nicolas II et des siens jusqu’à leur lieu d’exécution, nous revivrons quelques grands moments du règne de Nicolas II et découvrirons des lieux méconnus liés à la famille impériale. Sans oublier des reportages d’actualité en Russie, où le souvenir des Romanov est plus présent que jamais. Premier épisode demain.

A suivre.........


ET PUIS CECI FORT CURIEUX............



Un buste du tsar Nicolas II installé dans un parc à Simferopol en Crimée serait l’objet d’un phénomène particulier : des larmes couleraient de la statue. Ceci a donné lieu à l’ouverture d’une enquête par l’église orthodoxe pour déterminer s’il s’agit d’un miracle. ( – Source : le Figaro)





Je place ici, dans ce fil consacré à la Russie, une autre Révolution, la Révolution Russe =



En février 1917, le tsar est sur le front quand il reçoit la nouvelle de l’insurrection qui secoue la capitale, Petrograd. Une série d’événements improbables va conduire le souverain désemparé à se déposséder de sa couronne. (NB : pour des raisons de facilité de lecture, les dates sont traduites en calendrier occidental.)


Au commencement de 1917, recevant en audience Mikhaïl Rodzianko, président de la Douma, le tsar Nicolas II lui fait cet incroyable aveu de faiblesse : « Je me suis efforcé pendant vingt-deux ans de faire pour le mieux ; me serais-je tout le temps trompé ? » Le fait est que son règne, commencé en 1894, a connu bien des déboires, dont la désastreuse guerre de 1905 contre le Japon et la révolution consécutive, alors noyée dans le sang.

Comble de malheur : le seul fils du couple impérial, le Tsarévitch Alexis, est atteint d’hémophilie. C’est pour tenter de résister à cette malédiction que le Tsar et, plus encore, son épouse ont fait entrer dans leur intimité le mage Raspoutine, dont les pouvoirs de guérisseur soulagent le Tsarévitch, mais dont l’influence politique grandissante, voire envahissante, dégrade l’image de la monarchie.




Mikhail V. Rodzianko (1859-1924, Président de la Douma).

Ses relations avec le couple impérial furent difficiles : il commandita une enquête sur les agissements de Raspoutine et s’opposa à toute intervention de la tsarine dans les affaires politiques de l’Etat. Il proposa de l’envoyer en exil en Crimée jusqu’à la fin de la guerre. Il désapprouva également la décision de Nicolas II de prendre le commandement de l’armée, et critique certains Ministres qu’il jugeait incompétents.

Le 21 août 1915, Nicolas II prend une décision lourde de conséquences : il démet son oncle le Grand-Duc Nicolas Nicolaevitch du commandement suprême de l’armée, qu’il assumera à sa place.




Grand-Duc Nicolas Nikolaievitch (1856-1929).

Après avoir été écarté du commandement suprême de l’armée, il prit le commandement de l’armée du Caucase. Respecté par ses hommes, aussi bien que par les personnalités politiques occidentales, il fut pressenti pour succéder à Nicolas II en tant que Tsar. Il refusa, estimant qu’en acceptant, il violerait son serment de fidélité au Tsar.

En agissant ainsi, Nicolas II commet une double erreur. La première, c’est que les défaites de son armée lui seront directement imputées. Même si sous son commandement, l’armée russe remporte des succès, tels l’offensive Brussilov en juin 1916, la population exsangue, et lassée par cette guerre dont on ne voit pas la fin, va rendre son Tsar responsable de la situation. Nicolas est réputé avoir le mauvais oeil, élément non négligeable chez un people superstitieux. La seconde, en effectuant ce qu’il pensait être son devoir le plus sacré, à savoir partager la vie de ceux qui se battaient et mourraient pour la patrie, le Tsar s’est retire du jeu politique au moment où le bloc progressiste de la Douma, présidé par Rodzianko proposait une transition vers un système monarchique constitutionnel qui aurait pu sauver la monarchie russe.

Nicolas II, parti au front, laisse la politique intérieure entre les mains d’Alexandra. Cette mère tremblant pour la vie de son fils hémophile (maladie qui à l’époque équivalait à une condamnation à mort, avec une espérance de vie d’environ 20 années), est sous l’influence de Raspoutine. La Tsarine est impopulaire, en raison tout à la fois de ses origines allemandes (et pourtant, en tant que petite-fille de Victoria, elle se considère bien plus anglaise que germanique), de sa timidité qui la fait paraître compassée, voire rigide en public, et de l’influence que Raspoutine avait sur elle.

Entre septembre 1915 et février 1917, sous la régence d’Alexandra, la Russie eut 4 premiers Ministres, 5 ministres de l’intérieur, 3 ministres des Affaires étrangères, de la guerre, du transport et 4 de l’agriculture. La politique incessante de nomination et de renvois des Ministres et des cadres de l’administration désorganise le pays. Le people a l’impression de n’être plus gouverné que par un couple “infernal” Alexandra/Raspoutine.




Caricature de l’influence de Raspoutine sur le couple impérial, 1916

Et pourtant, à y regarder de près, la situation de la Russie n’est pas aussi catastrophique qu’il y parait en 1916: l’armée remporte des victoires, le front est stabilisé, l’opposition est désorganisée, Lénine est encore un illustre inconnu, et le peuple soutient encore majoritairement Nicolas II.

En décembre 1916, l’assassinat de Raspoutine choque profondément les convictions religieuses de Nicolas II, pour qui tout meurtre est moralement inacceptable. Le fait que des membres de la famille impériale y soient mêlés le navre encore plus. Quand il décide de punir les coupables, le Grand Duc Dimitri et le Prince Félix Youssoupov, son neveu par alliance, il se heurte à une fronde familiale, qui lui enjoint de n’en rien faire. Confronté à une perte de son autorité politique, contesté y compris au sein de sa propre famille, Nicolas II se sent trahi et sombre dans un état proche de la dépression.




Prince Felix Youssoupov (1887-1967)

Et de fait, dans la famille impériale, les complots se multiplient, pour certains en collaboration avec la Douma : abdication du Tsar sous la régence du Grand-Duc Dimitri, a qui son rôle dans l’assassinat de Raspoutine a valu une soudaine popularité au Grand-Duc Michel frère du Tsar, exil d’Alexandra en Crimée dans un couvent. A ce stade, personne n’envisage la proclamation de la république.



Le Grand-Duc Dimitri (1891-1941)

Par ailleurs Nicolas II affirme à plusieurs Ministres, dont son premier Ministre le Prince Galitsine, qu’il va aller à la Douma avant de repartir pour son Quartier Général la « Stavka » , pour annoncer la formation d’un gouvernement responsable devant elle. C’est une mesure que les députés réclament depuis longtemps. En d’autres termes, ce serait la fin de l’autocratie.

à suivre......

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par La nuit, la neige le Jeu 16 Mar 2017, 09:37

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Jeu 16 Mar 2017, 09:45

Oups, pardon !
C'est moi qui ai mal déplacé ces messages .

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Jeu 16 Mar 2017, 09:59


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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Invité le Jeu 16 Mar 2017, 10:11

Louise-Adélaïde a écrit:.

Cette photo est étonnante. Je la présume colorisée, mais c'est si bien fait que l'on croirait à une photo moderne. Cela rapproche la famille impériale d'autant plus de nous.
En 2000, il y avait eu une émouvante exposition au Musée Galliéra, intitulée "Souvenirs Moscovites", qui présentait des tenues russes du début du siècle dernier... drunken boudoi30
La famille du Tsar n'était pas oubliée, bien sûr....beaucoup de photographies en marquaient le souvenir.


Bien à vous.

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Invité le Jeu 16 Mar 2017, 10:38

Tout à fait ! cette photo est très belle et a suscité déjà beaucoup de commentaires sur cette tragédie.......

(SUITE)



Quand Nicolas II quitte Tsarkoie Selo le 7 mars 1917 pour se rendre à la Stavka, il est loin de se douter que ses jours en tant que souverain sont comptés. A y regarder de près son analyse n’est pas entièrement fausse. Le peuple le considère certes comme un souverain malchanceux, mais ne le hait pas. C’est l’impératrice qui cristallise toutes les haines. Quant à la ville de Petrograd (nouveau nom de Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie à l’époque), elle est certes agitée mais les mouvements sont désorganisés et leurs chefs potentiels encore en exil. Ce sont les apprentis sorciers monarchistes qui vont pousser Nicolas II à l’abdication pour espérer accroitre leur pouvoir.


Le Ministre de l’intérieur Protopopov a assuré au Tsar que la situation dans la capitale est sous contrôle, ce qui est vrai au 7 mars. Une garnison de près de 100 000 hommes protège la ville. Le Quartier Général est situé à Moguilev (aujourd’hui en Biélorussie), à quelques 600 km de Petrograd. Cet éloignement du Tsar de sa capitale va peser très lourd dans la suite des événements. Ci-dessus, le tsar à Moguilev en août 1915.

Jusqu’alors, le QG de l’armée russe étai situé à Baranavitchy (Biélorussie) mais fut déplacé à Moguilev, toujours en Biélorussie mais 330 km plus à l’est, en aout 1915 en raison de l’avancée des troupes allemandes. Précaution utile car ville tombera au main des Allemands le 25 juillet 1916.

A la Douma par contre, les députés s’agitent et des discours hostiles à la monarchie, demandant son renversement, s’élèvent dans l’enceinte.

L’impératrice de son côté, analyse justement la situation : les émeutes sont avant tout provoquées par les problèmes de ravitaillement et la hausse des prix. Elle tente de remédier à la situation, en proposant de réquisitionner les boulangeries militaires pour faire du pain, ou en accordant la priorité aux convois de vivres sur tous les autres trains. L’hiver rigoureux cette année là complique la situation : la neige bloque les camions de ravitaillement.

Bien que disposant de forces de répression importante, le pouvoir hésite à les mettre en œuvre de peur de transformer l’émeute en révolution. L’Impératrice en particulier insiste sur le fait qu’il ne faut en aucun cas tirer sur la foule.

Cependant, les émeutes continuent. Les forces ordre sont dépassées, leurs commandements incompétents et quant aux réservistes de la garde ce sont essentiellement paysans, dont la formation militaire est rudimentaire et qui surtout, manquent de motivation. La première chose qu’ils vont faire, c’est de fraterniser avec les grévistes.

Le 10 mars, Nicolas II, depuis son QG de Moguilev, ordonne au général Kabalov de rétablir l’ordre, en autorisant l’usage de la force. “je vous ordonne de rétablir l’ordre dans la capitale. Ces désordres sont inacceptables à l’heure d’une guerre difficile contre l’Allemagne et l’Autriche”.

Kabalov fait placarder un manifeste dans les rues de Petrograd, qui interdit tout rassemblement et informe les éventuels contrevenants que l’armée ouvrira le feu. Malgré cette interdiction, la foule retourne plus nombreuse dans les rues et l’armée ouvre le feu sur la Perspektive Nevsky.




Serguei Kabalov (1858-1924). Chef du district militaire de Petrograd.

Le 11 mars au soir, les soldats de la 4e compagnie réserviste du régiment Pavlovski se mutinent et fraternisent avec les ouvriers en grève. Rodzianko télégraphie au Tsar “La situation est grave. La capitale est en proie à l’anarchie. Le gouvernement est paralysé. Le transport de la nourriture et du carburant sont complètement désorganisés. Une partie des troupes tirent l’autre. Vous devez immédiatement confier la formation d’un nouveau gouvernement à une personne qui jouit de la confiance de peuple. Toute procrastination serait fatale »

A 600 kilomètres de là, Nicolas II ne se rend pas compte de la gravité de la situation. Quant il le reçoit, il pense que son ministre exagère et s’exclame « encore des bêtises du gros Rodzianko ! ».

A Petrograd, la situation se dégrade d’heure en heure avec les réservistes du régiment Volinsky qui se soulèvent, rejoints par d’autres unités et même par les réservistes du légendaire régiment Preobrajenski.




Télégramme de Rodzianko daté du 26 février (11 mars) adressé à Nicolas II, pour l’informer des événements en cours dans la ville de Petrograd.

Malheureusement pour le Tsar, les télégraphistes qui lui transmettaient les dépêches dans son train étaient passés du côté des révoltés, qui reçurent ainsi, des informations de première main sur la situation dans la capitale.



12 mars 1917 : les émeutiers brûlent les symboles monarchistes

La foule, sans chef, converge vers la Douma qu’elle considère comme le pouvoir légitime. Les députes, qui ont reçu du Tsar l’ordre de dissoudre l’assemblée, refusent de s’y plier. Cependant, leur rébellion ne va pas jusqu’à la prise du pouvoir. Mais face à la foule qui a envahi l’hémicycle, Rodzianko cède et fait élire un comité provisoire qui comprend, outre lui-même, Choulguine, le Prince Lvov, Kerensky. Pour ajouter à la confusion, un deuxième organe de pouvoir est créé… au même endroit, un soviet d’ouvriers et de soldats; Kerensky dira “ deux Russie s’installèrent côte à côte, celle des classes dirigeantes qui avaient déjà perdu la partie mais n’en savait rien, et le Russie du travail qui avançait vers le pouvoir mais ne le soupçonnait pas”. Au soir du 13 mars, il existe en Russie un souverain, deux pouvoirs, mais personne ne sait encore d’où va surgir le prochain gouvernement.



13 mars 1917 : la foule envahit la Douma. Selon des témoignages d’époque, les députés se demandaient si la foule allait les lyncher, ou leur demander de collaborer avec eux.

à suivre.........

Very Happy  Merci beaucoup d'avoir ouvert ce nouveau fil, je n'avais pas osé le faire, la Révolution Russe me paraissant un événement - quoique très important et passionnant- un peu hors sujet de ce forum;

Avant de raconter la suite de cette tragédie, je vais tâcher de retrouver les numéros du journal L'Illustration, qui à ces dates semble totalement ignorer l'importance de ce soulèvement ! en effet, à la mi-Mars 1917, la France est toujours plongée dans la tourmente de la "Grande guerre", et défilent dans les rues, acclamées par la population, les troupes Russes qui sont nos alliés !! alors que, dans leur pays......
C'est tout à fait étonnant de voir, comment dans ces années là, l'information se fait lentement; bien sûr, les gouvernements sont informés ! mais......Nul ne semble prendre la mesure des événements.......

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Comtesse Diane le Jeu 16 Mar 2017, 11:06

L'empire russe était complètement sclérosé .

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Jeu 16 Mar 2017, 11:13

Comtesse Diane a écrit:L'empire russe était complètement sclérosé .  

Oui, le tableau n'était pas riant ...

La Russie à la veille de la Révolution


27 JANV. 2017 PAR LAURENT RIPART

Quand « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus

« Pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l'impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C'est seulement lorsque "ceux d'en bas" ne veulent plus et que "ceux d'en haut" ne peuvent plus continuer de vivre à l'ancienne manière, c'est alors seulement que la révolution peut triompher. »

Lénine, La maladie infantile du communisme (1920)



A l’exemple de la révolution française, la révolution russe procède fondamentalement de l’incapacité du pouvoir monarchique à assurer une transition pacifique entre le féodalisme et le capitalisme. Toutefois, à la différence de la révolution paysanne et bourgeoise qui avait eu lieu en France, la révolution russe présente des spécificités remarquables, dans la mesure où elle élimina les derniers vestiges du féodalisme pour donner naissance non pas à un régime bourgeois, mais à un pouvoir socialiste et ouvrier. Une telle situation s’explique par les caractères originaux de la Russie, qui avait connu un féodalisme très différent de celui qui s’était développé dans le reste de l’Europe et où l’introduction du capitalisme n’avait pas procédé d’une évolution endogène.

Un féodalisme où l’Etat écrase la société




L’Etat russe s’est constitué à la fin du Moyen Age dans le contexte d’éclatement de l’empire mongol qui dominait les steppes de l’Eurasie. En s’autonomisant du Khan dont il était le vassal, le grand-prince de Moscou posa les bases d’un nouveau pouvoir monarchique, de nature profondément despotique, puisque le prince russe se définissait comme un autocrate, autrement dit comme un souverain qui n’avait d’autre légitimité que lui-même ou plus exactement que l’autorité que Dieu lui aurait directement déléguée. A la différence d’un monarque européen, qui devait composer avec la noblesse, l’église et les villes et se soumettre à l’ordre légal et coutumier, l’autocrate russe ne voyait son pouvoir limité par aucun corps social et se trouvait exonéré du respect de toute loi ou règle, puisqu’il pouvait par exemple assassiner de ses propres mains n’importe lequel de ses sujets.

L’autorité du prince était si forte qu’elle avait écrasé l’ensemble de la société et en premier lieu la paysannerie, qui avait été réduite en servage entre la fin du XVe et la fin du XVIe siècle. Privés de toute propriété, les paysans-serfs avaient été héréditairement établis dans l’une des communautés villageoises que le pouvoir princier avait instituées pour assurer une fonction de « paix » (en russe : mir). Cellule de base de l’Etat russe, le mir gérait de manière communautaire les terres qui lui avaient été assignées, afin d’assurer les prélèvements que le prince exigeait sous forme de redevances ou de livraisons d’hommes pour les corvées et l’armée. Privés de toute réelle liberté, à commencer par celle de circuler ou de se marier, ces paysans-serfs se trouvaient soumis à la coercition de leurs maîtres, qu’un intendant exerçait au nom du prince ou d’un noble voire d’un monastère auxquels le souverain avait pu les concéder.

Ces concessions féodales prenaient place dans un système de domestication de la noblesse et de l’église. A la différence de la noblesse européenne, la noblesse russe constituait pour l’essentiel une aristocratie de service, dont la richesse, le pouvoir et les titres procédaient de la faveur princière. Recouvrant environ 200 000 chefs de famille en 1917, la noblesse russe constituait un monde hiérarchisé en fonction des charges civiles et surtout militaires que le prince lui allouait. Soumise à une stricte étiquette, elle tirait ses revenus des domaines que le service du prince lui avait permis d’acquérir et assurait son rang par l’existence d’une nombreuse domesticité.





La Russie disposait aussi d’une Eglise autocéphale qui, par sa liturgie slavonne, constituait l’âme et le fondement du nationalisme russe. Fortement intégrée à l’Etat, l’Eglise russe était placée sous la protection du prince dans lequel elle voyait un « Tsar », autrement dit l’héritier des Césars romains et byzantins. Assurant ses fidèles de la possibilité d’un bonheur éternel, elle exigeait en contrepartie une soumission absolue à l’ordre social et au tsar, en excommuniant les rebelles au même titre que les hérétiques. Le pouvoir tsariste veillait en contrepartie au maintien de son hégémonie, ce qui l’amenait à pourchasser toute forme d’hétérodoxie et en premier lieu les adeptes de la puissante secte des Vieux-Croyants dont les millions de fidèles furent persécutés jusqu’en 1905. L’Etat laissait toutefois peu d’autonomie à l’Eglise et avait même sécularisé au XVIIIe siècle ses monastères, assurant aux moines une rente en lieu et place des terres qu’il leur avait confisquées.

Dans cette société écrasée par l’Etat, il n’y avait donc guère de place pour le développement d’une économie autonome, ni d’une véritable société civile. En l’absence de secteur marchand ou de rapports salariaux, la Moscovie ne vit se développer ni bourgeoisie, ni capital. A la différence de l’Europe, le féodalisme russe était trop contraint par le poids de l’Etat pour pouvoir de lui-même évoluer vers le capitalisme.

Le capitalisme : une importation européenne

Profitant de l’effondrement à la fin du XVIIe siècle de l’empire suédois, l’Etat russe parvint à s’ouvrir une fenêtre sur la Baltique et entra ainsi dans le concert des puissances européennes. En 1703, le tsar Pierre le Grand fit établir sa nouvelle capitale de Saint-Pétersbourg sur les marais qui bordaient la Baltique, recourant au travail forcé de ses serfs qu’il fit tuer à la tâche par dizaines de milliers. Le regard tourné vers l’Occident, la cour et les élites s’orientèrent dès lors vers l’Europe, d’où ils faisaient venir la culture et les produits de luxe dont la possession devint le fondement de la distinction aristocratique. Sous l’impulsion des élites russes, de nombreux artisans, médecins ou professeurs occidentaux, le plus souvent allemands, vinrent s’établir en Russie autour des palais royaux ou dans les châteaux de la noblesse.

En s’intégrant progressivement à l’Europe, l’Etat russe devint au cours du XVIIIe siècle une puissance militaire de tout premier ordre, sans rapport avec la faiblesse de son poids économique. Grâce à sa victoire sur Napoléon Ier, la Russie fit son entrée dans le concert des grandes puissances et acquit un nouvel empire, en mettant la main sur une grande partie de la Pologne et de la Lituanie, mais aussi sur la Moldavie roumaine et l’espace caucasien. Au cours du XIXe siècle, la Russie poursuivit sa politique expansionniste, en mettant pied dans les Balkans grâce à la création de nouveaux Etats slaves au détriment de l’empire ottoman (Serbie, Bulgarie), mais aussi en entamant une longue marche vers le Pacifique, qui lui permit de pénétrer en Asie centrale avant d’acquérir Vladivostok et la côte pacifique en 1858. Disposant désormais du plus grand territoire au monde, l’Empire russe se trouvait aussi doté des plus grands gisements mondiaux de ressources naturelles (charbon, pétrole etc.).

De telles richesses ne pouvaient laisser insensibles les capitalistes européens, qui s’attachèrent à mobiliser les capitaux nécessaires à l’exploitation de l’espace russe. Dans une société sans bourgeoisie, l’industrialisation du pays fut impulsée par l’Etat qui emprunta en Europe occidentale des capitaux importants en leur offrant une rémunération très attractive. Initiée dès les années 1830, l’industrialisation de la Russie s’accéléra brutalement dans les années 1880, lui permettant d’acquérir en peu de temps un réseau de transport moderne, bien que toujours insuffisant, mais aussi une industrie métallurgique et textile, presque entièrement concentrée à Saint-Pétersbourg, à Moscou, dans le Caucase et dans la moyenne vallée de la Volga.

La Russie se trouvait ainsi dotée d’un capitalisme sans bourgeoisie, puisque l’essentiel de l’impulsion économique était donné par l’Etat qui recourait à des capitaux exogènes. Elle s’engageait dans un mode de développement qui combinait un extrême archaïsme, car l’immense masse de la population était composée par une paysannerie misérable, analphabète et totalement coupée de la société moderne, avec des caractères d’une remarquable modernité, puisque l’industrie russe était de loin la plus concentrée au monde. Ne s’étant en effet pas formé de manière endogène, le capitalisme russe n’était pas issu de l’essor d’un petit entreprenariat familial, mais s’était dès le départ caractérisé par sa forte composition organique du capital, qui avait été investi dans des usines colossales, à l’exemple de l’usine Poutilov de Saint-Pétersbourg où travaillaient en 1905 pas moins de 12 000 ouvriers.

Utilisant les enseignements que Marx et Engels avaient tirés de la lente formation du capitalisme anglais, les sociaux-démocrates russes eurent longtemps du mal à comprendre l’originalité du développement de leur pays. Trotski fut le premier marxiste à penser la spécificité de la Russie, en constatant dans Bilan et perspectives (1906) que le capitalisme ne s’y développait pas sur le modèle anglais, mais prenait une voie originale qui combinait archaïsmes et modernités. En la définissant comme un « développement inégal et combiné », Trotski soulignait que cette situation provoquait de fortes contradictions qui offraient les conditions objectives nécessaires à une crise révolutionnaire.

L’éclatement de la formation sociale russe

Les profondes transformations que connaissait la Russie modifièrent en profondeur sa formation sociale. Selon le recensement de 1897, sa population ne comptait plus que de 44 % de Russes et se trouvait donc majoritairement composée d’un conglomérat de minorités très diverses (Polonais, Ukrainiens, Tatars, Lettons, Lithuaniens, Finlandais, Juifs, Allemands, Géorgiens, Arméniens etc.) que le pouvoir tsariste ne parvenait pas à russifier. L’essor des aspirations nationales rendait cette situation explosive, en particulier en Pologne et en Finlande, et suscitaient des tensions croissantes dont les 5 à 6 millions de Juifs faisaient les frais. A partir de 1880, le pouvoir tsariste avait en effet contribué à transformer le vieil antijudaïsme chrétien en un véritable antisémitisme, suscitant des pogroms pour détourner la colère populaire sur les Juifs, à qui le pouvoir attribuait la responsabilité des calamités que Dieu aurait fait retomber sur l’ensemble de la population.

Bien que la Russie restât un pays misérable, où une mauvaise récolte suffisait à entrainer une famine meurtrière, comme ce fut le cas en 1891 lorsqu’un été trop sec entraîna la mort de deux millions de Russes, les transformations du XIXe siècle provoquèrent une explosion démographique particulièrement brutale. Disposant au début du XXe siècle d’un accroissement naturel supérieur à un million de personnes par an, la Russie était sans doute le pays le plus jeune d’Europe. Même si l’état des statistiques russes ne permet pas de disposer de données précises, la majorité de la population russe avait très certainement en 1917 moins de vingt ans, ce qui n’était pas sans conséquence sur les dynamiques sociales.

Dans un contexte de passage brutal du féodalisme au capitalisme, ce pays jeune était aussi affecté par une modification mal contrôlée de sa formation sociale. Particulièrement importantes furent les mutations qui affectèrent la paysannerie, puisqu’elle regroupait sans doute encore plus de 80 % de la population russe à la veille de la Révolution de 1917. Contraint à en finir avec les vieilles structures du féodalisme, le gouvernement s’était engagé dans une politique de modernisation, qui s’était concrétisée par l’abolition en 1861 du servage puis par une réforme agraire mise en place par le gouvernement Stolypine en 1906. En supprimant les anciennes communautés paysannes au profit d’une économie de marché, ces réformes donnèrent naissance à une nouvelle couche de petits propriétaires terriens, mais aussi à un prolétariat agraire qui, se trouvant brutalement privé de terres, n’avait d’autre solution que de partir vers les villes et les vastes espaces sibériens ou d’entrer dans la domesticité agricole. Au début du XXe siècle, l’ancienne paysannerie des mirs avait ainsi disparu pour donner naissance à des dizaines de millions de déracinés qui faisaient de l’accès à la terre la question sociale centrale de la Russie.

Une partie de ce nouveau prolétariat rural avait réussi à être embauchée dans les usines qui se construisaient à Moscou, Saint-Pétersbourg, Bakou ou Nijni Novgorod, contribuant à la formation d’une classe ouvrière qui regroupait peut-être jusqu’à quatre millions de travailleurs à la veille de la première guerre mondiale. Soumise à une exploitation d’autant plus brutale que l’industrialisation s’était originellement développée dans des ateliers domaniaux par l’exploitation d’une main d’œuvre servile, la classe ouvrière russe disposait d’une forte combattivité, en raison de son important degré de concentration. Dans un pays où les droits de grève et de coalition n’existaient pas, les luttes du prolétariat russe prenaient une forte dimension révolutionnaire. Toute action de grève se heurtant à la répression de la police et de l’armée, les revendications de type économique se trouvaient en effet toujours étroitement associées à des revendications démocratiques qui mettaient en cause l’autocratie.

Les capacités de lutte du prolétariat russe étaient exacerbées par un puissant réseau de militants révolutionnaires, qui trouvait ses racines dans l’incapacité du régime à répondre aux aspirations de ses élites. Ne disposant en effet pas d’une réelle bourgeoisie, la Russie n’offrait à la poignée de jeunes privilégiés, qui entraient dans les universités et lycées établis en petit nombre au XIXe siècle, que les perspectives étriquées d’une carrière dans l’armée ou dans les rangs d’une église obscurantiste. Avec le développement de l’enseignement, la Russie vit se développer une couche sociale spécifique – l’intelligentsia russe – qui, ne trouvant pas dans le service du tsar une réponse à ses aspirations, se tourna soit vers les arts, pour donner naissance à une scène artistique, musicale et littéraire très créative, soit vers des activités politiques qui, vu la nature du régime, ne pouvaient qu’être révolutionnaires. Avec l’essor du prolétariat urbain, les usines devinrent les lieux de rendez-vous de ces nouveaux militants qui, après avoir été exclus des lycées ou des universités, se consacraient à l’animation de groupes révolutionnaires, avant d’être arrêtés, déportés, puis de partir en exil rédiger les tracts et les brochures qu’une nouvelle génération faisait à son tour circuler dans les cercles ouvriers.

Les conditions spécifiques du passage du féodalisme au capitalisme avaient ainsi profondément disloqué la formation sociale russe. Le pays se trouvait déstabilisé par la réforme agraire, qui avait littéralement déraciné des dizaines de millions de paysans, tandis qu’il voyait se former dans les villes une classe ouvrière peu nombreuse mais très combattive, que les enfants sans avenir des élites russes s’employaient à doter d’une stratégie révolutionnaire et d’une idéologie socialiste.

Un Etat incapable de se réformer

Réputé pour sa corruption et son inefficacité, l’Etat russe constituait une institution surannée que le pouvoir tsariste devait absolument réformer. L’opération s’avérait toutefois délicate, car la situation était si explosive que toute réforme risquait d’ouvrir les soupapes de la vapeur révolutionnaire. Malgré de réelles tentatives, le régime ne put ainsi jamais se doter des structures parlementaires dont il aurait eu besoin pour conforter son assise. Particulièrement emblématique fut l’incapacité de Nicolas II à mettre en place une assemblée représentative, comme il s’y était engagé au plus fort de la vague révolutionnaire de 1905. Malgré tous ses efforts pour contrôler les élections, le tsar dut se rendre en compte que l’assemblée (en russe : douma) élue en 1906 ne lui était pas favorable. Incapable d’accepter la concurrence d’un pouvoir parlementaire, le tsar prononça sa dissolution, avant de dissoudre quelques mois plus tard pour les mêmes raisons la deuxième douma qu’il avait fait élire, puis d’obtenir, au gré d’un troisième vote manipulé, l’élection d’une assemblée aussi apathique que privée de toute crédibilité.

L’appareil d’Etat russe n’était en réalité capable d’efficience que pour museler son opposition. Face à la déliquescence sociale et à la montée des courants révolutionnaires, le pouvoir tsariste s’était doté, en 1881, d’une police politique (l’Okhrana), qui disposait de moyens sans équivalents dans aucun autre pays. Appuyée sur un réseau d’informateurs impressionnant, l’Okhrana parvenait à infiltrer tous les groupes révolutionnaires et à les démanteler régulièrement, sans toutefois que cette réussite policière n’empêchât que les places des militants déportés en Sibérie ne fussent aussitôt réoccupées par une nouvelle génération.

L’essentiel de l’effort de l’Etat passait toutefois dans l’armée qui absorbait à elle seule plus de la moitié du budget. Disposant grâce à la conscription de la plus nombreuse armée du monde, la Russie ne put toutefois engager la modernisation nécessaire à la construction d’une force efficace. Le premier avertissement vint de sa défaite lors de la guerre de Crimée (1853-1856), qui avait montré que les conscrits chétifs et maladifs levés dans les campagnes russes étaient peu préparés à la guerre moderne. La nouvelle défaite de la Russie contre le Japon (1904-1905) fut d’une autre ampleur, dans la mesure où elle mettait en évidence le retard technologique de l’armée russe et les graves insuffisances de son commandement. Après avoir claironné qu’il allait écraser « les insolents macaques » japonais, Nicolas II fut contraint à signer en 1905 une capitulation qui affaiblit considérablement son prestige et son autorité.

Le déclenchement en août 1914 de la première guerre mondiale montra toutefois à l’Europe que la déliquescence de l’Etat russe avait franchi un nouveau palier. L’état-major allemand ayant décidé de concentrer dans un premier temps ses forces sur le front français, les Russes n’avaient trouvé face à eux que 200 000 hommes confiés au général Hindenburg. A la surprise générale, ces maigres troupes permirent à Hindenburg d’infliger en septembre 1914 une défaite majeure à l’armée russe, dont le commandement fit preuve d’une incompétence sans égal. L’armée russe n’évita la débâcle totale qu’en soumettant ses soldats à une discipline de fer et en les enterrant dans des tranchées, dans lesquelles les conditions de vie étaient particulièrement épouvantables, en raison de la désorganisation générale de la logistique qui amenait certains conscrits à combattre sans chaussures dans la neige.

A la veille de la Révolution de 1917, la situation militaire de la Russie était devenue désespérée et, malgré la férocité des châtiments, l’état-major ne parvenait plus à enrayer l’insubordination des soldats qui désertaient en masse pour retourner dans leurs villages. L’armée était à bout de souffle et l’économie russe ne parvenait plus à faire face à l’effort de guerre. La situation semblait avoir échappé à la cour impériale de Saint-Pétersbourg ou plutôt de « Petrograd », puisque la ville avait été ainsi rebaptisée dans le contexte germanophobe de la déclaration de guerre à l’Allemagne. L’influence exercée sur la famille impériale par Raspoutine, un pseudo-ascète aussi débauché que délirant, puis son assassinat par des membres de la haute noblesse en décembre 1916, ne constituèrent dans ce contexte que l’un des symptômes de la dégénérescence morale et politique du pouvoir tsariste.



Si le déclenchement d’une révolution n’est jamais inéluctable, la Russie présentait néanmoins en 1917 toutes les conditions nécessaire pour la rendre possible. La fin du féodalisme avait déstabilisé les campagnes russes, libérant un sous-prolétariat agraire qui, en posant la question de l’appropriation des terres, offrait aux socialistes la possibilité de disposer d’une base sociale en milieu rural. Pour être numériquement faible, la classe ouvrière russe disposait d’un haut degré de concentration et son encadrement par une jeunesse cultivée acquise aux idées socialistes et révolutionnaires en faisait une redoutable menace. Enfin, le régime, qui avait déjà failli s’effondrer en 1905 lors de sa défaite contre le Japon, ne parvenait plus à faire face aux échecs militaires majeurs qu’il rencontrait sur le front allemand et devait face à une crise sans précédent qui privait le tsar de son autorité morale. Pour reprendre la formulation de Lénine, la Russie offrait au début de l’année 1917 une situation où « ceux d’en bas » ne voulaient plus tandis que « ceux d’en haut » ne pouvaient plus.



Publié dans l'Anticapitaliste. La revue mensuelle du NPA, janvier 2017, n° 83, p. 4-7.

https://blogs.mediapart.fr/laurent-ripart/blog/270117/la-russie-la-veille-de-la-revolution


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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Invité le Jeu 16 Mar 2017, 14:27

Indéniablement, oui, un empire "sclérosé" voire féodal, encore;
Cependant, la sclérose accompagna également l'état communiste, bureaucratie, et injustices; sans compter les terribles purges;

Ce pays est victime de son immensité, de son climat, et il a toujours été très difficile à gouverner;

Bien sûr, ce que j'ai publié sur le tout début de la Révolution était porté par le regard d'une sympathisante du Tsar, descendante d'un émigré Russe;
Sa sympathie se sent;
Et il est objectif de dire que l'exécution de la famille Impériale, n'était peut-être pas une nécessité politique;
Qui en a donné l'ordre ? les thèses se sont multipliées, et contredites = la seule certitude est que la maison Ipatiev où était détenue la famille Impériale était sur le point d'être encerclée par une importante partie de l'armée "Blanche" fidèle au Tsar; d'où une exécution réalisée en urgence, avec ses conséquences et les énigmes durables qui l'entourèrent;
Enigmes semble-t-il résolues aujourd'hui, quoique certains historiens fort sérieux hésitent encore à accréditer la thèse officielle;
Toujours est-il que la Russie aujourd'hui a fait amende honorable et l'Eglise Orthodoxe a canonisé la famille Impériale; c'est peut-être aller un peu loin, mais au moins, c'est reconnaître que la chute du Tsarisme n'a pas été sans erreurs commises;

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par La nuit, la neige le Jeu 16 Mar 2017, 17:23

Idea Pour celles et ceux qui souhaiteraient creuser ce sujet, je vous recommande le documentaire actuellement disponible en vidéo à la demande sur le site d'Arte.

Attention ! Durée 1h30 mn...Wink  
Très intéressant.

Lénine, une autre histoire de la révolution russe





Présentation :

En faisant revivre pas à pas la, ou plutôt les révolutions de 1917, de février à octobre, ce documentaire tissé d'archives exceptionnelles montre un Lénine ballotté par la puissance des événements, bien loin de sa légende.

Le 23 février 1917 (8 mars dans le calendrier grégorien), à Petrograd, capitale de l'Empire russe, c'est une manifestation féminine qui amorce la chute du régime.
Au lendemain de grandes grèves ouvrières, l'annonce de rationnements supplémentaires dus à la guerre, mais aussi à l'incurie des autorités, jette dans la rue les femmes des faubourgs, qui, au terme d'une marche de six kilomètres, fusionnent avec un convoi de suffragettes réclamant le droit de vote dans une atmosphère de "jour de fête".

Le lendemain, 24 février, des masses d'ouvriers en grève chantant "la Marseillaise" envahissent le centre-ville en passant sur la Neva gelée.
C'est le début d'une insurrection populaire qui prend de court tous les militants révolutionnaires russes et qui, en quelques jours, la garnison de la capitale se joignant aux insurgés, fait tomber la dynastie tricentenaire des Romanov.

Le 2 mars 1917, à la demande de son état-major, Nicolas II abdique en faveur de son frère Michel, qui refuse le trône.
Avec à sa tête le prince Gueorgui Lvov et le très populaire député socialiste Alexandre Kerenski, un gouvernement provisoire est chargé de gérer, en concertation avec le Soviet de Petrograd, les incertitudes d'une révolution qui se répand comme une traînée de poudre et la guerre qui se poursuit contre l'Allemagne.

À Zurich, Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, le dirigeant exilé des Bolcheviks, un groupuscule marginal au sein du Parti ouvrier social-démocrate, ne prend pas la mesure de ce qui se passe dans son pays…

Des prémices de la révolution de février à l'insurrection d'octobre, décidée et menée avec succès par un Lénine qui, à rebours de sa légende, a longtemps été ballotté, comme tout le monde, par la puissance des événements, Cédric Tourbe, avec l'historien Marc Ferro et le politologue Michel Dobry, restitue pas à pas l'extraordinaire enchaînement des faits, ou plutôt leur déchaînement.
Remarquablement limpide, leur récit commente de formidables archives, qui permettent au sens propre de voir vivre la Russie de 1917 et advenir la révolution.

Porté également par les voix de deux témoins éloquents, le socialiste révolutionnaire Nicolas Soukhanov et la journaliste française Marilye Markovitch, le film montre ainsi en détail comment Lénine parvient in extremis à remporter la mise.
Il réussit aussi à faire partager l'énergie bouillonnante, euphorique, explosive, de ce moment où le peuple le plus nombreux et le plus opprimé du monde occidental ne remet pas seulement en cause l'autocratie, mais toute forme d'autorité.

Arrow Ici, depuis le site d'Arte : http://www.arte.tv/guide/fr/065312-000-A/lenine-une-autre-histoire-de-la-revolution-russe

Arrow Ou encore sur Youtube :

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Invité le Jeu 16 Mar 2017, 17:39

Merci beaucoup ! c'est en effet, un sujet très complexe !

Je n'ai fait qu'évoquer de façon "nostalgique" les évènements du tout début;

Outre les analyses politiques, c'est tout un pan de littérature ( Pasternak, Boulgakov, Soljenytsine, et jusqu'au Prix Nobel récent = Svetlana Alexievitch La fin de l'homme rouge ) qui est à explorer; des oeuvres majeures, parfois mal comprises d'ailleurs des Occidentaux que nous sommes;

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Jeu 16 Mar 2017, 20:52

La nuit, la neige a écrit:

Des prémices de la révolution de février à l'insurrection d'octobre, décidée et menée avec succès par un Lénine qui, à rebours de sa légende, a longtemps été ballotté, comme tout le monde, par la puissance des événements, Cédric Tourbe, avec l'historien Marc Ferro et le politologue Michel Dobry, restitue pas à pas l'extraordinaire enchaînement des faits, ou plutôt leur déchaînement.
Remarquablement limpide, leur récit commente de formidables archives, qui permettent au sens propre de voir vivre la Russie de 1917 et advenir la révolution.


C'est tout à fait cela !    Formidable documentaire, on en sort un peu groggy ...   J'avoue avoir fait une pose à mi-chemin, mais certainement pas par lassitude car c'est au contraire haletant, très instructif !  Et puis plaisir de l'illustration musicale,  entre autres chants magnifiques Souliko, Plaine ma plaine, et même notre Marseillaise au plus fort de l'insurrection .

Ces malheureux Russes, en ont-ils bavé !!!    ( et ce n'est pas fini ...  )

Merci .   Very Happy

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par La nuit, la neige le Jeu 16 Mar 2017, 22:05

Oui, j'ai aussi apprécié ce documentaire (vu en deux fois). Smile
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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Sam 18 Mar 2017, 15:14

...     un journal du temps : le 17 mars 1917...
Je ne sais pas vous, mais moi j'y vois couic !


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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Dim 19 Mar 2017, 18:08




...    comme en écho au fameux  " Rien " de Louis XVI qui a fait couler tellement d'encre, le  " rien " de Nicolas II :

En Pologne, Polityka rappelait en octobre dernier que le tsar Nicolas II avait déclaré lors d’une interview à un journal donnée le premier jour de la Révolution de Février à Petrograd: «Rien d’important ne s’est produit hormis le fait que j’ai bu mon thé à l’heure habituelle.»

Saint, tyran aux mains couvertes de sang, chef d’Etat incompétent ou simple victime de l’Histoire, le dernier des Romanov? L’Empire balayé «en quelques mois, la Russie passe d’un régime tsariste à un pouvoir bolchevique».
Mais comment cela a-t-il été possible?»


https://www.letemps.ch/opinions/2017/03/13/cent-ans-apres-abdication-memoire-trouble-dernier-tsar-russie

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par La nuit, la neige le Dim 19 Mar 2017, 19:42

Et pendant ce temps les femmes du peuple de Saint-Pétersbourg demandaient de quoi nourrir leur famille...

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Gouverneur Morris le Lun 20 Mar 2017, 00:35

Louise-Adélaïde a écrit:Bien sûr, ce que j'ai publié sur le tout début de la Révolution était porté par le regard d'une sympathisante du Tsar, descendante d'un émigré Russe;
Sa sympathie se sent;  

Il s'agit effectivement d'une série d'articles actuellement rédigée et postée par la baronne Manno sur le site Noblesse et Royautés :

http://www.noblesseetroyautes.com/category/russie/
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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Invité le Lun 20 Mar 2017, 08:03

C'est exact, Gouverneur ! Very Happy
Je ne mets pas "la suite" bien connue de tous, et donc sans grand intérêt, place aux débats........

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Mme de Sabran le Mer 22 Mar 2017, 12:19

La nuit, la neige a écrit:Et pendant ce temps les femmes du peuple de Saint-Pétersbourg demandaient de quoi nourrir leur famille...

Mais je ne crois pas que, dans cette foule, il y ait des moujiks affublés de cotillons .  
Le parallèle reste néanmoins frappant .

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Re: Il y a 100 ans, abdication du tsar Nicolas II

Message par Vicq d Azir le Mar 12 Juin 2018, 13:29

Nicolas II a abdiqué le 15 mars 1917. pour lui et son fils. Son frère Michel abdiquera juste après. S’en suit un gouvernement provisoire, puis la révolution de Kerinsky, enfin la révolution bolchevique en novembre (octobre ancien calendrier).
Pendant ce temps, la famille impériale sera maintenue aux arrêts dans son palais à Tsarskoie Selo, puis déportée à Tobolsk, en Sibérie, enfin dans l’Oural, à Ekaterinbourg, où elle sera massacrée le 16 juillet 1918.
J’ai retrouvé quelques photos de leur captivité :






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