... de l'égalité du partage des richesses, selon Anacharsis Cloots

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... de l'égalité du partage des richesses, selon Anacharsis Cloots

Message par Mme de Sabran le Mer 09 Aoû 2017, 11:58



Les pauvres, on a beau ne rien leur donner, ils demandent toujours.
( Chamfort )



Selon le grand banquier cosmopolite Anacharsis Clootz, l’orateur du genre humain, le partage des richesses met en péril la société, n'ayons pas peur des mots, la bonne marche du monde.  Il compte sur la sagesse du peuple pour ne pas trop demander et s’élève contre la loi agraire  .    


« À bas les perturbateurs !  
« Des hommes absurdes ou perfides se plaisent à répandre la terreur dans l’âme des propriétaires. On voudrait semer la zizanie entre les Français qui vivent du produit de leurs terres et les Français qui vivent du produit de leur industrie. Ce projet désorganisateur sort de la boutique de Coblentz ; et de prétendus patriotes croient se populariser en publiant que les propriétés territoriales sont des chimères qui doivent disparaître devant la réalité des propriétés industrielles. Ce galimatias ne mériterait aucune réfutation s’il ne jetait pas l’alarme parmi les citoyens débonnaires qui craignent autant la perte de leur héritage que l’invasion des Allemands ; ce galimatias a contribué plus qu’on ne pense à la prise de Longwy et de Verdun.

« Les tyrans de l’Europe font distribuer depuis trois ans, des écrits aristocratiques et démagogiques où les menaces d’une prétendue loi agraire sont exposées adroitement. Si cette menace se réalisait, la contre-révolution serait possible ; l’anarchie éviterait la peine aux rois voisins de se coaliser contre la France. Les usurpateurs détestent notre régénération, parce qu’elle rend aux propriétaires tous les droits envahis par la féodalité.
« Les méchants invitent le pauvre à faire la guerre au riche ; mais le peuple est raisonnable, il comprend fort bien que le territoire est la base de l’industrie, et que l’un ne va pas sans l’autre. Les prédicateurs du partage des terres ne seront pas écoutés à la campagne, et ils seront lapidés à la ville dont les nombreux ateliers seraient anéantis par leur folle doctrine. Un ouvrier qui gagne trente ou quarante sols par jour est plus riche avec ses bras et ses espérances que si l’on partageait nos soixante-quatre millions d’arpents cultivés entre vingt-sept millions d’hommes, dont la seconde génération serait réduite à une misère, une ignorance, une apathie, une faiblesse qui la mettraient sous le joug du premier conquérant.
« Il n’y aurait plus ni villes, ni routes, ni digues, ni courriers, ni correspondance, ni imprimeurs, ni papier, ni journal, ni journalistes, ni aucune sentinelle morale et physique. Croupir dans la barbarie sur le fumier d’un misérable arpent tantôt grêlé ou noyé, serait le sort des citoyens français. Le plus mince journalier préférera son salaire quotidien à la chance du meilleur lot agraire, d’autant plus que le prix de la main-d’œuvre s’améliore sous le régime de la liberté.
« Il ne faut pas une grande perspicacité pour prévoir les suites déplorables de la violation du tien et du mien. Aussi le moindre ouvrier d’une manufacture immense repousserait-il l’hypocrite qui lui dirait de partager les magasins et les capitaux d’un fabricant dont les relations lointaines procurent de l’ouvrage à douze cents familles laborieuses.


« Le plus borné des artisans est convaincu que la dépouille du célèbre Decretot ferait mourir d’inanition trois ou quatre mille citoyens. Que ceux qui veulent faire passer une motion incendiaire se retirent loin d’une société policée ; car ils se feraient assommer par tous les habitants de la ville et par tous les propriétaires et fermiers de la campagne dont l’aisance se fonde sur le débouché des villes populeuses et commerçantes. Les bons esprits, les hommes droits, les vrais amis du genre humain, doivent s’empresser à tranquilliser le monde sur les projets impuissants d’une clique abominable.
« Il en est du partage des terres comme du partage des rivières ; nous perdrions tous les profits de la pêche, de la navigation et du commerce avec des filets d’eau. L’excès de la saignée tue l’homme le plus robuste. Et de quoi se plaignent les perturbateurs ? Le nouveau régime ne tend-il pas à morceler les fortunes colossales par des moyens doux et tutélaires ? Les substitutions, les droits d’aînesse et de masculinité sont abolis, ainsi que les maîtrises, les privilèges, les barrières seigneuriales et fiscales.

« On ne s’enrichira plus à la cour, à l’église, à la maltôte ; le brigandage des agioteurs n’accumulera plus des monceaux d’or dans un cercle de financiers. Nous mépriserons les Gracchus modernes, nous imiterons l’ancien Gracchus, en distribuant les communaux à un million de pauvres, en distribuant de vastes terrains qui attendent des bras en Corse, à Madagascar et dans la Guyane.
« Une émulation créatrice multipliera les branches de l’industrie maritime et continentale : la prospérité publique augmentera par une circulation plus rapide et plus abondante de toutes les productions de la terre et de la mer.
« Rassurez-vous donc, propriétaires pusillanimes, pesez mes paroles. J’aurais désiré que les commissaires de l’Assemblée nationale eussent fait une réponse péremptoire aux administrateurs de Reims, qui, en souscrivant au serment de l’égalité, témoignèrent de vives inquiétudes pour leurs possessions légitimes. Il faut montrer aux peureux que la majorité soi-disant pauvre est éminemment intéressée à la sauvegarde de la minorité soi-disant riche. Et cette démonstration est d’autant plus nécessaire aujourd’hui, que nous soutenons une guerre dispendieuse avec des assignats hypothéqués sur les fermes et les forêts nationales qui se vendraient à vil prix, si la crainte d’une loi agraire empochait les capitalistes régnicoles ou étrangers de faire des acquisitions territoriales en France. La Convention nationale publiera, sans doute, une instruction pour servir d’oreiller aux propriétaires timides. »



Reiser dirait : " On vit une époque formidable ! "      





Dernière édition par Mme de Sabran le Dim 13 Aoû 2017, 09:25, édité 1 fois

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Re: ... de l'égalité du partage des richesses, selon Anacharsis Cloots

Message par Comtesse Diane le Mer 09 Aoû 2017, 17:00

La Diane prend ses renseignements pour pas mourir idiote.  

Né dans une famille noble prussienne d'origine hollandaise, que m'dit Wiki, Cloots est l'héritier d’une grande fortune ; érudit, critique des religions révélées, il se fait connaître, dès avant la Révolution, par ses opinions francophiles : en 1786, dans un ouvrage intitulé Vœux d’un Gallophile, il envisage le rattachement de la rive gauche du Rhin à la France.
À la fin de 1789, il s’installe en France et pousse les différents gouvernements à répandre les idées révolutionnaires en Europe. Ayant changé son nom en Anacharsis, il se proclame « Orateur du genre humain » et publie à partir de 1792 L’orateur universel. En février 1792, il publie son livre République universelle. Cependant, en 1791, il avait défendu contre les jacobins le maintien du système esclavagiste dans les colonies, estimant prématuré d'engager une réforme aussi radicale.
Il est proclamé citoyen français par l’Assemblée nationale législative le 26 août 17922, est élu député de l'Oise à la Convention en septembre où il fait l'apologie des massacres ("scrutin épuratoire dans les prisons"3) ; il est d'abord proche des Girondins Roland puis Brissot. Mais, en janvier 1793, lors du procès du roi (qu'il nomme « Louis le Dernier »), il se rapproche des Montagnards en votant la mort sans appel au peuple et sans sursis. En avril, il vote contre la mise en accusation de Marat. Il est président du club des Jacobins à la fin de 1793, juste avant sa chute.
À l’instigation de Robespierre, qui reproche à Cloots son rêve d'une république universelle, sa "rage de conquête" et son athéisme militant, encouragé par les remarques acerbes de Camille Desmoulins formulées dans le numéro 2 du Vieux Cordelier, la Convention vote son exclusion (ainsi que celle de l'Américain Thomas Paine), en tant qu’étrangers le 6 nivôse an II (26 décembre 1793). Il est arrêté deux jours plus tard, et, traduit devant le Tribunal révolutionnaire dans le cadre du procès des hébertistes, il est condamné à mort et exécuté le 4 germinal an II (24 mars 1794) avec 18 autres condamnés dont Hébert, Ronsin, Proly, Momoro, Vincent, Mazuel, Desfieux et Pereyra.
Il a tenu à être guillotiné le dernier.  

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