L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

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L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Mme de Sabran le Sam 28 Oct 2017, 10:46

En décembre de l'année  1791, marqué par les projets de Condorcet et du Comité d’Instruction publique portant sur l’éducation nationale, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau se mit à rédiger un mémoire dans lequel il retranscrivit l’intégralité de ses pensées sur l’éducation. Si ces propos peuvent choquer le lecteur d’aujourd’hui, ceux-ci étaient parfaitement approuvés en 1792-1793 ; ce qui démontre l’erreur à ne pas commettre avec l’Histoire : oublier de contextualiser les évènements en se contentant de les apprécier avec un regard contemporain.



Ses idées sont fortes parce qu’elles écornent il est vrai la liberté des pères et mères de famille mais ce projet souhaitait surtout s’inscrire comme un simple complément du travail qu’avait déjà effectué Condorcet. Saint-Fargeau s’attaqua alors aux premiers degrés d’instruction et notamment aux écoles primaires qu’il désirait voir devenir des « maisons d’éducation ».        
En somme, de cinq à douze ans, les enfants devaient appartenir à l’État et non plus aux parents afin de « donner une éducation vraiment et universellement nationale ».
« Depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze pour les garçons, et jusqu’à onze pour les filles, tous les enfants sans distinction et sans exception seront élevés en commun, aux dépens de la République ; et que tous, sous la sainte loi de l’égalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes soins. »





Ce que Lepeletier proposait à la Convention n’était ni plus ni moins qu’un renforcement des « caméristats » qui existaient sous l’Ancien Régime et subsistent aujourd’hui encore dans les régions françaises de montagnes ou dans le Puy-de-Dôme. C’est un mécanisme par lequel les maîtres peuvent, avec l’autorisation des autorités préfectorales et académiques, recevoir dans la maison d’école un certain nombre d’enfants qui y couchent et y prennent leurs repas.
Il préconisait aussi la prise en charge par la République des frais de scolarisation et d’entretien de certains enfants sortis de maisons d’éducation et désireux de poursuivre leurs études au-delà. Ces « pensionnaires de la République » auraient été désignés après concours sur la base des résultats les plus méritants. Ce ne sont ni plus ni moins que les prémices des bourses nationales destinées à rendre les degrés supérieurs de l’instruction accessibles à tous ceux qui s’en montreraient dignes. Développées sous la IIIème République, elles sont aujourd’hui le gage de la réussite des élèves issus des milieux modestes.

Article L111-1 du Code de l’éducation

« Pour garantir ce droit dans le respect de l’égalité des chances, des aides sont attribuées aux élèves et aux étudiants selon leurs ressources et leurs mérites. La répartition des moyens du service public de l’éducation tient compte des différences de situation, notamment en matière économique et sociale. »

Si la vision qu’avait Michel Lepeletier de l’éducation au sein de cette nouvelle République que les révolutionnaires se donnaient pour mission de construire a été âprement critiquée, force est de constater que sa contribution permit d’amorcer une réflexion profonde sur la question, laquelle intéressera tous les régimes politiques qui succèderont.

http://www.revuegeneraledudroit.eu/blog/2015/01/23/louis-michel-lepeletier-de-saint-fargeau-loublie-des-journees-des-20-et-21-janvier-1793/


Dernière édition par Mme de Sabran le Ven 10 Aoû 2018, 09:21, édité 1 fois

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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Invité le Sam 28 Oct 2017, 10:48

J'avais étudié ce projet de Pelletier, à faire frémir ! affraid

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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par La nuit, la neige le Sam 28 Oct 2017, 16:00

Mme de Sabran a écrit:
Si ces propos peuvent choquer le lecteur d’aujourd’hui, ceux-ci étaient parfaitement approuvés en 1792-1793 ; ce qui démontre l’erreur à ne pas commettre avec l’Histoire : oublier de contextualiser les évènements en se contentant de les apprécier avec un regard contemporain.
M'oui, c'est sûr que la radicalité du projet est excessive, mais enfin, c'est une Révolution.
Il était question de libérer le peuple de l'ignorance qui l'asservissait, mais aussi de la main-mise religieuse sur l'éducation.

Aussi est mis en avant ici le concept d'égalité, ce qui reste le signe, disons distinctif de la Révolution française, si on la compare à la "révolution" américaine par exemple.
Un concept qui est resté bien ancré dans nos mentalités et moeurs.

Enfin, excepté cette radicalité que les jeunes enfants étaient supposés "appartenir" à l'Etat, comme le précise l'article plus loin :

Mme de Sabran a écrit:Si la vision qu’avait Michel Lepeletier de l’éducation au sein de cette nouvelle République que les révolutionnaires se donnaient pour mission de construire a été âprement critiquée, force est de constater que sa contribution permit d’amorcer une réflexion profonde sur la question, laquelle intéressera tous les régimes politiques qui succèderont.

C'est grâce à des hommes comme Condorcet que l'instruction publique est, plus ou moins, ce qu'elle est encore aujourd'hui en France : une égalité de chances d'accéder à la connaissance (et donc à la liberté), grâce à une instruction publique et universelle.

Un long combat, pas encore gagné !
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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Mme de Sabran le Ven 10 Aoû 2018, 09:23

La nuit, la neige a écrit:

C'est grâce à des hommes comme Condorcet que l'instruction publique est, plus ou moins, ce qu'elle est encore aujourd'hui en France : une égalité de chances d'accéder à la connaissance (et donc à la liberté), grâce à une instruction publique et universelle.

Absolument !  Very Happy

Ces idées, ces désirs, Condorcet les formula dans un plan remarquable. Voulant « offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs »; voulant, pour ce grand résultat, l’éducation universelle, Condorcet demande, pour toute collection de maisons renfermant quatre cents habitants, une école primaire et un instituteur qui expliquera, tous les dimanches, la Constitution, la déclaration des droits, « non comme des tables descendues du ciel, qu’il faut adorer », mais comme les produits de la raison humaine.
Dans les villes de quatre mille âmes, l’institution grandit et se complète; l’école secondaire donnera quelques notions de mathématiques, d’histoire naturelle, de chimie appliquée aux arts, des développements plus étendus de la morale et de la science sociale. Au-dessus de l’école secondaire, Condorcet projette cent quatorze instituts établis dans les départements, considérés comme partie de l’éducation générale et où l’instruction sera absolument complète.
Pour peupler toutes ces écoles primaires, secondaires, tertiaires, neuf lycées formeront une pépinière de professeurs, — c’était l’école normale entrevue —; et au sommet de l’instruction publique, une société nationale des Arts surveillera, dirigera, perfectionnera, encouragera les découvertes utiles.


( Jules et Edmond de Goncourt :  Histoire de la Société française pendant la Révolution )

Louis XVI pourrait peut-être bien en prendre de la graine ?   Hop!
C'est ce que suggère la gravure ci-dessous :


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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Comtesse Diane le Ven 10 Aoû 2018, 10:01

Mme de Sabran a écrit:

[i]Ces idées, ces désirs, Condorcet les formula dans un plan remarquable. Voulant « offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs »
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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Mme de Sabran le Dim 12 Aoû 2018, 10:12


EDUCATION NATIONALE ET APPRENTISSAGE DU LATIN ( au rebus, le latin ! )

" Quel champ en friche ouvert à la Révolution ! Elle s’élève d’abord contre l’exclusivité du latin : quoi qu’elle lui doive, quoi qu’elle doive à l’étude de cette langue morte qui faisait arriver le Français au rôle de sujet, tout nourri de l’exemple des Décius, des Fabius, des Scipion, elle veut, en son plan d’éducation, que cet outil d’érudition et de loisir ne soit pas mis seul et sans d’autres outils plus usuels aux mains de la jeunesse.
Elle veut que l’enfant pense avant de croire : elle débarrasse l’éducation de toute monasticité, comme le voulait La Chalotais : « Le célibataire ne doit élever que des esclaves », disait la brochure Aux Français, par un citoyen, et elle place au seuil de ses pensées naissantes la raison au lieu de la religion. "

( les Goncourt )

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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Mme de Sabran le Dim 12 Aoû 2018, 10:22


Ils poursuivent :

Le XVIIIe siècle avait formé l’homme pour la société, la Révolution le forme pour l’État. Elle trace une large part aux langues vivantes, une large part aux sciences appropriées au commerce, à l’agriculture et aux arts. Elle n’oublie ni l’éducation morale, que Chénier appelait l’éducation du cœur, ni les sciences philosophiques, dont elle fait la tutelle de la raison, ni cette éducation du corps, ces exercices physiques, que les républiques anciennes ont tenus en si grande estime; et elle base l’éducation nouvelle sur ces éléments pratiques préconisés par l’Émile.
Elle va vouloir que l’éducation fasse de l’enfant :
« 1° L’homme; 2° le citoyen; 3° l’apte à tel ou tel emploi de sa vie dans la société : — faire l’homme par une sociabilité généralisée; le citoyen par des sentiments et des procédés patriotiques; enfin l’apte par une capacité relative aux besoins généraux de la société, comme aux individuels ou particuliers de chacun de ses membres. »

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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Mme de Sabran le Dim 12 Aoû 2018, 22:46

S'il n'y avait que le latin !      Mais l'éducation révolutionnaire se heurte à un autre écueil de taille : le patois, ou plutôt cette mozaïque de trente-six patois divers et variés, le patois dernière barrière et garde des provinces.
Qu'à cela ne tienne ! La Convention décrète l’abolition du patois.  

Dans la France une et indivisible, débarrassée des coutumes particulières, ayant mêmes poids, mêmes mesures, même justice, même gouvernement, même loi, uniformisée et reliée à elle-même d’un bout à l’autre, il ne faut pas que le patois reste debout et vivace comme une survivance de la délimitation féodale. Il faut que la France, qui n’a plus qu’une voix, n’ait plus qu’une langue.

La Révolution avait fort à faire pour extirper le patois ancestral de nos paysans .     Elle n'y a pas réussi puisque, au vingtième siècle, on entendait encore parler divers patois à travers le pays ...  et je crois qu'aujourd'hui encore les Basques et les Bretons s'entêtent ! Eventaille

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Re: L'Education nationale à l'aune de la Révolution ... Le Pelletier de Saint-Fargeau, Condorcet

Message par Mme de Sabran Aujourd'hui à 17:16


La déchristianisation tient une des premières places dans l'éducation républicaine .
http://marie-antoinette.forumactif.org/t835-etre-ou-ne-pas-etre-supreme#128471

Dans l'Ancien Régime, l'athéïsme était une pose toute aristocratique philosophique des esprits forts, frondeurs et libre-penseurs (  avec des phares comme Voltaire, Helvétius ... ) . Le bon peuple lui allait sagement sur les bancs de l'église, tous les dimanches, écouter la bonne parole.
A la Révolution, est prônée une telle volonté de déchristianisation au nom de la raison pure que je me figure mal l'emmergence de la nouvelle religion : celle de l'Etre suprême.  Shocked  
Quelqu'un comprend cette contradiction, les amis ?  
 Autour des allégories de Liberté et d'Egalité,  David met en scènes des fêtes républicaines grandioses.
  Ne jurerait-on pas que Hérault de Séchelles rend un culte à une idole payenne ?  


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