Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

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Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

Message par Mme de Sabran le Sam 25 Aoû 2018, 20:00


Elles faisaient l'objet dernièrement d'une énigme de notre ami Févicq   Very Happy , voici un petit topo sur

les bornes milliaires !  


LES BORNES ROYALES
Par Anne Berthes

En 1738, le réseau routier français se borne à un ensemble de chemins de terre sablonneux malaisés...
Tout le long de ces routes  ( le terme est bien pompeux ) , les nombreux tailleurs de pierre locaux participent à la mise en œuvre des chantiers, prennent part à la fabrication des pavés et encadrent les poseurs. Ils taillent et posent les bornes en pierre qui jalonnent les routes toutes les 1 000 toises  soit 1,95 km.

 

 Pour cette raison, elles sont appelées bornes milliaires (  1 000 toises ) ou bien bornes de demi-lieue (une lieue valant 2 000 toises).
 Toujours placées sur le côté gauche de la route, dans le sens Paris/province, elles sont très visibles pour les postillons des chaises de poste qui montent toujours le cheval situé à gauche de l'attelage.
Sur ces bornes, les tailleurs de pierre gravent un nombre communiqué par les ingénieurs ainsi que le symbole royal de la fleur de lys.



Il indique la distance qui sépare cette borne du point zéro de tout départ en France, c'est à dire du parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Les transports terrestres sont en pleine expansion et cet état déplorable des routes du royaume freine l'économie de la France. Louis XV charge son contrôleur général des finances, Philibert Orry de trouver la solution à ce problème.
Comme son prédécesseur Colbert, qui a créé un corps de commissaires des ponts et chaussées, Philibert Orry est lui aussi convaincu que les voies de communication jouent un rôle essentiel dans la prospérité du royaume. Il est aujourd'hui Directeur général des Ponts et Chaussées et, secondé par des intendants, il s'atèle à cette tache pour le moins difficile.
 Pour commencer et surtout y voir plus clair, il demande à deux de ses administrateurs chevronnés, Daniel-Charles Trudaine et son fils, Jean-Charles Philibert Trudaine de Montigny, la réalisation d'un vaste inventaire cartographique des routes du royaume.

 C'est la première fois en France qu'on s'attaque à un tel programme de levés topographiques et de dessins de précision pour des besoins civils.


 Les plans itinéraires des routes royales de France sont connus sous le nom d'Atlas de Trudaine. Il réunit plus de 3 000 planches manuscrites et aquarellées, classées en 62 volumes et indique non seulement les routes existantes, mais aussi tous les projets routiers en préparation ou à l'étude comme certains ouvrages d'art empruntés par les itinéraires. Les plans des ponts permettront notamment d'évaluer le montant des travaux de construction ou d'entretien.

Afin de faire face aux besoins en main d'œuvre nécessaire à la rénovation des routes, Philibert Orry obtient du roi la généralisation du travail par la corvée royale.  



D'après une instruction de 1738, obligation est faite aux habitants des paroisses rurales de consacrer, au printemps et à l'automne, une à deux semaines de travail gratuit à la construction ou à l'entretien de tronçons de route locaux. En sont exemptés, les nobles, les ecclésiastiques et leurs domestiques, les habitants des villes, les septuagénaires, les instituteurs et les bergers de grands troupeaux.



Pour répondre à ta question, mon cher François  Very Happy , voici un aperçu des bornes milliaires qui jalonnent les routes de Normandie .

Dans l’Orne, un inventaire de ce patrimoine routier a été effectué sur la route de Paris en Bretagne (RN12, entre Verneuil et Lalacelle), et la route de Paris au Mans (RD 938 et 920 entre Saint Jean des Murgers et Igé).

La route de Paris en Bretagne comptait cinq monuments (trois pyramides et deux croix pyramidales), ainsi que 43 bornes dont 19 ont été retrouvées. Sur la route du Mans, 18 des 24 bornes posées entre La Madeleine-Bouvet et Igé ont été retrouvées.

Les bornes sont taillées en général dans le grès (route de Paris au Mans) et dans le granit (route de Paris en Bretagne). Posées en 1786, elles ont souffert de la Révolution, certaines ont été déplacées pour servir de bornes kilométriques, de support de croix…(2 sont sur la route de Bellême au Pin la Garenne) et la fleur de lys a été remplacée par le faisceau de la révolution.

Deux pyramides, limites de la Généralité élevées en 1735, restent :

-       la pyramide de Louvilliers-en-Drouais, près de Dreux, au bord de la RN12,

-       la pyramide d’Igé, ou Saint-Cosme.


Deux croix pyramidales, limites d'une élection, ont été identifiées :

-       la croix Saint Maurice à Moussonvilliers,

-       la croix d’Anthenaise à Saint-Léger-sur-Sarthe.


http://courcerault.over-blog.com/article-bornes-milliaires-124729422.html
https://www.pierres-info.fr/les_bornes_royales/index.html

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Re: Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

Message par La nuit, la neige le Sam 06 Oct 2018, 12:18

Idea Un article intéressant, publié sur le site Futura Sciences, dresse un état des lieux du réseau routier français au XVIIIe siècle.

Je cite (extraits) :

Au XVIIIe siècle, le royaume de France est un territoire en voie d'expansion : il possède une superficie estimée à 528.000 km2 en 1789, assez proche de celle de l'Hexagone actuel : environ 551.000 km2.
Cet espace géographique se mesure en journées de voyage ou en lieues, unité de longueur variant entre trois à six kilomètres suivant les régions.
Jusqu'aux années 1750, la France souffre cruellement d'un réseau routier qui n'est pas à la hauteur de sa puissance politique et économique.
Il faut plus de trois semaines, par exemple, pour aller de Lille à la frontière des Pyrénées en diligence.


Le réseau routier existant est accusé d'être impropre à la circulation des marchandises, les provinces et les pôles régionaux sont mal raccordés et mal desservis.
Le large maillage des chemins ruraux est à la charge des riverains et souvent impraticable en hiver.
Dès le début du XVIIIe siècle, des voix s'élèvent pour réclamer une « révolution routière ».


Coche public en osier au XVIIe siècle
Image : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7615


Des routes au service de l’administration et du commerce

Les grandes routes ou routes royales (grands axes entre Paris et métropoles régionales) sont du ressort de l'État qui va leur consacrer un budget de plus en plus important (jusqu'à 4 % en 1789) et créer le corps des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées dès 1716. Ces cadres techniques, dont l'École est fondée en 1747, vont définir les règles de construction des routes et ponts du royaume.
En 1738, l'instauration de la corvée par le contrôleur général des Finances Orry (ministre de Louis XV), contraint tous les paysans habitant près des grands chemins à participer deux fois par an à l'entretien des routes du royaume. 

Les années 1750-1780 sont marquées par les travaux les plus intensifs : le réseau des routes royales estimé à 14.000 km en 1775, a quasiment doublé en 1790 (27.000 km). À cette date, on estime à près de 50.000 km le réseau des chemins pavés et entretenus.


Carte itinéraire et générale des 18 feuilles de l'Indicateur de France où sont distinguées les routes méridionales, orientales, septentrionales et occidentales par rapport à Paris (...)

L'Indicateur fidèle ou guide des voyageurs français (...)
1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.



La poste et les messageries

La densification du réseau routier va de pair avec celle d'un réseau de poste plus efficace.
En 1775, le contrôleur général des Finances Turgot (ministre de Louis XVI) crée la Régie des diligences et messageries : la poste dispose alors de relais tous les 15 à 20 km, le long d'un réseau routier de qualité nettement plus homogène.
Avant la Révolution, la poste compte environ 3.000 relais et 12.000 employés qui sillonnent les routes du royaume.
Les messageries sont un service de fourgons, coches et diligences transportant voyageurs et marchandises.

Parmi les guides routiers proposés aux voyageurs, L'Indicateur fidèle mentionne un trajet Paris-Toulouse d'une durée de quinze jours en 1765 pour sept jours en 1780.
Paris-Bordeaux s'effectue en quatorze jours en 1765 contre cinq jours en 1780. Eventaille




L'Indicateur fidèle ou guide des voyageurs français
1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


Un réseau routier centralisé

Le réseau français à la fin du XVIIIe siècle met en évidence l'importance de la centralisation : Paris est au cœur d'une immense toile d’araignée qui relie la capitale aux territoires et aux grandes villes du royaume.
Les économies régionales bénéficient du désenclavement, la route permet une plus grande fluidité de la circulation des hommes et des marchandises. Elle facilite également le travail de l'administration et avantage le gouvernement dans la vitesse de transmission des ordres et des informations.
Il faut attendre la fin du siècle pour que les communications entre provinces s'améliorent vraiment par l'aménagement de chemins transversaux entre grands axes routiers.



Carte générale de France qui donne l'abrégé de toutes les routes de L'Indicateur fidèle ou guide des voyageurs français (...)
1785
Les cercles concentriques vont de 10 en 10 lieues : entre Paris et Orléans, il y a environ 22 lieues, c'est-à-dire 120 kilomètres. Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


Les atlas des routes de France dit atlas de Trudaine, réalisés entre 1745 et 1780 sur ordre de Charles Daniel Trudaine, directeur des Ponts-et-Chaussées, constituent une collection de 62 volumes totalisant plus de 3.000 planches manuscrites.
Ces atlas représentent une documentation très recherchée sur les paysages français du XVIIIe siècle.

* Source texte :
Article signé Isabelle Bernier, pour Futura Sciences : https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/histoire-ressemblait-reseau-routier-francais-xviiie-siecle-9926/
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Re: Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

Message par La nuit, la neige le Sam 06 Oct 2018, 18:13

Un voyage en France ?  Very Happy
Il ne fallait pas être pressé comme nous le sommes, pour tout, aujourd'hui...


Image : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Wilhelm_von_Kobell_Pferdewechsel.jpg


Arrow Voici donc quelques exemples des cartes et autres informations de voyage (péages, distances, horaires des diligences etc.) extraites de L'Indicateur fidèle du voyageur français évoqué précédemment.
Nous sommes ici en 1785... Wink


Première feuille de L'Indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Villages de la banlieue et leurs distances de Paris
Principaux bureaux de péage de la banlieue
Les grandes routes du royaume branchées sur Paris
Carte minéralogique de la dite banlieue
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.



Deuxième feuille qui donne les routes de Paris à Nantes et Rennes
L'indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.



Quatrième feuille qui donne les routes de Paris à Lyon par la Bourgogne et le Bourbonnais
L'indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


Une route bien connue ici, puisqu’il s’agit de celle empruntée par la famille royale lors de la fuite de Paris vers Montmédy, terminus Varennes…


Cinquième feuille qui donne la route de Paris à Strasbourg
L’indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.



Sixième feuille qui donne les routes de Champagne, Lorraine, Franche-Comté. Partie de la Bourgogne et de l'Alsace.
L'indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.

Un petit voyage en Angleterre au départ de Paris ? Voici comment vous y rendre...

Dixième feuille : Route des provinces de Normandie,  Boulonois, partie de la Flanbre et Picardie
Et route de Paris à Londres, à savoir par Dieppe et Calais

L’Indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


Un trajet qui intéressera également ce forum, avec la route de Strasbourg à Vienne (Autriche) :

Grande route de Strasbourg à Vienne, en Autriche
L’Indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


Une petite virée vers La Rochelle ou Bordeaux ?  Smile

Quinzième feuille qui donne les routes et chemins de communications compris entre les quatre grandes routes de Paris à Nantes et Rennes, de Toulouse et Bordeaux.
L’Indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


La Provence et le grand Sud, ou le bout du monde, bien mal desservis... Eventaille

Dix-huitième feuille, qui donne la communication des routes orientales et méridionales des grandes routes de Paris à Marseille (...)
L’Indicateur fidèle du voyageur français, 1785
Bibliothèque universitaire lettres et sciences humaines Bordeaux Montaigne.
Photo : Université Bordeaux Montaigne, domaine public.


* Source, autres cartes, et informations complémentaires, ici :

Arrow L'Indicateur fidèle ou guide des voyageurs, qui enseigne toutes les routes royales et particulières de la France, routes levées topographiquement dès le commencement de ce siècle (...)

_____________________

Idea J'en profite pour rappeler notre sujet consacré à la numérisation de la "Carte générale de la France" de Cassini, commandée par Louis XV, et réalisée entre 1756 et 1815.



Arrow Voyage dans la France du XVIIIe siècle, les cartes de Cassini numérisées

Un formidable voyage dans la France cartographiée du XVIIIe siècle !
Toutes les régions sont accessibles (ou presque), avec une magnifique précision, et une fonction zoom remarquable !  





Arrow C'est ici : Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui
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Re: Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

Message par Mme de Sabran le Sam 06 Oct 2018, 19:00


L'Indicateur fidèle du voyageur français, j'aime bien ce titre ! Very Happy
Merci pour ce magnifique exposé ...

Toutes ces cartes sont remarquables .
Quel souci de précision !
Partir était courageux ( longueur de temps, fatigue, promiscuité ), et aussi un peu aventureux, non ?
Y avait-il, fin XVIIIème, encore beaucoup de ces bandits de grands chemins, image épinale du Moyen-Age ?

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Re: Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

Message par La nuit, la neige le Sam 06 Oct 2018, 23:09

Idea Je rappelle également notre sujet :

Arrow Voyager en France au XVIIIe siècle

...dans lequel nous détaillons les différents moyens de transport.
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Re: Le réseau routier en France au XVIIIe siècle

Message par Mme de Sabran le Sam 13 Oct 2018, 09:29


Partis dans la nuit du 16 juillet 1789, comme nous le savons, le duc et la duchesse de Polignac mettent trois jours à parcourir la distance de Versailles jusqu'à Bâle ( en Suisse ).


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