La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Aller en bas

La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par La nuit, la neige le Jeu 13 Sep 2018, 10:35

Idea Une exposition, non pas dans un musée mais à l'initiative d'une galerie parisienne, la galerie Canesso, me donne l'idée d'ouvrir ce sujet :

L'ART AU FÉMININ
Elisabeth Vigée Le Brun, Charlotte Eustache Sophie de Fuligny Damas

Galerie Canesso, Paris
Du 13 septembre au 19 octobre 2018

"Madame de Grollier peignait les fleurs avec une grande supériorité. Bien loin que son talent fût ce qu’on appelle un talent d’amateur, beaucoup de ses tableaux pourraient être placés à côté de ceux de Van Spaendonck, dont elle était l’élève ; elle parlait peinture à merveille, comme elle parlait de tout du reste […]"

Elisabeth Vigée Le Brun, Souvenirs.


Portrait de la marquise de Grollier
Elisabeth-Louise Vigée Le Brun, 1788
Huile sur panneau. 92 × 72 cm
Collection particulière. Classe Monuments historiques (1975)
Photo : Galerie Canesso



Présentation :

Le Portrait de la marquise de Grollier (1741-1828) par Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), exécuté en 1788, soit juste avant la Révolution qui les poussera à l’exil, toutes deux ayant été des actrices de la Société d’Ancien Régime, nous apporte un vibrant témoignage de leur talent pictural respectif.
Le modèle et l’artiste réputée, peintre de la reine Marie-Antoinette, sont amies ; Elisabeth l’évoque souvent dans ses Souvenirs et l’image qu’elle nous transmet illustre à merveille ses quelques mots à propos de la marquise « […] madame de Grollier, toujours simple, toujours naturelle, n’annonçait aucune prétention et n’avait aucune pédanterie ».


Photo : Galerie Canesso

Cette présentation nous donne l’occasion de faire découvrir les multiples facettes du talent de la marquise de Grollier, en premier lieu, celui pour la peinture de fleurs.
Les quatre compositions présentées, inédites, reflètent la passion de la marquise pour la botanique et l’horticulture qui lui a été transmise par sa mère.




Pêches, raisin, melon et fleurs
Signé et daté « Mse de Grollier élève de / Van Spaendonck 1780. »
Huile sur toile, 46 x 56 cm
Collection particulière
Photo : Galerie Canesso


Elle suivra cette voie en créant de toutes pièces trois jardins, ceux de ses propriétés successives dont rien ne subsiste sinon des témoignages écrits et des archives qui restent à exhumer ; une activité rare pour une femme de son temps.




Pêches et panier de raisins, oiseaux dans un nid
Signé et daté à gauche : « Mrqse de Grollier, élève de Van Spaendonck / 1781. »
Huile sur toile, 50 x 62 cm
Collection particulière
Photo : Galerie Canesso


Elle était capable de passer du macrocosme des jardins au microcosme des boutons, eux aussi botaniques comme il se doit !
La facture délicate de ses compositions peintes sur toile ou sur ivoire (pour les boutons), en font des témoignages uniques de leur temps qui a su renouveler ce goût pour les merveilles de la nature.

Arrow Source et infos complémentaires : Galerie Canesso : Exposition l'Art au féminin

_____________

Biographie de l'artiste et images d'oeuvres choisies, à suivre... Hop!
avatar
La nuit, la neige

Messages : 11899
Date d'inscription : 21/12/2013

Revenir en haut Aller en bas

Re: La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par Mme de Sabran le Jeu 13 Sep 2018, 18:53

La nuit, la neige a écrit:

Biographie de l'artiste et images d'oeuvres choisies, à suivre... Hop!

Chic alors !!!
Grand merci pour ce nouveau sujet ! cheers

_________________
...    demain est un autre jour .
avatar
Mme de Sabran

Messages : 35619
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par La nuit, la neige le Jeu 13 Sep 2018, 21:39

La galerie Canesso a publié un dossier intéressant sur les vies et l'oeuvre des deux artistes.

Idea Nous connaissons bien Elisabeth Vigée Le Brun ; aussi, je ne copie ici que quelques extraits consacrés à la marquise de Grollier, que j'illustre de quelques images trouvées sur le net.  Smile


Sophie de Fuligny Damas, marquise de Grollier (1741 - 1828)

Dans ses Souvenirs, Élisabeth Vigée le Brun ne tarit pas d’éloge sur les qualités intellectuelles de la marquise de Grollier, « son esprit supérieur », ainsi que sur ses belles dispositions, « sa noblesse d’âme » et « sa générosité de cœur », dont témoignent ses nombreuses bienfaisances.


Portrait de la marquise de Grollier
Elisabeth-Louise Vigée Le Brun, 1788
Collection particulière.
Photo : Galerie Canesso


Très tôt, à l’âge de trois ans, elle perd son père, Henri Anne de Fuligny-Damas (1669-1745) propriétaire du château d’Agey (près de Dijon) et sa mère, Marie Gabrielle de Pons de Rennepont (1711-1778), lui fait rejoindre, toute jeune enfant encore, l’ordre des Bénédictines de l’abbaye noble de Remiremont dans les Vosges où elle est reçue chanoinesse.
Là, on lui donne une éducation classique : elle apprend le grec et le latin.

À l’âge de dix-neuf ans, en 1760, elle épouse le marquis Pierre Louis de Grollier (1730-1793), gouverneur de Pont-d’Ain et député de la noblesse ; de cette union naissent deux enfants.


CPSM Vue aérienne ancienne du château de Pont d'Ain
Source image : https://collection-jfm.fr/p/cpsm-france-01-pont-d-ain-vue-aerienne-chateau-des-ducs-de-savoie-42464


Elle met fin à cette vie provinciale en venant s’établir à Paris. Elle s’éprend d’Alexandre Charles Emmanuel de Crussol Florensac, bailli de Crussol, dont elle se dit « la tante », alors qu’elle n’a qu’une année de plus que lui.  Eventaille


Portrait d’Alexandre Charles Emmanuel de Crussol-Florensac (1747–1815)
Elisabeth-Louise Vigée Le Brun
Photo : Metropolitan Museum of Art (Numéro d'inventaire 49.7.53)


Il est un des proches du comte d’Artois et ils habitent, à partir de 1779 jusqu’à la Révolution, le château des Tuileries, dans le proche entourage de la reine Marie-Antoinette (1755-1793).
Amoureuse des jardins, comme sa mère, elle en créa un de toutes pièces près de Lainville, qu'elle appela Vaucluse.

Ils partent en exil au moment de la Révolution, ce qui les amènera jusqu’à Florence.
Dans cette période troublée, remplie d’inquiétude, la Florence de Ferdinand III offre un refuge à nombre d’exilés de l’Ancien Régime, sans compter les artistes français déjà présents sur le sol italien, quittant peu à peu Rome ou Naples, poussés par l’insurrection anti-française.

À Florence son talent fut rapidement reconnu et son atelier fut fréquenté par des artistes célèbres. Le sculpteur italien Antonio Canova l'avait même surnommée "le Raphaël des fleurs". La peinture ne fut pas son seul art, elle se mit à la mosaïque et y fit merveille.


Nature morte, hommage à Van Spaendonck
Sophie de Fuligny Damas, marquise de Grollier
Signé à droite : « Mse de Grollier / seule élève de Van Spaendonck »
Huile sur toile, 53,2 × 64,14 cm
Photo : Los Angeles County Museum of Art / https://collections.lacma.org/node/179391


Elle perd son mari en 1793, guillotiné à Lyon.

Quant au retour en France de la marquise, au début du XIXe siècle, c’est à Joseph-Marie Vien (1716-1809) qu’elle le doit, s’il faut en croire la notice biographique, très documentée, de Soulange Bodin : « Les membres de l’Académie de peinture et de sculpture, ayant à leur tête le célèbre Vien, allèrent en corps demander sa rentrée au chef du gouvernement, qui la rendit à leurs vœux comme un des soutiens de la gloire nationale. »
Quel plus bel hommage pour une femme peintre qui n’était, de surcroit, pas académicienne !


Portrait de la marquise de Grollier, 1800
Francois Xavier Fabre (Montpelier 1766-1837)
Collection particulière
Source image : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte_Eustache_Sophie_de_Fuligny-Damas


À leur retour, la marquise de Grollier et le bailli de Crussol, pair de France, partagent leur vie entre leur maison d’Épinay-sur-Seine et celle de Paris où il meurt, en 1815.
Sa disparition laisse la marquise inconsolable.

Elle lui survit treize ans, peignant, s’occupant de ses jardins et du forage d’un puits artésien, recevant toujours la noble société, en particulier celle de son voisin à Épinay, le comte Giovanni Battista Sommariva (1760-1826), qui possédait un tableau de la marquise dans ses collections.
Après avoir perdu la vue, elle disparaît à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Arrow Source (extraits) et informations complémentaires : Galerie Canesso : Exposition l'Art au féminin


.... A suivre ! Hop!
avatar
La nuit, la neige

Messages : 11899
Date d'inscription : 21/12/2013

Revenir en haut Aller en bas

La peinture des fleurs : Gérard Van Spaendonck

Message par La nuit, la neige le Sam 15 Sep 2018, 09:13

Idea Toujours extrait du dossier publié par la galerie Canesso et de Wikipedia, cette fois-ci au sujet du maître et ami de la marquise de Grollier :

Gérard Van Spaendonck (1746-1822)

L’artiste qui a réellement compté pour la marquise de Grollier, auprès duquel elle s’est formée et avec lequel elle partagera sa passion pour la botanique, fut le Flamand Gérard Van Spaendonck (1746-1822).


Gérard van Spaendonck, peintre de fleurs et professeur au Jardin des Plantes
Par Nicolas-Antoine Taunay
Photo : RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot


Il est l'un des premiers peintres à avoir introduit dans un autre pays d'Europe la tradition de la peinture florale néerlandaise, parvenue à son apogée avec Jan van Huysum.


Corbeille et vase de fleurs
Gérard Van Spaendonck, 1785
Photo : RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux


Gérard Van Spaendonck s’est formé à Anvers chez un peintre de fleurs, et il arrive à Paris en 1770.
En 1774, grâce à la protection de Georges-Louis Buffon (1707-1788) et du comte d’Angiviller (1730-1809), surintendant des Bâtiments du roi, il obtient la charge de peintre du roi pour la miniature, charge qu’il commence à exercer à partir de 1780.


Bonbonnière
Miniature de Gérard Van Spaendonck
Photo : RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle



Corbeille de fleurs et vase sur une table de marbre
Miniature, peinture sur ivoire
Van Spaendonck Gerardus
Photo : Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola


Toujours en 1780, il est nommé professeur de peinture florale au Jardin des Plantes, où il succède à Madeleine Basseporte.
Il est admis l'année suivante à l'Académie royale de peinture et de sculpture.


Bouquet de fleurs
Huile sur marbre
Gerard Van Spaendonck
Photo : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_van_Spaendonck


En 1786, il sera nommé peintre du cabinet de Marie-Antoinette.


Nature morte
Gerard Van Spaendonck
Huile sur toile (1787)
Photo : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_van_Spaendonck


La marquise de Grollier fréquente ses cours, sans doute au Jardin royal (futur Muséum) dès cette date car les tableaux retrouvés à ce jour portent fièrement, après sa signature, la mention « élève de Van Spaendonck » ou « seule élève de Van Spaendonck », et les dates s’échelonnent entre 1781 et 1783.

Gérard Van Spaendonck obtient en 1793 la chaire d'iconographie naturelle au Muséum national d'histoire naturelle nouvellement créé (il en crée l'emblème cette même année), et il devient en 1795 l'un des premiers membres de l'Académie des beaux-arts.


Cachet du Muséum national d'Histoire naturelle
Dessiné sous la Révolution par Gérard Van Spaendonck
Extrait d'une lettre de Thouin à Delaye, 4 frimaire an 12.


Sous l'Empire, il reçoit la Légion d'honneur en 1804 et il est anobli l'année suivante par Napoléon. Lorsqu'il meurt en 1822, son corps est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.


Still Life of Flowers in Alabaster Vase
by Gerard van Spaendonck, 1783
Oil on canvas
Photo : Rijksmuseum


Spécialiste de la technique du crachis, consistant à ajouter à la gravure des petits points destinés à affiner le rendu des détails et à nuancer les couleurs, il privilégiait l'aquarelle par-dessus la gouache en l'honneur à son époque.

Gérard van Spaendonck a contribué à une cinquantaine d'aquarelles aux Vélins du Roi, une collection de peintures botaniques créée un siècle plus tôt à l'initiative de Gaston de France, frère de Louis XIII.


Morelle - Solanum fuscatum Lamk
Amér mérid. Familles espèces : Solanacées
Aquarelle sur velin de Gerard Van Spaendonck, 1782
Photo : Paris, Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), bibliothèque centrale



Ketnie / Hibiscus tubulosus Cav,
Inde. Familles espèces : Malvacées
Aquarelle sur velin de Gerard Van Spaendonck, 1781
Photo : Paris, Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), bibliothèque centrale


Il a contribué aussi à des dessins à la Manufacture de Sèvres, à partir des années 1780.


A fine Sèvres Gobelet de la nouvelle toilette (Beaker, cover and stand)
Painted by Bouillat père, with still life flower ‘tableaux’ after the paintings of Cornelis or Gerard van Spaendonck.
Sèvres, circa 1795-1798
Photo : http://www.warnerantiques.com/stock/d/sevres-gobelet-de-la-toilette/109640



Service Marli d'or : corbeille et fleurs au naturel
Drouet Gilbert, peintre sur porcelaine
D'après Van Spaendonck Cornelius
Manufacture de Sèvres, 1810
Photo : RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Christian Jean


Entre 1799 et 1801, il a fait paraître une collection de 24 gravures intitulée Fleurs dessinées d'après nature, considérée comme l'une de ses œuvres majeures.


Pavot cultivé
Legrand Pierre François
Van Spaendonck Gerardus
Photo : Paris, Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), bibliothèque centrale


Gérard van Spaendonck a eu entre autres pour élèves : Pierre-Joseph Redouté, Alexandre Paul Joseph Véron, Pierre-Antoine Poiteau, Henriette Gertruide Knip, Jan Frans van Dael, Pancrace Bessa, Jean Henri Jaume Saint-Hilaire, Antoine Chazal, Piat Joseph Sauvage, Henriette Vincent et Charlotte Eustache Sophie de Faligny-Damas.


Still Life of Flowers with Goldfish in a Glass Bowl, a Melon and Grapes
Circle of Gerard van Spaendonck
Photo : Sotheby's


* Sources et infos complémentaires :

- Galerie Canesso : https://www.canesso.art/Media/CanessoMedia/Publications/PublicationsDocuments/636723546760487852.pdf

- Article Wikipedia, en français : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_van_Spaendonck
avatar
La nuit, la neige

Messages : 11899
Date d'inscription : 21/12/2013

Revenir en haut Aller en bas

Re: La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par Lucius le Sam 15 Sep 2018, 21:19

On reconnaît bien la patte de Van Spaendonck.
avatar
Lucius

Messages : 7925
Date d'inscription : 21/12/2013
Age : 27

Revenir en haut Aller en bas

Re: La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par La nuit, la neige le Dim 16 Sep 2018, 10:35

Idea Je poursuis avec la citation d'extraits du dossier de la galerie Canessso, consacrée à la passion de la marquise de Grollier pour les jardins.

Je n'ai malheureusement pas trouvé de quoi bien illustrer cet article, lui même inspiré de la Notice sur Madame la marquise de Grollier écrite par le Chevalier Soulange Bodin, en 1828, dans les Annales de la Société d’horticulture de Paris.

Ici : http://bibliotheque-numerique.hortalia.org/items/viewer/207#page/n775/mode/1up


La marquise de Grollier et l'art des jardins


Photo : Galerie Maurizio Canesso, Paris.

« Habitant aux Tuileries l’appartement de la Reine Marie-Antoinette  Question, son premier jardin [de la marquise de Grollier] fut sur la terrasse du concert  Question ; le second dans le fossé qui existait alors au bas du pavillon de Flore  Question , et le troisième dans le fossé du pont tournant, près de la rivière.  Question

L'appartement de Marie-Antoinette ?  Suspect
Qu'est-ce que la terrasse du Concert ?
Le fossé du pavillon de Flore ?



Jacques-François Blondel
Plan du rez-de-chaussée du palais des Tuileries et plan général du jardin des Tuileries
1756


Il existe encore des vestiges de l’escalier qu’elle fit construire dans ce dernier endroit pour monter à un des petits pavillons de la place Louis XVI.
C’était là qu’elle se plaisait à entretenir de ses mains la fraîcheur des brillans [sic] modèles dont elle savait fixer, sur ses toiles, l’éclat si fugitif. […]


Place Louis XV, Pont tournant.
Estampe du XVIIIe siècle
Photo : Gallica



Pont tournant, entrée du jardin des Tuileries, Place Louis XV
Anonyme, XVIIIe siècle


La passion pour les jardins lui a été transmise par sa mère, Marie Gabrielle de Pons de Rennepont qui dessina les parterres, les pièces et jets d’eau du jardin du château d’Agey (près de Dijon), sans oublier la constitution d’un important cabinet d’histoire naturelle, bien connu des scientifiques. Déjà, une occupation rare pour une femme de cette époque !

Charlotte Eustache Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier, n’eut rien à envier à sa mère en ce domaine.
Elle créa elle-même trois jardins, ceux de ses propriétés successives :

- Celui du château de Pont-d’Ain, château de son mari, Pierre Louis de Grollier (1730-1793), lui même passionné de minéralogie, où elle habite au début de son mariage,
- Celui de son domaine de Vaucluse à Lainville-en-Vexin, près de Meulan (78)
- Et enfin, à son retour d’exil de Florence, celui de son château d’Épinay-sur-Seine (aujourd’hui, selon toute probabilité, l’hôtel de ville).

Rien ne subsiste de ces beaux ouvrages que seules les archives pourront faire revivre.


Marquise de Grollier, née Charlotte Eustache Sophie de Fuligny-Damas
Vase de fleurs avec tasse, montre et rose sur un entablement de marbre.
Huile sur toile. 56 x 46 cm.
Collection particulière / Photo : galerie Maurizio Canesso, Paris.



Plusieurs lettres conservées aux archives du Muséum attestent de ses relations d’amitié avec le botaniste André Thouin (1747-1824), jardinier en chef au Jardin du roi.


https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Thouin

En 1793, il devint le premier titulaire de la chaire de culture du Muséum, nouvellement créée, avant d’en assumer la direction de 1814 à 1817.
Le 22 juin 1786, la marquise l’invite à venir les visiter, elle et le bailli de Crussol, dans son domaine de Vaucluse et échange avec André Thouin des conseils pour son jardin, lui demande de lui apporter des graines de catalpa, achète des arbres à son frère Gabriel Thouin (1754-1829), paysagiste de renom.

Et l’on sait le soin qu’elle apportait au choix des essences de ses arbres comme elle l’explique encore à André Thouin dans une lettre :

« Je veux dédier un arbre à chacun de mes amis […] Je dédie un cèdre à Mr. Le Bailli de Crussol, comme le seul arbre incorruptible ; je voudrais en avoir un grand, d’un beau port, et quelque prix qu’on veuille y mettre » (Vaucluse, 13 novembre 1785).



Marquise de Grollier, née Charlotte Eustache Sophie de Fuligny-Damas
Vase de fleurs. Signé et daté à gauche : "Mse de Grollier 1784."
Collection particulière / Photo galerie Maurizio Canesso.


Pour réaliser ses ambitieux projets en matière de jardin et d’alimentation en eaux, elle faisait preuve d’une ténacité sans pareil, n’hésitant pas à s’appuyer sur de grands ingénieurs en la matière, comme nous en apporte le témoignage Louis-Étienne Héricart de Thury (1776-1854), homme de sciences et ingénieur des Mines :

« En fait de persévérance, je doute qu’il soit un exemple plus remarquable, que celui de la vénérable marquise de Grollier, nonagénaire, paralytique et aveugle, qui résista à toutes les observations qui lui furent faites, pour la détourner de son projet de faire un puits foré sur le point le plus élevé de son parc à Épinay, près de Saint Denis, répondant qu’à tort on voulait lui faire renoncer au bonheur qu’elle se promettait au dernier de ses jours, celui de donner aux habitans [sic.] de son village, des eaux douces, salubres et jaillissantes, au lieu des eaux infectes et hydro-sulfureuses de tous les puits du pays. »

De fait, l’eau et les plans d’eau comptaient beaucoup dans la conception de son jardin d’Épinay, comme le relate Félicité de Genlis :


Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis (1746-1830)
Photo : RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot


« (...) on voit dans les jardins une chose unique : Madame de Grollier a une terre à quinze lieues d’Épinay ; dans cette terre est un immense étang, sur lequel se trouvaient trois jolies petites îles avec des arbustes et des arbres.
Madame de Grollier eut la singulière idée de faire déraciner ces îles et de les faire transporter à Épinay pour les mettre dans les jardins sur une grande pièce d’eau ; ce qui fut parfaitement exécuté par des moyens très ingénieux imaginés par madame de Grollier, mais ce qui a coûté beaucoup de peines et de dépenses.
Les îles toujours chargées de fleurs et de verdure sont restées flottantes sur la pièce d’eau ; quand on ne les touche point, elles sont immobiles, mais avec de grandes perches on les fait mouvoir, elles prennent alors un mouvement lent et majestueux très-agréable à la vue
». Shocked

* Sources et infos complémentaires :

- Galerie Canesso : https://www.canesso.art/Media/CanessoMedia/Publications/PublicationsDocuments/636723546760487852.pdf
- Société Nationale d'Horticulture de France : https://www.snhf.org/lart-feminin-exposition/
avatar
La nuit, la neige

Messages : 11899
Date d'inscription : 21/12/2013

Revenir en haut Aller en bas

Re: La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par Mme de Sabran le Dim 16 Sep 2018, 11:35


Quel talent, et quelle personne attachante !
Je suis vraiment très heureuse de découvrir la marquise de Grollier ... Very Happy

_________________
...    demain est un autre jour .
avatar
Mme de Sabran

Messages : 35619
Date d'inscription : 21/12/2013
Localisation : l'Ouest sauvage

Revenir en haut Aller en bas

Re: La peinture des fleurs : Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier

Message par La nuit, la neige le Dim 16 Sep 2018, 12:07

Dans une autre vie, tu la connaissais pourtant très bien... Very Happy

« Je reviens à mes concerts. Les femmes qui s’y trouvaient habituellement étaient la marquise de Grollier, madame de Verdun, la comtesse de Sabran, qui depuis a épousé le chevalier de Boufflers, madame le Couteux du Molay : toutes quatre mes meilleures amies (...) »

– Élisabeth Vigée Le Brun, Souvenirs.
avatar
La nuit, la neige

Messages : 11899
Date d'inscription : 21/12/2013

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum