Première vague de l'émigration : les princes et les Polignac

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Première vague de l'émigration : les princes et les Polignac

Message par Mme de Sabran le Ven 12 Oct 2018, 17:45

Dès la prise ( ou plutôt reddition ) de la Bastille,  dans la soirée du 16 juillet 1789,  le comte d'Artois,  le duc d'AngouIême,  le duc de Berri,  le prince de Condé,  le duc de Bourbon,  le duc d'Enghien et le prince de Conti prennent congé du roi pour sortir du royaume.

Pourquoi Monsieur n'en a-t-il pas fait autant      
Je me le demande bien.   scratch  
Fomentait-il déjà de sombres projets? ( Je pense bien-sûr à l'affaire Favras.)


C'est toujours Le Gentil de Paroy ( fils ) qui raconte .    Very Happy

Il fallut prendre les plus grandes précautions pour que M. le comte d'Artois pût sortir sans être aperçu;  il ne partit qu'à la pointe du jour. Les habitants de Versailles, qui voulaient s'en saisir, étaient encore endormis. Un régiment, dont on s'était assuré, attendait le prince et l'escorta avec deux pièces de canon jusqu'à une certaine distance. Ce départ fut si précipité qu'à peine put-on réaliser trois cents louis pour M. le comte d'Artois; encore fallut-il boursiller. Mon père, qui en sa qualité de député se trouvait alors à Versailles, prêta trente louis au comte de Vaudreuil; c'était tout ce qu'il avait chez lui. Le prince emmena avec lui le comte de Vaudreuil, le prince d'Hénin et deux autres personnes. Ils passèrent incognito à Gharleville, où le comte d'Esterhazy était en garnison avec son régiment. Celui-ci pressa le comte d'Artois de s'arrêter quelque temps et le pria à dîner; mais, comme on était à table, on vint dire au comte d'Esterhazy que sa troupe s'insurgeait, sur le bruit que le comte d'Artois avait fui de Paris et se trouvait à Charleville.
M. le comte d'Esterhazy fit aussitôt battre la générale, rassembla son régiment au quartier et le conduisit hors la ville comme pour un grand exercice, tandis qu'il faisait sortir le comte d'Artois par une porte opposée. Ensuite il alla joindre le prince avec quelques cavaliers dont il était sûr et l'escorta jusqu'à la frontière. M. le comte d'Artois alla s'établir en Suisse dans une campagne située près de celle de madame de Polignac. Je tiens ces détails de M. le comte de Vaudreuil, qui raccompagnait. Madame la comtesse d'Artois alla rejoindre son mari le 11 septembre suivant.
M. le prince de Gondé partit de Chantilly; il faillit être précipité dans l'Oise, à Pont-Sainte-Maxence, petite ville de Crépy en Valois, faisant partie de l'apanage de M. le duc d'Orléans. Des hommes, accourus à toutes brides de Paris, avaient fait soulever tous les environs. Heureusement M. le prince de Gondé avait de vigoureux chevaux attelés à ses voitures, et il dépassa Pont-Sainte-Maxence avant que ces bandes de furieux y fussent arrivées.

Le roi et la reine, informés des motions faites au Palais-Royal contre madame la duchesse de Polignac lui dirent qu'ils attendaient de son amitié de se soustraire à la fureur populaire et de les tranquilliser en partant la nuit même. Le roi déclara que le conseil de la reine était le seul à suivre; il ajouta ces mots : « Mon cruel destin me force à éloigner de moi ceux que j'estime le plus et que j aime; je viens d'ordonner au comte d'Artois de partir, je vous donne le même ordre; plaignez- moi, mais ne perdez pas un seul instant, emmenez votre famille, comptez sur moi dans tous les temps. Je vous conserve vos charges. » Le roi ne put retenir ses larmes en se séparant de M. et de madame de Polignac; quant à la reine, elle témoigna une douleur inexprimable de quitter son amie : elle se voyait obligée d'éloigner toutes les personnes qui avaient formé sa plus intime société.  Elle pensait en ce moment à son époux, contraint de se présenter à une foule exaspérée et de tenter de calmer la rébellion par sa présence. Le résultat de cette démarche ne pouvait se prévoir.
Accablée de peines de toutes espèces, la reine recueillit ses forces et écrivit à madame de Polignac : « Adieu, la plus tendre des amies. Que ce mot est affreux pour mon cœur, mais il est nécessaire, je n'ai que la force de vous embrasser. »

Je tiens ces détails intéressants de madame la duchesse de Polignac elle-même, qui me les a racontés dans mon voyage à Gmlingen, près de Bâle.

Donc le duc et la duchesse de Polignac, la duchesse de Guiche, leur fille, la comtesse Diane de Polignac, sœur du duc, l'abbé de Balivière, prirent la route de Bâle. La duchesse était vêtue en femme de chambre sur le devant de la voiture. On arriva à Sens sans encombre, mais le peuple était soulevé dans cette ville, et on demanda aux voyageurs si les Polignac étaient encore auprès de la reine. L'abbé Balivière répondit d'un ton ferme et grivois qu'ils étaient déjà bien éloignés de Versailles, et qu'on était débarrassé de ces mauvais sujets   ( * ) ; mais le postillon monta sur le marche-pied et dit à la duchesse : « Madame, il y a des honnêtes gens partout, je vous ai bien reconnue. » On lui donna quelques louis. Bref, les fugitifs arrivèrent trois jours après à Bâle, où se trouvait M. Necker .

Après le départ de madame la duchesse de Polignac, l'abbé de Vermond parut seul en fayeur. On le regardait comme un conseiller nuisible au bonheur du peuple, on cria haut contre lui. La reine, alarmée pour lui, l'engagea d'aller à Valenciennes, où commandait le comte d'Esterhazy; mais l'abbé ne s'y crut pas en sûreté et partit pour Vienne, où il est resté.

( * ) :  la gravure intitulée " La noblesse tirée d'embarras par le Clergé " dépeint cette scène :


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Message par Dominique Poulin le Ven 12 Oct 2018, 18:50

Concernant Monsieur, sa tête n'était pas mise à prix comme celle du comte d'Artois, des Polignac, des Condé et Conti.
Son double jeu tantôt réactionnaire, tantôt modéré a brouillé les pistes à ce moment je pense.
Si ma mémoire est bonne, ne s'était-il pas déclaré favorable au doublement du Tiers État lors de la convocation des États Généraux ? Il n'a pas non plus participé à l'Adresse des Princes au roi.
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Re: Première vague de l'émigration : les princes et les Polignac

Message par Mme de Sabran le Ven 12 Oct 2018, 19:10


Oui, sa veulerie le sauvait.
Je ne crois pas qu'il ait été pour le doublement du Tiers, d'emblée, mais il a dû s'y rallier par démagogie .

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Re: Première vague de l'émigration : les princes et les Polignac

Message par Mme de Sabran le Jeu 10 Jan 2019, 12:30

Première halte du comte d'Artois  
à Valenciennes, chez Esterhazy qui raconte :


Dans la nuit du 17 au 18 on vint m'éveiller en me disant que le prince de Chimay était aux portes et demandait à me parler. Je donnai l'ordre de lui ouvrir, mais, supposant que c'était quelqu'un qui prenait son nom, car je le savais lui même en Italie, je montai ensuite à cheval, et courus à la porte Notre-Dame. En chemin, je croisai une berline qui allait à la poste ; je m'y rendis, et quel ne fut pas mon étonnement de me trouver, en ouvrant la portière, dans les bras de M. le comte d'Artois !

Il me remit un billet de la main du roi, qui m'invitait à rendre à son frère tous les soins qui dépendraient de moi et à assurer sa sortie aux Pays-Bas. M. le comte d'Artois avait avec lui le prince d'Hénin, son capitaine des gardes, le comte de Vaudreuil, le marquis de Polignac et un écuyer. Ils étaient partis de Versailles à cheval, et avaient pris à Chantilly une voiture de M. le prince de Condé. lis étaient tous très fatigués, Vaudreuil même avait de la fièvre.  J'étais sur de ma garnison ; le peuple était tranquille: je proposai au prince de passer la journée chez moi, et il accepta.

Comme je lui offrais de monter mon cheval, on vint me dire que M. le prince de Condé arrivait. Il avait avec lui son fils et son petit-fils, ainsi que M.  d'Autichamp. Il ne voulut pas rester à Valenciennes. Je lui donnai un billet pour le commandant de Mons, et j'envoyai un courrier à Mademoiselle (  fille du prince de Condé) , qui devait arriver ce jour-là, pour lui donner des nouvelles de sa famille, et l'assurer de la liberté qu'elle avait de passer quand elle voudrait.

L'arrivée des princes fut suivie d'une foule d'autres qui quittaient Paris. De toutes parts, on demandait des passeports. Je fis coucher monseigneur le comte d'Artois dans la chambre de votre mère, et je redoublai de soins pour sa sûreté sans que cela parut.  Pendant que j'étais devant ma porte, je vis arriver un fiacre : c'était le marquis de Sérent, gouverneur des enfants de M. le comte d Artois. Je courus à lui; il me dit qu'il venait d'arriver avec les deux jeunes princes, qui étaient à la poste. Je montai dans son fiacre, et nous allâmes les chercher. Je les fis coucher dans ma chambre; ils n'avaient pas reposé depuis leur départ de Versailles. Le comte d'Artois ignorait la route que le marquis de Sérent leur avait fait prendre. A son réveil, je lui appris leur arrivée.

Il reçut les officiers généraux et les chefs de corps, et après dîner il vit les dames de sa connaissance qui étaient à Valenciennes, savoir : la duchesse de Laval, les comtesses de Balbi et de Ménars , et Mmes de Boufflers, mère et belle-fille. Le soir, après avoir vu ses enfants et avoir tenu une espèce de conseil où je fus d'avis qu'il passât par la Hollande pour se rendre en Espagne, celui d'aller à Namur et d'y attendre des nouvelles prévalut. Le lendemain 19, au matin, je
partis à cheval à la tète d'un détachement de cent chevaux et escortai M. le comte d'Artois. Au delà de Saint-Maur, il renvoya l'escorte; je le suivis jusqu'à Quiévrain, premier poste des Pays-Bas autrichiens, où je pris congé de lui les larmes aux yeux, après en avoir eu la promesse qu'il m'appellerait auprès de sa personne lorsque les circonstances lui permettraient de rentrer en France.

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