Les bagues d'Axel de Fersen

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Message par La nuit, la neige le Ven 04 Oct 2019, 00:21

Je pense qu'un petit récap' des bagues dites de Fersen ne fera pas de mal.
On s'y perd ! Les bagues d'Axel de Fersen 3236493444 Eventaille
Et lui qui sait la vérité, s'il nous lit depuis je ne sais où, doit bien se marrer... lol!

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Ainsi, et sauf erreur de ma part :


1) La bague prétendument offerte par Louis XVI lors de la fuite à Montmédy

Les bagues d'Axel de Fersen Bague_12

Nous l'évoquions avec l'annonce d'une récente émission de radio, durant laquelle Franck Ferrand nous raconte son histoire abracadabrantesque, comme disait feu Jacques Chirac.

Gouverneur Morris a écrit:Franck Ferrand nous racontait son histoire avant-hier :

https://player.pippa.io/franck-ferrand-raconte/episodes/5d934836b8ba57ae71fc97b6

Et pour résumer, nous en parlions ici :

Arrow Objets ayant appartenu à Axel de Fersen

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Arrow Passe que M. Durand (alias Louis XVI), le faux intendant habillé en simple bourgeois, se ballade avec, au doigt, une grosse bague en or surmontée d'une intaille représentant Diane chasseresse gravée sur un grenat !  Suspect

Passe encore que le brave Louis XVI congédie l'amant de sa femme en lui offrant une bague...

Mais je ne comprends pas pourquoi Fersen aurait confié ce présent, de son vivant, à Brunswick ??!  Neutral

Et pas davantage pourquoi Brunswick, et sa famille après sa mort, auraient préféré garder le bijou bien au chaud autant de temps, pour finalement la remettre à Naundorff plutôt qu'à n'importe quel autre survivant - légitime - de la famille de Louis XVI ??! scratch

Et je zappe toute la suite de l'histoire... Les bagues d'Axel de Fersen 3236493444


2) La ou les bagues (présumées) confiées au comte Esterhazy.

Les bagues d'Axel de Fersen Chien_10

Quelques mois après Varennes, en septembre 1791, Marie-Antoinette fait parvenir à son ami, le comte Esterhazy, deux bagues.
L'une d'elles est destinée à Fersen, comme le précise la reine dans le mot qu'elle adresse à Esterhazy :

" Je suis charmée de trouver cette occasion de vous envoyer un petit anneau qui sûrement vous fera plaisir. Il s'en vend prodigieusement ici depuis trois jours et on a toutes les peines du monde à en trouver.
Celui qui est entouré de papier, est pour Lui ; faites-le Lui tenir pour moi ; il est juste à sa mesure ; je l'ai porté deux jours avant de l'emballer.
Mandez-Lui que c'est de ma part. Je ne sais où il est, c'est un supplice affreux de n'avoir aucune nouvelle et de ne savoir même pas où habitent les gens qu'on aime.
"

Nous présentons une réplique (d'après l'originale conservée donc par Esterhazy), dans ce sujet :

Arrow Historia-Secrets et la bague dite de Fersen

Les bagues d'Axel de Fersen Axels-10
Réplique Historia-Secrets


Idea Mais cette bague est-elle celle que Marie-Antoinette désirait offrir à Fersen ?  Question

Le comte Esterhazy dans une lettre, codée, et envoyée à son épouse le 21 octobre 1791, décrit un autre type d'anneau :

" J'ai reçu une lettre d'Àvillart (Marie-Antoinette) que Bercheny a apportée à Coblence et qu'il a remise au courrier avec un petit anneau d'écaille et d'or sur lequel il y a écrit : " Domine salvum fac regem et reginam " ; tu en as peut-être vu ?
Il me mande que c'est dans la lettre qui t'a été remise, qu'il m'indique le moyen de lui écrire. Je te prie donc de décacheter la lettre, de la garder, mais de m'en envoyer la copie, chiffrée de notre grand chiffre.
Si, par hasard, j'étais parti d'ici et qu'elle ne me parvint pas, il n'y aurait pas grand mal, puisque tu aurais gardé l'original et que le chiffre est indéchiffrable.


Il m'envoie aussi un anneau pour le chou (Fersen). Mais, je ne sais où le prendre. Sa lettre est touchante ; elle me recommande de ne pas croire à la calomnie et de ne jamais douter ni de la noblesse de sa façon de penser, ni de son courage ".

* Source : Lettres du comte Esterhazy à sa femme, 1784-1792


Arrow L'historien Mathieu da Vinha, directeur scientifique du Centre de recherche du château de Versailles, explique quant à lui, je le cite (extraits) :

« Avillart » désignait Marie-Antoinette et le « chou » désignait Fersen. Le fait est donc historiquement établi : Marie-Antoinette a bien envoyé deux bagues au comte Esterhazy dont l’une à l’attention de celui dont l’absence la faisait tant souffrir.
Contrairement aux apparences, qu’elle adresse à l’un de ses fidèles une bague n’avait rien d’extraordinaire.
En effet, beaucoup de royalistes après l’échec de la fuite à Varennes se pressèrent aux Tuileries pour obtenir un « objet-souvenir » de la reine.
Marie-Antoinette remit ainsi à plusieurs personnes, les mémoires du temps en font état, des anneaux avec des inscriptions royalistes symboliques telles que Domine salvum fac regem et reginam… (Seigneur, sauvez le roi et la reine), verset d’un psaume biblique mis en motet pour servir notamment lors de la célébration de la messe durant l'Ancien Régime. On chantait ce motet dès le règne de Louis XIII à la chapelle royale et on peut encore voir aujourd’hui cette inscription au plafond, au-dessus de l'orgue, de la chapelle du château de Versailles.

En revanche, ce qui à la bougie de l’Histoire mérite notre attention, c’est que, malgré le danger, au-delà des précautions et du codage du contenu, Marie-Antoinette révèle deux secrets dans sa lettre.
D’une part, le destinataire est si cher à son cœur qu’elle a pris soin de porter la bague durant deux jours avant de l’emballer et, d’autre part, qu’elle connaissait avec exactitude la taille de ses doigts.
Par conséquent, le destinataire de la bague, un homme en l’espèce (« LUI »), avait déjà été suffisamment intime avec la reine, au-delà de toutes les conventions et de tous les usages, pour avoir déjà dans le passé, selon toute vraisemblance, soit fait essayer à la reine l’une de ses bagues ou pour avoir essayé à son doigt une bague que portait la reine.

Quelles sont ces bagues ? En 1905, lors de la publication des Mémoires d’Esterhazy, l’éditeur scientifique Ernest Daudet évoque un anneau, lequel était encore conservé par Paul Bezerédj, arrière-petit-fils du comte Esterhazy.
Il était, selon l’annotateur, « en or tout uni, à double face. D’un côté sont gravées trois fleurs de lys, de l’autre cette inscription : “Lâche qui les abandonne”. »

La devise « Lâche qui les abandonne » était largement répandue en 1791 auprès des royalistes qui l’utilisaient comme une sorte de cri de ralliement en forme d’avertissement.
Ainsi, d’après sa notice nécrologique en 1852, le marquis de Villeneuve-Arifat, alors qu’il évoquait ses souvenirs à sa famille, mentionnait que la reine lui avait offert, lors de leur dernière entrevue aux Tuileries, une « bague talisman » avec cette même inscription.

Il est en l’état des connaissances impossible de savoir si l’anneau destiné à Axel de Fersen lui est bien parvenu et si celui offert à Esterhazy comporte bien les deux devises réunies sur une seule et même bague : l’une (Domine salvum fac regem et reginam), évoquée par la correspondance Esterhazy, qui pourrait être gravée à l’intérieur de l’anneau et l’autre, comme semble le confirmer la bague héritée par Paul Bezerédj, « Lâche qui les abandonne » figurant sur la monture.

C’est le parti que nous adoptons, le comte Esterhazy ayant sans doute refusé de mentionner la seconde devise, jugée trop royaliste et compromettante car connue et connotée.
La vérification reste toutefois impossible, la « bague Esterhazy » ayant disparu de la circulation et seule en demeure une vieille photographie
(...)

* Source (extraits) : Historia Secrets - La bague talisman de Marie-antoinette


3) La ou les bagues dites portées par Fersen le jour de son assassinat

Le 20 juin 1810, date anniversaire de la fuite à Varennes, Fersen est massacré dans la rue par une foule enragée.
Mis à nu et dépouillé, il est dit qu'on lui aurait volé deux bagues parmi les effets qu'il portait sur lui, jamais retrouvés.
A ma connaissance, on ignore à quoi ressemblaient ces bagues.

Une troisième bague, qu'il ne portait apparement pas le jour de sa mort, fut retrouvée, il y a quelques années à peine et par hasard, parmi ses affaires personnelles conservée au château de Löfstad (Suède).
Il s'agit d'un simple anneau orné d'une serpentine taillée ; l'histoire dit qu'il aurait acquis ce bijou "porte-bonheur" lors d'un séjour en Italie.

Les bagues d'Axel de Fersen Bague_10

Les bagues d'Axel de Fersen Capt1433

Aujourd'hui, les amateurs peuvent acquérir une réplique de cette bague vendue au château de Löfstadt.

Arrow Voir notre sujet : Objets ayant appartenu à Axel de Fersen


4) L'empreinte Tutto a te mi guida

On ignore si cette "empreinte" fut réalisée grâce à une bague ou plutôt, et ce qui est dit, grâce à un cachet.
Je l'évoque tout de même dans ce sujet.

En février ou mars 1793, Marie-Antoinette adresse ses ultimes billets au chevalier Jarjayes.
L'un d'eux comprend une carte, sur laquelle apparaît l'empreinte d'un cachet représentant un "oiseau" sous lequel est inscrite la mention : tutto a te mi guida (tout me conduit vers toi).

Les bagues d'Axel de Fersen Lettre11
Marie-Antoinette. Lettre au chevalier de Jarjayes

Extrait / transcription :

T (Toulan) vous remettra les choses convenues pour ha (le comte de Provence).  
L'empreinte que je joins ici est tout autre chose. Je désire que vous la remettiez à la personne que vous savez être venue me voir de Bruxelles, l'hiver dernier, et que vous lui disiez en même temps que la devise n'a jamais été plus vraie.

Ce n'est que trois mois après l'exécution de la reine que le chevalier de Jarjayes fait parvenir à Fersen ce précieux dépôt.
Le 21 janvier 1794, il note dans son journal :

Cette devise était un cachet portant un pigeon volant avec la devise Tutto a te mi guida. Son idée avait été dans le temps de prendre mes armes et on avait pris le poisson volant pour un oiseau. L'empreinte était sur un morceau de carte. Malheureusement la chaleur avait absolument effacé l'empreinte ; je le conserve malgré cela, précieusement dans ma cassette avec la copie du billet et le dessin du cachet.

La bestiole, mal réalisée, est celle figurant sur les armes de la famille Fersen que nous avons à de nombreuses occasions illustrée ici.
Par exemple, sur cette bannière :

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Image : Forum de Marie-Antoinette - Exposition Fersen et Marie-Antoinette, Palais royal de Stockholm

Voir nos sujets :

Arrow Tutto a te mi guida, plus vrai que jamais

Arrow La correspondance de Marie-Antoinette avec Jarjayes


Dernière édition par La nuit, la neige le Sam 05 Oct 2019, 00:44, édité 2 fois
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Les bagues d'Axel de Fersen Empty Re: Les bagues d'Axel de Fersen

Message par Mme de Sabran le Ven 04 Oct 2019, 23:23


Merci pour ce petit récap'. Wink

Marie-Antoinette envoya également une mèche de ses cheveux à Fersen afin qu'il en fasse faire une bague.   Elle ajoutait que, s'il en fallait davantage,  elle lui en enverrait encore .
Fersen devait offrir cette bague à sa soeur, Sophie Piper, de la part de Marie-Antoinette.   Very Happy

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