La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame"

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Message par Invité le Jeu 17 Avr 2014, 20:47

evelynfarr a écrit:Absolument! C'est le "triche" de l'Autriche que l'on trouve dans l'alliance!

 Hop! Ce cynisme des Autrichiens leur a coûté leur Empire...

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Message par Dominique Poulin le Ven 18 Avr 2014, 18:14

Suite du Chapitre V

"C'est une couronne d'épines que le ciel m'envoie"

A l'approche de cette guerre inévitable qui couvait sur son pays d'adoption, il est intéressant de s'interroger sur l'attitude et les sentiments de la princesse Clotilde. Rien en apparence, comme tant d'autres choses sur cette princesse, ne permet une opinion tranchée sur la question, les documents sont absents en France.
Toutefois, il n'est pas vain de faire des recoupements à partir de ce que nous savons et d'émettre une hypothèse. Sur ces proches parents ayant échappé au couteau de la guillotine, sa nièce Madame Royale, représenta évidemment la personne la plus traumatisée. Mais la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette ne prononça jamais pour autant une parole désobligeante envers la France et les Français qui ne fut rapportée dans sa correspondance ou par ses contemporains.
Pour sa tante Clotilde, qui avait quitté son pays en 1775 à quinze ans et demi pour n'y plus revenir, il est permis de penser que sa nature foncierement altruiste et désinteressée et ses convictions religieuses très ancrées ne lui permettaient pas d'élever si elle en avait des opinions hostiles de haine et de vengeance contre la terre de ses ancêtres. Nous avons vu dans le précédent chapitre, combien elle avait été blessée par les malheurs de sa famille, mais dans ce contexte, elle avait naturellement réagi comme une soeur, une belle-soeur ou une tante solidaire des affres des siens, pas comme une princesse de sang royal ayant des droits légitimes pour justifier une opinion politique. A contrario, certains membres de la famille de Marie-Antoinette, comme sa soeur la reine de Naples, vouèrent une insurmontable aversion et méfiance contre les Français.
Néanmoins, il faut reconnaitre que la position délicate de la princesse de Piémont à la veille de l'invasion de l'armée de Bonaparte, ne pouvait que lui inspirer que de la tristesse et de la désolation, cette immixtion française se montant hostile à son beau-père Victor-Amédée III et à son époux Charles-Emmanuel, appelé à ceindre la couronne.

L'offensive de Bonaparte contre le royaume sardo-piémontais fut brève mais fulgurante. En une dizaine de jours, il mit à genoux la cour de Turin.
Entré en campagne le 10 avril 1796, le général passe par le col de Cadibone et la vallée de la Bormida et réussit à se glisser entre les deux armées rivales, l'une piémontaise, l'autre autrichienne, qui avaient pourtant pour but de lui barrer la route. Le Commandant en Chef de l'Armée d'Italie rencontra les Autrichiens à Montenotte le 12 avril pour les battre, puis les Piémontais le lendemain à Milesimo qui connaissent le même sort. L'armée Autrichienne du général Beaulieu est à nouveau défaite le 15 avril à Dego.
En moins d'une semaine déjà, le vent tourne au désavantage des coalisés austro-piémontais. La stratégie de Bonaparte et de ses auxiliaires repose sur l'isolement des deux corps adverses en se concentrant sur la mobilité extrême de ses troupes, puis en portant des coups décisifs sur les divisions éparpillées de l'adversaire.
Dès le début des hostilités, Napoléon Bonaparte "surgit ou on ne l'attendait pas" et "crève le centre de l'ennemi". Après la défaite de Dégo, l'armée piémontaise du général Colli est coupée de ses alliés autrichiens. Enfin, le 22 avril, l'armée française écrase les piémontais à Mondovi. En apparence, s'en était fait des illusions de la maison de Savoie... Pourtant, le roi de Piémont-Sardaigne disposait encore de forces armées non entamées et les hauts gradés piémontais pouvaient toujours compter sur l'armée autrichienne de Beaulieu postée seulement à deux jours de marche au lendemain de Mondovi. Aujourd'hui, certains historiens nuancent les victoires piémontaises de Bonaparte, en révélant que depuis quelques années, la cour et l'armée de Victor-Amédée III étaient hantées, voire convaincues du spectre de la défaite, avant même d'avoir combattues. D'une part, certains doutaient de la capacité numérique des troupes piémontaises, et de l'autre, les hommes d'Etat et les généraux de la cour ne croyaient pas ou trop peu sur la volonté de l'Autriche afin de la seconder efficacement dans ses opérations militaires. De fait, dès le début, les Piémontais s'estimaient inférieurs aux Français, et l'angoisse de la défaite s'est transformée très rapidement en une implacable réalité.
Après la sanglante défaite de Mondovi, Victor-Amédée III réunit en hâte son conseil en une réunion extraordinaire. Que faire ? Lutter encore ? c'est l'avis du duc d'Aoste qui prône la guerre à outrance. D'autres, conseillent de déposer les armes. L'armée piémontaise n'est pas détruite certes, mais elle est fortement affaiblie et démoralisée et le temps fait défaut pour la réorganiser pour de nouvelles offensives. De plus, le Piémont est ruiné par la guerre et la misère frappe évidemment les plus faibles qui risquent de destabiliser un peu plus une monatchie vacillante. L'héritier du trône, Charles-Emmanuel et l'archevêque de Turin opinent pour cesser les hostilités. Le roi, très affecté, se range de cet avis. On dépose les armes, et on propose une armistice à l'armée française sans connaitre à l'avance les conditions de l'ennemi vainqueur pour l'accepter. Bref, la cour de Turin s'estime bel et bien battue, et Bonaparte saura largement en profiter pour imposer au vaincu des clauses humiliantes.

Le 25 avril 1796, Bonaparte établit son quartier-général à Cherasco, à une trentaine de kilomètres de Turin ; c'est dire combien la maison de Savoie est prise à la gorge, la tranquillité même de sa capitale se révélant incertaine. La place de Cherasco servira de table des négociations en vue de la signature de l'armistice.
Le monarque envoie deux émissaires qui arrivent le 27 avril au soir ; il s'agit du général de La Tour et du marquis Costa de Beauregard. Le choix aurait pû etre plus judicieux car le premier est un militaire rompu aux usage de cour, et le second bien qu'avisé manque d'expérience.
En guise de hors d'oeuvre, Bonaparte fait patienter les envoyés du roi pendant une demi-heure pour les éprouver un peu... Enfin, quelques instants, le Commandant en Chef de l'Armée d'Italie écoute impassible mais courtois les doléances du vaincu. Les piémontais ergotent sur les conditions de Bonaparte pour que ce dernier allège les exigences de son tribut, mais le Corse ne se laisse pas intimider facilement. Il leur coupe la parole en leur déclarant :
- Depuis que je les ai offertes (les conditions), j'ai pris Cherasco, j'ai pris Fossano, j'ai pris Alba. Je ne renchéris point sur mes premières instances, vous devriez me trouver modéré."
Il faut dire que la pilule est dure à avaler pour La Tour et Costa de Beauregard car Bonaparte exige l'occupation de plusieurs places militaires ; non seulement elles couperont les piémontais de leurs dernières forces encore sur pied, mais elle serviront de bases stratégiques pour les français. Pendant cette nuit du 27 au 28 avril, le temps est compté pour la monarchie sardo-piémontaise et Bonaparte pressure les envoyés de Victor-Amédeé III en leur disant que l'"on ne le verra jamais perdre des minutes par confiance et par paresse" et pour les acculer davantage il ajoute que "le droit de la guerre n'autorise peut-etre pas à faire à son ennemi tout le mal possible, mais il est prescrit de ne négliger aucun moyen de l'abattre et de le garotter." Au petit matin du 28 avril, l'armistice de Cherasco est signé au complet avantage des Français avec la reddition et l'occupation des places de Coni, d'Alexandrie et de Tortone.
Dès le 30 avril, la Cour de Turin apeurée envoie à Paris deux nouveaux plénipotentiaires pour ratifier le traité de paix. Il ne s'agit plus là de convention militaire, mais de haute politique. Auprès des Directeurs au pouvoir qui gouvernent à Paris, le comte de Revel et le chevalier Tonso font ce qu'ils peuvent pour sauver ce qui peut l'être; mais le vaincu a toujours tort... Le ministre des affaires Etrangeres, Delacroix, est tranchant et même brutal :
- "Ce n'est pas à vous d'ouvrir des propositions de paix. Vous n'avez à faire autre chose qu'à écouter les notres, vous y soumettre et signer !" et un peu plus tard :
- "Signez ! autrement le courrier chargé de l'ordre de recommencer la guerre part demain : signez, autrement Turin est attaqué, pris et pillé !".

Le 15 mai 1796, Français et Piémontais signent le traité de Paris. Il comprend 21 articles publics et 7 secrets. La dynastie en sort très affaiblie : elle doit reconnaitre la cession de la Savoie, de Nice et d'Oneille conquises les années précédentes, les fortifications de Suze, d'Exilles et de La Brunette seront démolies, les places de Coni, Tortone et Alexandrie occupées. En outre, le Piémont doit laisser le libre passage aux Français sur son territoire tant que la Campagne d'Italie ne sera pas terminée, et il devra coopérer en vivres, munitions et charrois dans la logistique de guerre de l'armée Française.
Puis, à titre de compensation, la France distille quelques miettes de consolation à son obligé en consentant à procurer à Victor-Amédée III "un dédommagement convenable" dans le Milanais avec le titre de "roi de Lombardie". Mais cette promesse n'est que conditionnelle car elle est soumise aux aléas fluctuants de la politique étrangère, donc s'avérer caduque ! Toutefois, sur un point important, les piémontais Revel et Tonso ont tenus bon : ils ont refusé d'accepter une alliance avec la République Française comme le leur avait formellement prescris leur souverain avant leur départ pour Paris. L'offre séduisante mais à fond miné de Lazare Carnot ne les ébranla pas : "Le roi de Sardaigne a ses troupes encore debout, qu'il unisse une division à notre armée pour barrer le passage du Tyrol et le Milanais est à lui."  

A travers ces épisodes douloureux qui démenbrent les Etats Sardes jusqu'au coeur de sa région la plus riche, force est de constater que son alliée, l'Autriche, s'est révélée un partenaire pour le moins incertain et même déloyal ! Alors qu'au bout de quelques jours, les défaites s'enchainaient et que les piémontais perdaient du terrain, le haut commandement autrichien se déroba pour ne songer qu'à ses intérêts immédiats. Le comte de Maistre, homme d'Etat dévoué à la cause de la dynastie de Savoie déclara que "le roi eut à se plaindre jusqu'au dernier moment des autrichiens. Au milieu de son désastre, il fit faire à Beaulieu les plus fortes instances pour qu'il vint donner les mains au général Colli, ou du moins il fit prendre à son armée une position qui couvrit la capitale ; Beaulieu se refusa à ces propositions sous pretexte de reserver le reste de ses troupes  pour la défense de la Lombardie."
Alliés depuis 1792, par le traité de Valenciennes, Autrichiens et Piémontais ne s'étaient jamais bien concertés ; leurs préoccupations politiques de fond divergeaient trop car Vienne et Turin nourrissaient en sous-main depuis fort longtemps le même objectif comun : l'extension de leur influence territoriale en Italie. L'Autriche lorgnait sur le Piémont et le Piémont convoitait le Milanais voisin sus souveraineté Autrichienne. Officiellement alliés, ils n'étaient officieusement que frères ennemis !


Dernière édition par Dominique Poulin le Mer 23 Avr 2014, 16:47, édité 1 fois
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Message par Dominique Poulin le Sam 19 Avr 2014, 17:48

Suite du Chapitre V

"C'est une couronne d'épines que le ciel m'envoie"

Au sein même de la famille royale de Savoie à ce moment crucial de son histoire, l'apparente cohésion de la dynastie donna des signes d'achoppement.
Le duc d'Aoste, fils cadet de Victor-Amédée III, aurait été au centre d'un projet politique dont les contours et la finalité demeurent très vagues mais qui révèlent une zone d'ombre sur ce prince et la survie de la dynastie en 1796.
Deux versions cohabitent : selon M. Hayward, historien de la Maison de Savoie, la République Française aurait songé à faire abdiquer Victor-Amédée III pour le remplacer par le duc d'Aoste sur le trône. Dans cette hypothèse, l'époux de la princesse Clotilde, le prince de Piémont, Charles-Emmanuel de Savoie aurait été écarté de la succession. Une deuxième hypothèse succintement exposée par M. Mandoul invoque le fait que le duc d'Aoste aurait eu des entretiens avec Bonaparte lors des négociations de Cherasco, puis qu'on aurait accusé ce prince de soutenir les Français afin de détroner son frère devenu le roi Charles-Emmanuel IV et de coiffer à un second titre la couronne vaquante de Lombardie.
Dans ces intrigues politiques, les deux versions sont discordantes, voire opposées : pour M. Hayward, la France aurait voulu placer ce prince sur le trône, ce qui signifierait tacitement qu'il aurait été soutenu par le Directoire au pouvoir en France depuis 1795. Ce n'est pas démontré et parait à première vue très improbable car le duc d'Aoste était connu comme le membre le plus hostile aux hommes qui avaient pactisé avec la révolution Française au sein de la famille royale de Savoie. De plus, il avait commandé à plusieurs reprises des forces armées de 1793 à 1795 pour la reconquête de la Savoie perdue, puis la défense du Piémont menacé. Enfin, il avait été un des rares partisans au sein du conseil royal pour poursuivre la guerre au lendemain de la défaite de Mondovi. Comment dans ces circonstances, la France du Directoire aurait-elle pu envisager ce prince sous un jour favorable au point de lui donner la couronne en sacrifiant son père et son frère aîné et de lui faire miroiter de plus le trône de Lombardie arraché aux Autrichiens par les Français ?
En second lieu, l'hypothèse de M. Mandoul comporte des inexactitudes. Contrairement à ce qu'il a écrit, le fils cadet du roi de Sardaigne ne participa pas aux négociations de Cherasco, en tout cas directement, et deuxièmement le duc d'Aoste ne ménagea pas ses critiques lorsque l'armistice fut signé. Le général Bonaparte ne s'entretint jamais avec lui en tête à tête à Cherasco, et probablement ne le rencontra-t-il jamais, à ce moment, ni plus tard. La France du Directoire était au contraire fortement prévenue contre lui et lui préférait de loin son frère aîné Charles-Emmanuel, plus modéré. Le haut commandement de l'Armée française en Italie le detestait en raison de ses positions anti-françaises et de ses affiliations avec l'armée piémontaise.

Toutefois, ce prince était faible de tempérament et borné jusqu'aux limites de la sottise et sa culture se révélait très sommaire pour un homme de son rang. Certes courageux, il était malheureusement pour lui ambitieux. C'est pourquoi, chaperonné de son épouse Marie-Thérèse d'Autriche-Este, une femme impérieuse dont il subissait le joug, il put se laisser facilement influencer par sa femme, des proches de son entourage ou encore des espions de la France qui ne cherchaient qu'à sonder ses intentions...
Que voulait-il vraiment ? Il n'est pas sur qu'il le savait concrêtement lui-même ! Cependant, des éléments probants se dégagent de sa situation. Dans la décade 1790, il était le seul prince de la dynastie de Savoie à porter les espoirs de continuation de sa maison. Outre plusieurs filles, son épouse avait enfin eue le fils tant espéré, un petit Charles-Emmanuel, mais l'enfant mourut en bas âge. A la Cour de Turin, le duc et la duchesse d'Aoste se présentaient comme le couple princier fécond de la dynastie. En revanche, le prince et la princesse de Piémont n'avaient eu aucun enfant en vingt ans de mariage. En 1796, Clotilde de France avait trente sept ans, et comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent, un espoir de maternité paraissait comme un miracle. Le miracle ne vint pas. Or, conjointement à la stérilité du prince héritier et de sa femme, et à la mort de Victor-Amédée III, le duc d'Aoste deviendrait inéluctablement l'héritier du trône à l'avènement de son frère Charles-Emmanuel IV. Cette position donnait un avantage et des espérances à ce prince de Savoie car il existait à la Cour de Turin une camarilla qui le préférait à son frère aîné jugé trop apathique pour constituer un rempart face aux exigences de la République et de l'Armée Française.
Victor-Emmanuel de Savoie, duc d'Aoste, nourrissait-il pour autant des ambitions politiques du reste semées de pièges à une période aussi troublée ? Si l'accession directe à la Couronne l'a peut-être habité en 1796, ce ne fut probablement pas dans les derniers mois du règne de son père Victor-Amédée III, dont il était le fils loyal. Par contre, lorsque son frère Charles-Emmanuel IV monta sur le trône en octobre 1796, l'hypothèse peut se soutenir. Grand mélancolique aux acents morbides, souffrant d'accès nerveux qui ressemblent à des crises d'épilepsie, Charles-Emmanuel IV était considéré en conséquence comme peu apte pour conduire l'appareil du gouvernement piémontais ou ce qu'il en restait. Clotilde de France, n'aimait pas son beau-frère, le duc d'Aoste, et condamnait son tempérament très influençable qui pouvait le conduire à des erreurs et des inconséquences sur le plan politique.
Dans ces conditions, a t-il prété l'oreille à des propositions flatteuses mais dangereuses qui lui proposaient l'éviction de Charles-Emmanuel IV, ou encore son placement éventuel sur le trône de Lombardie ? Sur ces deux points, Victor-Emmanuel de Savoie n'aurait pu réaliser ses prétentions qu'avec le soutien actif de la République Française et de l'armée Française omniprésentes en Piémont après les désatres de 1796. Or, ni le Directoire, ni Bonaparte, ni ses successeurs à la tête des forces françaises en Italie, n'ont opiné en ce sens. A tout prendre, ils préféraient Charles-Emmanuel IV sur le trône de Piémont-Sardaigne et le placement du duc d'Aoste sur le trône de Lombardie à Milan ressemble à un rêve chimérique, bien plus qu'à un projet politique cohérent. Car si certes, la Maison de Savoie ambitionnait de régner en Lombardie et que la France avait suggéré lors du traité de Paris en mai 1796 "un dédommagement convenable" dans le Milanais après la paix générale en Italie, Paris peu goûté qu'un prince aussi anti-français que le duc d'Aoste montât sur un trône à Milan. La République Française ne l'aurait pas permis.

Le duc d'Aoste revint de ses espérences infondées, mais tous ses détails témoignent pour démontrer qu'il fut le jouet soit d'une faction à la Cour de Turin, soit de sbires du Directoire et de l'armée Française qui ne cherchaient qu'à l'espionner.                        
Un dernier point sur cette affaire : Clotilde de France n'avait pas confiance en ce prince malléable à toutes les combinaisons. Quatre ans plus tard, en 1800, elle écrivait que le duc et la duchesse avaient "une pensée bien différente de celle de Sa Majesté" en conseillant à son interlocuteur de ne pas écouter ce qu'ils disaient... Clotilde qui appréciait si peu son beau-frère lui appliqua même "un blâme brutal" pourtant contraire à son tempérament placide... Fallait-il que le duc d'Aoste ait commis bévue sur bévue pour qu'elle arrive à cette extrémité parce qu'elle compliquait la situation déja bien fragile de son époux Charles-Emmanuel IV ? Elle était bien placée pour savoir que son mari caressait peu la couronne qui lui était promise puis échue. De fait, à plusieurs reprises, Charles-Emmanuel IV emis le désir d'abdiquer, ce que Clotilde lui déconseilla formellement pour le détourner de ce projet. Le duc d'Aoste a sans doute eu connaissance des veilleités d'abdication de son frère pour ambitionner de coiffer à son tour une couronne pourtant bien ternie... La soeur de Louis XVI ne voulait pas de l'avènement de son beau-frère au détriment de son époux qui était né et avait été éduqué pour régner. D'ailleurs, l'idée de son abdication lui faisait horreur. C'est la mort de Clotilde de France qui permis seulement l'abdication du fragile Charles-Emmanuel IV en 1802 et l'avènement de Victor-Emmanuel Ier. Le duc d'Aoste était-il donc si préssé de régner, alors que la Maison de Savoie traversait l'une des périodes les plus néfastes de son histoire ?

D'autres événements ébranlèrent l'équilibre de la famille royale en 1796. La défaite piémontaise de Mondovi galça la Cour de Turin ; l'armée de Bonaparte était à même de de marcher sur la capitale. Le Corse allait-il faire irruption au palais ?
Certes les menbres de la dynastie n'étaient guère enclins à honorer de politesses les hommes qui avaient soutenus le mouvement révolutionnaire en France, politiques ou militaires sans distinction. Néanmoins, par la force des choses et des événements, ces hommes n'étaient plus ceux de 1793, la révolution Française avait changé de face. Depuis peu, la République avait renoué des relations diplomatiques  avec quelques monarchies européennes, comme l'Espagne, la Prusse ou le Grand-Duché de Toscane. En 1796, le Directoire n'avait pas le dessein d'abolir la monarchie piémontaise, ni de brutaliser la maison de Savoie ; Paris voulait contraindre Turin à la paix, disposer de ses places fortes et de son territoire, au besoin imposer sa volonté dans sa politique intérieure. C'était déjà beaucoup ! Mais la dynastie pouvait continuer de régner à Turin, pour quelque temps encore...
La famille royale comportait alors trois princesses ayant des attaches avec la France : la princesse de Piémont et les comtesses de Provence et d'Artois. Si danger il y eut, Clotilde resta dans le sillage de son beau-père et de son mari. Elle pouvait avoir des accents apathiques parfois, manquer d'esprit de suite, détester les intrigues de la politique, elle était extrêmement courageuse et la peur lui était étrangère. Il est possible que le roi lui ait demandé de se refugier plus loin pour assurer sa sécurité, mais si tel est le cas, elle refusa. Par ailleurs, il ne semble pas que les Directeurs à Paris aient transmis des instructions concernant la princesse de Piémont et ses belle-soeurs. Sur le fond, la soeur de Louis XVI n'avait pas grand chose à craindre de la France, mais il n'est pas certain du tout qu'elle en aie été convaincue, car la Cour continuait de voir le gouvernement de Paris comme un "ramassis" de criminels impis. Clotilde avait quitté la France depuis plus de vingt ans et bien peu de Français se souvenaient de cette princesse que l'on avait autrefois surnommée "Gros Madame" ! Cependant, avec la Campagne d'Italie et l'offensive de Bonaparte contre le Piémont, le Directoire s'est probablement rebseigné sur les menbres de la Maison de Savoie. L'existence de cette soeur oubliée de Louis XVI qui s'était faite si farouchement discrète depuis deux décennies a dû en surprendre plus d'un...

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Message par Invité le Sam 19 Avr 2014, 18:41

Merci, cher Dominique, pour ce récit édifiant il est vrai... On ne connaît de Madame Clotilde que l'époque où on l'appelait Gros Madame mais pour le reste de son histoire je la découvre grâce à vous Very Happy

Bien à vous.

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Message par La nuit, la neige le Sam 19 Avr 2014, 22:52

Dominique Poulin a écrit: L'existence de cette soeur oubliée de Louis XVI qui s'était faite si farouchement discrète depuis deux décennies a dû en surprendre plus d'un...
Oui, certainement.

Merci Dominique... Very Happy 
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Message par Dominique Poulin le Mar 22 Avr 2014, 18:18

Suite du Chapitre V

"C'est une Couronne d'épines que le ciel m'envoie"
1796-1798

Il restait le cas des femmes des frères de Louis XVI dont la situation était plus particulière, car leurs maris constituaient les chefs politiques de l'Emigration à l'étranger. Certes. Mais les comtes de Provence et d'Artois n'étaient pas à la portée immédiate des hommes de main de la république, et d'autres part, leurs épouses, inexpertes dans les maneuvres de pouvoir, n'avaient pris aucune part à la Contre-Révolution. Toutefois, dans l'esprtit de ces princesses, il est probable que l'imaginaire surpassait de beaucoup la réalité car leur perception des hommes de la Révolution n'était pas exacte. Tous n'avaient pas été des sans-culottes exhaltés loin s'en faut !
Ainsi, à l'annonce de la défaite de la capitulation du Piémont, Marie-Joséphine et Marie-Thérèse de Savoie prirent peur et quittère Turin. Elles partirent précipitament pour Arona à une centaine de kilomètres, mais au bout de quelques jours avec l'armistice signé et le maintien de leur famille sur le trône, elles manifestèrent le désir de revenir à la Cour. Victor-Amédée III n'avait pas d'objection à leur retour mais il y posait néanmoins une condition : celle de se séparer de certaines personnes de leur entourage qu'il jugeait trop influentes sur l'esprit de ses filles. Si la comtesse d'Artois accepta docilement de se séparer de son chevalier d'honneur, la comtesse de Provence refusa net le renvoi de sa lectrice et grande amie, Madame de Gourbillon. Les abjurations épistolaires de son époux et du roi de Sardaigne se révélèrent vaines, et Marie-Joséphine de Savoie, très vexée par le traitement de son père, quitta le Piémont une fois pour toute pour s'établir en Suisse à Bellinzona. Cette princesse ne devait plus jamais revoir aucun parent de sa famille de sang, même si elle écrivit quelques lettres par la suite.
Il est intéressant aussi pour éclairer la situation de ces princesses d'ajouter que leurs positions n'étaient plus les mêmes à Turin, mais aussi au sein de la famille royale de France et des maisons régnantes en Europe.
En effet, après la mort du petit Louis XVII le 8 juin 1795, le comte de Provence en exil s'était proclamé roi de France sous le nom de Louis XVIII. Une proclamation bien sur toute théorique pour une France républicaine qui n'était pas encore sortie des soubressauts de la Révolution ! Mais désormais, pour l'épouse de Louis XVIII, une couronne fantomatique qui restait à conquérir, auréolait son front. L'ambassadeur d'Autriche à Turin écrivait ainsi à son chancelier, le baron Thugut que "la cour va prendre nécessairement le deuil, et pendant que Madame a reçu les compliments de condoléances, beaucoup de monde et entre autres le ministre d'Espagne est empréssé de lui donner de vive voix le titre de Majesté" puis "au grand couvert de la Cour, S. M et les princes lui ont donné le titre de Reine." Pour Marie-Joséphine de Savoie, ce titre de reine resta purement honorifique et symbolique et lors de sa vie d'exilée, elle ne le porta que très rarement. Son père, Victor-Amédée III puis son frère Charles-Emmanuel IV, aux prises avec la France, ne reconnurent jamais officiellement Louis XVIII, le roi de sardaigne ayant écrit à son gendre, dès juin 1795, que sa position ne lui permettait pas de l'appeler Louis XVIII sans se compromettre.
Cette royauté théorique mais fictive, influa aussi sur la comtesse d'Artois. A partir de juin 1795, elle porta le titre officiel de Madame, ce même titre que sa soeur la comtesse de Provence avait porté pendant près de vingt-cinq ans ! Ainsi, la Maison de France, de régnante à exilée, continuait au rythme de ses évènements familiaux et dynastiques, de se conformer aux lois que leurs prédecesseurs avaient fixées.

A partir de l'armistice de Cherasco en avril 1796 puis du traité de Paris en mai, la situation de la monarchie sardo-piémontaise à l'égard de la France se modifia radicalement : la Maison de Savoie prend acte de sa défaite et accepte la paix, mais en retour l'armée Française occupe ses places. En réalité, la France ne tient pas pas en rester là, elle entend bien imposer ses volontés politiques selon ses intérêts le vieux Victor-Amédée III et à une famille profondément réactionnaire. Aussi, si certes le souverain avait décliné sèchement tout projet d'alliance avec Paris, le temps lui était chèrement compté, le Diectoire s'accordant à bref délai à l'obliger encore de céder sur cet article.
La correspondance de Bonaparte à son gouvernement rend bien compte du double jeu du vainqueur : "Vous ne devez pas compter sur une révolution en Piémont ; elle viendra, mais il s'en faut que l'esprit des peuples soit mûr à cet effet. Toutefois, si vous entendez détroner le roi de Sardaigne, il faut que vous l'amusiez quelques décades et que vous me préveniez de suite... Quant aux conditions, vous pouvez dicter ce qui vous convient... C'est un roi qui se met absolument à ma discrétion...". Dans une autre missive, l'impétueux général assène que "le roi est au reste fort peu de choses, et dès l'instant que Gênes, la France et le Milanais seront gouvernés par les mêmes principes, il sera très difficlile que ce trône puisse continuer à subsister, mais il s'écroulera sans nous, et par le seul poids des événements et des choses..".^
En vérité, la Cour de Turin savait très bien, que vaincue, elle était devenue l'obligée d'une France déterminée à l'affaiblir davantage, mais malgré les paroles de Bonaparte, il ne semble pas que Paris ait voulu abolir la monarchie piémontaise en 1796. Le Gouvernement Français ne souhaitait pas brusquer les choses sur ce point, même si cette éventualité n'était pas écartée ; pour le moment le Directoire privilégiait une alliance avec Turin afin de la détourner définitivement de l'orbite de Vienne.

A suivre.


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Message par Mme de Sabran le Mar 22 Avr 2014, 18:39




Cher Dominique, vous êtes un fidèle.  Very Happy  Nous pouvons vraiment compter sur vous !!!
Merci, merci, pour cette suite de notre feuilleton royalo-transalpin !!!  :n,,;::::!!!: 
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Message par Dominique Poulin le Mer 23 Avr 2014, 18:05

Suite du Chapitre V

"C'est une Couronne d'épines que le ciel m'envoie" 1796-1798

Les mois qui suivirent l'ingérence de la France dans les affaires de la dynastie de Savoie s'annoncèrent parfaitement lugubres à la Cour. Victor-Amédée III était comme anesthésié sous l'effet de sa capitulation ; à soixante-dix ans, déja fragile de constitution, sa santé s'en ressentit. Le 16 octobre 1796, il mourut des suites d'une crise d'apoplexie ; certains diront que le chagrin l'avait précipité dans la tombe.
En prenant le nom de Charles-Emmanuel IV, le prince de Piémont montait sur le trône chancelant de Piémont-Sardaigne à quarante cinq ans . Son épouse, Clotilde de France, l'une des plus tristes souveraines d'Europe, venait d'avoir trente-sept ans. Dans l'embrasement des idées révolutionnaires qui germaient un peu partout en Europe et par lequel le nouveau couple royal était fermement hermétique, rarement souverains furent confrontés à une situation intérieure et extérieure aussi préoccupante.
Leur piété ostentatoire et morbide suscitait plus de ricanements que de louanges et leur goût commun de la solitude et du secret les avaient éloignés d'un peuple qui les connaissait peu. L'état de santé de Charles-Emmanuel IV et de la reine Clotilde n'était pas brillant non plus ; la nervosité pathologique du nouveau roi, qui souffrait épisodiquement de crises de convulsions, -était-il réellement épileptique ?- suscitait des craintes dans sa capacité à gouverner un Etat en grande difficulté. Quant à Clotilde, elle vivait déja dans l'existence de la retraîte d'une dame âgée qui avait renoncé à tous les plaisirs. Sa foi mysthique seule lui procurait le courage de soutenir un époux sans illusions sur son avenir. En devenant roi, Charles-Emmanuel IV prononça ses paroles amères : "C'est une couronne d'épines que le ciel m'envoie".

Le règne de Charles-Emmanuel IV et de Clotilde s'écoule sur un peu plus de cinq ans de 1796 à 1802. Il se divise en deux parties : les deux premières années se déroulent dans une atmosphère de suspicion très pénible à Turin jusqu'au départ de la famille royale le 19 décembre 1798 ou sur l'injonction de l'armée française le roi a dû renoncer de régner sur l'Etat Piémontais. Le couple royal dépossédé de sa souveraineté continentale ne  sera en tout en pour tout roi et reine de l'unique île de Sardaigne à Cagliari, une terre pauvre, arride, de plus mal approvisionnée et mal reliée aux grandes capitales de l'Europe. Les souverains ne pourront s'y adapter. Il s'ensuivera alors pour eux une période d'errance qui les conduira à Naples et à Rome ou la Cour de Savoie traversera des phases d'espoir pour recouvrer son trône piémontais, d'illusions trompées, de desespérance aussi face au cynisme politique des grandes puissances et à de perpétuelles plaies d'argent.
De fait, encore une fois, la reine Clotilde figure peu sur le devant de la scène, mais malgré cet effacement trompeur, on la sent toujours prôche de son époux, un homme intelligent et délicat, mais de santé valétudinaire. Manifestement la couronne leur échut à un moment critique comme une charge à défendre bec et ongles face à l'ingérence de la France dans les affaires intérieures de la monarchie et à la destabilisation puis à l'écroulement des vieux Etats italiens. A leur place, au gré des découpages arbitraires dictés par Paris, vont se constituer des Républiques aux noms étranges de Ligurienne ou Cisalpine, au point que le ministre Talleyrand ne pourra s'empécher de considérer la monarchie piémontaise "si inconcevablement située entre quatre Républiques" !.
Toutefois, il serait mal avisé de comparer la situation du couple royal aux prises avec les difficultés avec celles de Louis XVI et de Marie-Antoinette entre 1789 et 1793. Charles-Emmanuel IV et Clotilde n'essuyerent pas à quelques exceptions près, les outrages patents qu'eurent à subir le roi et la reine de France. Dans leur immense majotité, Piémontais et Sardes revendiquaient leur attachement à leur souverains et dans ces régions fortement imprégnées de religion, voire de superstition, le peuple cautionnait avec coeur le comportement mysthique de ses monarques. Cependant, si la dynastie e Savoie demeurait respectée de ses sujets, les remous de la Révolution Française n'avaient pas manqué de distiller des germes de contestation et de révolte au sein des basses classes de la société et davantage encore dans les milieux de la bourgeoisie marchande et instruite, ou dans même parmi la noblesse. De même, les sujets de la monarchie piémonto-sarde se révélaient divisés entre savoyards jusqu'en 1792, piémontais et sardes qui nourrissaient les uns les autres des sentiments d'hostilité et de défiance du fait de leur particularités régionales. La Sardaigne, sous le gouvernement de Turin depuis le début du XVIIIe siècle s'estimait à bon droit lesée politiquement et économiquement par le Piémont et cette situation avait été exactement similaire pour le duché de Savoie en raison de "la rareté des visites royales, au rôle prépondérant accordé aux Piémontais, à la surexploitation fiscale de la province." Ainsi, la soudure des différents peuples intégrés à la dynastie de Savoie au gré des grands traités internationaux était loin d'être achevée.
De Turin, en 1796, les plus fins obseravateurs pouvaient s'interroger face au nouveau roi Charles-Emmanuel IV et à son épouse, jetés dans une dévotion extrême qui les éloignaient des réalités politiques et sociales du moment. Agenouillés dans leurs oratoires, ne s'accordant aucune véritable distraction, ce couple royal atypique ne manquait pas de surprendre. Pour les diplomates en poste dans la capitale piémontaise, cette image était délibérément comique et suscitait sarcasmes et caricatures. Le comte d'Allonville de passage à Turin dévoilait l'irrespect dont étaient sujets Clotilde et son mari. Il déplorait "d'entendre même la légation française tourner en ridicule et ses douces vertus et celles de son auguste époux qui plus populaire que nos directeurs plébiens, ne refusait à qui que ce fut en audience, nobles, bourgeois ou paysans et s'étudait à leur rendre justice ou à adoucir la nécessité d'un refus."

Les six premiers mois du règne de Charles-Emmanuel IV sont particulierement confus et illustrent une situation politique très instable. La France républicaine après la défaite militaire de l'armée piémontaise au printemps de 1796 est resté présente sur plusieurs points du royaume ; elle se conduit mal et commet des exactions, français et piémontais se renvoyant la responsabilité des fautes. Le marquis de Priocca, ministre principal du roi, ne manque pas de répartie en répondant au représentant de Paris, Jacob, "que c'est le loup qui se plaint de l'agneau !". L'effervescence jacobine, d'inspiration révolutionnaire et anti-monarchique se développe, des clubs se créent et les éléments les plus determinés préparent des complots afin de renverser le trône. A l'extérieur, l'établissement de la République Cisalpine provoque des inquiétudes à Turin car elle accueille des républicains piémontais exilés qui cherchent à destabiliser le gouvernement. Pris en tenaille entre plusieurs feux, la marge de manoeuvre de la monarchie piémontaise s'avérait étroite. Après de longues tergiversations, le cabinet de Turin consentit à une "alliance offensive et défensive" ou de "sureté intérieure et extérieure" avec la France du Directoire. Un nouveau traité fut signé à Turin le 15 avril 1797. Dans cette optique, il semble que Charles-Emmanuel IV ait voulu jouer la carte de la France, en escomptant qu'au coté d'une nation maitresse en Europe, il pourrait à la paix générale en retirer un accroissement conséquent de ses Etats. Le roi rappelait que la Maison de Savoie avait été au cours de son histoire et à maintes reprises, l'alliée de la France et à ce titre il déclarait la mission historique de sa famille en tant que "puissance prédominante en Italie". Certes, tout cela était vrai, mais appartenait dorénavant au passé et tenait assez peu compte de la réalité politique du moment. Néanmoins, le cas des Bourbons d'Espagne qui avaient contracté alliance avec Paris dès 1795, a pu orienter Charles-Emmanuel IV dans sa décision. Mais à court ou long terme, ces deux dynasties placées directement dans le giron de la France, succomberont sous le poids d'une partie trop inégale.

A suivre.
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Message par Mme de Sabran le Mer 23 Avr 2014, 19:25



C'est vraiment un tableau sinistre que la vie du pauvre Gros Madame !  La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 3826491292 
Et sa conjugalité est d'une tristesse à mourir ... la couronne d'épines, quel programme !
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Message par Gouverneur Morris le Mer 23 Avr 2014, 20:53

Mme de Sabran a écrit:la couronne d'épines, quel programme !

Oui, alors que le fagot d'épines semble être un programme bien plus plaisant :La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 2028181902 
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Message par Mme de Sabran le Mer 23 Avr 2014, 21:41



Epines pour épines, le fagot a toute ma préférence également !  :La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 2028181902  :La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 2028181902  :La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 2028181902
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Message par Dominique Poulin le Jeu 24 Avr 2014, 17:36

Suite du Chapitre V

"C'est une Couronne d'epines que le ciel m'envoie"
1796-1798

Pour l'heure, Paris promettait au roi de Piémont-Sardaigne, le duché de Parme et la rive gauche du Tessin, peut-être le Milanais... En échange, le Directoire s'engageait à user de moyens persuasifs pour enrayer les activités des révolutionnaires piémontais de l'intérieur et de l'extérieur. Cela pouvait justifier le maintien de la maison de Savoie sur son trône, mais dans la réalité des choses il n'en était rien ! Sur le plan de la guerre continentale, Charles-Emmanuel IV renonçait à son alliance avec les Habsbourgs de Vienne et mobilisait des troupes aux cotés de l'armée française.
Pourtant, dans ses grandes lignes, ce traité paraissait assez défavorable au Piémont    dans la mesure ou il accuentait encore la sujétion française ; Paris entendait fermement surveiller le cabinet de Turin et les consignes données à ses généraux dans la péninsule ne faisaient que confirmer le double langage du Directoire. Bonaparte écrivait d'ailleurs à son gouvernement que "notre politique à l'égard du roi de Sardaigne devait consister toujours à maintenir chez lui un ferment de mécontentement."
Afin d'amadouer Charles-Emmanuel IV et ses ministres et de donner des gages de bonne volonté, on renvoya quelques officiers français trop brutaux et des révolutionnaires qui attentaient de trop près le trône furent passés par les armes grâce aux ordres du général Bonaparte. Mais ces effort de l'occupant français pesaient peu face face aux violations de frontieres orchestrées par des bandes armées venues des Républiques voisines de Ligurie et de Cisalpine. La multiplication de ces troubles avantageaient en fait la France car ils dissolvaient un peu plus les dernières apparences de la souveraineté piémontaise et les garnisons françaises postées dans les places de sureté avaient facheusement tendance soit à pactiser avec les factieux, soit par répondre par une inertie suspecte... Au coeur de la crise, la dynastie de Savoie n'était cependant pas abandonnée car elle bénéficiait du soutien général des populations. L'opinion piémontaise détestait en effet l'occupant pour sa dureté et sa désinvolture ; on ne comptait plus les assasinats et les règlements de comptes. De plus, les contributions de guerre avaient vidé l'épargne du royaume et par un fatal contre-coup la misère publique menaçeait la sureté de l'Etat. Ainsi des bandes hétéroclites qui cherchaient à soulever les petites villes du Piémont furent-elles battues en brèche gràce aux colonnes fidèles au roi. Une insurrection à Novare est réprimée dans le sang sur les instructions péremptoires  du gouvernement de Turin.
En 1797, avant même d'avoir atteint sa première année de règne, le maintien de l'ordre semble avoir été l'une des priorités du débonnaire Charles-Emmanuel IV mais dans l'état de déliquescence des institutions, il ne parvint pas à redresser la situation. Ayant horreur de la violence, le monarque fut pourtant obligé de recouvrir à des démonstrations de force, blessant l'affabilité de son tempérament et plus encore ses sentiments religieux qui exhaltaient l'exact opposé.
L'insécurité intérieure du royaume se resserra comme un etau autour des souverains. Le Courrier d'Italie menaça directement le roi de Sardaigne en publiant : "Charles-Emmanuel,  tes crimes m'inspirent une haine si grande que je me sens le courage d'aller te poignarder" et les menaces d'attentats contre la Maison de Savoie se précisèrent dangereusement. Deux conspirations au moins furent éventées en 1797, sans que l'on sache vraiment si leur menbres souhaitaient aller jusqu'au bout de leurs desseins criminels envers des monarques aussi placide que Charles-Emmanuel IV et Clotilde. La première conspiration reposait sur une attaque du cortège royal qui se rendait à sa résidence de chasse de La Venerie, tandis que la seconde avait pour but d'"d'exterminer la famille royale à coups de caga foco pendant qu'elle defilait par le salon des Suisses pour aller à la messe. Le hasard a tout dérangé au moment de l'exécution. La pauvre reine est bien malade de saisissement."

"La pauvre reine" comme la nommait très justement le marquis Costa de Beauregard ! Comme l'on aimerait en savoir plus sur Clotilde de France en ces années 1797-1798 qui précipitèrent la monarchie piémontaise dans le cahos révolutionnaire et la tutelle de la France ! Or, du point de vue de la documentation française, on ne sait presque rien sur son rôle de souveraine, ni de ce qu'elle pensait de l'ingérence de sa patrie dans les affaires de l'Etat piémonto-sarde.
Bon gré mal gré, en dépit de ses habitudes monastiques, il lui fallut bien remplir les devoirs de sa charge et honorer de sa présence le cercle et les réceptions de la Cour. Ce qu'elle fit, notamment pour recevoir le corps diplomatique. En 1797, un nouvel ambassadeur de France fut nommé à Turin en la personne de Guingéné. Ce diplomate qui ne l'était que de nom, par ailleurs républicain de circonstance plus que de conviction, intrigant impénitent de mauvaise foi, ne cessa de provoquer des dissentions avec le cabinet royal. Le ridicule ne l'étouffait pas, car il provoqua une drôlatique question de protocole au sujet de l'habit d'étiquette que devait porter sa femme à la Cour ! Guingéné fut ainsi très fier d'avoir "inauguré le pet-en-l'air" ce à quoi de Paris le ministre des Relations Extérieures Talleyrand, répondit très ironiquement pour rire que son ambassadeur "venait de remporter une victoire signalee sur l'étiquette de la Cour d'une vieille monarchie, en y faisant recevoir l'ambassadrice en habits bourgeois...".
De fait, pour ne pas faciliter notre étude, Guingéné se semble pas avoir laissé de témoignage sur l'apparence de la reine Clotilde dans  sa correspondance diplomatique. Nous pouvons à peine discerner sa physionomie alors qu'elle atteignait trente-huit ans  en 1797, un âge déja mûr pour qui confinait avec le début de la vieillesse à l'époque. Clotilde de France avait renoncé de poser pour les artistes depuis plusieurs années car elle estimait "avoir entièrement renoncé au monde" comme elle le confia à Madame Vigée-Lebrun. Quelques indications nous permettent toutefois d'amorcer une ébauche d'analyse. Il existe un portrait de la souveraine qui semble correspondre à la période de son règne car elle porte le traditionnel manteau d'hermine dévolu aux têtes couronnées. Mais si son auteur n'a pas été identifié, rien ne permet d'affirmer si la reine a réellemnt posé pour l'artiste, ce dernier pouvant très bien s'inspirer de portraits antérieurs et la qualité de la toile parait assez médiocre.
Vraisemblablement indifférente à l'évolution de la mode en Europe, elle porte un lourd costume d'apparat enrichi de dentelles sur la poitrine. Coiffée d'un chapeau à rubans, elle arbore quelques bijoux avec un pendentif de perles sur son corsage et un bracelet de perles. Les traits de Clotilde reflètent un teint cireux et livide, le regard est résigné, l'ensemble reproduit une image hiératique mais royale.
Nous pouvons également nous référer au buste de Felice Festa de 1794, constituant la preuve que Clotilde ne déclinait pas systèmatiquemnt toutes les sollicitations que les artistes pouvaient lui soumettre. Il se dégage de cette oeuvre, une impression étrange de malaise. Le visage de la reine de Sardaigne reflète celui d'une none ; les traits sont plombés, affaisés, inexpressifs. La tragédie se lit son corps comme dans sa vie à l'instar d'un stigmate. Ce buste a été sicelé à une période terrible  pour elle alors que sa soeur adorée Madame Elisabeth montait à l'échafaud. Ce coup du sort fortifia encore sa nature fataliste la plongeant de manière irréversible dans les voies du Seigneur et de la Providence. Toute autre considération lui semblera désormais futile et dérisoire. Ainsi, elle voulut quitter pour toujours les vêtements de cour auxquels sa position la conformait dans ce rang. Le brocart, la soie, le velours ne correspondaient plus depuis longtemps à son esprit de sacrifice et elle voulut le plus simplement du monde adopter une modeste robe de laine gros bleu et un petit bonnet blanc dénué de la moindre fantaisie. Sa conviction fut si forte, que personne ne put la dissuader de ce projet, elle ne changea plus d'apparence à quelques variations près, dans sa vie intérieure et personnelle. Pour la représentation royale et publique, elle se résigna à la parure d'une reine, non sans regret. Elle n'avait pas quarante ans. La reine de Sardaigne dut toutefois céder sur un point : Charles-Emmanuel IV et l'archevêque de Turin lui interdirent de marcher pieds nus lors des processions religieuses comme elle l'avait souhaité. Ce dernier détail illustre à quel point Clotilde de France se considérait avant tout comme "La Servante de Dieu".
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Message par Mme de Sabran le Jeu 24 Avr 2014, 18:19

Dominique Poulin a écrit:
Nous pouvons également nous référer au buste de Felice Festa de 1794, constituant la preuve que Clotilde ne déclinait pas systèmatiquemnt toutes les sollicitations que les artistes pouvaient lui soumettre. Il se dégage de cette oeuvre, une impression étrange de malaise. Le visage de la reine de Sardaigne reflète celui d'une none ; les traits sont plombés, affaisés, inexpressifs. La tragédie se lit son corps comme dans sa vie à l'instar d'un stigmate.

Il est posté, peu en amont du sujet .  La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 3826491292 

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Message par Invité le Jeu 24 Avr 2014, 21:29

Je me demande si elle n'a pas pris exemple sur sa grand-mère Marie Leczcynska. Elle l'a suffisamment connue dans son enfance pour en faire son modèle.

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Message par Dominique Poulin le Ven 25 Avr 2014, 02:53

Oui Reinette, c'est possible, mais l'exemple de sa tante Madame Louise, devenue carmélite à Saint-Denis a pu déterminer Clotilde de France dans son inspiration et ses choix. Clotilde recueillit d'ailleurs quelques carmélites à Turin sous la Révolution.
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Message par Invité le Ven 25 Avr 2014, 14:24

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Message par Dominique Poulin le Sam 26 Avr 2014, 18:05

Suite du Chapitre V

"C'est une Couronne d'épines que le ciel m'envoie" 1796-1798

Détachée des réalités imédiates de son temps, Clotilde se détachait très fortement des autres souveraines d'Europe. Les reines Marie-Louise de Parme en Espagne ou Marie-Caroline d'Autriche à Naples ou même encore l'impératrice Marie Fedorovna en Russie, pourtant réputée pieuse, se distinguaient par leur énergie, leur ambition, usant de l'intrique au besoin, s'imposant ou s'imiscant dans les affaires du gouvernement et régnant sur leurs Cours en maîtresses résolues à être obéies et le plus souvent flattées ! Rien de tel pour la reine de Piémont-Sardaigne, de celle que les serviteurs de sa maison avaient appelé "L'Ange de la Paix".
Sa modestie extrême et son esprit de sacrifice dépassaient de très loin tout ce que l'on avait vu jusqu'alors. Elle s'épuisait en prières au monastère de l'Annonciade, proche du palais royal de Turin. De même, elle ne profitait plus de la douceur des jardins du château royal de Moncalieri. Elle lui préférait son monastère dans le cercle de ses religieuses ou elle s'enfermait dans leurs cellules, l'abbé Bottiglia n'ayant pas craint de dire qu'elle les "respectait d'autant plus qu'elle regardait la condition de l'épouse d'un prince comme bien inférieure à celle des épouses de Jésus-Christ". Ainsi, face aux suppliques de certaines personnes de son entourage qui la pressaient de ménager sa santé et son repos, elle répondit "Il me reste trop de chemin à faire, je ne dis pas pour être une sainte, mais seulement pour pouvoir me sauver."

A l'époque de son court règne à Turin, toutes les personnes qui transitent de près ou de loin autour de la reine, sont inspirées par une foi religieuse fervente. Ses confesseurs successifs, l'abbé de Roussillon, puis l'abbé Tempia ont tenus une grande influence auprès de Clotilde de France, même si eux aussi finissaient par s'effrayer de la montée en puissance de leur reine sur le chemin de la spiritualité la plus intense. De sa vie personnelle vers 1797-1798, l'une de ses plus fidèles femme de chambre, Mme Thérèse Badia, emerge de son enrourage intime. C'est elle qui était chargée de réveiller la reine avant l'aube et au moins deux heures avant l'ensemble de la Cour et c'est elle encore qui n'avait pas manqué de lui dire sur le ton d'une obligeante observation : "Madame, à cette heure, il n'y a d'éveillés que les anges, Votre Majesté et moi."
L'existence de la reine de Sardaigne apparaissait pour beaucoup, surtout les étrangers, morose et compassée, mais tous saluaient bien bas, son courage inextinguible et son energie intérieure qui l'irradiait dans la lumière de sa vie. C'est grâce à ses précieuses ressources morales, qu'elle soutenait son fragile époux Charles-Emmanuel IV, en butte permanente aux luttes d'influence de la France dans son royaume. Dans l'impuissance de son gouvernement, il s'écria un jour : "Je vois bien que je ne porterai pas longtemps ma couronne d'épines" et suggéra à plusieurs reprises le souhait d'abdiquer. Clotilde, de toutes ses forces, l'assiégea de n'en rien faire et de ne pas même y songer un seconde, convainquant le roi que cette extrémité représentait le but ultime de la France et qu'en deuxième lieu cette abdication serait perçue comme un aveu d'abandon et de lâcheté envers son peuple, la Maison de Savoie et les souverains de l'Europe. En abdiquant dans ces conditions, la dynastie perdrait tout prestige et tout crédit politique sur le continent. Néanmoins, en partant d'un autre point de vue, l'abdication aurait permis au couple royal de se libérer de ses obligations souveraines pour vivre en harmonie selon ses convictions chrétiennes profondes. Il était notoire aux yeux de tous que les souverains piémontais vivaient comme des religieux. Et de même, la notion de conjugalité paraît bien incertaine, Charles-Emmanuel IV, ayant déclaré : "Au cours des vingt dernières années, nous avons vécu ensemble comme frère et soeur, ayant résolu de continuer ainsi jusqu'à la fin de notre vie." Le roi et la reine demeuraient des mysthiques.

A l'automne de 1798, deux ans après leur accession, le trône était miné de toutes parts et bien près de s'effondrer. La monarchie piémontaise était à bout de souffle et de Paris, le Directoire sentit le fruit assez mûr pour acculer la Maison de Savoie à la capitulation des dernières prérogatives souveraines qui lui restaient.
Le gouvernement Français avait pris conscience que l'Etat Piémonto-Sarde ne pourrait s'écrouler aussi rapidement qu'il le souhaitait , car malgré la fermentation jacobine, les irruptions séditieuses de Liguriens et de Cisalpins insurgés et les énormes contributions prélevées de Paris sur le Piémont, le trône même chancelant était encore debout. A ce titre, les relations de l'ambassadeur de France, Guingéné avec le cabinet Piémontais, s'avéraient exécrables. Avec calcul, le Directoire porta les derniers coups décisifs afin d'arracher ce qui restait encore des lambeaux de l'autorité royale.
Dans un Etat en désagrégation, Charles-Emmanuel IV ne put s'opposer à l'occupation d'une garnison française dans la citadelle de Turin à partir de juin 1798, par une nouvelle convention au désavantage des intérêts piémontais. L'été s'écoula cahin caha entre les deux parties adverses, lorsque le dimanche suivant le 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge, "on vit sortir de la citadelle un assez grand nombre d'officiers et de soldats masqués" travestis en femmes parées et en jockeys, se livrant à des parodies bouffones contre la famille royale dont ils raillaient la dévotion. Cette mascarade qui scandalisa les Turinois, n'avait rien de pacifique car ses participants écartaient les badauds avec le plat de leurs sabres et leurs cannes. Finalement, ils durent abréger leurs caricatures et se réfugier dare-dare dans la citadelle devant le tollé général qu'ils suscitaient et les risques de bataille rangée ou d'émeute. Peu de Piémontais les soutenaient et restaient fidèles au roi.
Cette trégédie-comédie tombait plutôt mal pour la France car elle la discréditait plus qu'elle ne la servait et dans la foulée Paris exigea le rappel de son ambassadeur Guingéné, mais aussi de Collin, qui avait orchestré la manifestation et du général Brune qui avait succédé à Bonaparte au Commandement en Chef de l'Armée d'Italie. Malheureusement, cette épuration providentielle ne permit pas le répit espéré pour Charles-Emmanuel IV et Clotilde. De nouveaux personnages plus expéditifs aux manoeuvres de pouvoir et à l'intimidation nommés par Paris entrèrent en scène et ce sont eux qui jettèrent à bas la Cour de Turin.
Les dernières secousses de l'année 1798 furent très éprouvantes pour Charles-Emmanuel IV et son gouvernement. Le roi avait désormais l'intime conviction que le Directoire lui chechait toutes les difficultés possibles pour l'obliger au départ. Avec le courage des souverains aux abois, il dépéchait lettre sur lettre aux têtes couronnées de l'Europe, notamment auprès du tsar Paul Ier de Russie qui l'assurait de son amitié et de son soutien politique. Le roi de Sardaigne avait entretenu des conférences secrètes avec Mr Stackelberg, envoyé du tsar, et dans cette optique il espérait intéresser les grandes puissances qui se préparaient en coulisses à une nouvelle coalition contre la France. Mais que représentait la carte du royaume de Piémont-Sardaigne, face aux intérêts de Londres, de Vienne, ou de Saint-Petersbourg ? Turin était isolée et la Maison de Savoie l'était bien plus encore.
Les relations entre Paris et Turin se tendirent à l'extrême, d'interminables discussions s'éternisèrent entre le nouvel amabassadeur de France, Eymar, et le ministre principal du roi, le marquis de Priocca, à propos de questions d'argent qui interessaient beaucoup la République Française. Malgré la vente forcée des biens de l'Eglise et des Commanderies de Saint Maurice et Lazare, la France réclamait sans cesse les millions qui lui manquaient. Au prix de fumeux chantages, les Commissaires aux Armées extorquaient des fonds considérables sur le Piémont, comme sur toute la péninsule soumise au pillage de son épargne et de son patrimoine. Mais au bout du compte, malgré les actes attentatoires à sa souveraineté, la Maison de Savoie s'accrochait encore au trône. Dès novembre 1798, le Directoire avait pressuré la Maison de Savoie comme un citron et le citron n'avait plus rien à donner. On résolut donc de Paris, par des instructions péremptoires de déchoir définitivement Charles-Emmanuel IV, "cette ombre de roi" selon le mot acerbe du général Joubert.

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Message par Mme de Sabran le Sam 26 Avr 2014, 21:37

Dominique Poulin a écrit: "Il me reste trop de chemin à faire, je ne dis pas pour être une sainte, mais seulement pour pouvoir me sauver."

Ah la la ... Ce n'est pas la vie édifiante de la pauvre Clothilde qui m'édifiera !
La foi me semble une forme d'aliénation totale consentie.
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Message par Dominique Poulin le Mer 30 Avr 2014, 18:11

Suite du Chapitre V

"Cest une Courone d'épines que le ciel m'envoie"
 
Devant l'imminence d'une deuxième coalition européenne anti-française ayant pour champ d'opération la libération de l'Italie, la République Française envoya des instructions draconiennes à son ambassadeur à Turin, Eymar. Reçues le 2 décembre 1798, elles ne soulevaient aucune improvisation ; le roi de Sardaigne devait fournir dans les plus brefs délais le contingent prescrit par le traité de Paris de 1797 ; il devait approvisionner en armes et en vivres toutes les places fortes du Piémont ; il devait remettre l'arsenal de Turin, la dernière planche de salut de la cour pour se défendre ; enfin le roi devait renvoyer plusieurs ministres et généraux piémontais. Fort de ses ordres, l'ambassadeur de France "déclara très solennelement à Priocca que le roi s'exposait aux plus grands dangers s'il ne cédait immédiatement aux exigences du Directoire".
Une fois de plus, Paris use de l'intimidation pour effrayer Charles-Emmanuel IV et sa famille, mais le souverain ne parut pas dérouté, du moins en public. Il l'est sans doute, au plus profond, dans le cadre privé. Néanmoins, grâce à la sollicitude de la reine Clotilde, de son confesseur, et de son ami et Grand Ecuyer, le bailli de Saint-Germain, il sut garder sa dignité et son sang-froid. De fait, bien qu'ayant déclaré que les exigences de la République Française s'exposaient "au delà de ses engagements", il consentit à acquitter certains articles, mais il refusa catégoriquement de remettre l'arsenal de Turin qui livrerait ainsi toute la  latitude aux autorités françaises pour atteindre son objectif : suppléer à l'autorité royale, sa propre autorité, au nom de la France. Dans le même temps, le général Grouchy, commandité par Joubert, prit le commandement de la citadelle de Turin, comme si le roi n'avait plus de droit de regard sur les commandements de place !
 
De France, le pouvoir exécutif donne des ordres stricts pour isoler la famille royale ; Charles-Emmanuel IV ne règne plus guère qu'au sein de son palais. Du 15 au 17 décembre 1798, les manoeuvres de l'armée française occupent et désarment Chivasso, Verceil, Suze et Alexandrie. Dans la capitale, la population murmure et pressent son occupation imminente, mais les Turinois dans leur grande majorité restent fidèles au roi malgré la présence de quelques républicains piémontais qui essaient en vain de soulever la ville. En fait, le haut commandement de l'armée d'Italie et l'ambassadeur de France, Eymar, opérèrent dans la plus grande discrétion pour destituer Charles-Emmanuel IV. Les autorités françaises craignaient en effet une insurrection, pour le moins un début d'émeute en faveur du maintien de la dynastie. Cette éventuelle configuration pouvant contrecarrer les plans du Directoire, l'immense majorité du peuple piémonatis fut mis devant le fait accompli : Turin devait s'éveiller sans son souverain.
Eymar rapporte ces ultimes moments : "Le général Grouchy, qui d'après les ordres du général en chef, s'était ménagé les moyens de faire connaitre au roi ce qu'il désirait de lui, crut que le moment était venu de frapper les derniers coups. Ses mesures furent prises avec tant de prudence et d'adresse, que vers minuit, le roi fit dire qu'il consentirait à tout, et qu'il priait le général d'envoyer un officier pour recevoir l'acte de renonciation qu'il signerait."
Craignant pour sa sécurité, celle de la reine Clotilde et de sa famille, en proie au désarroi de ses derniers fidèles, le roi de Piémont-Sardaigne signe le 10 décembre 1798 un "acte de renonciation" pour lequel "Sa Majesté déclare renoncer à l'exécution de tout pouvoir et avant tout, elle ordonne à tous ses sujets, quels qu'ils puissent être, d'obéir au gouvernement provisoire qui va être établi par le général français." Les autorités françaises autorisent Charles-Emmanuel IV et les membres de la famille royale, de s'installer dans leur royaume insulaire de Sardaigne, l'unique possession européenne qui puisse rester à la Maison de Savoie après l'abandon de sa souveraineté sur le Piémont.
Mais manifestement, si le roi de Sardaigne, intimidait peu le nouveau pouvoir militaire, il en allait autrement de son frère et héritier, le prince Victor-Emmanuel de Savoie, duc d'Aoste, suspecté à raison de sentiments haineux et violents envers la France et de ses occupants en Italie, surnommé "Le Vieux de la Montagne" par Joubert, le gouvernement provisoire envisageait de le retenir en otage à Turin. On le croyait en effet capable de provoquer quelque soulèvement anti-français sur le Piémont. Néanmoins, grâce aux instances de la reine Clotilde, il put partir avec les membres de sa famille, en ayant au préalable, accepté d'apposer son consentement et sa signature au bas de l'acte de renonciation de son frère : "Je garantis que je ne porterai aucun empêchement à l'exécution du présent acte. Victor-Emmanuel." Ainsi la liberté relative du duc d'Aoste revenait tout à l'honneur de sa belle-soeur ; pourtant, comme on l'a vu, dans les chapitres précédents, l'esprit de concorde ne régnait pas entre la reine et son beau-frère. Depuis 1789, date de son mariage avec une princesse autrichienne, le duc d'Aoste s'était imposé à la Cour comme l'héritier successoral et politique de la Maison de Savoie. D'une part, il était capable de donner des héritiers à la dynastie et de l'autre il avait opiné très tôt envers une stratégie anti-française et anti-révolutionnaire de l'autre versant des Alpes. Il semble également que la Cour de Turin était noyautée depuis quelques années par des clans rivaux, le duc d'Aoste disposant de partisans enclins à une politique plus offensive envers le péril français et jacobin. Son père, Victor-Amédée III et son frère Charles-Emmanuel IV s'étaient eux illustrés comme des hommes de compromis, mais que pouvaient-ils faire d'autre face à la puissance française et l'irréversible assaut révolutionnaire ? Victor-Emmanuel de Savoie, lui, voulait tout brusquer, ne pas lanterner, un peu à la manière du comte d'Artois, au début de la Révolution, et il avait même désapprouvé l'armistice de Cherasco signé par son père en 1796 alors que le général Bonaparte usait d'un coup de botte pour balayer la Maison de Savoie de son trône.  La reine Clotilde savait tout cela, mais sans le discernement politique qu'elle n'eut jamais. Manifestement, elle craignait l'amateurisme et les emportements irréfléchis du duc d'Aoste. Cependant, hormis ces considérations, la bonté de son coeur était inaltérable, elle pardonnait chrétiennement les bévues ou les offenses à son égard et c'est grâce à sa sincérité sans équivoque qu'elle convainquit de ne pas retenir le prince en otage à Turin. Sa force de persuasion et sa témérité dans les moments de grands dangers lui donnaient l'énergie nécessaire pour prendre des décisions tranchées, ce qu'elle ne faisait pas en temps ordinaire.
D'autre part, il ne faut pas se méprendre sur "l'acte de renonciation" de son époux Charles-Emmanuel IV. Il ne s'agissait pas d'un acte d'abdication sur la souveraineté du Piémont qui l'aurait infailliblement déchu de sa couronne. Il déclare seulement "renoncer à l'exécution de tout pouvoir", ce qui reste malgré tout ambigu, mais dans la précipitation des choses, les hauts gradés militaires avaient pour mission de le faire partir au plus vite pour effacer tout symbole monarchique. Une abdication pure et simple aurait pris davantage de temps à arracher au roi de Sardaigne et il ne faut pas oublier non plus que la reine Clotilde était irrévocablement hostile à cette extrémité. On sait qu'elle dissuada son fragile époux d'y songer un instant au cours de son bref règne à Turin.
 
Dans ces conditions, il ne restait plus à la famille royale qu'à se préparer à l'organisation de son départ. Un départ qui s'annonçait pour le moins précipité, le nouveau pouvoir exécutif n'ayant accordé guère plus de vingt-quatre heures aux princes et princesses pour donner des ordres. En deuxième lieu, en ce qui  concernait le voyage proprement dit, les autorités françaises se montraient un peu plus clémentes en accordant à la Maison de Savoie le droit de faire de courts séjours à Parme et à Florence avant de s'embarquer au port de Livourne ou un navire les conduirait en Sardaigne. Bien entendu, il n'était pas question pour le nouveau pouvoir militaire de laisser partir un grand nombre de fidèles de la cour de Turin dans la suite royale. Ainsi, selon les informations recueillies, la reine Clotilde ne fut autorisée qu'à emmener qu'une seule femme de chambre, Mademoiselle Chiarza Stuper. La mesquinerie des autorités françaises s'avérait-elle donc si flagrante ? nous nous permettons d'en douter, car si de fait les occupants étaient déterminés à concéder le moins d'avantages possibles à la famille royale, la souveraine demeurait largement respectée et honorée  de ses sujets, et d'autre part elle ne représentait aucun danger à court ou moyen terme sur le plan politique. Il lui manquait la finesse d'esprit en la matière. Pourquoi donc avoir voulu épurer drastiquement son entourage lors de son départ, sans même le maintien d'une ou de deux dames d'honneur à son service ? Nous nous posons la question car la gent masculine constituant l'entourage du roi Charles-Emmanuel autorisé à l'accompagner apparaît nettement plus étoffée. A ses cotés figurent les noms du bailli Raymond de Saint-Germain, Grand Ecuyer, des comtes de Saint-André, de Saint-Marsan, d'Alfieri et sans doute quelques autres.
Toutefois, le cortège d'une famille royale aux abois, même promise à l'exil, ne pouvait passer inaperçu. Des ministres, des courtisans, des domestiques fidèles les accompagnaient dans leur voyage. En outre, le roi, la reine, et leur parents avaient très probablement emporté avec eux une partie de leurs joyaux, objets précieux, des pièces de garde-robe, du linge et des papiers importants. La liste de ces effets personnels reste inconnue de nous. Il est cependant dit dans les chroniques piémontaises que Clotilde de France refusa d'emporter ses joyaux, parce que parmi ceux-ci se trouvaient des bijoux relevant du trésor de la Couronne. Sans doute ! Mais dans cette configuration, elle pouvait choisir parmi ses bijoux strictement personnels, des cadeaux que lui avaient fait son beau-père Victor-Amédée III et son époux Charles-Emmanuel IV par exemple. De même, il ne faut pas perdre de vue les bijoux qu'elle reçut en cadeau de mariage de sa famille française et de sa belle-famille piémontaise. Ainsi, en cas de difficulté, les diamants et pierres précieuses représentaient une monnaie d'échange ou de garantie. Pour vivre, pour soutenir un train de maison décent, pour alimenter son action politique et diplomatique à venir, la Maison de Savoie avait besoin d'obtenir de liquidités urgentes.
 
A suivre.


Dernière édition par Dominique Poulin le Sam 03 Mai 2014, 16:28, édité 1 fois
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Message par Mme de Sabran le Mer 30 Avr 2014, 18:25




Comme quoi, la raison du plus fort est toujours la meilleure ...  La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 3249736284 
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Message par Dominique Poulin le Sam 03 Mai 2014, 16:23

Suite et Fin du Chapitre V

"C'est une Couronne d'épines que le ciel m'envoie"
 
Le départ de la famille royale s'opéra dans la nuit du 11 au 12 décembre 1798, soit vingt-quatre heures aprés "l'acte de renonciation" de Charles-Emmanuel IV. Un observateur nommé Blondeau a rapporté un fragment de cet épisode assez pathétique :
"Je n'ai jamais vu qui ressemblât autant à un convoi funèbre que ce départ. Environ trente voitures, ayant chacune deux domestiques derrière ou sur les cotés, portant des torches à la main ; un grand nombre de dragons, chasseurs à cheval d'escorte, en portant eux-mêmes. Le plus profond silence régnait dans les rangs,  une nuit obscure et le temps le plus affreux, tel était le spectacle dont j'ai été témoin." Une autre source fait état de vingt voitures avec cent-vingt hussards français et quatre-vingt cavaliers piémontais.
Comble de malchance, une ombre supplémentaire survolait au-dessus des têtes royales ; celle d'être arrétés purement et simplement en cours de route, des rumeurs contradictoires laissant supposer que le gouvernement français, le Directoire, projetait de transférer les menbres de la Maison de Savoie directement en France, pour plus de sureté. Ces rumeurs avaient sans doute quelque fondement car elles furent etayées par le duc d'Aoste, frère cadet de Charles-Emmanuel IV qui écrivit dans sa correspondance : "Le commandant de l'escorte (Chipault) mit de continuelles entraves dans notre voyage et nous fument souvent menacés d'être reconduits en arrière et même en France. C'était la première idée que le général français (Clauzel) nous avait annoncée qu'il nous fit prisonniers à Turin."
 
Un protagoniste remarquable de duplicité et d'habileté apparait au coeur de cet aspect important : il s'agit de Talleyrand, ministre des Relations Extérieures en France. Son rôle exact reste à déterminer, mais l'on sait qu'il souhaîtait la destitution de la Maison de Savoie, son maintien sur le trône n'ayant que trop duré. Faut-il pour autant lui imputer le projet de transférer Charles-Emmanuel IV et sa famille en France et jusqu'à Paris selon certaines sources ? Dans quel but ? peut-être celui de s'assurer de la personne du roi qui représentait toujours un gage de légitimité, et surtout du duc d'Aoste car on pouvait conjecturer qu'une fois à Cagliari en Sardaigne, les princes de Savoie appliqueraient une politique diamétralement opposée à celle de la France et entameraient des discussions avec les Cours d'Europe. On savait aussi que Charles-Emmanuel IV avait trouvé un soutien politique de la part du tsar Paul Ier de Russie. Ce dernier avait manifesté publiquement des marques d'encouragement envers la dynastie de Savoie.
Dans cette affaire, le transfert de la Maison de Savoie a pris forme dans les plus hautes sphères du pouvoir à Paris. Cette ébauche de projet à probablement été esquissée au sein même diu pouvoir exécutif, le Directoire. Le plus important des Directeurs était alors représenté par Barras. Parties du palais du Luxembourg, siège de l'éxécutif, la rumeur a été certainement relayée au ministère des Relations Extérieures. Or, malgré les relations diplomatiques pour le moins difficiles entre la monarchie sardo-piémontaise et la République Française, l'ambassade de Sardaigne avait été rétablie dès 1796. Elle avait alors à sa tête le comte Balbo qui ne ménageait pas ses efforts pour défendre les droits de son souverain face à l'hégémonie que le Directoire imposait sur le Piémont. L'ambassadeur de Sardaigne fut instruit du projet encore vague du Directoire, et en informât Talleyrand afin de connaître son opinion. De fait, le ministre était peu enclin à l'idée du Directoire, qu'il jugeait inopportune car qu'allait-on faire de tels otages ? Il demeure possible soit par le biais de Talleyrand, soit par celui de Balbo, qu'on renseignât discrètement le cabinet de Turin, en particulier le marquis de Priocca qui avait la charge des Affaires Etrangeres. Une course contre la montre a peut-être été menée dans le plus grand secret afin déviter l'humiliation suprême à la Maison de Savoie.
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Message par fleurdelys le Dim 04 Mai 2014, 14:23




Au moins ils n`ont pas subi le même sort que les souverains français
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Message par Invité le Lun 22 Sep 2014, 10:11

Voici l'extrait du Journal du Comte d'Espinchal à la date du 27 septembre 1789 :

"La princesse de Piémont que nous avons vus en France sous le nom de Madame Clotilde et que vu son embonpoint on appelait "Le Gros Madame" aurait à peine été reconnue d'aucun de nous, tant elle est changée, vieillie, maigrie. Elle a perdu ses dents et toute apparence de fraîcheur. Elle a cependant aujourd'hui seulement trente ans. Elle n'a point d'enfants. Cela manque à son bonheur car elle est parfaitement heureuse avec son mari qui a pour elle la plus grande vénération, sentiment qu'elle a inspiré à toute la Cour. Elle est d'une extrême dévotion et très scrupuleusement attachée à l'Etiquette de cette Cour qui n'en est que plus triste."

La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 Gros_m10

Bien à vous.

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Message par Invité le Lun 22 Sep 2014, 10:13

La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 Mme_cl10
Madame Clotilde en habit de cour

Bien à vous.

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Message par Comtesse Diane le Lun 22 Sep 2014, 15:57

... musique ! La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame" - Page 5 Clotil10

_________________
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