L'Angleterre des Pitt

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L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 20:42

Madame de Chimay a écrit
Lun 28 Sep 2009 - 18:07


L’Angleterre des Pitt

Source : Les Pitt : L’Angleterre face à la France ( 1708-1806 ) par Edmond Dziembowski
Perrin : 25 euros

Voici ce que dit la quatrième de couverture :

« L’histoire ne se répète jamais . Le destin des deux Pitt apporte pourtant la preuve du contraire . Les deux hommes , qui dominèrent la vie politique de leur temps pendant deux générations , s’avérèrent aussi déterminés l’un que l’autre contre la France . Le père, au moment de la guerre de Sept Ans ( 1756-1763 )en s’attaquant à l’empire colonial de Louis XV ; le fils , en organisant et en finançant les trois premières coalitions contre la France révolutionnaire et impériale ( 1792-1805 ).

William Pitt , dit le premier Pitt , né en 1708 , entré aux Communes en 1735 , est porté au pouvoir en 1757, alors que son pays connaît les pires déboires dans la guerre de Sept Ans où s’opposent Français et Anglais à la fois sur mer et sur terre. Il y déploie une combativité indomptable , un peu comme le fera Churchill en 1940 , et finit par triompher des Français en Inde et au Canada. Mais dans l’incapacité de s’entendre avec le roi Georges III, il démissionne en 1761.

Son fils William , dit le second Pitt , né en 1759 , devient premier ministre à l’âge de 24 ans et gouverne pratiquement l’Angleterre jusqu’à sa mort. A l’intérieur , son œuvre économique et administrative est considérable . A l’extérieur , il se montre l’un des ennemis les plus farouches de la France révolutionnaire puis impériale. C’est lui la véritable âme de la troisième coalition , laquelle est brisée à Austerlitz.
Lorsque Pitt meurt en 1806, la France paraît avoir pris le dessus sur sa rivale, isolée et en proie à une grave crise intérieure. En réalité , la victoire de Trafalgar , qui confère à l’Angleterre une supériorité navale définitive , porte en elle les germes de la fin de l’Empire et le début de la suprématie anglaise. »

Edmond Dziembowski , né en 1958 , est agrégé d’histoire et maître de conférences en histoire moderne à l’université de Franche Comté ( Besançon ). Spécialiste de la culture politique française et britannique au XVIIIe siècle, il est l’auteur d’un nouveau patriotisme français , 1750-1770. La France face à la puissance anglaise à l’époque de la guerre de Sept Ans ( Oxford Voltaire Foundation , 1998 ) .
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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 21:22




Madame de Chimay a écrit

Il convient de se pencher sur les origines de cette famille qui a joué un rôle si déterminant dans l’histoire . Je cite Dziembowski : « Les Pitt sont originaires de la ville de Blandford , dans le comté de Dorset . William Pitt est issu de la branche cadette.
C’est l’ancêtre Thomas Pitt ( grand père de William ) qui fit sortir cette famille de l’anonymat. Thomas Pitt naquit à Blandford en 1653 . Fils cadet d’un modeste clergyman , il rompit de manière fracassante avec la ruralité et l’honorabilité discrète de ses ancêtres . En 1673 , attiré par le grand large, il se lança dans le négoce. Avide de richesses , il se mit à commercer frauduleusement en méprisant souverainement le monopole des compagnies de commerce . En quelques années, il devint un des piliers de l’interlope dans l’océan indien . Dans le monde des trafiquants , son nom commença à susciter un certain respect . Il trafiqua en toute impunité pendant une dizaine d’années . A l’âge de 30 ans , il arrêta tout dans le désir de se fixer.

Son but n’était autre que de s’acheter une conduite. Pour ce faire, il acheta à Lord Salisbury le beau domaine de Stratford upon the Castle . l’ex-trafiquant devenait country gentleman. Cet enracinement dans la Gentry effaça ses origines douteuses du nouveau riche. En 1688, la Compagnie des Indes l’accueillit même en son sein. Le monopole de la Compagnie des Indes était menacé et il lui fallait renforcer au plus vite sa présence en Inde. Thomas Pitt fut donc dépêché en Inde . Il fut nommé gouverneur du fort de Saint George de Madras et président de la Compagnie en Inde et à Sumatra. Il resta 11 ans à Madras, remit à flot la Compagnie des Indes et en profita au passage pour augmenter sa fortune. En 1702, il fit l’acquisition d’un énorme diamant de 410 carats . Ramené dans le plus grand secret en Angleterre , le gemme fut vendu en 1717 à Laurent Rondet, joailler de la Cour de France . Devenu un splendide diamant de 136 carats , il entrera dans la légende des pierres précieuses sous le nom du régent.

A son retour en Angleterre , il fut pris d’une frénésie d’achats immobiliers. Simultanément , il inséra sa progéniture dans le petit club des familles dominantes . Ses enfants contractèrent des mariages très prestigieux. La mieux lotie fut Lucy , l’aînée des deux filles , qui épousa Lord Stanhope , le héros de la Guerre de Succession d’Espagne et l’homme politique le plus en vue au début du règne de Georges Ier.
Il se fit aussi élire aux Communes où il siégea dans les rangs des whigs.
Il se comportait en despote au sein de sa famille et bientôt son fils aîné Robert entra en conflit avec lui. Ecrasé par son père, il entra en rébellion et choisit d’aller s’asseoir parmi les tories. Robert eut sept enfants dont le fameux William.
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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 21:24



Pour little Pau (  :  )

Le fameux diamant du régent
http://www.cofrase.com/.../diamants/diam1.htm -

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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 21:29



William Pitt, le jeune :



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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 21:31

Madame de Chimay a écrit

Il est paradoxal de constater qu'à chaque fois, c'est la compagnie des Indes qui est à l'origine de fortunes rapidement faites. C'est le cas pour Necker ainsi que pour Thomas Pitt.
Ce serait intéressant d'ouvrir un fil sur la compagnie des Indes. Philippe Haudrère en est le grand spécialiste, je crois....
Pour l'heure, voici deux romans sur la compagnie des Indes :

-Amélie Bayle et la Compagnie des Indes orientales: Roman par Bernard Baille
Presses du Midi , 1999, 258 p : 18,29 euros


-La Compagnie des Indes par Marc Petit
Stock, 1998, 330 p : 9,80 euros
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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 21:52

Majesté a écrit


Le voici donc, le fameux Régent :



Bien à vous .


Madame de Chimay

Merci beaucoup Majesté. A l'origine, le diamant faisait 426 carats. Thomas Pitt le vendit au régent en 1717. C'est le plus beau diamant du monde.
Louis XV et Louis XVI portèrent ce diamant sur leur couronne. Volé en 1792 puis en 1793 , Napoléon réussit à remettre la main dessus.



Voici ce que dit l’auteur du livre déjà cité : « William Pitt naît le 15 novembre 1708. Il se distingua par son intelligence, sa conduite arrogante , insolente et excentrique. Il suivit un parcours classique : études à Eton, puis au Trinity College d’Oxford, connue pour être un bastion du torysme et un appui au prétendant Stuart. En 1728, il termina ses études par un bref séjour aux Provinces Unies , à l’université d’Utrecht.
Comme beaucoup d’anglais, Pitt pratiquait parfaitement la langue de Molière.
Comme chacun sait , les familles anglaises de la noblesse et de la gentry envoyaient leurs enfants parfaire leur éducation au contact des deux pays qui étaient considérés comme les plus raffinés du monde : l’Italie et la France. Pitt traversa le Channel au printemps 1733. Comme ses moyens financiers étaient limités , son périple se borna à la France.
Il ne s’attarda pas à Paris mais gagna Besançon au plus vite. Il avait l’intention d’y passer l’été, peut-être pour rétablir sa santé au contact du grand air. Muni de lettres de l’ambassadeur, le jeune homme fut vite introduit dans la société locale. Pitt n’était pas un ascète ; ses lettres nous révèlent un homme amateur de bonne chère et fort sensible au contact du beau sexe.
Citons aussi les autres villes visitées : Marseille, Montpellier, Lyon, Genève. Il passa l’hiver à Lunéville où il passa l’hiver. Au début de l’année 1734 , il était de retour en Angleterre.
Le 18 février 1735, William Pitt devint MP ( membre du parlement ). Sa vie se confond désormais avec le microcosme de Westminster. «

Donc soulignons cette bonne connaissance de la France par William Pitt.


"Les gouvernements étrangers n'ont vu d'abord dans les événements de 1789 qu'un phénomène d'ordre intérieur dont le principal résultat, comme l'a dit Burke, serait de bouleverser et pour longtemps affaiblir la France. Cette France est, en effet, un commun objet d'envie. Elle est trop riche, elle est trop forte et trop unie. Rassemblée par un travail séculaire, les troubles actuels peuvent fournir l'occasion de l'amputer ou tout au moins de la paralyser.

Le cabinet de Londres, dirigé par William Pitt, y compte bien. Les subsides qu'il a répartis, les agents qu'il a implantés n'ont pas été inutiles. La monarchie française va payer, et chèrement, la guerre de l'Indépendance américaine. Ce qu'il veut, avec l'oligarchie anglaise dont il est le chef, c'est ruiner la dynastie, lui substituer à la première occasion, avec le duc d'Orléans, une royauté privée de base, par là plus facile à dominer. En attendant, la Révolution fait merveilleusement le jeu de l'Angleterre. Elle lui laisse les mains libres en Europe, et dans le monde lui livre les marchés commerciaux où la concurrence française était devenue gênante. Elle lui permettra peut-être de s'emparer de nos dernières colonies."




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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 22:16


Madame de Chimay a écrit:

Une question me taraude . voilà, je vous la pose : Robespierre était-il un agent de Pitt ?

Invitée :

Qu'est-ce qui vous fait envisager cette possibilité, Madame de Chimay ?

Madame de Chimay :

Eh bien voilà, j'ai lu sous la plume de certains historiens que Danton et Hébert auraient été des agents des Pitt alors je me suis dit pourquoi pas Robespierre. Paris " aurait " grouillé " d'agents anglais des Pitt à la veille de la révolution.
Dès lors est-il impossible de penser que la révolution aurait été le moyen de vengeance anglais, la réponse anglaise à l’aide apportée par la France aux insurgés américains. Par la même, l’Angleterre faisait d’une pierre deux coups. Un , elle se vengeait d’une nation qui lui était rivale, deux, elle éliminait et se vengeait de ce roi qui avait osé apporter de l’aide aux insurgés américains et qui donc avait osé s’en prendre à elle . Pitt devait certainement haïr mortellement Louis XVI.
Je pense que le but de l’Angleterre était de remplacer Louis XVI par son cousin Orléans. Quoi de plus rêvé que d’installer sur le trône français un roi fantôche que l’Angleterre pourrait contrôler et manipuler à sa guise ? Est-ce si invraisemblable que cela de le penser , de penser à une connexion entre Orléans et Pitt ?


D’autre part, L’Angleterre avait une certaine expérience en la matière. N’est-elle pas la première nation à avoir fait sa révolution et à avoir tué son roi ?
De là à penser que l’Angleterre est la mère de toutes les révolutions , pourquoi pas en effet ?
Pourquoi n’aurait-elle pas mis en place le concept de terreur ? Est-ce si invraisemblable que cela de le penser ?
Si l’Angleterre s’est vengée, elle y a mis les moyens financiers et humains , d’où la présence massive d’agents des Pitt à la veille de la révolution et l’achat de certains révolutionnaires français . Est-ce si invraisemblable que cela de le penser ?
Et le véritable responsable de la mort de notre chère reine ne serait autre que Pitt.

Mme de Sabran :

Je suis bien d'accord avec tout le commencement de votre raisonnement, chère Princesse, et sur la collusion Orléans / Pitt, mais pour ce qui est de la terreur, quand l'Angleterre l'aurait-elle inaugurée ? Je ne vois pas . Je crois que le concept et son affreuse application nous reviennent de droit . La terreur devait fasciner et paralyser les ennemis de la Révolution, la nôtre . La paternité en revient à Robespierre.

Robespierre le 5 février 1794 :

Le ressort du gouvernement populaire en révolution est la vertu et la terreur : la vertu sans laquelle la terreur est funeste, la terreur sans laquelle la vertu est impuissante. Le gouvernement de la Révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie.
La Terreur correspond à un gouvernement de fait reposant sur la force et la coercition, et non à un pouvoir légal, de droit.


( Histoire et Dictionnaire de la Révolution Française: Tulard, Fayard, Fierro )

Invitée :

En fait, l'un n'exclut pas l'autre... tout est affaire de proportions, comme toujours. Quelle part l'Angleterre a-t-elle joué dans la révolution française ? Difficile de se prononcer, mais tous les arguments que Madame de Chimay avance me paraissent recevables. Le désir de vengeance est certain, les historiens expliquent d'ailleurs par cela le succès des publications en Angleterre. C'est là que les pamphlétaires pouvaient oeuvrer en toute impunité contre leur roi.

Il est vrai aussi que l'Angleterre avait à la fois l'expérience de la monarchie parlementaire, donc, disons "restreinte" et de l'exécution d'un roi pour l'établir. Dans une certaine mesure, la France lui a emboîté le pas. On peut tout à fait supposer que l'Angleterre favorisait en sous-main les ambitions d'Orléans, et que l'anglophilie d'Orléans était plus qu'une pose.

Qui fut agent de l'Angleterre ? J'ai déjà lu aussi le nom de Danton... Hébert ? Robespierre ? Ce ne sont là que des suppositions qu'il faudrait étayer. Mais je n'y vois a priori aucune impossibilité. Tous les réseaux et toutes les toiles tissés à l'époque sont si compliqués à dénouer...

Rien n'empêche, en tout cas, de voir l'Angleterre donner un sérieux coup de pouce à la révolution, mue par une série d'intérêts personnels puis, perdre le contrôle de la situation... comme quasi tout le monde, quand est montée la terreur. De l'intérieur comme de l'extérieur, le monstre a échappé à ses créateurs.



Mme de Sabran  :

Dans la Révolution française on distingue deux vagues successives de Terreur .

La première s'étend du 10 août au 21 septembre 92, jour de la proclamation de la République :
Deux pouvoirs se partagent alors la direction du pays :
--- un conseil exécutif de six membres tous Brissotins sauf Danton ( ministre de la Justice )
--- la Commune de Paris, victorieuse après l'insurrection, mais qui n'ose pas violerà nouveau la légalité en balayant la Législative.

La Commune oblige l'Assemblée à voter la constitution d'un tribunal en charge de juger les crimes du 10 août , c'est à dire les défenseurs de la légalité vaincue ( 17 août ). 3000 arrestations en l'espace de quelques jours !
Les nouvelles de défaites de l'armée républicaine sur les frontières ( Verdun, 2 septembre ) poussent à commettre les massacres dans les prisons parisiennes au pretexte d'un complot anti-révolutionnaire qu'on y fomenterait.
La situation se calme après la vistoire de Valmy.

La deuxième vague de Terreur débute avec la chute des Girondins, 2 juin 93 :
Les Montagnards traquent les Girondins réfugiés en province d'où ils essayent d'organiser la résistance.
La Terreur, organisée par le comité de salut public est décrétée le 5 septembre 93, la loi des suspects, le 27.
--- Terreur politique
--- Terreur économique : les riches sont pressurés à coups d'emprunts forcés; les prix, les salaires sont bloqués; les stocks de denrées alimentaires sont saisis.
--- Terreur religieuse : tous les prêtres insermentés sont suspects; le calendrier républicain est imposé; le régime prend des aspects nettement antichrétiens avec mises à sac d'églises ...

Grâce à la Terreur, les révoltes provinciales sont matées ( génocide systématique le la Vendée ) ; l'ennemi est repoussé aux frontières.

Mais Robespierre, dans sa spirale paranoïaque ne songe qu'à accroître encore l'efficacité de la Terreur en supprimant ses amis d'hier, hébertistes, dantonistes ou Indulgents, par la simplification à l'extrême de la procédure du tribunal révolutionnaire: 2000 exécutions à Paris seulement et dans le seul mois de Juin !!!!! La guillotine fonctionne sans relâche jusqu'à six heures par jour .
Robespierre finit par y goûter à son tour.
Les Thermidoriens ( Barras, Tallien ) démantèlent rapidement les mécanismes de la Terreur mais gardent les lois contre les émigrés et les prêtres réfractaires, comme ils poursuivent le combat républicain cotre la contre-révolution royaliste.

Je le crois. Et Vaudreuil aussi : il insiste beaucoup là-dessus dans sa correspondance .
C'est la Terreur inaugurée en Angleterre qui me laisse perplexe . Ou bien, je n'ai pas compris ce que nous disait Mme de Chimay ....
Je remonte dans le sujet ....

Madame de Chimay :


Chère invitée et Chère Madame de Sabran,

Je recommande ce livre :

Les hommes de Londres : histoire secrète de la terreur / Olivier Blanc
Albin Michel, 1989, 253 p

Je cite :

" Cette idée d'une action occulte de l'Angleterre comme inspiratrice de la violence hante Thierry de Ville D'Avray. Il y revient jusqu'à la fin : "Mai 1792. Révolution. plan formés par les Anglais dès 1788. Ils apportaient sur nos côtes et vendaient à vil prix des fusils aux paysans et des munitions de guerre aux trois quarts au dessous de leur valeur. Mot de M. Pitt. Il demandait une somme considérable aux Chambres , somme dont il ne rendrait pas compte et qui ne serait pas moins profitable à la nation. Revanche prise par eux sur notre perfidie en favorisant la révolte des Américains. Dès que la paix fut faite , ils attirèrent chez eux les Polignac, les Vaudreuil, Mme de Lamballe , tous les amis de la reine. Ils ne furent pas longtemps à nous connaître à fond ; ils vinrent eux-mêmes à Fontainebleau . J'y ai vu Pitt et c'est là qu'après avoir bien observé toutes les erreurs de notre administration, ils projetèrent d'insurger le peuple par tout le Royaume. Dès 1788, plus de 10 000 brigands ( mercenaires ) de toutes les nations, soldés sans doute fondirent par la Suisse et la Savoie et vinrent apporter dans notre malheureuse FRance les désordres, les cruautés et l'anarchie qui en ont fait la plus infortunée des contrées de la terre"

L'Angleterre a entretenu en France des agents dont le but était de favoriser l'instabilité politique sur fond de violence. "

En fait , Pitt , par le biais de ses agents , entretenait la violence révolutionnaire en France. C'est en cela que je dis que la terreur est un concept anglais.

Je cite encore Olivier Blanc :
" Antoine Sérieys , ancien protégé de d'Alembert et professeur d'histoire et de morale au prytanée français écrivait en 1798 dans ses mémoires historiques : " le ministre Pitt , ne pouvait pas pardonner au gouvernement français d'avoir prêté des secours aux Américains et détaché le plus beau fleuron de la couronne anglaise ; il résolut de s'en venger à quelque prix que ce fût. Le moment était favorable : le ridicule que l'affaire du collier avait jeté sur les premières têtes de la Cour , l'impossibilité de remédier par les moyens ordinaires aux besoins de l'état, un mécontentement presque universel , tout annonçait la nécessité d'un nouvel ordre des choses , tout semblait en favoriser l'établissement , mais chacun le désirait à son profit . Parmi tant d'intérêts divers , un étranger seul pouvait tirer parti des circonstances . c'est sur cette division des esprits que Pitt fonda son système révolutionnaire en France : de là les factions, les massacres , la guerre civile, la destruction du trône et le plan du rétablissement d'une monarchie tributaire de l'Angleterre".

"Nos efforts ont beaucoup contribué à établir le régime de terreur en France"

Duc de Bedford ( chambre des Lords , 27 janvier 1795 )

Ainsi donc, la France devait tomber tel un fruit mûr. Et après Pitt en aurait ramassé les grains ( la sujétion du trône français à l'Angleterre ) et il se serait emparé de ses colonies.

Invitée :

Merci pour ces passionnants témoignages, Madame de Chimay. On ne peut les remettre en cause, puisqu'ils existent, mais bien s'interroger sur leur portée. Les envoyés de l'Angleterre qui ont oeuvré à la révolution en France étaient certes convaincus, mais dans quel mesure ont-ils réussi ? Orléans s'est passablement dégonflé...

Ce qui est certain, c'est que, plus nous creusons le sujet, plus nous nous écartons des images d'Epinal du peuple se soulevant dans un grand élan salutaire. Il n'est plus à prouvé que les foules furent manipulées et que Marie Antoinette, déchirée entre les factions antagonistes, a mieux compris la révolution que certains de nos historiens globalistes.

Wah ! C'est vraiment fascinant !

Invité :

Sur tout ce que j'ai pu lire sur Robespierre jusqu'à maintenant, le nom même de Pitt n'apparaît pas une seule fois, et il est inutile de dire que Robespierre voulait de lui-même la Révolution et qu'il n'avait besoin de personne pour cela. Tous ses discours le montrent, toute sa jeunesse et toute son implication politique.
De plus, vis à vis de Danton, ce dernier ne voulait pas la Terreur (c'est entre autre ce qu'il lui a valu sa mort) donc je le vois mal utilisé par Pitt en ce sens...ou alors ça n'a servi à rien.
Que certains agents anglais aient envenimé les choses discretement oui, mais les voir derrière Robespierre est faux.

Madame de Chimay :

Ce qui est certain, c'est que l'Angleterre a réussi son coup en tuant la monarchie française. Comment dire tout ce que cela a coûté à la France en peine, souffrances et sacrifices !
René Sédillot a écrit le livre que voici :
-Le coût de la terreur chez Perrin, 1990, 297 p
Je vous en ferai un résumé prochainement.

En ce qui concerne Robespierre, le personnage est très complexe. Donc je ne sais rien dire. En fait, je m'interrogeais seulement . Je n'ai jamais dit avec certitude que Robespierre était un agent de Pitt. Je ne fais que m'appuyer sur mes lectures. Mais je dois dire dire que je n'ai pas encore lu de livres sur Robespierre.

Voilà, je continue ma lecture d'Olivier Blanc :

" Pitt triompha et rallia une confortable majorité de parlementaires à sa politique lorsque, le 22 janvier 1793 , les londoniens virent flotter en haut de la Tour de Londres un spectaculaire linge blanc taché de rouge . La mort de Louis XVI entraîna la réprobation de l'opinion publique anglaise , non plus seulement contre la Révolution , comme c'était le cas depuis les massacres de Septembre , mais contre les Français . pour "enfoncer le clou", Pitt fit circuler des dizaines d'estampes représentant le martyre de Louis XVI et il intima l'ordre à l'ambassadeur français Chauvelin de quitter Londres dans les 24 h et l'Angleterre dans les trois jours.

Mais le ministère anglais se garda bien de faire savoir à l'opinion publique internationale la fin de non recevoir qu'il avait opposé aux Français
qui, depuis trois mois , venaient l'implorer de les aider à sauver la tête de Louis XVI . Il s'agissait en l'occurrence d'obtenir le renvoi du jugement du roi devant le peuple réuni en assemblées primaires , alternative qui laisserait un sursis au monarque. Danton avait lui-même accepté de faire passer un décret de déportation de la famille royale " tout entière", s'engageant pour cela à entraîner quelques consciences parlementaires dans cette voie. Mais il lui fallait 4 millions de livres que les royalistes de l'intérieur étaient bien incapables de lui fournir.
Le chargé d'affaires espagnol à Paris Ocariz avait promis-promesse tenue-d'en remettre deux de la part de la Cour d'Espagne.
Il escomptait que Pitt fournirait le complément. Le ministre espagnol Godoy envoya à cet effet son propre frère à Londres . Mais Pitt fit répondre par ses conseillers : "La vie de Louis XVI ne doit pas entrer en compétition avec les intérêts de l'Angleterre". On ne peut être plus clair."
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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mar 29 Avr 2014, 22:56

Madame de Chimay :


Voici ce qu'écrit Olivier Blanc :

" La commune de Paris , comptait parmi ses meneurs -ceux qui à tout le moins étaient connus du public -des personnages tels que le procureur Chaumette et le substitut Hébert qui avaient formé un groupe politique assez peu homogène connu sous le nom d'hébertistes. Jacques René Hébert qu'on avait poussé en avant n'était dans la réalité qu'une cheville ouvrière d'un mouvement dont il était le principal propagandiste grâce à son journal le Père Duchesne. Bien que dominant le club des cordeliers et bien qu'ayant la confiance des sections elles-mêmes susceptibles d'entraîner les sans culottes , cette faction était vulnérable parce qu'infiltrée par des agents de nationalités diverses déguisés en patriotes, tous émissaires indirects et secrets de divers cabinets européens. Dès après le 1er août 1792, les hébertistes avaient vendu leur âme au diable pour se donner les moyens de leurs ambitions et à partir de cette époque , on les voit noyautés par des hommes d'affaires, des négociants et des banquiers étrangers qui remplissaient les caisses de leur parti tout en orientant leur mouvement.

Hébert lui-même entretenait des rapports cordiaux, quasi familiaux avec le banquier anglo hollandais Jean Conrad de Koch, qui l'attirait, ainsi que son épouse rue Charlier à Passy, dans sa séduisante résidence de campagne.
"

Invité :

Oui je suis d'accord il semble manifeste que Pitt ait eu de l'influence sur la Révolution  Very Happy Cependant attention, les Mirabeau, les Robespierre, les Saint-just, les Couthon et autres révolutionnaires n'ont pas eu besoin de Pitt pour cette Révolution. Robespierre voulait la Terreur, ça se sent dans ses discours à partir de début 1792 (surtout quand il justifie la terreur par la vertu), les anglais ont certainement aggraver cette Terreur mais ils ne l'ont pas créee à eux seuls et de leur propre initiative.
N'enlevons pas la Révolution aux français  Wink
Par contre oui, je suis aussi sûr qu'il y a eu plus coupable qu'Orléans


Madame de Chimay :

« Voici une lettre inopinément tombée entre les mains d’une parisienne , le 29 juillet 1793.
Comme la loi l’y obligeait , celle-ci en fit déclaration au Comité de surveillance du département de Paris .
Voici textuellement sa déposition : « La citoyenne Samin, maîtresse de langue anglaise , demeurant rue Sainte Foix , N°3 , nous a déclaré que, samedi dernier, deux citoyens dont elle ignore le nom, se sont présentés chez elle avec une lettre anglaise qu’ils l’ont priée de traduire en français , ce qu’elle a fait. Que les particuliers aussitôt la traduction achevée ont désiré la copie de cette lettre qu’ils avaient été obligés de faire ( car ) la citoyenne n’avait pu lire l’original dont l’écriture était trop fine et illisible.
Celui qui a copié est celui que la citoyenne déclare avoir l’accent allemand, et ils ont gardé l’original et la traduction qui résultait de cette lettre .
Que le projet était :

1°-d’incendier en même temps et à l’époque du 10 au 16 août ( 1793 ) toutes les villes frontières , qu’on y recommandait de ne pas épargner l’or et l’argent pour cette entreprise ;
2°-de faire baisser l’argent et de baisser le cours des assignats
3°- de faire accaparer les denrées, le suif, la chandelle et de les faire vendre à 100 sols la livre. On y parlait de Paris , on nommait Morel à qui on ordonnait de ne loger que les Français du parti , que vers le 10 , on viendrait loger chez Morel et que le complot aurait lieu .
On nommait d’autres personnes à qui on défendait de communiquer le projet , de peur qu’ils ne le découvrent. Le Duc d’York et Pitt étaient nommés.
Celui qui a porté la lettre avait l’air et l’accent allemands. L’autre est connu de la citoyenne Samin.

On observait que l’incendie aurait lieu par l’effet de mèches phosphoriques dont cent ne contenaient qu’un pouce trois quarts de circonférence sur quatre pouces de longueur et chaque membre du parti devait être muni de 100 mèches
».

Ces informations du plus haut intérêt révélaient l’imminence d’un projet , fixé à la première date anniversaire du 10 août 1792 ( Comme par hasard ! ). Il visait de toute évidence à créer les conditions d’attaques simultanées sur divers points stratégiques du territoire français.

Les villes frontières et les ports étaient particulièrement visés, mais aussi plusieurs régions et villes dont les municipalités étaient gagnées , surtout dans le Midi.

Trois jours après la déclaration de la citoyenne Samin , le député Barère de Vieuzac intercepta le document et étonna la Convention en lui parlant de la découverte « sur les remparts de Lille », d’un « portefeuille perdu » par un agent de l’Angleterre.
Chose curieuse , il se garda bien de dire d’où il tenait réellement le document , mais il lui prêta une grande importance, en révéla bruyamment la teneur à une Convention aussi émue qu’indignée.

Quoi qu’il en soit , les projets de sabotage se réalisèrent partiellement : le 7 août , on apprit que l’arsenal d’Huningue avait été incendié. Dans l’espace d’un mois, il y eut des incendies à Douai, au château de Bayonne, à la voilerie de Lorient . Pendant le siège de Valenciennes, l’arsenal prenait feu et sautait. On signala de graves accidents dans les parcs d’artillerie de Saumur et de Chemillé. Ils avaient eu lieu à la suite d’explosions que l’on n’avait su à qui attribuer.

Les actions occultes sur le change comme la volonté d’accaparer des denrées de première nécessité destinées à attiser le mécontentement des populations s’inscrivent dans les pratiques connues du gouvernement Pitt. Ce qui surprend davantage est de trouver les noms de plusieurs généraux français mêlés à cette entreprise : Custine, Collier de Lamarlière, Dumouriez, Arthur Dillon.
Parmi les autres noms cités apparaît celui de Duplain qui touchait régulièrement des fonds importants de l’Angleterre. Il s’agit en l’occurrence de Pierre Jean Duplain, membre de la Commune et l’un des grands responsables des massacres de septembre 1792. Son cas, particulièrement intéressant , vient s’ajouter aux autres indices tendant à prouver que la diplomatie secrète anglaise n’était nullement étrangère à la violence qui toucha la France après le 10 août 1792.
»

Source :Les Hommes de Londres : Histoire secrète de la Terreur / Olivier Blanc, Albin Michel , 1989, 253 p
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Mme de Sabran

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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Invité le Mar 29 Avr 2014, 23:34

Vraiment, je n'ai jamais lu autant de fantaisies!!  La Terreur était entièrement un concept français – elle nous faisait horreur en Angleterre. Absolument horreur! Même les supporters de la révolution française comme Burke, Sheridan et Fox sont devenus opposants - et avec la chute de la monarchie, bien avant la Terreur. Les massacres du 10 août et de septembre 1792, les violences contre la famille royale étaient très mal vues à Londres.

On avait vraiment crainte que la France n'exporte ses émeutes, sa révolution, son jacobinisme et sa Terreur outre-Manche, et c'est pour cette raison que Pitt tenait ses espions et son intelligence à un très haut niveau. Loin de fournir les armes aux révolutionnaires, on voulait empêcher le chancre de révolte de traverser la Manche.  On avait vu la révolution hollandaise, on voyait l'effondrement de la France et on avait peur que l'Angleterre ne succombe à cette frénésie continentale. Nous avons aussi nos orateurs, nos jacobins et nos enragés. Pitt poursuivait une politique de neutralité, qui était demandée même par Louis XVI et l'Angleterre cherchait ailleurs sa fortune pendant que la France se déchirait. Mais la guerre était inévitable après l'exécution de Louis XVI – les armées révolutionnaires s'emparant des Pays Bas, c'était trop facile de les voir s'embarquant pour l'Angleterre.

Quant à une conspiration entre Pitt et le Duc d'Orléans, c'est tout à fait ridicule. Pitt était Tory, Orléans était l'ami intime du Prince de Galles et le parti Whig, ses ennemis les plus acharnés. Le prince de Galles avait voulu en 1789 se déclarer régent au lieu de son père malade George III, et les Whigs ont proposé le Regency Bill. Pitt était tout à fait opposé à cette régence.  On doit se rendre compte de la politique intérieure du pays avant d'accuser Pitt d'être un engin de la révolution française. C'était un homme d'état comme il y en a peu – je l'admire énormément. Il nous a sauvés de Robespierre et de Bonaparte, c'est pas mal du tout!

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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Mme de Sabran le Mer 30 Avr 2014, 09:00




J'étais bien certaine que vous donneriez votre opinion sur la question, chère Evelyn !   :n,,;::::!!!: 
C'est intéressant de rebondir avec l'avis de quelqu'un de compétent en la matière.
Cependant, qu'Orléans ait été l'ami intime du Prince de Galles ne le place pas pour moi au-delà de tout soupçon.
En effet, en France, il était bien le cousin du roi ! N'est-ce pas !  boudoi29 
C'était une idée bien ancrée, en France, que l'Angleterre ouvrait ses bras à tous nos mauvais sujets et secondait leurs manoeuvres souterraines, au moins au tout début de la Révolution . Mais ensuite, la Terreur s'instaurant chez nous ne pouvait qu'épouvanter et faire horreur outre-Manche comme dans toute l'Europe.
C'était bien le but : tétaniser l'ennemi et, par là, le paralyser.

Cela a marché : aucune puissance étrangère n'a levé le petit doigt. Il n'y a jamais eu le fameux Congrès des puissances européennes que Marie-Antoinette souhaitait voir se mettre en place et proclamer : les monarchies de l'Europe ne peuvent souffrir que les anciens traités conclus avec la France, devenus partie intégrante du Droit européen, soient le jouet de l'influence réelle ou présumée d'une force armée ou d'une émeute populaire ...
Au contraire, certaines puissances ont vu dans l'abaissement de la France l'opportunité de prendre la prépondérance .
Mercy lui-même avait approuvé le mot de l'empereur : J'ai une soeur en France, mais la France n'est pas ma soeur .

Si l'Autriche elle-même adoptait cette attitude frileuse, nous avions encore moins à espérer des autres pays européens .

.

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Re: L'Angleterre des Pitt

Message par Invité le Mer 30 Avr 2014, 12:42

Mme de Sabran a écrit:


J'étais bien certaine que vous donneriez votre opinion sur la question, chère Evelyn !    :n,,;::::!!!: 
C'est intéressant de rebondir avec l'avis de quelqu'un de compétent en la matière.
Cependant, qu'Orléans ait été l'ami intime du Prince de Galles ne le place pas pour moi au-delà de tout soupçon.
En effet, en France, il était bien le cousin du roi !  N'est-ce pas !    boudoi29 
C'était une idée bien ancrée, en France, que l'Angleterre ouvrait ses bras à tous nos mauvais sujets et secondait leurs manoeuvres souterraines, au moins au tout début de la Révolution .  Mais ensuite, la Terreur s'instaurant chez nous ne pouvait qu'épouvanter et faire horreur outre-Manche comme dans toute l'Europe.  
C'était bien le but : tétaniser l'ennemi et, par là, le paralyser.  

Cela a marché : aucune puissance étrangère n'a levé le petit doigt. Il n'y a jamais eu le fameux Congrès des puissances européennes que Marie-Antoinette souhaitait voir se mettre en place et proclamer : les monarchies de l'Europe ne peuvent souffrir que les anciens traités conclus avec la France, devenus partie intégrante du Droit européen, soient le jouet de l'influence réelle ou présumée d'une force armée ou d'une émeute populaire ...
Au contraire, certaines puissances ont vu dans l'abaissement de la France l'opportunité de prendre la prépondérance .
Mercy lui-même avait approuvé le mot de l'empereur : J'ai une soeur en France, mais la France n'est pas ma soeur .

Si l'Autriche elle-même adoptait cette attitude frileuse, nous avions encore moins à espérer des autres pays européens .


Tout cela ne place Orléans au delà de tout soupçon, mais cela n'implique pas non plus Pitt, qui était l'ennemi du Prince de Galles (l'ami et le supporteur du duc d'Orléans). Pitt était le premier ministre avec le pouvoir exécutif. Placer un prétendant au trône français quand on est opposé dans son propre pays par le prétendant au trône me semble une politique de contresens, et Pitt, comme nous voyons, était un homme fort intelligent!

Il faut vraiment lire tous les journaux, lettres et mémoires de nos politiques et dirigeants du dix-huitième siècle pour bien comprendre la position d'Angleterre vis-à-vis de la révolution française. Oui, Orléans était reçu ici comme l'ami du Prince de Galles mais cela ne veut pas dire qu'il était bien vu du gouvernement anglais. Mais quand il était ici, on pouvait le surveiller beaucoup plus facilement – de même avec les autres exiles français. On préfère toujours tenir les ennemis près pour voir mieux tous leurs projets. Quand les événements en France ont pris une tournure plus dangereuse, on avait hâte à déporter tous les émigrés que l'on suspectait d'être des agents jacobins – y compris Talleyrand et quelques autres de son cercle.  Je vous conseille encore plus vivement la lecture des journaux de Fanny Burney pour cette période si intéressante.

Et vous aurez plus d'informations dans mon livre sur la correspondance de Fersen avec Marie-Antoinette – on y voit clairement que l'Angleterre n'était même pas voulue par Louis XVI et Marie-Antoinette comme alliée avec les autres puissances contre-révolutionnaires. On comptait sur l'Autriche, la Prusse, la Suède, la Russe et l'Espagne – et tous ces pays, comme la famille royale française, cherchaient la neutralité exacte de l'Angleterre, ce que Quentin Craufurd est chargé par le baron de Breteuil et le comte de Mercy d'obtenir. Et il a réussi dans cette 'mission délicate' comme Fersen manda à Marie-Antoinette, en la priant d'écrire des mots de gratitude pour Craufurd. On avait beaucoup trop crainte que la participation de l'Angleterre mènerait à une guerre qui lui bénéficierait (au dépend des autres puissances), et personne ne voulait cela car les autrichiens avaient déjà jeté les yeux sur le territoire français qu'elle convoitait depuis longtemps(double jeu de l'Autriche!) et la France monarchique n'aurait jamais survécu à la présence de troupes anglaises sur le sol de la patrie.

Oui, c'est compliqué! Blâmer M. Pitt pour les maux révolutionnaires me parait assez étrange à vrai dire.

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