L'ambassade de Tippoo Sahib (Tipû Sâhib) à Versailles.

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Re: L'ambassade de Tippoo Sahib (Tipû Sâhib) à Versailles.

Message par Gouverneur Morris le Mar 17 Avr 2018, 23:25

Tres beau document.

On aurait rêvé alors de répéter le cérémonial utilisé par Louis XV pour les envoyés de Perse, voire de Louis XIV pour ceux du Siam, et installer le trône en fin de parcours dans la grande galerie.

Las, les finances de la Cour étaient telles que l’on dut se résoudre à un cérémonial réduit, avec une réception dans le Salon d’Hercule.
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Re: L'ambassade de Tippoo Sahib (Tipû Sâhib) à Versailles.

Message par Mme de Sabran le Dim 29 Juil 2018, 07:08

...   des nouvelles de Tipoo Sahib ?   Very Happy
Mais oui,  il était le Citoyen X de notre dernière énigme :



Devenu sultan à la mort de son père en 1782, il œuvre à contenir les progrès britanniques en concevant une série d'alliances.



Lorsque celles formées avec les Marathes et l'Empire moghol échouent, il se tourne vers la France, qui avait mené une politique coloniale en Inde quelques décennies plus tôt, politique qui avait été arrêtée après la guerre de Sept Ans.

Tipû Sâhib envoie donc une ambassade extraordinaire à Paris, en 1788.


Louis XVI recevant les ambassadeurs de Tipu Sultan venus solliciter son aide contre les Anglais.

Attendant plus de cette alliance qu'elle ne pouvait lui offrir, Tipû envahit, en 1789, l'État voisin de Travancore, un protectorat britannique, ce qui déclenche la troisième guerre de Mysore, qui durera trois ans et a pour conséquence une défaite retentissante pour Mysore qui perd la moitié de son territoire, la défection de la France impliquée dans sa Révolution dès le début du conflit étant un facteur majeur de cet échec.

Dans notre sujet dédié à cette ambassade, nous disions d’ailleurs que le sultan condamnera à mort les trois ambassadeurs envoyés à Versailles pour avoir échoué à obtenir de significatifs appuis armés de la France.

Bref !

Tipû Sâhib signe donc le traité de Srirangapatna, par lequel il doit également payer trois millions de roupies à la Compagnie britannique des Indes orientales, et laisser comme otages deux de ses fils, Abdul Khaliq et Maiz ud-Din, âgés de dix et huit ans, auprès de Cornwallis dans l'attente du paiement.






Arrow Tipû Sâhib, pour laver ces humiliations, recherche alors le soutien de la France républicaine.

Fervent admirateur de la Révolution, Tipû entretenait des liens étroits avec le club Jacobin fondé en 1792 dans sa capitale d'Inde du Sud, Seringapatam, et se faisait appeler "le citoyen Tipou".
Un certain François Ripaud, fondateur de ce club, planta dans la capitale un arbre de la Liberté, et y déploya la bannière républicaine.

Richard Wellesley est nommé gouverneur général des Indes en 1798. Sa mission est d'étendre la domination britannique sur le pays.

Arrow La même année, l'expédition de Bonaparte en Égypte a pour but de menacer l'Inde, et Mysore est un atout majeur dans ce plan.



Lorsque Bonaparte proposa au Directoire de prendre l'Egypte pour couper la route des Indes aux Anglais, il s'abstint de parler de la suite qu'il comptait donner à l'opération.

Certains historiens prétendent que son intention ultime était de fonder un vaste empire qui s'étendrait de la côte barbaresque à l'Ouest, jusqu'aux Indes à l'Est.
Depuis l'Egypte, son "Armée d'Orient" se lancerait à la conquête de la Syrie, marcherait sur l'Irak et l'Iran, et pousserait par les déserts d'Afghanistan pour franchir la mythique passe de Khyber, porte de l'Inde.


Arrow Dans les premiers jours de 1799, depuis le Caire, Bonaparte envoie, en effet, ce message à Tipû Sâhib :

Bonaparte, membre de l'Institut national, général en chef,
Au très magnifique sultan, notre très grand ami, Tippoo Saëb,
On vous a déjà instruit que j'étais arrivé sur les bords de la mer Rouge, à la tête d'une armée innombrable et invincible, plein du désir de vous affranchir du joug de fer de l'Angleterre (...)


Bonaparte terminant sa lettre en priant le sultan de lui envoyer rapidement un émissaire.

Arrow Mais Tipû ne recevra jamais cette lettre, qui sera interceptée par le renseignement britannique.

Arrow Richard Wellesley, gouverneur général des Indes, prenant prétexte des contacts de Tipû Sâhib avec la France, l'attaque et la quatrième guerre de Mysore débute.

Après que Nelson a anéanti les ambitions du Directoire à la bataille d'Aboukir, les armées britanniques – dont l'une est commandée par Arthur Wellesley, le futur premier duc de Wellington – marchent sur Mysore en 1799 et assiègent sa capitale.

Le 4 mai, les attaquants franchissent les murailles de Seringapatam et Tipû Sâhib, se précipitant sur les lieux, est tué.



* Source texte : Wikipedia ; Henry Laurens L'expédition d'Egypte ; Tom Reiss, Dumas le comte noir.

_________________
...    demain est un autre jour .
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Re: L'ambassade de Tippoo Sahib (Tipû Sâhib) à Versailles.

Message par La nuit, la neige le Jeu 10 Jan 2019, 19:43

Mme de Sabran a écrit:

Lors de la réception à Versailles de l'ambassade de Tipoo Sahib, Elisabeth Vigée Le Brun peint le portrait de Mohammed Dervish Khan.  
Elle raconte
:

Puisque je vous parle d'ambassadeurs, je ne veux pas oublier de vous dire comment j'ai peint dans ma vie deux diplomates, qui pour être cuivrés, n'en avaient pas moins des têtes superbes. En 1788, des ambassadeurs furent envoyés à Paris par l'empereur Tipoo-Saïb. Je vis ces Indiens à l'Opéra, et ils me parurent si extraordinairement pittoresques que je voulus faire leurs portraits. Ayant communiqué mon désir à leur interprète, je sus qu'ils ne consentiraient jamais à se laisser peindre si la demande ne venait pas du roi, et j'obtins cette faveur de Sa Majesté. Je me rendis à l'hôtel qu'ils habitaient (car ils voulaient être peints chez eux), avec de grandes toiles et des couleurs. Quand j'arrivai dans leur salon, un d'eux apporta de l'eau de rose et m'en jeta sur les mains; puis le plus grand, qui s'appelait Davich Khan, me donna séance. Je le fis en pied, tenant son poignard. Les draperies, les mains, tout fut fait d'après lui, tant il se tenait avec complaisance. Je laissais sécher le tableau dans un autre salon.

Je commençai ensuite le portrait du vieux ambassadeur, que je représentai assis avec son fils près de lui. Le père surtout avait une tête superbe. Tous deux étaient vêtus de robes de mousseline blanche, parsemée de fleurs d'or; et ces robes, espèces de tuniques avec de larges manches plissées en travers, étaient retenues par de riches ceintures. Je finis alors entièrement le tableau, à l'exception du fond et du bas des robes.

Madame de Bonneuil à qui j'avais parlé de mes séances désirait beaucoup voir ces ambassadeurs. Ils nous invitèrent toutes deux à dîner, et nous acceptâmes par pure curiosité. En entrant dans la salle à manger nous fûmes un peu surprises de trouver le dîner servi par terre, ce qui nous obligea à nous tenir comme eux presque couchées autour de la table. Ils nous servirent avec leurs mains ce qu'ils prenaient dans les plats, dont l'un contenait une fricassée de pieds de mouton à la sauce blanche, très épicée, et l'autre, je ne sais quel ragoût. Vous devez penser que nous fîmes un triste repas: il nous répugnait trop de les voir employer leurs mains bronzées en guise de cuillères.

Ces ambassadeurs avaient amené avec eux un jeune homme, qui parlait un peu le français. Madame de Bonneuil, pendant les séances, lui apprenait à chanter Annette à l'âge de quinze ans. Lorsque nous allâmes faire nos adieux, ce jeune homme nous dit sa chanson, et nous témoigna le regret de nous quitter en disant: «Ah! comme mon coeur pleure!» Ce que je trouvai fort oriental et fort bien dit.

Lorsque le portrait de Davich Khan fut sec, je l'envoyai chercher; mais il l'avait caché derrière son lit et ne voulait point le rendre, prétendant qu'il fallait une ame à ce portrait. Ce refus donna lieu à de fort jolis vers qui me furent adressés et que je copie ici.

" À MADAME LEBRUN,

Au sujet du portrait de Davich Khan, et du préjugé des Orientaux contre la peinture.

Ce n'est point aux climats où règnent les sultans
Que le marbre s'anime et la toile respire.
Les préjugés de leurs imans
Du dieu des arts ont renversé l'empire.
Ils ont rêvé qu'Allah, jaloux de nos talens,
Doit, en jugeant les mondes et les âges,
Donner une ame à ces images
Qui sauvent la beauté du ravage des temps.

Sublime Allah! tu ris de cette erreur impie!
Tu conviendras, voyant cette copie,
Où l'art de la nature a surpris les secrets,
Que, comme toi, le génie a ses flammes;
Et que Lebrun, en peignant des portraits,
Sait aussi leur donner une âme. "

Je ne pus avoir mon tableau qu'en employant la supercherie; et lorsque l'ambassadeur ne le retrouva plus, il s'en prit à son valet de chambre qu'il voulait tuer. L'interprète eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre qu'on ne tuait pas les valets de chambre à Paris, et fut obligé de lui dire que le roi de France avait fait demander le portrait.

Ces deux tableaux ont été exposés au salon, en 1789. Après la mort de M. Lebrun, qui s'était emparé de tous mes ouvrages, ils ont été vendus, et j'ignore qui les possède aujourd'hui.



Idea Ce portrait sera prochainement présenté en vente aux enchères chez Sotheby's New-York (30 janvier 2019) :

Elisabeth-Louise Vigée Le Brun
PORTRAIT OF MUHAMMAD DERVISH KHAN, FULL-LENGTH, HOLDING HIS SWORD IN A LANDSCAPE

Signed and dated lower right: L. Vigée Le Brun / 1788
oil on canvas / 88 3/4  by 55 1/2  in.; 225.5 by 136 cm.

Photo : Sotheby's

Si le sujet vous intéresse, je vous recommande la lecture de la note au catalogue publiée par Sotheby's (en anglais).
Vous y retrouverez raconté l'histoire de cette ambassade et celle de ce tableau.

Arrow C'est ici : The volatile saga behind Elisabeth Louise Vigée Le Brun portrait of indias ambassadors to France


Extraits de la note au catalogue :

This imposing and potent portrait by Elisabeth-Louise Vigée Le Brun depicts Muhammad Dervish Khan, the Indian ambassador sent to France by the powerful Mysore ruler Tipu Sultan.  
Painted in the summer of 1788 and exhibited at the Salon of 1789, when political unrest had begun to boil in France, the work is an evocative account of France’s fascination with the East as well as Vigée’s resourcefulness in acquiring this unique commission.  

It is obvious that both Dervish Khan and Vigée would have found each other equally exotic and endlessly fascinating: one, a powerful Indian man parading around Paris in elegant muslin and gold-embroidered costumes, the other a woman artist who held such sway that she could get the King of France to request the sitting.  
(...)

As Muslim men, the idea of having themselves represented pictorially, let alone by a female artist, was unheard of.  
Vigée tenacity and resourcefulness in achieving the sitting was a remarkable feat.  After the request came from the King, they agreed to sit for her at their hôtel in Paris.  

Her detailed description of the encounter in her memoirs provides a fascinating look into this awkward clash of cultures.  She is thrown by their sprinkling of rosewater on her hands upon her entering, and later at dinner is shocked when she finds the dining room set for them to sit down on the floor.  
She painted Dervish Khan first, “standing, with his hand on his dagger. He threw himself into such an easy, natural position of his own accord that I did not make him change it.”


Photo : Sotheby's

When the paintings had finished drying, Vigée sent for the works but was refused; Dervish Khan had hidden his portrait behind the bed.  Eventaille  
As Vigée enthusiastically recalls, she strategically convinced his servant to steal it back for her, only to later hear that Dervish Khan had then planned to murder the servant for this transgression.  
Luckily, an interpreter convinced the ambassador that murdering your valet was not acceptable practice in France, and he falsely claimed that it was the King who wanted the portrait.
affraid
(...)

Photo : Sotheby's

The painting, along with that of Dervish Khan’s fellow ambassador Osman Khan, was exhibited at the Salon of 1789, which opened in August despite the disquieting political climate.  Both pictures were displayed prominently, as shown in a drawing of the exhibition by Charles de Wailly.  


Projet rétrospectif pour la présentation des ouvrages de l'Académie au Salon carré du Louvre en 1789.
Charles de Wailly, 1789
Photo : Musée Carnavalet, Histoire de Paris


They were received by the public with immense curiosity and critical acclaim.  By October, however, Vigée had fled Paris in fear of her life after mobs had invaded Versailles.
Given that the painting next appears in the estate sale of her husband, Jean-Baptiste Pierre Le Brun, it can be surmised that she kept the work in her personal collection but left it at home in France when she went to Italy.  Vigée’s portrait of Osman Khan is also included in Le Brun’s auction, though it has since been lost.

* Source et infos complémentaires : Sotheby's - Master Paintings Evening Sale
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