Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette

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Message par Mme de Sabran Jeu 26 Sep 2019, 19:04


Ce nouveau sujet est un bouturage-fleuve  Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 0011  , si je puis dire ( Eventaille  ) d'un gros travail de notre ami Dominique Poulin .   Ce serait formidable que nos spécialistes des portraits ( vous êtes plusieurs parmi nous )  l'émaillent de tableaux de la famille Habsbourg.  
Je compte sur vous ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 2523452716

Et bien sûr, surtout un grand merci à vous, Domi !!!   Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 3599491914
C'est parti !   Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 693620883



Dominique Poulin a écrit:


A travers cette étude, je me propose d'évoquer la vie de trois soeurs méconnues de la reine de France Marie-Antoinette, les archiduchesses Marie-Anne, Marie-Elisabeth et Marie-Amélie. Leur mère commune, fut la célèbre impératrice d'Autriche Marie-Thérèse qui eut de son mariage avec le duc François de Lorraine, 16 enfants. Quelques uns de ces rejetons moururent lors de leur enfance, mais la plupart survécurent jusqu'à l'âge adulte, un fait assez rare à l'époque.
Les archiduchesses présentées ici étaient toutes des soeurs aînées de Marie-Antoinette, cette dernière étant la dernière des filles du couple impérial et leur quinzième enfant.

Marie-Anne et Marie-Elisabeth étaient beaucoup plus âgées que leur benjamine Marie-Antoinette. Elles étaient de la même génération que celle des dernières filles de Louis XV, comme Madame Louise de France par exemple.
Ces princesses étaient trés aimées de leurs parents, mais elles furent éduquées avec plus de sévérité que leurs soeurs cadettes Marie-Caroline et Marie-Antoinette. Assez douées pour les arts et cultivées, elles échappèrent pourtant à la vaste politique matrimoniale de leur mère. L'impératrice en effet souhaitait des alliances politiques en mariant ses enfants sur les principaux trônes d'Europe. Trois de ses filles furent mariées à des princes de Bourbon, dont Marie-Amélie avec le duc de Parme. Nous reviendrons sur ce cas précis.
Une autre, Marie-Christine, avec le duc de Saxe-Teshen, un frère de la feue dauphine de France, Marie-Josèphe de Saxe.

Les archiduchesses Marie-Anne et Marie-Elisabeth restèrent donc célibataires, bien que Marie-Thérèse ait peut-être projeté un mariage de l'une d'elles, mais ce souhait ne se réalisa pas. Affaire à suivre... Promues abbesses auprès d'abbayes de premier plan, elle vécurent auprès de leur mère jusqu'à sa mort en 1781. Leur frère Joseph II ne souhaita pas, par la suite, le maintien de ses soeurs aînées à la Cour, elles durent rejoindre leurs abbayes de Prague et d'Innsbruck.

Le cas de l'archiduchesse Marie-Amélie est sensiblement différent. Elle fut mariée au duc souverain de Parme. Cette union représentait la première alliance de la Maison de Habsbourg avec un menbre de la Maison de Bourbon. Deux autres se concrétisèrent avec les Maisons de Bourbon-Siciles puis de Bourbon de France.

Au début de son mariage, Marie-Amélie fit beaucoup parler d'elle au point de se brouiller durablement avec sa mère et avec le roi de France, Louis XV. En effet son ingérence dans les affaires de l'Etat de Parme aboutit au renvoi désastreux du Premier Ministre, Du Tillot, un homme remarquable qui avait beaucoup entrepris et réformé en faveur de ce petit Etat italien. Ce renvoi provoqua la colère de l'impératrice Marie-Thérèse et à partir de cette période les ponts furent coupés entre la mère et la fille. Par ailleurs, contrairement à ce que l'on pense généralement, ce n'est pas à sa fille cadette Marie-Antoinette à laquelle songeait l'impératrice sur son lit de mort, mais bien à la capricieuse Marie-Amélie qui faisait la pluie et le beau temps à Parme tant au niveau des affaires que de son mari Ferdinand, un homme non dénué d'esprit mais de caractère faible.

Voilà pour aujourd'hui. Je me propose de revenir avec des dates, des faits, des sources contemporaines sur la base d'archives que je possède. Malgré tout, des pans entiers de la vie de ces trois archiduchesses manquent au dossier et c'est pourquoi le présent sujet ne se présentera pas sous une forme purement chronologique, mais bien sur la base de débats, de questions et de découvertes qui permettront de nous éclairer. Enfin, si certains d'entre vous peuvent mettre la main sur quelques uns de leurs portraits et les rapatrier sur le forum, ce sera avec un grand merci. De mémoire, je sais que le peintre Liotard a travaillé sur le portrait de Marie-Amélie et qu'il existe une esquisse de ce portrait.

A plus tard !

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Message par Mme de Sabran Jeu 26 Sep 2019, 19:41

Dominique Poulin a écrit:
Enfin, si certains d'entre vous peuvent mettre la main sur quelques uns de leurs portraits et les rapatrier sur le forum, ce sera avec un grand merci. De mémoire, je sais que le peintre Liotard a travaillé sur le portrait de Marie-Amélie et qu'il existe une esquisse de ce portrait.

A plus tard !

Cette princesse est dans nos galeries, Domi ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 37559521

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1414
https://marie-antoinette.forumactif.org/t2217-portraits-de-la-famille-imperiale-par-jean-etienne-liotard

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Message par Mme de Sabran Jeu 26 Sep 2019, 20:59


Poursuivons ! Very Happy
Dominique Poulin a écrit :

Pour poser les premiers jalons de notre enquête et pour ne pas prêter à des confusions dans la suite du débat, je propose de citer les noms de toutes les filles de l'impératrice Marie-Thérèse et de l'empereur François Ier. Au total, le couple impérial donna le jour à 16 enfants dont 5 garçons et 11 filles.
Voici la liste de cette pléiade d'archiduchesses :

- Marie-Elisabeth (1737-1740)
- Marianne ou Marie-Anne (1738-1789) Abbesse de la fondation des dames de Prague
- Marie-Caroline (1740-1741)
- Marie-Christine (1742-1798) épouse en 1746 Albert-Henri de Saxe-Teshen, prince palatin de Hongrie
- Marie-Elisabeth (1743-1808) Abbesse d'Innsbruck
- Marie-Amélie (1746-1804) épouse en 1769 le duc Ferdinand de Parme
- Caroline (1748-1748)
- Jeanne (1750-1762)
- Josèphe (1751-1767)
- Marie-Caroline (1752-1814) épouse en 1768 Ferdinand 1er, Roi de Naples
- Marie-Antoinette (1755-1793) épouse en 1770 le dauphin Louis de France, futur louis XVI

Seul nous intéressent ici les archiduchesses Marie-Anne, Marie-Elisabeth et Marie-Amélie.
En effet le sujet a pour valeur de s'attacher particulièrement à ces trois soeurs ainées de Marie-Antoinette, dont deux furent abbesses et la troisième la souveraine d'un petit Etat italien.

Puisse notre enquête faire revivre ces altesses impériales et royales !

Marie-Amélie de Habsbourg-Lorraine, née le 26 février 1746, était le huitième enfant et la sixième fille de l'empereur François 1er et de l'impératrice Marie-Thérèse.
Les sources contemporaines et la documentation disponible n'ont pas permis de restituer même partiellement l'ébauche du caractère de Marie-Amélie pendant son enfance et son adolescence. Cependant, l'ordre des choses dans l'état matrimonial des filles de l'impératrice devait sortir l'archiduchesse de sa relative discrétion.

Au milieu des années 1760, Marie-Thérèse n'avait pas encore définitivement arrêté les projets de mariage envers sa fille. Quelques indiscrétions laissent toutefois penser que la princesse était éprise du prince Charles de Deux-Ponts. Mais bien qu'issu d'une grande famille allemande, l'impératrice et la chancellerie de Vienne jugèrent ce candidat potentiel peu intéressant au regard de la politique européenne.
En 1767, le nom de Marie-Amélie est de plus en plus évoqué dans les correspondances diplomatiques. Ce fut le cas lorsque sa soeur Josèphe, promise au roi Ferdinand IV de Naples, fils du roi Charles III d'Espagne, s'éteignit le 15 octobre de la petite vérole.
Charles III sollicita alors de l'impératrice, une autre de ses filles :

" J'ai tant d'empressement d'unir ma maison à celle de V.M., mon coeur lui est si sincèrement attaché et mon amitié et ma confiance en sa personne est si grande que sans balancer et sans perdre un moment de temps, je la prie de m'accorder une autre de ses filles pour mon fils de Naples. Nous nous imaginerons de n'avoir fait que changer de nom et la Providence bénira nos bonnes intentions."

Marie-Thérèse ne fit aucune objection et avança deux archiduchesses disponibles, Marie-Amélie et Charlotte (plus connue sous le nom de Marie-Caroline) :

" 18 novembre 1767,

Comme je n'ai certainement pas moins d'empressement à unir ma maison à celle de V.M. que celui qu'elle veut bien me témoigner, je lui accorde avec bien du plaisir une des filles qui me restent, pour réparer la perte de celle que nous regrettons. J'en ai actuellement deux qui peuvent convenir : l'une est l'archiduchesse Amélie que l'on dit bien de figure et qui est d'une santé à annoncer, à ce qu'il semble une nombreuse succession, et l'autre est l'archiduchesse Charlotte qui est aussi d'une trés bonne santé et d'environ un an et sept mois plus jeune que le Roi de Naples. Je laisse à V.M. la liberté de choix
."

Ce fut Caroline qui fut choisie pour ceindre la couronne de Naples. En 1768, le trône ducal de Parme est de plus en plus sérieusement envisagé pour Marie-Amélie, mais la certitude de ce mariage se fit beaucoup attendre. Les cours de Versailles et de Vienne souhaitaient ce mariage, mais le roi Charles III d'Espagne faisait montre de plus de réserve et de modération.
L'Infant Ferdinand de Bourbon, duc souverain de Parme, de Plaisance et de Guastalla avait alors seize ans . Orphelin de père et de mère depuis 1765, il régnait nominalement sur la principauté sous la direction de son Premier ministre, Dutillot.
Fils de l'Infant Philippe, premier duc de la dynastie des Bourbon-Parme et de Louise-Elisabeth de France dite Madame Infante, fille de Louis XV, il ne lui restait pour seule famille, qu'une soeur, Marie-Louise, mariée au prince des Asturies et futur Charles IV, un oncle paternel, le roi d'Espagne Charles III et un grand-père maternel, le roi de France Louis XV.
Cette double parenté avec les familles royales d'Espagne et de France, devait jouer une influence durable dans l'histoire de la famille des Bourbon-Parme et dans les affaires de ce petit Etat italien.

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Message par Mme de Sabran Jeu 26 Sep 2019, 22:01


Dominique Poulin a écrit : ( merci Domi ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 2523452716 )

Pour sa part, l'impératrice-reine, du fait de la politique de renversement des alliances opérée dans le tournant des années 1750, avait décidé d'unir ses nombreux enfants, garçons ou filles sur tous les trônes vacants d'Europe occupés par les Bourbons.
Bien avant le tour de Marie-Amélie en 1769, trois de ces rejetons avaient été mariés à des Bourbons. Joseph, l'héritier du trône impérial, avait été uni à l'infante Isabelle de Parme. C'était la propre soeur du futur époux de Marie-Amélie. Malheureusement, Isabelle mourut trois ans plus tard. Le second fils, Léopold, épousa une fille du roi d'Espagne Charles III, l'infante Marie-Louise-Ludovique. Ce couple devait ceindre la couronne grand-ducale de Toscane avant de régner sur l'Autriche à partir de 1790. Enfin, l'archiduchesse Charlotte, rebaptisée Marie-Caroline, avait épousé le roi Ferdinand IV des Deux-Siciles en 1768.

Pourtant, de Vienne, l'impératrice n'était pas satisfaite. Il lui restait encore deux fille à caser, les archiduchesses Marie-Amélie et Marie-Antoinette. Pour ce qui concernait Antonia, son mariage avec le dauphin de France était déjà acquis d'avance, les correspondances simultanées des ambassadeurs de France et d'Autriche en témoignent et Louis XV préparait des fêtes grandioses afin d'accueillir sa nouvelle petite-fille.
Il en allait toutefois autrement de Marie-Amélie déjà âgée de vingt-trois ans en 1769, un age avancé à l'époque pour une princesse à marier... Son promis, Ferdinand de Bourbon avait alors cinq ans de moins qu'elle. La différence d'age n'était pas insurmontable mais pouvait néanmoins poser quelques difficultés lors des négociations diplomatiques.
De plus, le duché de Parme était inféodé aux intérêts de l'Espagne, plus qu'à ceux de la France. Cette situation relevait de son histoire. En effet, les duchés de Parme et de Plaisance avaient autrefois appartenu aux Farnèse.
Une de leurs descendantes, Elisabeth Farnèse, seconde épouse du roi Philippe V d'Espagne et héritière des duchés réussit au terme de la guerre de Succession d'Autriche et du traité d'Aix-La-Chapelle à faire octroyer ces terres ancestrales d'abord à son fils don Carlos (le futur Charles III), puis à un autre de ses fils don Philippe en 1748.
Depuis, la politique parmesane était étroitement suivie par le cabinet de Madrid. A la fin des années 1760, et dans cette conjoncture, l'évolution de l'opinion du roi Charles III quant à son acquiescement au mariage de son neveu, le duc de Parme, et de l'archiduchesse Marie-Amélie, était d'une importance capitale.

De Versailles, Louis XV, qui souhaitait vivement ce mariage pour son petit-fils, attendait fiévreusement les courriers de la cour de Madrid. C'est à la fin de l'année 1767, que les préliminaires commencèrent à se préciser, mais il fallut attendre encore près de deux ans avant que cette alliance ne se réalise.
C'est la correspondance du roi de France à son petit-fils qui nous renseigne sur les premières manoeuvres diplomatiques concernant ces épousailles et on comprendra pourquoi au fur et à mesure des missives de Louis XV combien le role du roi Charles III était important pour faire aboutir ce mariage :

" Versailles, ce 16 novembre 1767,

Mon cher petit-fils,

Vour aurez appris avant que de recevoir cette lettre, la guérison de l'archiduchesse Marie-Elisabeth, cela est heureux pour l'impératrice, mais il est à craindre que sa figure qu'on disait charmante n'en soit gatée.

Le Roi, votre Oncle, m'a écrit pour me faire part qu'il demandait une autre archiduchesse sans la nommer, s'en rapportant à l'impératrice, mais je sais qu'il désire Charlotte, ma filleule. Ce n'est pas notre compte. Mais prendrez-vous dans ce cas Amélie qui a quatre ans de plus que vous et qu'on dit aussi très belle, et bien grande et forte ?
."

A l'évidence, le roi d'Espagne, penche pour l'archiduchesse Charlotte, plus connue sous le nom de Marie-Caroline. C'est cette dernière qu'il désire pour son fils, le roi de Naples. Louis XV en a été prévenu. En l'occurrence, le roi de France suggère le nom de l'archiduchesse Marie-Amélie en louant sa beauté et sa santé.
Marie-Amélie était par la figure une très agréable jeune fille. Quelques uns de ses portraits font songer à sa soeur cadette, Marie-Antoinette, lorsqu'elle était une adolescente. Le peintre Liotard a laissé une charmante esquisse de la future infante de parme. Son regard est doux, la carnation de sa peau et de ses cheveux font penser qu'elle blonde ou de teinte châtain. Pourtant, l'impératrice refusa les croquis de Liotard. L'artiste, confiait ainsi dans sa correspondance :

" On ne me fait plus peindre d'archiduchesses, je ne les fais pas assez belles."

A la même époque, un dessin de Ducreux, exécuté en 1769, et conservé au château de Versailles, est assez décevant.

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Message par Mme de Sabran Jeu 26 Sep 2019, 22:06

Dominique Poulain a écrit:
Marie-Amélie était par la figure une très agréable jeune fille. Quelques uns de ses portraits font songer à sa soeur cadette, Marie-Antoinette, lorsqu'elle était une adolescente. Le peintre Liotard a laissé une charmante esquisse de la future infante de parme.

... que voici ! Very Happy

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Message par Mme de Sabran Jeu 26 Sep 2019, 22:27


Notre ami Dominique poursuit :     Very Happy

L'évolution des pourparlers s'éternisa longtemps. Les lettres de Louis XV à son petit-fils en témoignent, d'autant plus que des problèmes politiques entre Parme et le Vatican ne vont pas tarder à repousser encore l'échéance de ce mariage.

" Versailles, ce 30 novembre 1767,

Mon cher petit-fils,

Il n'est plus question de l'archiduchesse Elisabeth, mais bien d'Amélie et de Charlotte. L'ambassadeur d'Espagne à Vienne a fait demande de la seconde, l'Impératrice a répondu qu'elle avait quelques engagements avec moi. J'ai fait dire en Espagne et à Vienne que je laissais le Roi mon cousin maître du choix pour son fils et son neveu. Je crois effectivement que cela vous sera égal pour vous, pourvu que vous en ayez une. Amélie est dit-on très belle. Charlotte est plus de votre age, mais je vais presser pour que le conclusion des deux soit prompte. "


Au début de 1768, le Pape Clément XIII, fort de son droit d'agrément sur tous les mariages royaux et princiers de la Chrétienté dressa des obstacles à la conclusion du mariage de l'Infant de Parme. Les hauts dignitaires du Vatican présentèrent des arguties juridiques en prétextant une parenté trop proche pour l'union des promis. Ce retard n'était en fait qu'une manoeuvre dilatoire de Rome. La cour de Rome était en effet mécontente des réformes anti-cléricales du duché de Parme. Sous l'impulsion du Premier ministre Dutillot, plusieurs mesures avaient aliéné le pouvoir de l'Eglise dans la principauté avec l'expulsion des jésuites et la confiscation de certains biens ecclésiastiques.
Louis XV en faisait part à son petit-fils le 25 avril 1768 :

"Je m'attendais bien au refus de la Cour de Rome mais j'espère qu'elle s'adoucira et que tout s'arrangera à votre satisfaction avec le temps."


Il faudra néanmoins attendre l'année 1769 pour que la situation se régularise avec la Papauté. Clément XIII qui se refusait à donner les dispenses nécessaires pour le mariage du duc de Parme était l'auteur d'un bref pontifical qui avait excommunié tous les auteurs des édits de Parme contre les jésuites et l'Eglise. Sa mort opportune et l'avènement d'un nouveau pape plus conciliant, Clément XIV, balayèrent les dernières difficultés.

Entre-temps, Louis XV attendait toujours des nouvelles de son royal homologue, Charles III. Le 5 septembre 1768, il adressa une lettre brève mais pleine d'espoir à Ferdinand :

"Le courrier d'Espagne vient d'arriver. Je me hâte de vous en donner avis. Nous allons donc travailler à votre mariage."



Avec l'obtention des dispenses pontificales, l'union de l'infant de Parme et de l'archiduchesse Marie-Amélie s'annonça imminent en juin 1769. Le 27, le mariage par procuration était célébré, l'archiduc Ferdinand de Habsbourg, frère cadet de Marie-Amélie, représentant le duc de Parme, puis le 1er juillet, la princesse prenait la route de l'Italie.
De Versailles, le 3 juillet, Louis XV écrivait à son petit-fils :

"Votre future doit être partie de Vienne présentement, elle doit être le 17 à Mantoue et le 18 se fera la remise à Cazal-Majore. L'on ne m'a pas encore envoyé de Vienne son portrait que j'ai fait faire. C'est le seul qui me manque des archiducheses."

Comme Marie-Caroline, partie en 1768 occuper le trône de Naples, et comme Marie-Antoinette, deux ans plus tard, l'archiduchesse Marie-Amélie avait emporté dans ses bagages un mémoire de sa mère intitulé Instructions. L'impératrice inondait sa fille de conseils, voire de préventions :

" Garde toi d'être distante et hautaine ! Evite de renforcer cette impression par ton attitude ! Répète toi à chaque instant que tu ne dois pas te mêler des affaires de l'Etat et ne veux rien en savoir. Qu'on s'adresse à ton mari... ."

Marie-Thérèse avait-elle quelque mauvais pressentiment à l'égard de sa fille ? craignait-elle la dérive d'un tempérament qui se révélera rebelle, fantasque et capricieux ? Appréhendait-elle le caractère influençable de l'Infant de Parme face à une épouse plus âgée ?

Toujours est-il que la nouvelle duchesse souveraine de Parme oublia aussitôt les instructions de son auguste mère au point de provoquer une grave crise politique et diplomatique avec les cours de Vienne, de Versailles et de Madrid.


Parvenue à la frontière de son nouveau royaume, Marie-Amélie fut aussitôt accueillie par Son Altesse Royale, l'Infant-Duc Ferdinand de Bourbon, Duc Souverain de Parme, de Plaisance et de Guastalla.
L'empereur Joseph II, de passage lors d'un grand voyage dans la péninsule était également présent.
Joseph avait estimé le jeune Ferdinand comme un parti fort convenable pour l'archiduchesse avec la seconde alliance d'une Habsbourg en Italie après celle de Marie-Caroline à Naples et la brillante administration de Guillaume Dutillot dans la principauté.
C'était cependant sans compter le caractère emporté et brouillon de sa soeur, l'immaturité d'un beau-frère de dix-huit ans et la coalition d'une opposition politique et religieuse sourde mais bien réelle contre la direction du gouvernement au sein du duché de Parme.

Au seuil de son adolescence, comment se présentait alors le plus jeune monarque de l'Europe des Lumières en 1769 ?
Les portraits conservés notamment ceux de Pécheux et de Bresciani nous dévoilent un jeune homme assez ordinaire, mais non sans attraits de séduction. En revanche, il souffrait déjà d'une légère claudication de la jambe gauche et d'une tendance à l'empâtement qui ne fera que se confirmer dans son âge mûr.
Doublement orphelin depuis 1765, lors de l'année même de son avènement sur le trône ducal de Parme, il est malaisé de décrire ses relations avec ses parents, l'Infant Philippe et Louise-Elisabeth de France. Nous savons toutefois que la fille aînée de Louis XV n'avait pas beaucoup de penchant pour la fibre maternelle.
Elle le reconnaissait d'ailleurs bien volontiers au maréchal de Noailles en déclarant :

"Je ne suis pas tendre, on ne se refait pas."


Par ailleurs, si sa première-née, Isabelle, connut bien sa mère, il n'en fut pas de même pour ses deux autres enfants, Ferdinand et Marie-Louise. La duchesse de Parme enrageait fort de l'exuïguité de sa souveraineté, rêvant successivement à un royaume taillé pour elle et son mari, aux Pays-Bas, à la succession du royaume de Naples, voire à celle du duché de Lorraine... Aucun de ses projets, au reste assez vagues ne virent le jour.
Mais ambitieuse, nostalgique de sa famille et de la Cour de Versailles et se posant en tête politique afin de contribuer à ses rêves de couronne auprès des ministres de son père, elle vécut davantage en France au milieu des années 1750. C'est d'ailleurs là qu'elle s'éteignit prématurément à trente-deux ans en 1759.
Avant de mourir, elle avait laissé une sorte de testament politique à son fils :

"Aimez la France, mon fils, c'est là votre origine, ainsi vous lui devez pour vous-même respect et déférence... Aimez Dieu... Aimez, pratiquez la vertu."


Sur ce dernier point, Ferdinand se montrera au cours de sa vie pieux et même bigot et c'est pour sacrifier à ses convictions profondes qu'il fera cesser l'élan réformateur propulsé par son père et Dutillot dans son Etat.

Louise-Elisabeth avait aussi voulu lui faire prendre conscience des limites de la monarchie parmesane en Europe :

"Nous qui ne sommes que zéro dans le monde."

Le message parait clair. La fille aînée de Louis XV considérait Parme comme un pis-aller et s'était efforcée pendant des années de contourner sa position pour une situation plus glorieuse... En vain.

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 08:46


Hou la la ! Louise-Elisabeth de France, il y avait quelqu'un !  Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1123740815
Elle a dû palier ses frustrations en dévorant des petits fours ...

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 09:37

Nous lisons toujours Dominique Poulin .   Very Happy
Je bouture sans relâche !  Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1123740815

Six ans plus tard, la mort et la raison d'Etat frappèrent une seconde fois le jeune Ferdinand.
Alors que sa soeur cadette que seulement onze mois séparait de sa propre naissance, s'apprêtait à épouser le prince des Asturies, son père atteint de la petite vérole, succombait le 18 juillet 1765. Un an plus tôt, pour sauvegarder ses enfants de ce mal qui faisait tant de ravages dans toutes les couches de la population, le duc de Parme avait fait inoculer Ferdinand et Marie-Louise par le célèbre docteur Tronchin.
Malheureusement pour lui, Philippe n'avait pas jugé cette utile mesure salutaire pour lui. Il paiera très cher cette négligence peu de temps après.

Ainsi à quatorze ans , le nouveau duc de Parme se voyait privé de toute sollicitude familiale. Avec sa mère disparue en 1759, la maladie avait ensuite fauché sa soeur aînée, Isabelle, alors impératrice d'Autriche puis son père. Quant à Marie-Louise, désormais princesse héritière au trône d'Espagne, leur séparation sera définitive, ils ne se reverront jamais. Ils entretiendront bien sur des relations par le biais de la correspondance privée ou par le truchement des dépêches des ambassadeurs, mais de ce point de vue le manque de chaleur peut surprendre.
Marie-Louise, elle aussi, encore adolescente, avait un caractère entier, dominateur, et très imbue de sa naissance. Aussi, lorsqu'elle apprit qu'elle était promise à devenir la future reine d'Espagne, elle ne put contenir un surcroit d'orgueil en lançant à Ferdinand :

- "Je t'apprendrai le respect qui m'est du, car je serai reine d'Espagne, et toi tu ne seras qu'un petit prince de Parme."

- "En ce cas, répliqua Ferdinand, le petit prince de Parme, aura l'honneur de donner un soufflet à la reine d'Espagne."


Vaniteuse, l'épouse du futur Charles IV, possédait sans doute plus de tempérament et d'énergie que son frère, mais ses qualités furent orientées trop souvent vers des préoccupations frivoles au contraire de sa mère, Louise-Elisabeth de France.

Les parents de Ferdinand n'avaient rien négligé quant à la bonne éducation de leur fils.
Le petit prince de Parme fut pourvu à l'âge de sept ans d'une maison de quatorze officiers de cour avec pour gouverneur, le marquis Sigismond Bergonzi et pour la fonction de sous-gouverneur, le baron Auguste-Louis de Keralio. A la même époque, son précepteur, le jésuite Fumeron, fut remplacé par le brillant abbé de Condillac.
L'enfant reçut un enseignement similaire à tous les princes héritiers des trônes d'Europe : grammaire française, latin, espagnol, italien sous la direction de Ponticelli. Deleyre, bibliothécaire de Don Philippe lui enseigne l'histoire et la géographie. Les matières scientifiques ne sont pas négligées : la géométrie, et surtout les mathématiques et la tactique militaire sont du ressort du baron de Kéralio.

C'est dans ces derniers domaines que le jeune Ferdinand révélera le plus de capacités, il entretiendra au cours de sa vie un goût très marqué pour les sciences physiques et les sciences exactes. Esprit rationnel, logique et méthodique, Ferdinand de Bourbon-Parme n'était donc pas le prince sot comme on l'a parfois suggéré. Influençable, d'esprit conservateur, croyant jusqu'à la bigoterie, peut-être, mais dépourvu des lumières de l'entendement et de l'intelligence, assurément pas.
Enfin, Condillac, commande à son illustre élève à l'abbé de Mably "Le Cours d'Etudes pour l'Instruction du Prince de Parme" et ceci en 13 volumes !

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1416

Toutefois, il est difficile de décrire le caractère du jeune Ferdinand, enfant et adolescent. Dans l'immédiat, les sources consultées sont presque muettes à ce sujet. Une rare citation le décrit comme "un enfant timide, dissimulé, faible et versatile".
Il est vrai que les épisodes de son comportement politique entre 1769 et 1773 laissent perplexe et ne penchent pas en sa faveur. Mais l'Infant, après tout n'était encore qu'un tout jeune homme... Malgré cela, on doit reconnaÏtre qu'il n'avait guère encore le sens de l'Etat.

La suite des événements, peu après son mariage avec l'impérieuse Marie-Amélie de Habsbourg le démontrera, avec le sacrifice d'une politique novatrice et originale au sein d'un petit royaume , promis à la fin des années 1760, à un bel avenir et à une place de plus en plus reconnue sur l'échiquier européen.

Le mariage du duc Ferdinand de Parme et de l'archiduchesse Marie-Amélie fut célébré le 19 juillet 1769 en présence de l'empereur Joseph II dans la capitale de la principauté.
Le Premier ministre Dutillot, marquis de Félino, fit réaliser pour la famille royale d'Espagne très proche par les parentés dynastiques et familiales, vingt-deux exemplaires gravés par Petitot, architecte de la cour de Parme, de la "Desription des fêtes du mariage".

Nous ignorons malheureusement les sentiments des deux intéressés. Que pensèrent-ils l'un de l'autre, de leurs figures, de leurs aspects physiques, de leurs caractères, de leurs goûts ? les sources consultées ne nous le disent pas. Néanmoins, deux choses sont certaines : Marie-Amélie en avance de cinq années par l'âge sur Ferdinand, plus assurée mais non pas plus mûre ni plus réfléchie, prit immédiatement un grand ascendant sur son époux et fit savoir sans ombrages qu'elle était la maîtresse de tout dans son Etat !

Secondement, les premières relations conjugales des jeunes mariés ne se présentèrent pas au mieux... Ce hiatus imprévu ne fut bientôt un secret pour personne en Italie et remonta bien vite à la Cour de France...
Dès le 14 août 1769, Louis XV écrivait à son petit-fils :

" Vous me parlez dans votre lettre du 29 juillet de la santé de votre femme qui est très bonne et bien remise de la fatigue de son voyage, mais vous ne me dites pas si ses règles sont passées et si elle est pleinement votre femme, car il y a même à Colorno des médisants ou des mécréants qui prétendent que vous en êtes au même point qu'au premier jour."

Le ton du roi de France passe du questionnement à l'inquiétude le 28 août :
"Qu'est-ce que c'est que ce mal au sein qu'à votre femme, a-t-elle beaucoup de gorge, car on la dit maigre dit-on et la trouvez-vous jolie ? Il me semble que ce petit mal ne devrait pas empêcher le reste. Pareille chose n'est arrivée qu'à vous, et beaucoup trop, dont bien je me fâche. A qui la faute si la consommation n'est pas tout à fait faite ? N'auriez-vous pas besoin d'une petite opération ?."

Enfin, peu à peu, le grand-père de Ferdinand est informé du bât qui blesse. Ainsi s'exprime-t-il le 25 septembre :
" Votre chirurgien qu'on dit bon a-t-il vu votre mal au gland qui ne peut être venu parce que votre prépuce est trop long et à peine à se détacher ?."

Un mois plus tard, Louis XV fait part de son soulagement à son petit-fils :

"Je suis très aise que votre partie générative aille mieux et que vous vous êtes amusés de votre mieux
."

Dans l'intervalle, que c'est-il passé quand à l'anatomie du jeune duc de Parme ? Dans cette affaire d'alcove, Marie-Amélie n'y fut semble-t-il pour pas grand chose. La "partie générative" du prince ne souffrait en fait d'aucune difformité ou d'un phimosis, mais d'un problème d'hygiène !

A cet effet, le chirurgien Camati constata "un anneau de matière endurcie" autour du gland de son altesse... Des bains locaux réguliers débarrassèrent Ferdinand de sa saleté et le contraignirent peut-être à une propreté intime plus régulière.
Toujours est-il qu'au coeur de l'automne 1769, tout rentra dans l'ordre, il ne fut plus question de l'anatomie du duc de Parme. Toutefois, on peut supposer qu'en matière d'hygiène corporelle, les Italiens, dans les très hautes classes y compris, étaient très parcimonieux dans l'usage de la toilette.
Deux ans plus tard, une jeune princesse piémontaise, Marie-Joséphine de Savoie, venue à la Cour de France, épouser le comte de Provence, provoqua elle aussi un scénario diplomatique similaire à celui de Ferdinand.

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 10:27

Dominique Poulin a écrit: Toutefois, on peut supposer qu'en matière d'hygiène corporelle, les Italiens, dans les très hautes classes y compris, étaient très parcimonieux dans l'usage de la toilette.
Deux ans plus tard, une jeune princesse piémontaise, Marie-Joséphine de Savoie, venue à la Cour de France, épouser le comte de Provence, provoqua elle aussi un scénario diplomatique similaire à celui de Ferdinand.

Les Italiens, plus sales que les Français ?!  Shocked   Non, sûrement pas .
La comtesse de Provence était un véritable phénomène, Domi  , dans le registre du repoussant   ...    Dieu merci pas représentative de ses compatriotes.    Gardons-nous d'établir une généralité .  Very Happy
D'ailleurs, ne mangions-nous pas avec nos doigts jusqu'à Catherine de Médicis ?  Wink

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 15:14


Les difficultés du couple ducal de Parme ainsi réglées, un autre problème déjà palpable dès les premières semaines qui avaient suivi les noces de Ferdinand et de Marie-Amélie, s'annonça autrement délicat à résoudre. Ce problème était de nature politique et touchait directement les affaires intérieures de l'Etat parmesan.

Dès son arrivée, au mois de juillet 1769, l'archiduchesse prit très vite en aversion le Premier ministre en titre, Guilaume Dutillot. On ne connait pas très bien les raisons qui avaient conduit la nouvelle duchesse de Parme, mais tout porte à croire que fortifiée de l'influence prépondérante qu'elle exerça sur Ferdinand, elle désirait gouverner à sa guise et sans entraves.
Du point de vue de l'entourage familial immédiat, le champ était libre, les parents du duc de Parme ayant succombé l'un et l'autre de la petite vérole à six ans d'intervalle.
Toutefois, la principauté était administrée par un homme de premier ordre, Dutillot. Ce dernier avait par ailleurs toute la confiance du cabinet espagnol et français, ces deux pays, comme nous l'avons vu ayant des intérêts politiques dans cet Etat. De plus, depuis son accession au trône en 1765, Ferdinand était tenu de rendre des comptes à son oncle, le roi Charles III d'Espagne et à son grand-père Louis XV.

Jusqu'à son mariage, le jeune duc de Parme n'avait guère fait parler de lui et avait laissé gouverner le ministre de feu son père. Pendant quatre ans encore, de 1765 à 1769, Dutillot avait poursuivi les réformes engagées sous le précédent règne.
Soudainement, au coeur de l'été 1769, les relations se refroidirent brusquement entre le Premier ministre et son souverain. Ce revirement était le fruit de Marie-Amélie, fraîchement épousée.
Il est vrai que Dutillot ne manquait pas d'ennemis, surtout au sein de l'Eglise dont il avait limité la sphère d'influence. Très vite, la duchesse de Parme devint le porte-drapeau de tous les opposants au gouvernement.
Par ailleurs, Ferdinand était peut-être las de la tutelle de son Premier ministre, mais le prince oubliait singulièrement et trop vite tout le bien que Dutillot avait influé dans son petit Etat, et ce depuis une dizaine d'années. Sans la présence de ce conseiller de premier plan, Parme n'aurait pas bénéficié de la réputation flatteuse qu'avait la principauté en Italie, mais aussi en Europe :

"Sous Don Philippe, Parme a su mériter le titre d'Athènes d'Italie. Par son administration et par sa diplomatie, par ses institutions d'ordre intellectuel, par ses initiatives dans l'ordre littéraire et artistique, elle a su attirer tous les regards pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle
" écrivait Henri Bédarida.

Les deux premiers souverains de la dynastie des Bourbobn-Parme le devaient à cet homme. Malheureusement, Ferdinand écouta fâcheusement les mauvais conseils de Marie-Amélie.
Et si le duc de Parme avait été initié aux affaires politiques, il était dénué de réelles compétences de gouvernement, mais aussi en politique étrangère.

Dutillot était un grand administrateur et un grand diplomate. Conscient de sa valeur, les parents de Ferdinand lui avaient successivement confié des responsabilités et des honneurs de plus en plus prépondérants. Qu'on en juge ! D'abord, chef de la garde-robe de Don Philippe, puis son secrétaire particulier, il accède rapidement vers des charges qui le placent au centre du pouvoir de décision.
Intendant général de la maison ducale et surintendant des bâtiments en 1749, contrôleur général des finances en 1756, premier ministre en 1759, il obtient le marquisat de Félino cinq ans plus tard. Avant de mourir, le feu duc de Parme avait exigé entre autres articles, non seulement la majorité de son fils à quatorze ans, mais aussi le maintien de Dutillot aux affaires. L'Espagne et la France ne firent aucune difficulté.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1417
Guillaume Dutillot
Photo fiche WIKI


Dresser un tableau exhaustif de l'oeuvre de Dutillot n'est pas l'objet de cette étude, mais nous pouvons cependant citer quelques unes de ces réformes dont certaines furent jugées révolutionnaires en Italie.
On lui doit le rétablissement de la sécurité dans les duchés infestés de brigands par l'instauration des "Lois Philippines", la réforme de la fiscalité par la création d'une ferme générale, la mise en place d'un cadastre afin de vérifier les biens de la noblesse et du clergé puis la soumission de ces biens recensés à l'impôt, le développement des manufactures surtout dans le domaine de la soie, une administration des eaux et forêts, la création d'une école appliquée pour le dessin et l'architecture... Le développement des initiatives de l'Etat parmesan se fit ainsi au détriment des classes privilégiées, la noblesse et surtout le clergé.

Nul part en Italie, l'Eglise à Parme ne possédait autant de biens et de privilèges, elle entravait la progression de l'Etat et Dutillot le savait mieux que personne.
Les ultimes lois anti-ecclésiastiques mirent le feu aux poudres entre les duchés parmesans et le Saint-Siège avec la fin du monopole de l'Eglise dans le domaine de l'enseignement, y compris à l'Université, la suppression de l'Inquisition et l'expulsion des membres de la Compagnie de Jésus.
Les relations avec la Papauté se tendirent à l'extrême. Rome fulmina par la rédaction d'un bref pontifical connu sous le nom de "Monitoire de Parme" qui annulait tous les édits anti-ecclésiastiques depuis 1764 et excommuniait tous ses auteurs !

Par ailleurs, nous avons vu que le Pape Clément XIII avait profité de la demande de dispense nécessaire au mariage de Ferdinand et de Marie-Amélie, afin de la lui refuser... Pourtant, à cette époque, le prince de Parme soutenait encore son ministre. Si probablement il a étouffé ses sentiments religieux afin de couvrir la politique de Dutillot, Ferdinand ne voulait pas non plus se mettre à dos les grandes puissances qui soutenaient son ministre.

Une de ses lettres à son oncle, le roi Charles III, roi d'Espagne, fait foi de son cautionnement avec pour ultime mesure, le renvoi des jésuites :

"Mon âge ne m'a point empêché de connaitre la conduite et les maximes de jésuites. Je suis le plus faible des enfants de notre maison, mais je me crois obligé de suivre toute ma vie, tant que je pourrai, l'exemple des chefs augustes de ma famille.
Cette société a été proscrite en France, elle y a été coupable, elle doit sans doute l'avoir été encore plus en Espagne. Je ne dois attendre que l'occasion les rende tels ici un jour. Il serait scandaleux et à ma confusion de les garder dans mon Etat. Leur expulsion donnera lieu à des établissements utiles à l'Etat et honorables pour moi. L'opération sera faite ici...".


La mort de Clément XIII et l'élection de son successeur, Clément XIV, améliorèrent un peu la situation. Le nouveau Pape décida de donner les dispenses nécessaires au mariage de l'Infant-Duc, sans doute pour montrer un geste d'apaisement. Mais Dutillot restait dans le champ de mire de Rome doublement soutenue par ailleurs par la majorité des prélats de l'Etat parmesan.
C'est donc sur fond de grave crise religieuse intérieure et extérieure que fut scellée la seconde alliance d'une fille de l'impératrice d'Autriche avec un Bourbon. L'archiduchesse Marie-Amélie, sans expérience aucune, mais de tempérament très prompt, allait servir de catalyseur à tous les opposants et les déçus de la politique de Dutillot.
Et c'est là que nous allons la retrouver en pleine lumière.

Dominique Poulin

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 16:08


Transplantée d'une cour à l'autre au nom de la raison d'Etat et libérée de la tutelle sourcilleuse de sa mère, Marie-Amélie, mise devant le fait accompli, devait faire payer très cher la diplomatie de l'impératrice et de son chancelier Kaunitz.
Sur la route de son destin, deux personnes servirent de boucs émissaires à ses illusions déçues et à sa mauvaise humeur, le placide Ferdinand de Parme et le talentueux ministre Dutillot.

A ce titre, lorsque les tractations de l'impératrice d'Autriche se précisèrent sur un mariage de sa fille avec le duc de Parme, Marie-Amélie opposa un refus catégorique. Elle ne voulait pas de l'Infant de Parme ! L'archiduchesse n'avait jamais vu ce prince et avait peut-être recueilli des bribes de l'effroi de sa soeur Marie-Caroline lorsque cette dernière dut partager le reste de ses jours avec le roi de Naples, un homme d'une rare laideur, grossier et sale. Ainsi cette alliance qui préfigurait sa propre union avec Ferdinand de Bourbon-Parme, ne fit qu'amplifier les appréhensions de la princesse au reste bien compréhensibles...

Certes, Ferdinand de Bourbon, duc de Parme, de Plaisance et de Guastalla ne répondait sans doute pas aux aspirations idéalistes de Marie-Amélie, mais son portrait demeurait plus attrayant que son cousin de Naples.
Joseph II l'avait jaugé quelques temps plus tôt juste avant le départ de sa soeur :

"Le visage de l'Infant est assez beau, mais sa taille n'est pas gracieuse. Il est grassouillet et il boite de la jambe gauche, mais il a reçu une très bonne éducation.
"

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1418
Ferdinand de Parme
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Le prince fut définitivement agréé et Marie-Amélie, contrainte et forcée, quitta Vienne.
Non pas qu'elle ne se soit pas rebellée ! Elle essaya de faire le siège de sa mère pour la supplier de ne pas la marier à un inconnu. Hélas, ces considérations ne résonnaient nullement dans l'esprit et la culture politique de Marie-Thérèse d'Autriche. Sa fille contourna alors le problème en arguant le mariage d'amour de sa soeur Marie-Christine avec le prince Albert de Saxe.
A cet effet, elle avait informé sa mère de son tendre sentiment pour le prince Charles de Deux Ponts, un cadet de la maison de Wittelsbach. A première vue ce prince pouvait représenter un parti honorable pour une archiduchesse, au demeurant difficile à établir. Mais cette alliance risquait de demeurer sans prestige pour la maison de Habsbourg et surtout les intérêts politiques immédiats à envisager étaient négligeables. Le prétendant de Marie-Amélie fut écarté.
Les larmes, les insolences et les bouderies de Marie-Amélie n'eurent aucun effet sur la détermination de l'impératrice qui ne put s'empêcher de qualifier le caractère de cette capricante archiduchesse comme "arrogant".

Accueillie par son fiancé et la Cour de Parme à la frontière du Po à Sacca, promptement mariée le 19 juillet au château de Colorno, le couple ducal eut la mauvaise idée de s'enfermer dans cette résidence pendant cinq semaines...
Les suaves délices de la découverte de l'amour n'eurent pourtant pas matière à justifier cette absence, la duchesse de Parme s'étant refusée plusieurs mois à un époux à l'hygiène douteuse. La plupart des sujets de l'infante furent privés du loisir de voir leur nouvelle souveraine aux origines germaniques. De surcroît, les fêtes données en l'honneur de ce mariage marquant un quasi rituel pour des monarques ne commencèrent que le 24 août.


Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 2216
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A cette époque, Parme représentait encore une plaque tournante dans le domaine des arts en Europe avec la première place en Italie. L'apparat et les grandes festivités monarchiques s'associaient avec toutes les formes artistiques et culturelles y compris les arts dits mineurs tels la joaillerie et les décors de table.
Dans ce but, afin de contribuer à la consolidation de la maison de Bourbon-parme à titre de propagande politique et dynastique, Dutillot décida de donner des fêtes somptueuses pour ses souverains. On peut également estimer les efforts du Premier ministre parmesan qui s'efforçait d'entrer dans les bonnes grâces de Marie-Amélie. Extrêmement réservée à son égard, l'archiduchesse-infante compromettait sourdement le crédit du ministre auprès de son faible époux. Dutillot chercha alors à éblouir la princesse.

Le 24 août 1769, le duc et la duchesse de Parme entrèrent en grande pompe dans leur capitale. Des fêtes plus élaborées et minutieusement préparées suivirent sous le nom de "Feste d'Apollo" avec un tournoi qui perpétuait symboliquement la loyauté de la noblesse de l'Etat parmesan, une grande fête champêtre intitulée "Pastorelle d'Arcadia" magnifiant les arts et les sciences, puis une fête chinoise sous le signe des échanges et du commerce.
L'originalité de ces réjouissances repose sur la volonté de l'Etat à faire participer le peuple à titre d'acteur, un fait assez inédit dans les annales et les divertissements monarchiques de cour.
La musique et en particulier l'Opéra, véritables institutions dans les monarchies européennes au XVIIIe siècle, furent largement mises à contribution.
Un compositeur de renom fut appelé, en la personne de Gluck. Il était parfaitement connu aux yeux de la duchesse, ayant dansé avec ses soeurs dans ses ballets notamment le "Parnaso confuso" et la "Coronna" donnés à Schonbrunn en 1765.
Et afin de séduire à la plus capricieuse des archiduchesses, Dutillot avait fait imprimer ces lignes :

"On sait que l'Acte d'Orphée, applaudi il y a quelques années au Théâtre Impérial de Vienne, avait reçu l'agrément de l'auguste Personne à laquelle ces fêtes sont dédiées en grande partie, et cela nous a déterminés à le choisir. La seule idée de pouvoir complaire à l'objet adorable de nos voeux, et devenu pour nous la récompense la plus importante et la plus glorieuse de notre obligeance."

Une autre raison, plus fondamentale et moins protocolaire est à invoquer. Celle de la création et de l'innovation musicale à Parme. Dans ce domaine, Gluck répondait parfaitement à cette ambition. Par ailleurs, Marie-Antoinette, soeur benjamine de Marie-Amélie, contribua à l'introduction de la musique de Gluck en France.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1419
odb-opera.com

Promoteur et décideur des fêtes du mariage de ses maîtres, Dutillot régla tous les détails. Il ordonna la publication d'un recueil décrivant le déroulement des divertissements sous le titre :
"Decrizione delle feste celebrate in parme l'umo 1769. Per le auguste nozze di sua altezza réale l'infante don Ferdiando colla réale archiduchessa Maria Amalia."

Le Premier ministre de Ferdinand désirait "perpétuer la mémoire des événements qui intéressent le bien public et de laisser quelque monument de la joie qu'inspire le mariage de l'Infant avec une princesse" et de "rendre les fêtes comme permanentes aux yeux de l'Europe, par le moyen de l'impression et de la gravure."
Se présentant sous de somptueuses planches gravées, ce recueil fut distribué à une élite trieé sur le volet, en particulier les familles augustes des deux protagonistes.

Alors que les fêtes étaient sur le point de s'achever, le mois de septembre 1769 s'annonçait.
Il fallait désormais compter avec la présence de la duchesse Marie-Amélie. L'infante ignora superbement les louables efforts de Guillaume Dutillot qui s'était surpassé pour rendre ce mariage digne d'une grande puissance. L'archiduchesse-infante était assurément jalouse de l'omnipotence du principal conseiller de son mari. Elle le prit en haine, soufflant le feu auprès de l'influençable Ferdinand.
Deux mois seulement après ses noces, les parents respectifs des têtes couronnées de Parme décidèrent de mettre au pas la plus fantasque souveraine de l'Europe.

Au cours de l'été 1769 et avant même l'ouverture des fêtes, il est vrai retardées par l'inexplicable repli du couple princier à Colorno, Marie-Amélie multiplia les impudences et les caprices.
Outre l'état matrimonial de son mariage entaché de non-consommation, elle s'ingéra puérilement dans les affaires de l'Etat et ce sans aucune expérience des dossiers. Elle fit plus.

La duchesse de Parme fit distribuer à plusieurs reprises de l'argent à ses sujets aux portes de son palais. Peut-être inspirée par des sentiments de charité, cette mesure s'avéra inopportune, le principal du budget de la cour parmesane dépendant pour une bonne part des pensions franco-espagnoles. En outre, le palais des Infants fut déclaré ouvert au tout-venant ce qui ne manqua pas d'attirer miséreux et mendiants... Pour conséquence, l'étiquette de la cour s'en trouva sérieusement perturbée, et la duchesse pour le comble employa tout son caractère et sa bizarrerie à fuir les plus élémentaires devoirs de son rang de souveraine.

A Vienne, sa mère s'alarma très vite de la situation. Dans un premier temps, il semble que ce soit vers elle que la diplomatie se soit orientée afin de raisonner son étrange fille d'après les rapports circonstanciés du cabinet de Madrid.
Le 15 aout, Marie-Thérèse dépêche son chambellan, le baron Von Knebel, comme ministre plénipotentiaire à Parme. Remettre à la raison l'archiduchesse-infante n'est pas une mince affaire d'autant qu'il faut la convaincre de remettre de l'ordre au sein du palais et de la cour, mais la persuader de ne pas s'interposer dans le gouvernement. Sur ce dernier point, l'impératrice fera une sommation à Marie-Amélie, le 19 octobre, toujours par l'intermédiaire de Knebel, sans guère de succès. La situation se dégrade rapidement.

Dominique Poulin

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 17:54

Dominique Poulin a écrit:
A cet effet, elle avait informé sa mère de son tendre sentiment pour le prince Charles de Deux Ponts, un cadet de la maison de Wittelsbach. A première vue ce prince pouvait représenter un parti honorable pour une archiduchesse, au demeurant difficile à établir. Mais cette alliance risquait de demeurer sans prestige pour la maison de Habsbourg et surtout les intérêts politiques immédiats à envisager étaient négligeables. Le prétendant de Marie-Amélie fut écarté.

Quel rapport de parenté existe-t-il entre ce prince Charles et le comte de Forbach Philippe Guillaume de Deux-Ponts (1754–1807) qui épouse Adélaïde de Polastron (1760-1795), la demi-soeur de Yolande de Polignac ?

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Message par Gouverneur Morris Ven 27 Sep 2019, 18:03

Voilà Charles, prince légitime de Deux-Ponts :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_II_Auguste_de_Palatinat-Deux-Ponts

Et son cousin germain par voie morganatique, Philippe :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Guillaume_de_Deux-Ponts

Ce dernier eut un frère aîné, Christian, issu de la même union morganatique :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_de_Deux-Ponts

Les deux frères combattirent pour la France à Yorktown et firent de beaux mariages au sein de l'aristocratie française.

Charles, neveu de leur père, fut l'héritier légitime de ce dernier.

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 18:09

Gouverneur Morris a écrit: cousin germain par voie morganatique

Ah oui, ce fameux mariage d'amour avec une actrice ( au grand dam de toute la famille ) !
Merci, mon cher Momo . Very Happy
( Je passe mon temps à te remercier dans tous les sujets Eventaille Eventaille Eventaille )

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Message par Gouverneur Morris Ven 27 Sep 2019, 18:17

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 18:18

Je cours chercher un vase ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1524226653

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 18:33


Et notre précieux Dominique de poursuivre ... Very Happy

De France, Louis XV, du reste parfaitement informé des rebondissements de la cour de Parme, n'entend pas pour autant laissé pourrir une situation qui risque de compromettre ses liens avec l'Espagne et l'Autriche. En premier lieu, le roi de France désire jouer la carte de la politique, du conseil et de la modération auprès de son petit-fils Ferdinand.
A son égard, il éprouve sans doute du déplaisir, même s'il aime profondément le jeune prince. Louis XV est un homme très pudique et qui a horreur de faire de la peine, qui plus est dans sa famille. Il ne sermonne pas Ferdinand, ses propos resteront longtemps extrêmement mesurés, tout en estimant la gravité de la situation et la position embarrassante de l'impératrice.
Renonçant à juger frontalement son petit-fils, il profite toutefois des compétences de son personnel diplomatique afin de l'éclairer dans les méandres de cette crise.
Le 16 octobre, il écrit à l'Infant de Parme :

"Je vous envoie un homme de votre connaissance pour vous faire compliment, et à votre épouse sur votre mariage : c'est M. de Chauvelin, maitre de ma garde-robe. Il vous en dira plus dans le peu de temps qu'il passera auprès de vous que tout ce que je pourrais vous écrire, et j'espère que vous aurez confiance en tout ce qu'il vous dira de ma part."

La lettre de Louis XV du 1er novembre 1769 est plus explicite. Elle expose directement, mais sans colère, la situation personnelle du duc de Parme, sans dénigrer son épouse. Il parle avec son coeur de grand-père, tout en rappelant à son petit-fils ses devoirs d'Etat. remarquable de simplicité et de vérité, elle mérite d'être intégralement publiée :

"La mission de M. de Chauvelin auprès de vous, qui vous remettra cette lettre, n'a pas simplement pour objet de vous faire compliment sur votre mariage ; un intérêt bien plus cher à mon coeur, celui de votre considération, de votre réputation et de votre tranquillité. Il a toute ma confiance et il vous expliquera mes intentions qui est l'ordre et le calme dans l'intérieur de votre cour.

Croyez mon cher fils que votre bonheur dépend uniquement de votre conduite. Il est très naturel que votre jeunesse vous ait égaré au moment où vous êtes sorti d'une éducation peut-être trop rigide. La légèreté de votre age, l'inexpérience de la princesse que vous avez épousée, le manque de réflexions sur la décence de votre état, assez naturels dans les premiers moments de liberté ont occasionné un désordre, qui vous fait tort dans toutes les Cours de l'Europe, et auquel il est instant de remédier.

Le Roi d'Espagne m'a communiqué la lettre qu'il vous a écrite. Je lui fais part de l'envoi de M. de Chauvelin et des instructions que je lui donne. Nous sommes unis ce Prince et moi intimement mais principalement sur votre bonheur. L'Impératrice-Reine à qui j'envoie aussi copie des instructions de M. de Chauvelin concourra certainement avec le Roi mon Cousin et moi aux moyens que nous jugeons les plus propres pour vous et qui vous donnent dans cette circonstance une marque de leur tendresse.

Du Tillot est un honnête homme que votre père chérissait, et auquel il avait toute confiance dans l'administration de vos Etats. Ce ministre a un zèle éclairé pour vos intérêts, par respect pour la mémoire de votre père et de votre mère, par amour pour vous ; ce zèle est si vif que quelquefois il vous incommode, et vous parait indiscret. Mais songez que votre gloire, et votre gloire sans ambition personnelle est le seul motif qui l'anime. Croyez que les brouillons, et ce qu'on appelle intrigants qui ne sont pas sévèrement réprimés nuisent plus qu'ils ne servent à notre considération personnelle.
Ecoutez ce que vous dira M. de Chauvelin, exécutez les instructions que je lui donne, et donnez moi cette satisfaction pour votre bien qui m'est si cher, et qui me l'est à tant de titres.
Comptez au surplus, mon très cher petit-fils que l'intérêt que je marque en ce moment est la véritable preuve de ma tendresse
."

Grace à l'action concertée des diplomates franco-espagnols et autrichiens, un léger mieux parut débloquer la crise de Parme à la fin de l'année 1769. Toutefois, huit jours après la longue missive de Louis XV à Ferdinand, Du Tillot écrivait :

"On attend ici M. de Chauvelin. Je sais que cela occupe nos princes et qu'ils s'agitèrent beaucoup hier, s'ils ne rétablissaient pas l'étiquette avant qu'il arrivât.
Le temps leur a manqué. Mais cette idée est venue à l'Infante depuis une lettre qu'elle a reçue hier au soir de l'Impératrice qui lui écrit fortement au sujet du désordre et je ne doute pas que ce soit dû au rapport franc et sincère qu'aura écrit à Vienne M. le comte de Rosenberg, qui a été si étonné à son passage du soulèvement qu'il a vu et qu'il avait prêché si inutilement.
... Pour moi j'étais et je serai toujours persuadé qu'une seule lettre de l'Impératrice quand elle saura le vrai imposera toujours à l'infante et arrêtera son imagination, autant qu'il est possible de fixer dans une personne emportée, et qui au jugement de M. de Rosenberg ne peut lier deux idées de suite
...".

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 18:49

Une réconciliation de façade lia de nouveau l'Infant à Dutillot sur les représentations du baron de La House, ambassadeur de France à Parme et les ordres expresses de Charles III d'Espagne. Enfin, outre le baron de Knebell, Marie-Thérèse d'Autriche avait envoyé un autre envoyé extraordinaire à Parme, le comte de Rosenberg, un diplomate chevronné tout dévoué à sa maîtresse.

Sept personnes de l'entourage des princes hostiles à Dutillot furent limogées et l'étiquette reprit enfin ses droits. Un calme trompeur redonna espoir à une meilleure conduite des infants. Louis XV confiait fin décembre à son petit-fils :

"Chauvelin m'a remis à son arrivée votre lettre et m'a rendu compte de tout son voyage dont je suis content et j'espère bien que vous tiendrez ce que vous avez promis. Vous faites bien de vous faire instruire de tout par Dutillot."

Quant à Marie-Amélie, elle avait promis de ne plus s'immiscer dans les affaires publiques. Mais sa versatilité proverbiale et ses initiatives jugées pour le moins déplacées en déroutaient plus d'un, en premier lieu Dutillot. Le Premier ministre ne s'en cachait pas dans une lettre du 31 décembre 1769 :

"Quant à l'Infante, il est difficile d'attendre un remède ; mais je la contiens en mêlant la raison ferme et la douceur et au respect. Son gout extraordinaire et si bizarre pour les gardes et les soldats n'a fait que de l'embarras ces jours-ci : nous venons de réformer 400 hommes de nos régiments.
Je comptais si bien faire qu'ils y en aurait 300 qui prendraient parti pour l'Espagne. Elle a le délire de les appeler et de leur donner à tous de l'argent sans mesure ni raison, et elle est cause que presque aucun n'a pris parti, ce qui me fâche beaucoup."


Enfin, malgré l'apparente amorce d'une vie conjugale normale à l'automne, l'infante se plaignait régulièrement de troubles de santé. Louis XV en faisait souvent part à son petit-fils.
Le 25 septembre, il lui confie ainsi : "Je ne savais pas assurément que le mal au sein de votre femme eût été aussi grave", puis le 31 décembre : "J'espère que son mal de tête n'aura pas de suite."

Ces incidents étaient-ils purement physiologiques ou découlaient-ils de symptômes à caractère psychologique ? On peut à ce titre penser que si la duchesse de Parme n'aimait pas son mari - une réalité très fréquente dans les mariages imposés-, Marie-Amélie donne le sentiment d'un bouleversement moral préjudiciable à son équilibre.
Les incidents des six derniers mois de l'année 1769 sont de son fait et de surcroît malheureusement approuvés ou subis par l'infant-duc Ferdinand. Le caractère du prince parait inachevé et Dutillot le dépeignait "plein de connaissances et d'une intelligence qu'il a la paresse de ne pas développer et d'enfantillage mêlé à de l'esprit."

A la veille de l'année 1770, Marie-Thérèse, Charles III et Louis XV pouvaient-ils enfin espérer le conflit parmesan révolu ?

L'accalmie politique des premiers mois de 1770 sembla apporter une relative tranquillité au sein du palais des infants et du gouvernement de Dutillot.
Ferdinand s'était réconcilié avec son ministre, tandis que Marie-Amélie, apparemment assagie, avait cessé la cabale. Le duc et la duchesse, après un début de vie conjugale pour le moins difficile, donnaient enfin satisfaction à leurs parents. Le mariage était consommé. Marie-Amélie, à la grande joie de l'impératrice, ne tarda pas à donner des signes d'heureux événement.
L'Infant Ferdinand, pleinement homme à dix-neuf ans, communique la bonne nouvelle à son grand-père au mois d'avril. Louis XV en est ravi. Ainsi s'exprime-t-il :
"Je suis enchanté des soupçons que vous avez sur votre femme" ou encore le 7 mai 1770 : " Je commence donc à croire à la grossesse de votre femme. Cependant, l'on n'en peut être bien assuré que quand elle aura senti remuer son enfant."

La grande satisfaction d'un héritier, devoir essentiel pour une souveraine, ne devait pourtant pas adoucir les foucades d'une jeune femme au tempérament ardent et dominateur. peut-être confortée dans son futur rôle de mère et nonobstant de duchesse au trône de Parme, les confusions de Marie-Amélie ne tardèrent pas à déchirer une paix fragile.

Dès le mois de mai, la vindicte de l'archiduchesse-infante refait surface. Ferdinand, indisposé, tombe malade. Au même moment, sa femme s'insurge contre un mari qui n'est pas en mesure de se défendre. Dutillot, qui a subi tant d'avanies depuis près d'un an, maintient pourtant sa loyauté envers son souverain. Il rapporte l'éclat de la duchesse, le 20 mai , au marquis Grimaldi :
"Madame exprima assez librement aux uns et aux autres que l'Infant avait l'esprit perdu."

Peu de temps, il analyse le caractère et l'esprit du prince :

"Depuis que l'Infant est mieux, je l'ai vu un peu plus longtemps et je l'ai vu seul. Je lui ai parlé avec amour et en l'amusant. J'en ai été content. Je lui ai vu de la gaieté, de la confiance, et en l'examinant sans affectation, je n'ai trouvé ni cette disposition à l'hypocondrie, ni tous les monstres que m'ont peint le médecin, M. de Knebell et l'infante, qui ne perdant jamais son objet de vue, semble avoir un intérêt à perdre l'esprit de l'Infant en mal : tout cela ne me surprend pas mais me donne beaucoup à penser. Je veux avoir quand l'Infant sera mieux quelque entretien avec lui.
Cette maladie lui laissera une crainte salutaire qui l'arrêtera sur bien des désordres. Peut-être en pourrai-je tirer part pour autre chose pour lui persuader que des dévotions mal entendues peuvent nuire à sa santé, qui attirera son attention plus que par le passé.
C'est en le jugeant tel que pour le distraire, on lui procure tous les jours des amusements qu'on donnerait à un enfant. Je crois qu'on a tort. Il est d'un caractère faible, j'en conviens, il est enfant. Mais sans le brusquer dans ses deux articles, il ne faut pas non plus l'y nourrir et l'y fortifier ; il faut le conduire par d'autres routes, et essayer si on peut le changer. Il en est de même sur sa superstition, ou le penchant excessif et mal réglé à la dévotion. Il semble au contraire qu'on désire qu'il conserve ces caractères qu'il a. Nous verrons, je tenterai tout...".



Assurément, Guillaume Dutillot est un homme d'Etat, attelé corps et âme à sa mission. Il travaille d'arrache-pied aux affaires, sa correspondance est énorme, son zèle sans faille, sa fidélité inébranlable.
Jour après jour, après quinze ans de ministériat, son énergie se concentre afin de donner aux duchés parmesans la prospérité dans tous les domaines. Son ambition, louable, mais peut-être disproportionnée, envers un pays qui ne compte que 300 000 habitants en incluant Parme, Plaisance et Guastalla l'écrase parfois. Il faisait déjà part de ses doutes en 1762 .

"J'ai fait ce que j'ai pu pour l'avantage public ; c'est une idole à laquelle je sacrifie tout. J'aime ce pays comme ma patrie. J'ai tenté bien des choses, quelques unes réussissent, mais j'ai à combattre une sorte d'indolence et un état restreint de facultés. Il y faut beaucoup de patience, et après bien des années il y aura des progrès, mais peu sensibles. Il ne faut pas se décourager, mais on meurt dans la peine. Quelle vie, monsieur !."


Le feu duc Philippe, gendre de Louis XV et son épouse, Louise-Elisabeth de France, l'avaient soutenu et encouragé sans faiblir. Il était devenu l'homme fort de l'ancien Etat des Farnèse.
Avec la mort de ses protecteurs, et malgré l'appui des alliés franco-espagnols, le nouveau souverain, orphelin dans la fleur de la jeunesse, demeurait malgré des aptitudes intellectuelles avérées, un jeune homme influençable et à l'énergie médiocre.
Enfin, la politique anti-cléricale de Dutillot, n'avait pas été intimement approuvée par l'infant Ferdinand. Ce dernier, en effet, était déjà entiché de bigoterie au point d'inquiéter sa famille de France et d'Espagne. De son coté, Dutillot, n'avait pas manqué de faire remarquer à son maitre :

"Quand on est prince, on ne peut sans ridicule, être moine !."


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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 19:53


...    suite de notre saga parmesane par Dominique Poulin .


Marie-Amélie, elle, ne pouvait souffrir le ministre . Maladivement jalouse de son pouvoir, sans doute aspirait-telle gouverner à sa place ! A son grand désavantage, elle était pourtant totalement inexpérimentée et manquait pourtant singulièrement de raison. elle avait osé écrire au ministre des billets indignes de son rang de souveraine :

"Dans ma maison, c'est moi qui donne les ordres...    Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 010105angry_hair   J'ai assez de pouvoir pour pouvoir imposer l'obéissance ici. Je suis Allemande et je sais ce qui m'est du. N'oubliez pas que je puis obliger les gens à me craindre autant qu'à m'aimer, aussi je vous conseille de m'obéir."  

En deux ans, l'infante ruinera toute l'oeuvre réformiste de Guillaume Dutillot en terrorisant le placide Ferdinand et en semant une discorde irrationnelle à la cour.

A partir de juillet 1770, la lutte d'influence reprend à un niveau aigu. Le conflit sera incessant et les conséquences catastrophiques tant pour l'administration des duchés parmesans que pour l'image et la réputation de Parme en Europe.

Pendant l'été, Marie-Amélie, désigne une nouvelle victime, la marquise Malaspina. Cette aristocrate de haut rang a servi comme dame d'honneur dans la maison de la mère de Ferdinand, avant de poursuivre dans cette fonction dans celle de la nouvelle duchesse de Parme.
Or, la marquise Malaspina a le rare inconvénient aux yeux de l'infante d'être l'amie et la maîtresse de Dutillot ! C'est pourtant une femme de bonne réputation, à l'esprit orné et qui a su s'attirer les bonnes grâces de Louis XV lors d'un séjour à Versailles.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1420
imalaspina.com

Marie-Amélie ne l'entend pas ainsi. La marquise avait été précédemment nommée comme gouvernante de l'enfant princier à naître. La souveraine de Parme ne voulut pas que sa "camiéra maggiore" remplît cet office. A Vienne, l'impératrice qui tenait beaucoup à cette nomination, dût user de toute sa persuasion et de celle de son ministre plénipotentiaire Knebel pour faire capituler sa fille.
Marie-Thérèse, hélas, n'était pas encore arrivée à bout de toutes les déplorables difficultés qu'allait lui causer la turbulente duchesse de Parme.

En cet été 1770, La House, ambassadeur de France à Parme est rappelé par Versailles afin de l'employer "à Hambourg et dans le cercle de la Basse-Saxe". Louis XV désigne un nouveau représentant, le comte de Boisgelin. Ce choix ne fut pas heureux.
Boisgelin présenta rapidement des problèmes de protocole en prétendant ne pas bénéficier de tous les honneurs dus à sa fonction. Le ministre Dutillot n'estima pas sa requête digne d'être consultée. Doté d'un esprit intriguant et sournois, il n'en fallut pas davantage pour que l'ambassadeur de France déclenche des hostilités. Il s'aboucha avec l'ambassadeur d'Espagne, Revilla, et soutint sourdement la cabale contre Dutillot auprès des infants. Boisgelin préconisait la réaction en conseillant à Ferdinand et à Marie-Amélie de se montrer "Les maîtres". Il fit publiquement connaitre ses opinions en disant imprudemment :
"Rien n'est plus simple : chacun est maître chez soi. L'Infant doit l'être chez lui !."
Le successeur de La House se posa en agent occulte de Don Ferdinand et de sa femme.
L'animosité de Boisgelin reposait en fait sur des sentiments politiques plus personnels. Selon Durante Duranti, "il n'était pas une créature du grand ami de Dutillot, le duc de Choiseul."
La chute du ministre de Louis XV quelques mois plus tard ne fit qu'amplifier par contre-coup la curée contre Dutillot.

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Message par Mme de Sabran Ven 27 Sep 2019, 23:05

Pendant ce temps, la grossesse de Marie-Amélie approchait de son terme. L'archiduchesse-infante émit le souhait d'allaiter son enfant. Cette disposition fut jugée assez curieuse pour une femme de son rang. En général, seul les femmes de modeste condition allaitaient leurs nouveaux-nés.
Louis XV faisait part de sa perplexité à Ferdinand, le 2 juillet 1770 :

"Ce n'est pas notre usage dans ce ce pays-ci que les mères nourrissent leurs enfants, cependant ce goût là a pris quelques unes de nos jeunes femmes. Les unes s'en sont bien trouvées, d'autres mal. Je ne puis le conseiller, ni le déconseiller.
Cependant, je vous dirai que les maris ne devraient pas le désirer parce que cela les privent de leurs femmes pendant 18 mois et qu'après cela, elles sont fort gâtées pour la gorge qui ne laissent pas que d'être une partie très agréable quand elle est jolie, comme je ne doute pas que ne soit celle de votre femme."


Une petite fille naquit le 22 novembre. Malgré l'arrivée d'un enfant en bonne santé chez les princes, Marie-Amélie n'était toujours pas encline à la tempérance.
L'infante prend à partie Ferdinand et Dutillot sous le pretexte fallacieux qu'on avait porté sur l'acte de baptême "Caroline-Marie-Thérèse" et non pas "Marie-Thérèse-Caroline"...
Atterré, Guillaume Dutillot écrivait :

"Elle a dit les choses les plus dures et les plus humiliantes à l'Infant, qu'on manquait ainsi toujours de respect à sa maison, à elle qui était comme archiduchesse si au-dessus d'un infant."

Au même moment, le ministre plénipotentiaire Knebel, avait demandé son rappel et quitté son poste.
Défendre les intérêts de Marie-Amélie, alors qu'elle était en grande difficulté par sa faute, auprès de l'impératrice-reine, représentait une gageure difficile à soutenir. De surcroît, la duchesse suscitait d'alarmantes préventions des Cours de France et d'Espagne, et tout cela par son infantilisme et ses déconcertants caprices. L'entreprise trop rude pour Knebel se solda par son retour à Vienne dès l'automne.

Quinze mois après l'installation de l'archiduchesse à Parme, la situation de politique intérieure pouvait paraître de mauvaise augure. Le niveau de gravité de la crise n'était pourtant pas atteint...
En France, Choiseul, tombait en disgrâce le 24 décembre 1770. Dutillot perdait un ami et un soutien de poids. A cet effet, Choiseul avait été un constant défenseur de la politique anti-cléricale à Parme avec l'expulsion des jésuites en 1768.
Le Pape avait réagi en excommuniant le duc Ferdinand et son ministre. A titre de représailles, la France avait occupé Avignon et le Comtat-Venaissin tandis que Naples faisait de même à Bénévent et Ponte-Corvo. Après le départ de son homologue français, Dutillot ne peut plus compter que sur l'obligeance de Charles III et de Louis XV. Mais pour combien de temps encore ?

L'Infant-Duc tombé sous l'influence de Marie-Amélie et de ses affidés, se détourne ostensiblement de son ministre. Dutillot le considérait pourtant presque à l'égal d'un fils et lui avait tout sacrifié "pour ne songer qu'aux intérêts des peuples et du prince qui l'ont adopté, et à qui il s'est voué" selon Lalande.
En parallèle, des antagonismes sociaux longtemps étouffés à Parme se soulèvent contre la ligne politique de Dutillot.
L'acariâtre duchesse de Parme, omniprésente dans cette révolution de palais, ne nourrissait plus qu'un seul projet, à n'importe quel prix, la chute d'un grand serviteur de l'Etat.

Désormais ligués contre le ministre de Parme, Ferdinand et Marie-Amélie ne dissimulent plus leurs sentiments. De toutes leurs forces, ils le poussent vers la porte de sortie tandis que Dutillot persiste dans la place... Car malgré ses relations de plus en plus crispées avec les infants, le Premier secrétaire d'Etat tient d'abord ses fonctions du roi d'Espagne Charles III.
Le jeune duc de Parme le sait parfaitement, mais pressé par la cabale de sa femme, de l'ambassadeur de France Boisgelin et des rancoeurs de l'ambassadeur d'Espagne Revilla, Ferdinand prend une grave décision. Il s'adresse collectivement à ses deux tuteurs, Charles III et Louis XV, en exprimant solennellement son désir de changement de ministère.

Auprès de son oncle, dans sa lettre du 27 janvier 1771, il va plus loin, en accusant Dutillot de fraude dans la gestion de l'Etat parmesan mais aussi en demandant "un juge et des ministres".
De son coté, son grand-père ne peux s'empêcher de laisser percer son embarras à son petit-fils le 18 février :

"Je suis vivement touché de la confiance que vous avez eue en moi en m'ouvrant votre coeur. Vous me demandez une chose bien difficile qui est de vous envoyer quelqu'un pour remplacer Dutillot et un autre pour vous juger entre vous et votre valet
."

Les sollicitations de la cour de Parme furent posément entendues par les cabinets de Madrid et de Versailles, mais chacun pris son temps. Pour sa part, Louis XV ne souhaitait pas mandater un envoyé avant que le roi d'Espagne ne l'eût fait.
Charles III peut-être gêné par cet embrouillamini diplomatique se fit désirer deux mois. Enfin à la fin avril, il dépêchait Don Pédro de Cevallos dans la délicate mission d'arbitrer le conflit entre Ferdinand et son ministre. Toutefois, Cevallos ne devait pleinement entrer dans l'exercice de ses fonctions que le 14 juillet suivant, à la grande irritation de la duchesse Marie-Amélie qui exigeait la destitution de Dutillot.
Face à cette aversion déplacée, Marie-Thérèse d'Autriche mettait sa fille en garde :

"Tillot est ministre du duc ; comme c'est un étranger et comme il ne vise que le bien de son souverain, il possède beaucoup d'ennemis, mais tous lui rendent cette justice qu'il sert avec une grande probité."


Enfin, Louis XV, désireux de jouer la carte de la médiation décide également l'octroi d'un ministre plénipotentiaire. Il fixe son choix sur le comte de Durfort en précisant que "c'est un homme bien sage et qui ne sera d'aucun parti et qui accomplira exactement les ordres de concert avec Mr de Cevallos que le Roi votre oncle vous envoie."

A Vienne, l'impératrice, pourtant trés occupée par l'installation de Marie-Antoinette à Versailles, n'oublie pas pour autant Marie-Amélie... Au printemps, elle demande au ministre d'Autriche à Naples, le comte Wiczeck; l'ordre de s'arrêter à Parme et de lui rendre un compte exact de la situation.
Rentré à Vienne, Wiczeck, fera un rapport mitigé à sa Majesté Impériale, en soulignant les plaintes de Dutillot face aux menées de l'infante qui lui rend la vie impossible, mais aussi la mise à l'index de la marquise Malaspina, la grande amie de coeur de Dutillot.

Un autre diplomate autrichien, le comte de Rosenberg, n'est pas plus confiant et se voit directement rabroué par Marie-Amélie qui lui lance à la figure : "Je préfère la société des garçons à celle des vieux !".
De plus, lasse des réquisitoires qu'on lui présente deux ans, elle menace d'abandonner tous ses devoirs de représentation "et passera son temps à sonner les cloches et à faire griller les marrons en la compagnie de son mari !."

Décidément, la duchesse de Parme, du haut de ses vingt-cinq ans, de ses deux ans de mariage et de la naissance d'un premier enfant, se révélait comme une souveraine indomptable, inapte pour comprendre des conseils et des instructions aussi mesurés soient-ils.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1421
Photo fiche wiki

Le portrait, qu'en fit un contemporain, et rédigé très prudemment d'une plume toute diplomatique ne peut masquer les défauts de l'archiduchesse-infante :

"Madame Infante joint à beaucoup d'esprit et d'élévation un caractère de bonté et de franchise dont on tirera un parti très salutaire lorsqu'on accompagnera les représentations qu'on peut se trouver ans le cas de lui faire, des égards et des attentions qui sont dus aux souverains et qu'elle mérite personnellement ; mais on a éprouvé toutes les fois qu'on s'est écarté de cette méthode circonspecte que la grande vivacité de cette princesse lui a fait envisager les conseils qui lui étaient donnés avec trop de sévérité, comme une offense qui attaquait sa dignité, ou qui lui présentait l'idée révoltante d'une dépendance absolue, de sorte que le ministre actuel n'a pu parvenir à se concilier les bontés et la confiance de son Altesse Royale."

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Message par Mme de Sabran Sam 28 Sep 2019, 09:41


Des années plus tard, cette princesse ne séduisit pas non plus Mme Le Brun ... Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1123740815
La nuit, la neige a écrit:
Fuyant la France au début de la révolution et passant par Parme, Elisabeth-Vigée le Brun note dans ses Mémoires :

"Mr le comte de Flavigny me présenta à l'infante soeur de Marie-Antoinette, qui était beaucoup plus âgée que notre reine et dont elle n'avait ni la beauté ni la grâce.
Elle portait le grand deuil de son frère l'empereur Joseph II. Ses appartements étaient tout tendus de noir, elle m'apparut comme une ombre, d'autant plus qu'elle était fort maigre et d'une extrême pâleur.
Cette princesse montait tous les jours à cheval. Sa façon de vivre comme ses manières étaient celles d'un homme. En tout, elle ne m'a point charmée, quoiqu'elle m'ait reçue parfaitement bien
".

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Message par Mme de Sabran Sam 28 Sep 2019, 12:56



La disgrâce et chute  de Guillaume Dutillot


Cevallos et Durfort, ministres de Leurs Majestés Catholiques et Chrétiennes, se présentèrent enfin à Parme en juillet 1771. Or, afin de prévenir l'enquête dont étaient chargés ces deux émissaires, Ferdinand et Marie-Amélie frappèrent un nouveau coup qui devait préfigurer la disgrâce de Dutillot peu de temps après.
La marquise Malaspina, compagne du secrétaire d'Etat et objet de la haine des infants, fut renvoyée, dépouillée de sa place de dame d'honneur et exilée sur ses terres le 21 juillet. Manipulé par sa femme, le duc de Parme exigea vicieusement que Dutillot notifie lui-même l'ordre de révocation et d'exil envers sa chère amie...

Ni Cevallos et ni Durfort ne purent intervenir efficacement afin d'adoucir la peine dont était taxée la marquise. Il est vrai qu'elle revêtait en partie un caractère privé, mais Durfort observait adroitement "que son plus grand tort est d'être l'amie du ministre et d'avoir peut-être à propos, fais un peu la gouvernante. Je ne connais personne ici qui convint le mieux à la place dont on vient de la priver."

Sitot informé, Louis XV commence à manifester son impatience devant la mauvaise foi de son petit-fils :

"J'apprends dans le moment par la voie de Turin, que vous avez exilé Mme de Malaspina et plusieurs autres dans le lendemain que vous m'avez écrit. Il n'était pas nécessaire de me demander quelqu'un pour agir avant d'avoir examiné qui a tort ou raison. Si cela continue, il ne sera pas nécessaire que j'ai personne auprès de vous. Votre oncle ne sera pas content."

Entre Versailles et Parme, le ton monte visiblement. Louis XV soutient toujours Dutillot et fait part de ses doutes à propos des préventions de Marie-Amélie à l'égard du ministre :
"Votre épouse m'avait mandé dans sa dernière lettre les soupçons qu'elle avait, je les trouve encore bien faibles."

Quelques jours plus tard, le roi de France laisse éclater sa colère, chose rare chez cet homme :

"Si vous n'avez pas plus de confiance en ce que vous dit Mr de Durfort et Cevallos, il sera inutile que Mr de Durfort reste auprès de vous et je lui manderai de revenir et je ne doute pas que Mr de Cevallos ne reçoive le même ordre."

Inconséquents et apparemment bornés, les infants désirent avoir les mains libres dans leur Etat. Mais les souverains français et espagnols ne souhaitent pas à juste titre que Ferdinand et encore moins Marie-Amélie, gouvernent directement. Louis XV et Charles III sont de plus déçus, voire effarés de l'inconduite de leurs parents. Pour le moment, aucun ambassadeur, aucun ministre plénipotentaire, aucun envoyé extraordinaire, investis par l'Espagne, la France ou l'Auriche ne sont parvenus à durablement empêcher les faux pas inconsidérés des monarques parmesans.
Face à cette situation inextricable, le comte de Durfort déclare son scepticisme à l'égard de l'avenir de Dutillot :
"Nous pensons toujours qu'innocent ou coupable, ses souverains sont trop prévenus pour qu'il puisse jamais, je ne dis pas leur être agréable, mais en être supporté."

Par ailleurs, l'ambassadeur de France en titre, le comte Boisgelin, avait perdu la confiance du cabinet de Louis XV.
L'on sait que c'était un adversaire politique de Dutillot et ses intrigues souterraines avaient irrité le duc d'Aiguillon, ministre des Affaires Etrangères à Versailles. Boisgelin, défenseur et partisan de Marie-Amélie avait aussi commencé à soutenir les mouvements populaires qui se manifestaient contre Dutillot. En effet, beaucoup de Parmesans s'estimaient lésés devant l'afflux d'étrangers, surtout espagnols et français. Ces derniers, appelés pour leur compétence dans la réforme de l'Etat, recevaient facilement des places et des pensions. Dutillot, d'origine française avait encouragé ce mouvement. Or, le ministre désormais en difficulté, cette opposition xénophobe prit un caractère inquiétant.

De ce fait, Boisgelin, en contradiction avec les instructions de Versailles donna le sentiment d'encourager le mouvement. Enfin ses assiduités affectées auprès de Ferdinand et de Marie-Amélie déplurent. L'ambassadeur reçut un ordre de rappel au mois d'août 1771. Privée de cet appui, l'archiduchesse-infante tenta de circonvenir cette décision en écrivant une lettre qui soutenait Boisgelin au duc d'Aiguillon. Le ministère français refusa de donner gain de cause à la duchesse de Parme.

Septembre 1771. La cabale anti-Dutillot prend des accents venimeux et est sur le point de toucher au but : son renvoi.
En dehors du palais des infants, la révolte gronde. On note des rassemblements de rues qui dégénèrent en bagarres. Ces désordres sont sans doute orchestrés par les ennemis du ministre.
C'est à Plaisance, désormais, que se manifeste une opposition populaire. Cette révolution de palais, jusqu'alors cantonnée au sein de la Cour a contaminé les couches populaires. On reproche au gouvernement de Dutillot d'avoir injustement délaissé Plaisance pour favoriser Parme dans ses réformes. Et la duchesse Marie-Amélie laisse entendre qu'elle irait volontiers soulever ses sujets de Plaisance pour en finir avec cet homme qu'elle exècre !

La partie semble temporairement se jouer sans le concours des rois de France et d'Espagne. Charles III, afin peut-être de faire revenir son neveu sur ses positions, ne répond plus aux lettres de l'Infant. Ferdinand ne tarde pas à s'inquiéter et fait profil bas :

"Je ne saurais exprimer à Votre Majesté combien j'ai été obligé de ne point recevoir de lettre d'Elle ; mais j'espère qu'elle saura à présent qu'elle est ma conduite, et Mr de Cevallos pourra m'en faire témoignage. Si j'ai été mal conseillé, je m'en suis bien aperçu et j'espère d'avoir réparé mes torts."

Louis XV, bien qu'ayant déclaré "je ne vous abandonnerai certainement qu'à la dernière extrémité" témoigne une perplexité inquiète face à la haine dont Dutillot est l'objet :

"Il y a des imputations si atroces et si peu vraisemblables que vous auriez dû ne les pas mettre sur le papier. C'est sur votre demande, que nous sommes déterminés, le Roi votre Oncle, et moi, à vous envoyer deux ministres dont nous connaissons la probité. Leur envoi n'a eu d'autres objets que d'entendre vos plaintes contre Dutillot et d'examiner son administration comme vous le désirez, pour nous en rendre compte.

Notre intention n'a jamais été de vous vous forcer à garder un ministre qui ne vous plait pas ; mais nous ne pouvons le condamner sans savoir s'il est coupable et s'il peut se justifier. Je n'ai pas eu lieu d'être content de ce qui s'est passé à Parme non plus que le Roi d'Espagne, depuis l'arrivée de Mrs de Durfort et de Cevallos, il vous l'a fait connaitre plus que moi, mais je n'en pense pas moins."

Ferdinand et Marie-Amélie jouent pourtant double jeu. Dès la fin de l'été, l'infant-duc nomme trois inquisiteurs d'Etat afin d'enquêter sur la gestion de Dutillot alors que deux ministres plénipotentiaires étaient déjà affectés à cette mission !
L'heure du glas a sonné pour le Premier secrétaire d'Etat de Parme. L'infante accule son mari dans ses derniers retranchements et finit par obtenir de son mari la révocation du ministre le 4 novembre 1771. Ce dernier avait été suspendu de ses fonctions début septembre, à demi séquestré, sous la menace des désordres populaires et d'un ordre d'arrestation.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1422
Photo fiche WIKI

Il semble que la démarche de Marie-Amélie, auprès de la Cour de Madrid, personnelle ou non ait été déterminante. A cet effet, le duc de Parme, n'était pas encore autorisé à nommer et à révoquer ses ministres. Seul, le Roi d'Espagne avait le pouvoir de relever Dutillot et de lui nommer un successeur.
Dans cette conjoncture, la crise de l'Etat Parmesan ayant perduré plus de deux ans, le roi d'Espagne avait sans doute jugé salvateur de renvoyer Guillaume Dutillot. Mais cette décision ne remettait aucunement en cause l'administation, le gouvernement et les réformes du ministre que les rois d'Espagne et de France avaient approuvé. Son départ ne fut dicté qu'afin de débloquer une crise qui n'avait que trop duré.

Avant de quitter Parme pour toujours, l'ex-ministre demanda une audience auprès de l'infant. Mais une fois de plus, Marie-Amélie fit le siège de son mari afin de la lui refuser. Vindicative, la duchesse de Parme fit tout son possible pour l'humilier.
C'est dans la nuit du 19 novembre 1771, que Dutillot quitta un Etat qu'il avait si longtemps servi mais qui refusa de reconnaître ses mérites. Le marquis de Félino finit confortablement sa vie à Paris, pensionné par Charles III et Louis XV, estimé de tous, reçu dans les meilleures maisons aristocratiques et dans les salons littéraires.
Mais avant de mourir, il confia, visionnaire :
"La décadence de cette petite patrie est sa destinée."

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Message par Mme de Sabran Sam 28 Sep 2019, 16:13

La haine de l'archiduchesse-infante touchait à sa fin. Néanmoins, son animosité envers Dutillot semble avoir été manipulée et excitée par les ennemis du ministre. Marie-Amélie n'entendait rien aux affaires de Parme et des réformes engagées, elle ne possédait pas de culture politique et n'avait pas été préparée à cela.
Mariée à l'Infant Ferdinand, elle s'accommoda d'un époux plus jeune de cinq années, tout juste sorti d'une éducation qui avait attiré l'attention des philosophes et des pédagogues en Europe.
Malheureusement, l'immaturité et la légereté du couple ducal, la jalousie en plus à l'égard d'un ministre trés puissant, jouèrent en toile d'arrière-fond un role considérable. Et faute de parents immédiats au sein de son entourage, Ferdinand, sous le joug d'une épouse aigrie et dominatrice, donne également le sentiment, d'avoir été une un instrument au sein de la cabale.
Henri Bédarida, récapitule les raisons qui ont entrainé la chute de Dutillot :

"La révolution du palais qui fut l'occasion de la chute de Guillaume Dutillot doit son rapide succès à l'action de diverses causes réunies : apathie d'un peuple encore hostile aux nouveautés, ampleur d'un programme de réformes qui s'opposait à trop de préjugés à la fois, révolte contre les nombreux français, considérés comme les alliés et les supports du ministre."


Une dernière question demeure en suspens : à l'origine, Guillaume Dutillot n'avait pas souhaité le mariage du prince de Parme avec une archiduchesse d'Autriche. Il n'avait pas caché d'autres desseins :il aurait préféré l'union de l'infant avec la princesse Marie-Béatrice de Modène. Non sans raisons, le marquis de Félino craignait la domination des Habsourgs à Parme. Au sein de la péninsule, l'influence de l'Autriche, s'étendait dans le grand-duché de Toscane, dans le Milanais, jusqu'en Italie du sud à Naples ou régnait Marie-Caroline, une soeur de Marie-Amélie. Fallait-t-il que l'aigle impérial s'implante dans les duchés parmesans et augmente encore son emprise ? C'est pourtant ce qui advint. Non seulement, l'impératrice Marie-Thérèse obtint la main de l'infant pour Ferdinand, mais elle enleva celle de la princesse d'Este-Modène pour son fils l'archiduc Ferdinand.

L'écho de ces combinaisons matrimoniales remportées de haute lutte retentit jusqu'à Versailles. Devant le cercle des filles de Louis XV, la dauphine Marie-Antoinette se félicite innocemment de l'union de son frère avec la princesse de Modène. C'est alors que Madame Adélaide lance à la cantonnade :
"Vraiment, nous en sommes bien fachées, puisque ce mariage aurait fort convenu à l'infant de Parme !."
Assurément, le déplorable comportement de la soeur de Marie-Antoinette s'est répandu depuis longtemps à la Cour de France... Marie-Béatrice de Modène aurait-elle fait une infante plus présentable ?

Or, du fait de cette situation, l'archiduchesse Marie-Amélie aurait tenu une particulière rigueur des réserves de Dutillot pour afficher par la suite une animosité tenace. Pourtant, elle n'avait manifesté aucun enthousiasme pour épouser le duc de Parme.
Par ailleurs, nous savons que ses sentiments pour le prince Charles de Deux-Ponts furent contrariés. La fille de Marie-Thérèse en aurait été follement amoureuse. Mais l'impératrice ne voulut pas de cette union. La branche ducale de Deux-Ponts, cadette de la maison électorale de Wittelsbach, bien que possédant des droits héréditaires sur la succession de la Bavière, ne constituait pas à la fin des années 1760, une famille susceptible de contribuer aux intérêts politiques de la monarchie bicéphale en Autriche.
Bien des années plus tard, en 1799, les Deux-Ponts, en la personne du prince Maximilien, frère cadet du prétendant malheureux de la duchesse de Parme, accédèrent à la couronne électorale de Bavière, avant d'obtenir un titre royal par la grâce de Napoléon.

Les amours déçus de Marie-Amélie expliquent-ils son comportement déroutant et les défaillances de son psychisme fragile ?
L'archiduchesse Marie-Christine, gouvernante générale des Pays-Bas rendit visite à Marie-Antoinette pendant l'été 1786... La reine de France venait de mettre au monde sa dernière-née, Madame Sophie.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 1423
Marie-Christine image fiche WIKI

Ceci dit, c'est vrai, les retrouvailles entre les deux soeurs manquèrent de chaleur et il parait qu'il fallut toute la diplomatie de Louis XVI pour que leurs échanges ne tournent pas à l'accrochage avéré. Il semble que Marie-Antoinette ne conservait pas un bon souvenir de son aînée de treize ans. En effet, Marie-Christine avait la réputation d'avoir eu toutes les bontés et la confiance de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse. A ce titre, Antonia Fraser, biographe de Marie-Antoinette, décrit Marie-Christine comme -je cite- "une rapporteuse" qui s'empressait de confier à sa mère tous les petits secrets de ses frères et soeurs.

Ceci dit, Marie-Christine était une princesse très intelligente, brillante, passionnée d'art, mais plus conventionnelle que la plupart de ses autres soeurs comme Marie-Elisabeth, Marie-Amélie, Marie-Antoinette ou Marie-Caroline.
L'impératrice la combla. Elle lui permit d'épouser son prétendant, le prince Albert de Saxe et le couple reçut à cette occasion de somptueuses dotations dont le duché de Saxe-Teschen. Ce n'est pas tout. Marie-Christine, décidément chanceuse, obtint le gouvernement de la Hongrie, puis celui des Pays-Bas autrichiens en 1780. Elle conserva cette charge jusqu'en 1792, année de l'invasion des armées françaises.

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Message par Mme de Sabran Sam 28 Sep 2019, 16:19

Dominique Poulin a écrit:
Par ailleurs, nous savons que ses sentiments pour le prince Charles de Deux-Ponts furent contrariés. La fille de Marie-Thérèse en aurait été follement amoureuse. Mais l'impératrice ne voulut pas de cette union.

Si je puis me permettre, Domi : Charles de Deux-Ponts l'a échappé belle ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette 3177668066
Marie-Amélie était plutôt caractérielle ...

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Message par MARIE ANTOINETTE Sam 28 Sep 2019, 18:03

merci et bravo cher DOMINIQUE pour ce beau travail, si complet - j'espère que vos doigts se sont remis de cette longue frappe !!!

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