Le traité de Versailles de 1756, renversement des alliances

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Le traité de Versailles de 1756,  renversement des alliances Empty Le traité de Versailles de 1756, renversement des alliances

Message par Mme de Sabran Sam 18 Avr 2020, 15:22


Le 1er mai 1756, coup de théâtre, la France et l'Autriche et la France enterrent la hache de guerre et une rivalité de 250 ans qui remontait à Charles Quint et François 1er. Ils s'allient contre la montée en puissance de la Prusse et les visées de l'Angleterre.
Le traité d'Aix-la-Chapelle avait mis fin huit ans plus tôt à la guerre de la Succession d'Autriche. De cette nouvelle alliance va découler la guerre de Sept Ans (1756-1763).


Momo, tu connais bien à Nancy ...   Very Happy

Le traité de Versailles de 1756,  renversement des alliances Unname23
La place d’Alliance doit son nom à l’alliance entre la Maison de Lorraine Habsbourg et la Maison de France. En son centre s’élève une fontaine remarquable, créée par Cyfflé, inspirée de la fontaine du Bernin de la place Navone de Rome.
http://nancybuzz.fr/nancy-histoire-rues-place-alliance/

La guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748) a raffermi le trône de Marie-Thérèse à Vienne, archiduchesse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême. Mais Marie-Thérèse a perdu la Silésie, abusivement annexée par la Prusse...

D'autre part,  l'Angleterre louche sur les possessions françaises outre-mer (Nouvelle-France, Antilles, Indes).
En juillet 1755 la perfide Albion fait main basse sur 300 navires de commerce français dans différents ports et,  en janvier 1756,  signe à Westminster un traité de «neutralité» avec la Prusse.
À Paris et Versailles, les «philosophes» et la marquise de Pompadour, entichés de Frédéric,  ne cachent pas leur déception devant la trahison de leur ami.
Louis XV se résout au renversement des alliances séculaires.   Il se tourne désormais vers l'Autriche contre la Grande-Bretagne et la Prusse.

Du côté autrichien, le rapprochement est l'œuvre de Kaunitz, ambassadeur en France de 1750 à 1753 .  Sur ses conseils, Marie-Thérèse en août 1755  contacte Louis XV par l'intermédiaire de la marquise de Pompadour. Les négociations se déroulent dans le plus grand secret entre le nouvel ambassadeur autrichien Starhemberg et le cardinal de Bernis protégé de la marquise.

Le premier traité de Versailles signé le 1er mai 1756 entre la France et l'Autriche est seulement défensif. Après l'invasion de la Saxe, alliée de l'Autriche, par Frédéric II en août 1756, le second traité de Versailles signé le 1er mai 1757 le transforme en alliance offensive.

Au terme de ce second traité, Louis XV s'engage à lever une armée de 130 000 hommes et à fournir à l'Autriche des subsides annuels de 12 millions de florins.

Mme de Sabran a écrit:
Dans ses Mémoires, Choiseul  se défend presque d'avoir concouru à l'historique renversement des alliances :    Shocked

" Ce n'est pas moi, c'est l'autre ... ", voilà le leitmotiv des pages relativement alambiquées que Choiseul consacre à la question de l'alliance autrichienne dans le texte rédigé après sa chute.  Cette alliance n'était pas absurde en elle-même. Les conflits principaux se situaient désormais et pour longtemps dans la rivalité économique avec l'Angleterre.  Si les premiers contacts sont passés par l'intermédiaire de la favorite, Marie-Thérèse la flattant considérablement en jouant la carte sensible et féminine, Louis XV est entré dans le jeu avec conviction.  Sa volonté de paix est manifeste depuis le traité l'Aix la Chapelle : mettre fin aux sentiments anti-Habsbourg qui dominent encore à la Cour comme dans le pays lui semble raisonnable.  L'équilibre continental est à ce prix .
(  Monique Cottret,    Choiseul, l'obsession du pouvoir )

Et c'est vrai que Choiseul n'est pas encore " dans le coup "...   jusqu'à ce séjour à Crécy où Mme de Pompadour et Bernis lui soumettent le projet de texte du traité .
Il raconte la scène :

Le traité de Versailles de 1756,  renversement des alliances Thumbn48
( Monique Cottret, Choiseul, l'obsession du pouvoir )

Les traités signés avec l’Autriche (en 1755 et 1756) constituent une politique de renversement des alliances, prônée par Louis XV, la Pompadour et le ministre Choiseul contre toute la tradition diplomatique française au moins depuis Henri IV, écrit Annie Duprat . Rien dans ce montage diplomatique, que ses opposants présentent comme la première marche vers l’humiliation nationale et la perte de la position internationale de la France n’était admissible. Rien n’était clair non plus, si l’on en croit le cardinal de Bernis, pourtant l’un des maîtres d’œuvre des traités de 1756 et de 1757, qui présente dans ses Mémoires la guerre de succession d’Autriche (1740- 1748) comme la marque du « despotisme autrichien ».
Le marquis d’Argenson n’hésite pas à écrire dans son Journal que « c’est l’ouvrage de Mme de Pompadour, c’est une pure affaire de cour et de femmes, où l’amour de la famille a prévalu partout et où les intérêts de l’État ont été mis de côté. »

Son frère, le comte d’Argenson, ministre de la guerre et membre du parti dévot, demande en juillet 1756, à un libelliste, Jean-Louis Favier, de composer un traité, Doutes et questions sur le traité de Versailles du 1er mai 1756 entre le roi et l’impératrice-reine de Hongrie.

Le traité de Versailles de 1756,  renversement des alliances Doutes10


Ce bref opuscule de 90 pages n’a été imprimé (à Londres d’ailleurs) qu’en 1778, mais son manuscrit a été lu et commenté par un auditoire conséquent après l’humiliante défaite des Français face aux Prussiens à Rossbach en 1757.

Le traité de Versailles de 1756,  renversement des alliances Seydli10
Seydlitz à la bataille de Rossbach,
tableau de Johann Christoph Frisch, 1799.



L’ouvrage connaîtra plusieurs rééditions importantes, en 1789 et en 1792 pour servir d’arguments à charge contre la diplomatie de la monarchie française et singulièrement contre Marie-Antoinette qui en était la vivante incarnation.
Étranges combinaisons, pourtant, de la part de ces ministres-Janus qui participent à des constructions diplomatiques étonnantes, mais, en sous-main, font tout pour saper à la base ce qui vient d’être érigé !
Dès lors, on ne peut que suivre Thomas Kaiser lorsqu’il compare le traité d’alliance à une bombe (l’historien américain va même jusqu’à faire un rapprochement avec le pacte germano-soviétique de 1939 !), car il impliquait le reniement de toute la politique de Richelieu et de Mazarin.
L’opinion a pu accepter cette alliance tant qu’il s’agissait de préserver l’équilibre européen, et donc la paix, mais les esprits se sont échauffés après la cuisante déconvenue de Rossbach. L’opinion publique française ne cesse d’être taraudée par la question de cette alliance autrichienne si contraire à la tradition diplomatique et si déséquilibrée en défaveur des Bourbons. Or, le mariage de l’archiduchesse Marie-Antoinette de Habsbourg avec le dauphin de France étant justement le gage de cette alliance, la personne même de la jeune princesse devient plutôt l’otage de l’alliance.

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