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Respect et déférence dus à la Reine

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Mme de Sabran
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Respect et déférence dus à la Reine  Empty Respect et déférence dus à la Reine

Message par Mme de Sabran Mer 26 Jan - 22:12

Dans les jardins de Trianon, Marie-Antoinette court derrière une brouette et la lâche malencontreusement .  Eventaille
La scène est rapportée ( et immortalisée ) par Paroy, comme voici :


La reine venait les après-dîners chez Mme la duchesse de Polignac, ou, plus exactement, chez M. le Dauphin, dont elle était gouvernante. Un jour, elle fit apporter un petit dessin à l'aquarelle qu'elle avait fait dans le parc de Trianon. Elle laissa ce dessin sur une table dans sa boite à couleurs et alla faire une partie de trictrac avec Mme la princesse de Lamballe et M. le baron de Vioménil. Je profitai de ce moment pour enlever la boite de couleurs et passai dans le cabinet de Mme de Polignac. Là je me dépéchai d'ajouter à cette vue une petite scène dont j'avais été témoin au même endroit. Quelques jours avant, la reine avait été l'après-diner se promener à Trianon, pour voir les travaux qu'elle y avait commandés. Elle était à côté d'un petit ouvrier qui portait du gazon dans une brouette; elle dit qu'elle voulait se vanter d'avoir travaillé à son jardin; elle prit la brouette des mains de ce jeune terrassier et se mit à la pousser. Elle n'avait pas fait attention que ce terrain était en pente, de sorte que la brouette l'entraînant plus vite qu'elle ne voulait, la reine la lâcha en riant. Nous étions plusieurs derrière elle, et nous accourûmes. M. le duc de Villequier arriva le premier et lui dit très sérieusement qu'on avait craint qu'elle ne fut tombée, ce qui augmenta le rire de la reine.
Comme le dessin représentait la vue de cette pente, j'y peignis vite la scène où la reine lâchait la brouette en riant, et où le duc de Villequier debout lui parlait. Le duc était facile à reconnaître, petit, avec de larges épaules et le col court. Il était d'autant plus frappant de ressemblance par sa tournure que les autres personnages étaient de petites figures de six à sept lignes. Ce travail ne me prit que deux heures. Après le trictrac, la reine avait été jouer au billard dans une galerie à côté. Je remis le dessin dans la boîte, sans qu'on s'en aperçut, et Mme de Polignac la fit reporter chez la reine. Le lendemain matin , Mme de Polignac m'envoya à Paris un valet de pied me prier de venir sans faute à Versailles avant dix heures. Je fus exact au rendez-vous. « Mon cousin, me dit-elle très sérieusement, la reine est furieuse contre vous de ce que vous vous êtes permis d'ajouter des figures à son dessin. Elle m'a chargée de vous le témoigner et de vous défendre de vous présenter devant elle. Ainsi donc vous ne pouvez plus vous trouver chez moi aux heures où elle vient. » — ah Cela n'est pas possible, répondis-je, d'après la connaissance que j'ai du caractère de la reine. Je crois, au contraire, qu'elle aura été bien aise de voir représenté sur son dessin le trait de l'événement de la brouette qui l'avait tant fait rire; d'ailleurs, personne qu'elle, en dehors de vous et de moi, ne peut savoir qu'elle n'ait pas peint cette petite aventure. Elle peut être sûre de ma discrétion. » — « Vous avez raison, répliqua Mme de Polignac; hier soir, la reine m'envoya chercher et me montra son dessin, qui n'avait pas de figure quand elle l'avait fait descendre chez moi. Comme elle avait questionné ses femmes et qu'aucune ne pouvait lui dire comment on avait pu toucher à ce dessin, elle me demanda si, parmi ma société d'hier, je ne soupçonnais personne d'avoir fait ces figures. Je pensai de suite à vous, et, comme j'hésitais à vous nommer, la reine me dit avec bonté : « Mais parlez donc; je ne suis pas fâchée ; je trouve qu'on a rempli à merveille l'espace qui restait libre sur le devant du tableau, et de plus j'ai reconnu le duc de Villequier à sa tournure et Mme la comtesse Diane. » —  Eh bien, madame, j'avouerai à Votre Majesté que je crois que le coupable est un de mes cousins, le comte de Paroy, qui est peintre ; je ne puis soupçonner que lui. » — « Je vous charge de le savoir ; et faites-lui accroire que je suis très fâchée. Vous le gronderez fort, mais dans le fond je trouve ce qu'il a fait bien exécuté et je l'ai vu avec plaisir. Je veux qu'il n'en parle pas, dites-le-lui. » Donc, mon cousin, je vous préviens de tout cela. Je vous ai envoyé chercher de bonne heure pour vous en informer ; restez à déjeuner avec moi ; je suis sûre que la reine ne tardera pas à venir, mais n'ayez pas l'air de savoir qu'elle n'est pas fâchée. » Vers midi, la reine entra chez Mme de Polignac, qui écrivait, tandis que je regardais un gros livre d'estampes représentant des vues de Suisse. Je me levai et me reculai dans une embrasure de la fenêtre; la reine, en passant devant moi, me jeta un coup d'œil sévère et alla droit à Mme de Polignac, à qui elle demanda si elle m'avait parlé :  Oui, dit-elle ; sa réponse est qu'il ne lui est pas venu dans l'idée qu'il pouvait manquer à Votre Majesté. »  — Oh ! je le crois, continua la reine, appelez-le. » — Mme de Polignac me fit signe de m'approcher; j'obéis, d'un air respectueux et empressé. « Vous dessinez fort bien, dit la reine en souriant ; vous me l'avez prouvé hier sur mon petit dessin.» — « Madame, répondis-je, j'avais été témoin de la scène que j'y ai tracée, et qui avait fait rire Votre Majesté; j'ai pensé qu'elle ne trouverait pas mauvais d'en voir le souvenir rappelé sur le même endroit où elle s'était passée. « —  Mme de Polignac vous a bien grondé, n'est-ce pas? » — « Elle a suivi les ordres de Votre Majesté, mais j'avais confiance en sa bonté pour reconnaitre que mon intention avait été de faire quelque chose qui lui serait agréable. » — «Vous avez eu une bonne idée ; je vais envoyer ce dessin à Bruxelles à ma sœur ; je suis sûre que cela lui fera plaisir.
https://marie-antoinette.forumactif.org/t3767-dans-la-famille-le-gentil-de-paroy-nous-demandons

Vicq d Azir a écrit:Cette histoire de la brouette (appelons-la comme ça), est très significative de l’attitude de la Reine à ce moment du règne.
Je ne connaissais pas le récit complet de Paroy, et l’anecdote du dessin dérobé et modifié.. Cela m’inspire des réflexions sur l’idée que ses proches se faisaient de la Reine, et du respect qui lui était dû… Où puis-je développer ce sujet, qui me parait crucial ?

Peut-être ici, cher Févicq, que vous semble ? Very Happy
C'est une excellente idée .
En effet, qu'en était-il du respect et de la déférence dus à la reine, aux différentes périodes du règne et de la part des différents protagonistes qui gravitaient autour de Marie-Antoinette ?
Nous voyons, tout au long de sa correspondance avec le comte de Mercy, combien Marie-Thérèse s'insurge contre la familiarité qui règne entre Marie-Antoinette et certains de ses proches . Toute déférence s'émousse ... et le sacro-saint respect du à la personne royale va à vau l'eau .

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Message par Mr ventier Jeu 27 Jan - 10:07

Le dessin existe-t-il encore ?
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Message par Lecréateur Jeu 27 Jan - 12:17

Mme de Sabran a écrit: je vais envoyer ce dessin à Bruxelles à ma sœur
Ce dessin se trouve... peut-être... à l'Albertina de Vienne...
1) si la Reine l'a effectivement envoyé à sa soeur à Bruxelles
2) s'il a vraiment plu à cette soeur (Marie-Christine), qui elle-même peignait (voir par exemple le petit tableau où elle a représenté une matinée de 6 décembre, avec entre autres Marie-Antoinette appréciant la poupée envoyée par Saint Nicolas)."Je suis sûre que cela lui fera plaisir"...En conséquence il est probable que Marie-Christine et Albert l'auront joint à leurs collections d'oeuvres à emporter hors de Belgique dans leur retraite vers l'est, en 1793, face à l'avance des républicains français. Une partie de leurs collections partit par bateau... mais ce bateau ou essuya une forte tempête ou vraiment coula en mer (du Nord) non loin du port hollandais du Helder (Den Helder en néerlandais).
Je n'en sais guère plus au sujet de la cargaison de ce bateau !
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Message par Vicq d Azir Jeu 27 Jan - 16:38

Une fois n’est pas coutume, je vais laisser aujourd’hui la parole à un ami cher, qui a vécu des moments difficiles, et qui souhaiterait s’adresser aux amis du Forum…

 « Je m’appelle Felipe, j’ai quarante ans. Je voudrais vous faire part de mon aventure, qui remonte à quelques années, et qui a modifié le cours de ma vie.
 J’appartiens à une famille aisée, plutôt privilégiée, originaire d’un pays où il est facile de vivre, et où il fait toujours beau… Ma jeunesse a été heureuse et oisive. A l’âge de travailler, ma sœur utilisa ses relations pour me faire entrer au palais de la Présidence, sans que j’aie de réelles qualifications…
 Ma sœur Gabriela comptait, parmi ses amies d’enfance, la femme du dynamique et nouveau président. Les deux femmes étant inséparables, celle qu’on appelait au palais « señora presidenta »(même si elle n’avait aucun pouvoir officiel) pris ma sœur comme secrétaire. Ensuite, elle accepta de m’intégrer dans son staff, et m’ accueillit très généreusement. Je devins vite son homme indispensable… Je ne sais plus comment, mais elle accepta d’être appelée Tonie ( son prénom était Antonella ). Je crois que c’est moi qui pris cette liberté, un jour où, au secrétariat, tout le monde riait de bon cœur, en présence de la Présidente.
 Dans le peuple, Antonella était plutôt populaire. On la trouvait cool. On disait qu’elle était « sympa » contrairement aux premières dames qui l’avaient précédée , qui étaient vieilles, antipathiques, bigotes et réac… De plus, Antonella était à la tête de nombreuses œuvres caritatives, et ne ménageait pas sa peine. Jeune et belle, elle suscitait dans la bourgeoisie des sentiments de jalousie . Les tabloïds et les réseaux ne se gênaient pas pour diffuser le venin de la calomnie. Mais elle semblait ne pas vouloir en tenir compte…
 Je ne dirai pas que j’étais un peu amoureux d’elle, mais les sourires qu’elle m’adressait, ce que je pensais être notre complicité, me troublaient... A vrai dire, j’imaginais alors que je pourrais me rapprocher toujours un peu plus d’elle, sans devenir bien sûr un intime. Surtout, j’avais parfois l’intuition qu’elle attendait ça de moi. Qu’en tout cas cela lui serait agréable. …
 Jusqu’au jour où la catastrophe arriva….
 Un après-midi d’été, j’étais assis dans les jardins du palais. La Présidente était assise un peu plus loin. Soudain, elle se leva brusquement et entra dans le Palais. Elle avait oublié son téléphone. Je m’en aperçu et m’apprêtais à le lui rapporter (je regretterai toujours de ne pas l’avoir fait…), mais, voyant qu’il était ouvert, je le mis dans ma poche et rentrais chez moi. Conscient de faire quelque chose de mal, mais curieux d’en savoir plus sur mon idole, je lus ses derniers mails. L’un d’eux contenait la photo d’une soirée qui s’était récemment tenue dans la résidence d’été de la présidence. Autour de la piscine, le président, Antonella, de nombreux convives, tous riant…. Un texte accompagnait la photo : « souvenir de cette bonne soirée. Love »
Il faut dire que les circonstances de cette soirée avaient fuité dans la presse. On parlait d’orgie, qui s’était terminée par un bain de minuit dans la piscine…. La réalité était autre: je savais par un ami qui était présent à cette soirée qu’ Antonella avait failli tomber dans la piscine. C’est un serveur qui l’avait retenue in extremis. Particulièrement en forme ce soir là, elle avait demandé à porter le plateau de ce serveur, pour montrer aux amis qu’elle était capable d’avancer avec dix flûtes de champagne sans les renverser... Elle n’y était évidemment pas parvenu, les flûtes étaient tombées, et tout s’était terminé dans un rire général …
Pourquoi cette histoire, plutôt innocente et banale, me fit commettre l’irréparable ? L’idée me vînt de m’envoyer  la photo, puis, avec les outils d’aujourd’hui, de retoucher l’image de mon idole : j’obtins assez vite un assez joli dessin où Antonella apparaissait en Venus sortant de l’onde; c’était la Présidente, parmi ses amis, sortant de sa piscine. Je savais que c’était un peu osé, mais j’étais sûr qu’elle ne m’en voudrait pas de cette audace. Tellement sûr que je n’eus aucun scrupule à lui envoyer la photo modifiée à partir de mon propre téléphone…
Le lendemain, je restituais le téléphone de la Présidente à ma sœur, inquiet et excité de savoir si ma petite blague serait appréciée…
La réponse ne se fit pas attendre… Je fus convoqué par Antonella dans le bureau de ma sœur. Les deux femmes étaient furieuses. «  Comment avez-vous pu vous autoriser ? Votre acte est une intrusion insupportable… j’en ai parlé au Président, qui exige votre départ immédiat … et pouvez-vous me jurer que vous n’avez pas diffusé cette image sur les réseaux ? » Ma sœur essaya de me défendre auprès de son amie, en pure perte. J’eu l’impression d’être chassé du paradis… J’avais misé sur la bonté d’Antonella, son sens de l’humour, son amitié pour moi. Je m’étais cruellement trompé…
 Aujourd’hui, je suis ici en France. Grâce à une analyse (de quelques années…), j’ai fini par comprendre ce qu’il m’était arrivé. Je croyais aimer cette femme, et j’étais très flatté par l’intérêt qu’elle semblait me porter. Je ne l’aimais pas, je voulais toujours plus d’elle. Quand, il y a quelques années (vous avez suivi les événements dans la presse), un coup d’état renversa le régime de mon pays, le président fut jugé par la junte militaire. Il s’en fallut de peu qu’il soit condamné. Quant à Antonella, elle était devenue l’objet de la haine du peuple. On l’accusait de corruption. L’histoire de la piscine était ressortie, édulcorée par des détails croustillants…Je dois admettre, même si j’en ai honte aujourd’hui, que je fus alors envahi par la haine. J’eus envie qu’elle soit arrêtée, envoyée devant le tribunal du peuple. J’étais au bord d’adresser des courriers aux nouveaux procureurs pour la dénoncer… J’avais été si proche d’elle, elle s’était tellement confiée à moi, que j’aurais bien trouvé des détails inédits de sa vie qui aurait pu intéresser ses ennemis. Bref, j’étais en train de devenir un monstre…
Ici, en France, j’ai appris qu’une Reine, dans votre Histoire, a vécu un peu les mêmes choses… Bonne, généreuse, mais peut-être trop familière et trop confiante, elle passa elle aussi du firmament à l’enfer. Est-ce que l’Histoire est appelée à toujours se répéter ? »


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Message par Mme de Sabran Jeu 27 Jan - 18:10

Cette histoire est parfaitement similaire au morceau de bravoure que nous conte Jean Philippe Guy le Gentil qu'elle transpose à notre époque; la page d'aquarelle de la reine et le pinceau de Paroy devenant écran, logiciel... Pourtant un abîme sépare Marie-Antoinette et Antonella. La bonté et l'aménité d'Antonella ne sont qu'un vernis mondain et trompeur qui masque une cruelle dureté que personne ne soupçonnait. Elle finit pourtant par éclater au grand jour à la faveur d'événements comme celui que vit Felipe. L'amour devient haine assoiffée de vengeance. Des troubles amènent le putsch militaire.
Je ne donne pas cher de la vie d'Antonella ...

La morale de cette fable : Marie-Antoinette, aux antipodes d'Antonella, était bienveillante, sensible, généreuse, foncièrement bonne. Elle n'a jamais fait de mal à quiconque et ne méritait en aucune façon le déchaînement de haine minutieusement orchestré par ses " ennemis " . Elle a été indignement jugée et exécutée, en toute légalité .

Notons aussi que lorsque les grands de ce monde montrent par trop d'aménité ( Marie-Thérèse dirait " familiarité " ) , certains de leurs obligés se croient un peu tout permis, oubliant les règles les plus élémentaires du respect et de la déférence ... à terme, c'est la monarchie qui perd de sa sacralité et qui vacille .

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Message par Vicq d Azir Jeu 27 Jan - 18:34

Oui, j’ai volontairement inventé une autre fin pour l’histoire d Antonella… Celle-ci ne fait pas preuve de la même tolérance que Marie-Antoinette. Elle ne pardonne pas …
Notre monde est peut-être plus intransigeant… En tout cas, il n’échappe pas à Antonella que Felipe est allé trop loin. Elle défend son statut et sa réputation. Marie-Antoinette est, à l’inverse, prête à pardonner. Elle ne prend pas les choses au sérieux. Son premier mouvement est pourtant de se montrer sévère, mais Philippe n’est pas dupe: sa transgression amuse la Reine. De plus, Yolande y va de toute sa persuasion pour défendre le coupable…
Résultat : deux attitudes différentes chez ces femmes, mais au bout du compte, la même ingratitude et la même haine s’abattent sur elles …


Dernière édition par Vicq d Azir le Jeu 27 Jan - 22:57, édité 2 fois
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Message par Lecréateur Jeu 27 Jan - 22:05

Très bonne manière de parabole, cher Vicq d'Azir ! Merci pour ce texte ! Il y a une petite éternité que me trotte en tête cet échange très court (que je n'arrive pas à retrouver, que je cite de mémoire et sans doute imparfaitement, je n'ai même pas les termes précis, ce dont je m'excuse sincèrement) : la  Reine : "ces Français indignes !"... Mme Adélaïde : "vous voulez dire indignés, Madame !" Au delà des tombereaux de commentaires, de bémols compréhensifs, de généralisations etc etc,  il y a ceci : tout simplement, notre pays, en dépit de quelques louables efforts, n'était pas digne d'elle. Un trésor lui était offert, et il s'en est détourné. Certes la Reine a commis des erreurs etc etc et encore etc etc, mais au delà ou au dessus de tout cela, il y avait un être rare qui méritait tout le meilleur que nous pouvions  lui offrir outre les "vivat" = qu'elle vive !
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Message par Mme de Sabran Ven 28 Jan - 7:55

Lecréateur a écrit:Il y a une petite éternité que me trotte en tête cet échange très court (que je n'arrive pas à retrouver, que je cite de mémoire et sans doute imparfaitement, je n'ai même pas les termes précis, ce dont je m'excuse sincèrement) : la  Reine : "ces Français indignes !"... Mme Adélaïde : "vous voulez dire indignés, Madame !"

Nous le tenons de Mme Campan  Respect et déférence dus à la Reine  Conten30
Ici rapporté par Michel de Decker :

Respect et déférence dus à la Reine  Capt1195

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Message par Lecréateur Mer 2 Fév - 12:44

Mme de Sabran a écrit:Nous le tenons de Mme Campan
Merci beaucoup pour les lignes de M. de Decker. Depuis lors, en dépit de toutes mes incursions dans les mémoires de Mme Campan, je n'arrive pas à y retrouver la scène en question. Mon édition (le Temps retrouvé, 1988) a-t-elle connu une réédition augmentée ? Je suis conscient que je vous dérange... mais... c'est pour la Reine !
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Message par Mme de Sabran Mer 2 Fév - 15:04

Lecréateur a écrit:Depuis lors, en dépit de toutes mes incursions dans les mémoires de Mme Campan, je n'arrive pas à y retrouver la scène en question. Mon édition (le Temps retrouvé, 1988) a-t-elle connu une réédition augmentée ? Je suis conscient que je vous dérange... mais... c'est pour la Reine !
Vous ne me dérangez nullement, cher Monsieur Very Happy , mais je ne saurais répondre à votre question ... Hop!

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Message par Marie-Jeanne Mer 2 Fév - 17:34

Lecréateur a écrit:
Mme de Sabran a écrit:Nous le tenons de Mme Campan
Merci beaucoup pour les lignes de M. de Decker. Depuis lors, en dépit de toutes mes incursions dans les mémoires de Mme Campan, je n'arrive pas à y retrouver la scène en question

Je crains que vous ne trouviez pas cette anecdote, probablement reprise ailleurs et inventée, dans les Mémoires de Mme Campan. Les trois tomes publiés en 1823 sont consultables sur Gallica. Lesquels sont à bien des égards à lire prudemment entre les lignes ... Smile

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Message par Dominique Poulin Mer 2 Fév - 18:17

Si mes souvenirs de lecture sont bons, la réplique de Madame Adélaïde à la reine a été dite lors de l'ouverture des États généraux, Marie-Antoinette constatant la froideur du public à son égard.
Comme quoi Madame Adélaïde ne machait pas ses mots et n'eprouvait pas une folle amitié pour sa nièce par alliance...
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Message par Lecréateur Mer 2 Fév - 20:25

Marie-Jeanne a écrit:Anecdote Madame Adélaïde
Merci pour ces précisions que j'ignorais. Si cette anecdote non seulement a été inventée mais de plus insérée après coup dans les mémoires de Mme Campan par un habile pirate, quelle valeur attribuée à cela ? Il est vrai que ce pirate pourrait avoir été témoin direct de la scène et l'avoir interpolée avec le plus grand souci d'exactitude et d'objectivité dans lesdits mémoires, alors vivent les pirates... de cet acabit-là ! Eventaille
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Message par Marie-Jeanne Mer 2 Fév - 20:42

J'ai l'impression que le pirate est plutôt Michel de Decker Laughing  À vérifier dans le texte de Mme Campan bien évidemment.

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Message par Mme de Sabran Jeu 3 Fév - 10:24

Si cette réplique est apocryphe, bravo à son auteur : elle va comme un gant à Madame Adélaïde. Very Happy

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Message par Mr ventier Jeu 3 Fév - 11:12

Indigne, indigné, indignons nous. Respect et déférence dus à la Reine  3318396864 Respect et déférence dus à la Reine  3318396864
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Message par Lecréateur Jeu 3 Fév - 11:48

Je dirais même : bravissimo à son auteur, car elle convient encore mieux à la situation d'alors. L'espèce de parallélisme persistant entre les deux cours (Versailles et le petit Trianon) ne pouvait qu'à la longue entretenir un malaise persistant auprès de différentes couches de la population. pour plusieurs raisons différentes... mais qui spontanément se coalisaient et s'épaulaient.  Certes, tous ces braves gens se trompaient, mais la seule chose qui comptait et compte : ils étaient indignés et ils l'étaient sincèrement et pour d'excellentes raisons car ceci et cela et patati et patata.
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Message par Vicq d Azir Jeu 3 Fév - 13:35

Puisqu’on évoque Versailles et Trianon, on pourrait parler aussi de St Cloud. Si Trianon avait été l’objet de scandale, à tel point qu’on l’avait surnommé « le petit Vienne », l’acquisition de St Cloud par la Reine était inconcevable. Il était « indigne » d’une Reine de France de posséder un domaine privé en son nom propre, et pire, d’y édicter (et même faire afficher) un règlement « au nom de la Reine ». Marie-Antoinette n’avait pas sauté le pas pour Trianon, elle le fera pour St Cloud.
L’aristocratie s’indigne car elle n’est plus conviée automatiquement et en fonction du rang qu’elle occupe dans ces domaines. Le peuple s’indigne car il estime que la Reine déroge à ses devoirs en s’enfermant dans ses palais…
On retrouve très tôt les principaux sujets de scandale qui alimenteront les pamphlets, jusqu’au procès ultime par le Tribunal Révolutionnaire :
 - La misogynie : que peut faire cette femme parmi ses amis, dans des palais privés et surtout fermés ? ( Versailles était un lieu quasi public…)
 - La xénophobie : l’étrangère qui préfère recevoir des étrangers, plutôt que les descendants de la vieille noblesse française… le petit Vienne ….
Le glissement sémantique d’ « indigne » à « indigné » est intéressant, même si les deux termes ne veulent pas dire tout à fait la même chose : Les Français (pas tous bien sûr) sont « indignés » par le comportement de la Reine. Certains vont jusqu’à prétendre qu’elle est « indigne » de sa fonction ; en retour, elle même les juge « indignes »… la réponse du berger à la bergère (de Trianon bien sûr…)
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Message par Marie-Jeanne Jeu 3 Fév - 15:08

J'ai retrouvé l'origine de cette citation qui pourrait être authentique autant qu'apocryphe. Elle provient du Journal de Gouverneur Morris qui la tenait de la comtesse de Chastellux, dame d'atours de Mme Victoire, le jour de la procession des États Généraux.

« Madame de Chastellux me cite une réponse spirituelle de Madame Adélaïde, tante du roi. Dans un accès de mauvaise humeur, la reine parlant de cette nation avait dit : Ces indignes français ! – Dites : Indignés, Madame ! répondit Madame Adélaïde.»

Quoi qu'il en soit elle est moins primesautière que reprise à la sauce Michel de Decker qui ne ratait jamais une occasion de dépeindre les femmes à sa manière si "sympathiquement" misogyne. Respect et déférence dus à la Reine  4099329125
Marie-Antoinette intrépide, faisant une crise de nerfs en brisant les attaches de ses bracelets tout tambourinant sur sur ses coussins... n'y échappa pas.

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Message par Gouverneur Morris Jeu 3 Fév - 16:12

Marie-Jeanne a écrit:J'ai retrouvé l'origine de cette citation qui pourrait être authentique autant qu'apocryphe. Elle provient du Journal de Gouverneur Morris qui la tenait de la comtesse de Chastellux, dame d'atours de Mme Victoire, le jour de la procession des États Généraux.

J'ai juré de dire toute la vérité sur une bible Hop! Eventaille

Quoi qu'il en soit elle est moins primesautière que reprise à la sauce Michel de Decker qui ne ratait jamais une occasion de dépeindre les femmes à sa manière si "sympathiquement" misogyne. Respect et déférence dus à la Reine  4099329125
Marie-Antoinette intrépide, faisant une crise de nerfs en brisant les attaches de ses bracelets tout tambourinant sur sur ses coussins... n'y échappa pas.

Avec lui si ce ne sont pas des chaudasses ce sont des névrosées Eventaille Respect et déférence dus à la Reine  3318396864
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Message par Mme de Sabran Jeu 3 Fév - 16:21

Gouverneur Morris a écrit:
J'ai juré de dire toute la vérité sur une bible  Hop!  Eventaille
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Message par Lecréateur Jeu 3 Fév - 17:19

Vicq d Azir a écrit:D'indigne à indigné
Le glissement sémantique finit par aller comme de soi. Le comportement de la Reine dépassait trop de limites, fort diverses, qu'il ne fallait pas enfreindre, mais ces dépassements ont créé comme un cour-circuit qui a soudé tout cela en un tout où chaque groupe de mécontents s'est retrouvé presque à son insu solidaire des autres. Je risque un raccourci osé : ce pays n'était pas digne d'elle, mais elle ne pouvait même pas se rendre compte que, totalement à son insu, elle alimentait elle-même cette cassure.
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Message par Lecréateur Jeu 3 Fév - 18:45

Marie-Jeanne
"Dites : Indignés, Madame "

Mille mercis pour cette très précieuse mise au point ! Je récapitule : dans son journal le gouverneur bien connu a noté un fait que lui avait rapporté la comtesse de Chastellux. De qui celle-ci le tenait-elle ? De Mme Victoire ? Peut-être même de Mme Adélaïde elle-même ?Nous ne le saurons sans doute jamais. La Reine en a-t-elle elle-même parlé à quelqu’un qui aurait pu en parler à d’autres personnes ? C’est vraiment très très peu probable ! Que de questions, légitimes, à propos d’un seul fait ! En tout cas, dans les mémoires de Mme Campan, je n’ai rien trouvé. Je vais quand même aller voir cette édition que vous m’avez citée (Gallica). Pourtant M. de Decker cite une phrase apparemment tirée de Mme Campan elle-même… mais sans aucune précision. Et crise de nerfs ? Hurler ? Jolies lèvres... vraiment ? Attaches des bracelets brisées ? Comment peut-on «tambouriner» un coussin   etc etc? Evidemment le lecteur comprend très vite qu’il n’est pas question d’histoire, et qu’il peut passer son chemin !
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Message par Gouverneur Morris Jeu 3 Fév - 18:57

Mme de Sabran a écrit:
Gouverneur Morris a écrit:
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Message par Gouverneur Morris Jeu 3 Fév - 19:03

Lecréateur a écrit:dans son journal le gouverneur bien connu a noté un fait que lui avait rapporté la comtesse de Chastellux. De qui celle-ci le tenait-elle ? De Mme Victoire ? Peut-être même de Mme Adélaïde elle-même ?Nous ne le saurons sans doute jamais.

Les Chastellux étaient au service de Mme Victoire depuis de nombreuses années, elle comme dame d'atours, et lui comme chevalier d'honneur. On peut donc imaginer qu'elle tenait ce mot de la princesse elle-même.
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