Les filles de l'Opéra

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Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Ven 27 Juin 2014, 10:13

J'ouvre un nouveau sujet ici concernant les filles de l'Opéra d'après les recherches issues de l'ouvrage de Robert Muchembled, professeur à l'université de Paris-Nord.
L'Opéra au XVIIIé siècle n'a pas toujours emprunté  un caractère de noblesse, si on garde l'image de la Reine partant s'y amuser, on n'oublie souvent que pendant une bonne partie du siècle, l'Opéra (de Paris ) accueillait un public exclusivement masculin. Et pour cause puisque ces derniers y aller chercher de quoi se divertir ( mais pas seulement par le biais des spectacles ! ), le lieu assurait d'y faire des rencontres galantes grâce aux jeunes comédiennes, danseuses etc...

L'Opéra de Paris : quand, rime spectacle et prostitution de luxe.

Composée pour l'essentiel de quelques centaines de grandes dames, de chanteuses, de danseuses, d'actrices. "Ces cœurs de diamant" (comme les nomme l'auteur), l'Opéra en regorge et se vendent sans se donner. Plusieurs papiers mis sous scellés (à la Bastille) contiennent des pièces intéressantes, même si des manipulations ne sont pas exclues, y figurent des renseignements à ne pas divulguer. Tel le rapport secret de Grégoire, curé de Charonne daté du 30 août 1751 : de l'utilité de piéger les ecclésiastiques débauchés ou de les avoir comme informateurs...
Il révèle que le Marquis de Villeroy, neveu du Duc du même nom, entretient à Charonne, dans la demeure d'un certain Camus, une fille de la Comédie Italienne : Mlle Maupin, qui y vient habillée en fille ou en chevalier.

Epigramme écrite contre la célèbre Clairon, Claire-Josèphe Léris (1723-1803), grande actrice de la Comédie-Française depuis 1743.

Epigramme contre la Clairon.
Le prix d'un c.. ne gît que dans l'idée.
Jadis Cléron suppliant les passants
De vouloir bien la baiser pour trois francs;
Mais aujourd'hui qu'elle fait des fracas,
Et sur la scène étale ses appas,
Tel autrefois qui l'avait méprisée
Lorsqu'il pouvait choisir pour un écu
De caresser ou son c.. ou son c..
En donnerait présentement, je gage,
Trente fois de plus et même davantage,
Pour la tenir une nuit dans ses bras
Et ne croirait employer ses ducats.
Mal à propos, tant vraie est ma pensée :
Le prix d'un c.. ne gît que dans l'idée.



Portrait de Mademoiselle Clairon.

Madame Favart, danseuse et comédienne.

[...]Le Maréchal de Saxe prie l'inspecteur de la retrouver, après sa fuite en compagnie de son mari, en juillet 1749. (Manuscrit trouvé à la bastille) Née Justine Cabaret, d'après lui, elle est mère d'un enfant mâle, peut-être issu des œuvres du Maréchal, equel verse d'ailleurs une rente de 2400 livres au petit garçon. Entretenue par l'illustre chef militaire, dans une maison située sur le pont de Notre-Dame, elle a un amant de cœur, le musicien Langellerie, ainsi qu'un époux célèbre, pour lequel elle a de la tendresse, précise le narrateur.
Le conjoint légitime n'en escroque pas moins le Maréchal, en lui soutirant 4800 livres, sous prétexte de la retrouver, avant de prendre la fuite à son tour.
L'inspecteur décrit "la Favart", alors âgée de 22 ou 23 ans comme "petite, mal faite, sèche [...], yeux vifs[...] fourbe et dissimulée, elle chante et danse passablement bien", les formules paraissent trop négatives pour être parfaitement honnêtes.
Justine Cabaret, danseuse connue sous le nom de Mlle de Chantilly, épouse en 1745 Charles-Simon Favart, directeur de l'Opéra-Comique, elle. Elle se trouve séquestrée en vertu d'une lettre de cachet jusqu'à ce qu'elle cède, tandis que son époux est obligé de fuir pour éviter la prison.

Ci-gît de qui la renommée
Publiera les exploits au-delà du tombeau.
Il brillait à Cythère, il brillait à l'armée,
Et mille fois Vénus lui prêta son fourreau,
Pour réparer les maux
Que faisait son épée.

 


Portrait de Madame Favart


Des papiers fugitivement mis sous scellé en 1757 laissant transparaître quelques intrigues amoureuses : le ton y est cependant toujours le même, profondément critique envers les femmes, sous couvert d'anecdotes :
Le 11 mars 1757, la demoiselle Vilette, connue sous le nom de  "Merny", âgée de 16 ans, est gratifiée d'un commentaire assassin : "sa grande jeunesse lui donne un air agréable et dont elle fera bien de profiter promptement, car ce n'est point une figure à durer dans le temps.

La "Dumont", 26 ans, née à Paris, petite, mince, au visage marqué de petite vérole, blonde aux yeux bleus, fille d'un inspecteur de police. Elle a été arrêtée lors d'une visite de nuit chez une femme de débauche, sous le nom de Marie-Anne Bersonval, car elle craignait le courroux de son père. Le sieur Paris, chirurgien, "l'a mise dans de petits meubles", rue des Marais, avant de l'inscrire comme danseuse à la Comédie-Française pour la soustraire à la colère paternelle.
Les pensionnaires de l'Opéra et les comédiennes échappent en effet légalement à la tutelle parentale.


http://www.opera-comique.com/sites/TNOC/files/uploads/images/Tricentenaire/18esiecle-facade1erefavart3.png

Suite au prochain numéro...

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Mr de Talaru le Ven 27 Juin 2014, 11:22



Pour une fille du peuple il fallait choisir entre danseuse et grisette pour échapper aux affres du quotidien. mais c'est bien sûr de tomber de Charybde en Scylla.

la Goulue au XIXe ne fera ni mieux ni pire.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par CLIOXVIII le Sam 28 Juin 2014, 11:06

"Grisette " = XIX siècle  : mais la remarque est malheureusement exacte...
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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Sam 28 Juin 2014, 12:09

Angélique, dite "Beauchamp", se nommerait en réalité Angélique, Eléonore Coignard, ou Delavaux, selon les versions données par Meunier. (Paris sous Louis XV, T.IV p33.36 et 78.106)
Reçue danseuse à l'Opéra en avril 1751, grâce à la protection du Marquis de Voyer d'Argenson, elleserait la fille d'un charlatan, sans autre précision.
Meunier la dit altière et dénuée de scrupules. Son premier enfant est à son avis des œuvres du Marquis de Barbantane, écrit-il le 1er mars 1753, mais elle a fait croire à l'abbé Dagay qu'elle était de lui afin qu'il supporte les frais. Une lettre anonyme l'ayant informé que ce n'était pas son enfant, l'abbé n'ose plus remonter de crainte que l'on ne rie à ses dépens. Ce qui n'empêche pas Angélique de lui réclamer les 400 livres de rentes qu'il doit pour le mois écoulé.



AMADIS. danseuse à l'Opéra.

Héry, chanteuse d'opéra depuis 1748 environ, mariée à 16 ans " au nommé Héry, maître à danser, plus expert dans l'art de boire que dans celui de la danse".
Après avoir habité rue du Chantre, elle s'est installée cul-de-sac du coq, prés du passage du Louvre.
Pour entrer à l'Opéra, en avril 1751, la "Beauchamp" a laissé quatre" pères" se disputer la paternité de son premier bébé : le Marquis de Barbantane, l'abbé Dagay, le Marquis de Belmont et M. de Voyer d'Argenson. Et si le marquis de Belmont s'aperçoit que l'enfant n'est pas le sien, elle lui reprochera, assure t-elle, d'entretenir une autre demoiselle.
Une anecdote indique que "la Berne", maquerelle célèbre, la propose comme vierge à un client. " Comment, lui dit Garnier, Est-ce là cette fille toute neuve dont vous me parliez, qui vient d'accoucher d'un enfant dont quatre personnes se disent le père ?"
Jean Fernandès Cazanove, lieutenant de port à l'île Bourbon (La Réunion), a voulu l'épouser en juillet 1753, et s'est même battu avec son fils pour en obtenir le droit. Elle a refusé de lui céder avant le mariage. Furieux, il lui a soustrait des boucles d'oreilles, une applique et diamants. Comme Cazanove lui imposait trop de contraintes, son besoin de liberté a fini par reprendre le dessus.
Le 15 sept. 1751, l'inspecteur annonce qu'elle doit faire une suspension d'armes et de conquêtes car "elle n'est actuellement maniable tout au plus qu'avec des pincettes, car elle soufrée comme une allumette et la gale jusqu'au bout des  doigts.


Mari Fel, 1757 par de la Tour. Marie Fel née à Bordeaux le 24 oct. 1713 et morte à Paris le 2 février 1794 : chanteuse d'opéra.

Après une longue période de répression sexuelle, l'érotisme s'impose au XVIIIé siécle. Le relâchement de la tutelle morale de l'église, sous les coups des philosophes, y contribue largement, y compris dans les compagnies où se diffusent les "funestes secrets" de la contraception. la libération des mœurs est cependant très différemment partagée selon qu'on est puissant ou misérable.
C'est évidemment parmi les plus titrés et les plus riches que se développe puissamment le goût du plaisir des sens.
L'inspecteur, contant les aventures galantes de la demoiselle Lyonnais, danseuse à l'Opéra, il balaye d'un revers de la main la rumeur selon laquelle "on veut que la désunion d'entre elle et son mari provienne de ce qu'elle ne lui garde point de foi conjugale, comme si une personne de son état y était obligée... ( Paris sous Louis XV,T.V, p407 )
L'inspecteur est bien placé pour savoir de quoi il parle. Il est le premier qui a tenu un fichier de dames " de l'allure " ou " du haut ton ", c'est à dire qui sont entretenues à grand prix.



Fragonard, la Gimblette : jeune fille jouant avec un chien 1752.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Dim 29 Juin 2014, 10:47

519 "demoiselles" ont eu les honneurs d'une surveillance plus ou moins étroite, parfois étalée sur de longues périodes. Elles ne composent qu'une part de la cohorte des prostituées, estimées au minimum à 10 000 ou 15 000, voire à 30 000 par Louis-Sébastien Mercier en 1783, pour une ville d'environ 600 000 habitants. ( E. Benabou, La prostitution et la police des mœurs au 18é siècle p 327-329 /331-383 )
La liste de leurs amants est un véritable bottin mondain du temps, avec prés de 500 patronymes nobles ! cités de 1748 à 1760.
La description des conduites sexuelles de gens d'importance à la seule exception du roi et de sa favorite en titre est alors rendue possible par la conjonction de deux facteurs :
D'abord, l'inventeur du regard, Meunier, est littéralement passionné par le spectacle des mœurs de ces quelques centaines de femmes qui passent sans cesse de la scène à la ville, voire à la Cour, pour y jouer un rôle majeur en subjuguant les mâles les plus prestigieux du temps.


Mlle Contat, dans le rôle de Suzanne Le mariage de Figaro ( Costume à la didascadie de Beaumarchais )

Outre sa volonté d'en tirer le plus grand profit possible, sur les plans financier autant que symbolique, l'inspecteur est fasciné par le seul univers où une fille d'Eve, de quelque origine qu'elle soit, puisse imposer sa loi, choisir ses amants, vivre hors des normes et de la morale, même s'il lui arrive de subir des contraintes, voire de payer un prix élevé, en grossesses, fausses couches et maladies vénériennes parfois mortelles. (L'ardeur et la galanterie, Paris, Gallimard p 120 à 122.)
Non seulement elles égayent la haute politique, mais elles règnent en maîtresses, plus absolues que le roi, sur la foule des admirateurs qui se disputent leurs faveurs.
En 1782, la Baronne d'Oberkirch parle d'une "des plaies de la société" et d'un mal qui s'étend, à propos de "l'importance donnée par les hommes aux filles entretenues et au théâtre"
Tous sont fous de Mlle Contat, qui joue le personnage de Suzanne en 1784, lors de la première représentation du mariage de Figaro de Beaumarchais. La baronne fustige leur aveuglement car "ils se sont donné un soufflet sur leur propre joue" en aplausissant une pièce aussi corrosive.





Le diamant est un symbole, celui du mélange des classes sociales et du triomphe d'une sexualité libérée de tous les tabous. Comme si ces dames de faible vertu avaient celle de régir le monde. Parées à l'égal de princesses, elles obtiennent tout ce qu'elles veulent, sur l'oreiller de l'ensemble des hommes qui comptent dans l'Etat, la finance, la culture et la police, sans oublier l'église.
Deux établissements sont particulièrement prisés par les connaisseurs : d'abord, rue Tireboudin ( Remarquez, que ça ne s'invente pas ! Laughing  ), puis à partir de 1767 rue Française, face à la petite porte de la Comédie-Italienne, sans oublier une discrète petite maison à la barrière Blanche pour les rendez-vous clandestins.
Les demoiselles y sont visitées par un médecin, les filles de spectacle passent par l'intermédiaire des époux Brissault, en cas de besoin, ou sont directement recrutées par leurs soins.
L'autre maison de plaisir importante par les filles "de l'allure" est celle de la plus célèbre entremetteuse du siècle, la Gourdan, véritable "surintendante des plaisirs de la Cour et de la ville ", d'après les mémoires secrets, elle peut compter outre ses pensionnaires, sur de nombreuses filles de l'Opéra et des Théâtres.
Une porte secrète communiquant avec la maison d'un voisin complice, marchand de tableaux, permet d'entrer et de sortir sans être vu. La Gourdan sous-traite avec le Comte Jean du Barry, le "meilleur Mercure de Paris", en d'autres termes le maquereau du beau monde, pour le compte du Duc de Richelieu.



Marguerite Stock, épouse de François-Didier Gourdan.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Dim 29 Juin 2014, 10:55



Louise Contat, dans le rôle de Suzanne (le mariage de Figaro) pastel anonyme attribué à Greuze ( vers 1786 )

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Lun 30 Juin 2014, 11:51

Selon des rapports signés par Marais, souvent rédigés par Meunier, dont la pointe cynique habituelle ne trompe pas. Qu'il se récrie à ce sujet doit d'ailleurs faire dresser l'oreille : "La vie que mène le Comte du Barry avec la demoiselle Beauvarnier est infâme. C'est exactement sa vache à lait." Il la loue pour se procurer argent et faveurs, à la seule condition que ce soient des hommes de qualité ou des individus riches. Elle a eu pour amants entre autres, le Duc de Richelieu, le Duc de Fronsac et son fils. "Quel abominable vie !".
Celle qui plaint tant en employant à diverses reprises l'expression "vache à lait" une dernière fois le 19 février 1768, n'est autre que Jeanne Bécu (1743-1793), la future Comtesse du Barry.
La vie de la "Beauvarnier" n'est pourtant pas plus scandaleuse que celle de centaines de danseuses et de chanteuses entretenues qui multiplient les amants. Elles y sont poussées par le statut très particulier dont jouissent les filles recrutées pour faire partie des théâtres royaux. Il en existe trois à Paris, l'Opéra, ou Académie royale de musique, le Théâtre-Français et le Théâtre Italien.


Vue du feu prit à la Salle de l'Opéra de Paris le 6 avril 1763.

S'y ajoute l'Opéra Comique, toléré moyennant le versement d'une redevance à l'Académie royale de musique. Le premier, le plus prestigieux, installé au Palais Royal, et deux fois reconstruit après des incendies en 1763 et en 1781. Il a le monopole absolue des pièces de théâtre en musique et représente un véritable gouffre financier pour la royauté. Les plus riches peuvent seuls s'offrir le luxe d'une loge à l'année, les autres étant louées en alternance, une soirée sur quatre. L'entrée gratuite est accordée à des privilégiés de la Maison du Roi, à des représentants de la ville de Paris, à des auteurs ou compositeurs, à des artistes de l'Opéra et de la Comédie Française retirés de la scène.


La Comédie Française au XVIIIé siècle.

L'inspecteur, chargé de la police des mœurs figure parmi les heureux bénéficiaires, car il surveille les spectacles et les allées et venues qui s'y rattachent.
Meunier est cité nommément comme amant de la demoiselle Angélique, dite " Beauchamp", danseuse. Les plus belles attirent les plus puissants personnages.
Cette situation tient à une particularité des théâtres royaux. Fermement tenues en main par l'autorité monarchique, surveillés jalousement par la police, ils offrent pourtant un exceptionnel espace de liberté à celles qui réussissent à s'y inscrire. Il faut certes trouver un protecteur assez puissant, à la Cour ou du côté du prévôt des marchands de Paris, associé au privilège par le Roi en 1749, voire en séduisant un aimable inspecteur.
Après avoir su convaincre l'intéressé, en y mettant les formes, en parfois en payant, au moins de leur personne, elles obtiennent un statut unique en France : réputées filles du Roi, dans le bon sens du terme, elles échappent totalement à la tutelle paternelle ou maritale, quels que soient leur âge et leur origine sociale, en vertu d'une tradition solidement établie. Filles persécutées ou épouses battues accèdent ainsi à complète émancipation, tant qu'elles figurent sur les rôles des institutions.  

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Lucius le Lun 30 Juin 2014, 13:37

l'amour menaçant a écrit:

La Comédie Française au XVIIIé siècle.

Cette image peut être trompeuse, car elle nous semble familière. On croirait qu'il s'agit de la vue depuis l'actuelle place du palais royal.
Cependant, il s'agit d'une vue depuis ce qui est aujourd'hui la place du Théâtre Français. Les bâtiments que l'on voit à droite sont ceux qui s'élevaient sur l'actuelle emplacement de la place Colette, qui n'existait alors pas. Le passage au fond est celui qui donne accès au Conseil constitutionnel.

Victor Louis commence la construction en août 1786, et la salle est inaugurée en 1790, mais ce n'est pas l'Opéra qui l'occupe désormais, mais une salle de comédie concédée à un entrepreneur.

Cette construction fut possible grâce aux 6 milliards de la vente de St Cloud.
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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Lun 30 Juin 2014, 14:14

Merci pour ces précisions.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par MARIE ANTOINETTE le Lun 30 Juin 2014, 19:12


j'ai acheté hier au vide-grenier de mon village, ce livre neuf avec un CD qui m'accompagne actuellement de grands airs d'opéra pour 1 euro ..............
il est passionnant et surtout permet de se faire une culture sérieuse sur un département de musique classique que nous ne fréquentons pas très souvent, même à la télé, la mienne est modeste , connaissant juste les grands classiques les plus connus.

A acheter complet si vous le trouvez un jour prochain sur un marché , je le conseille.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Lun 30 Juin 2014, 20:51

Dans ce cas MARIE ANTOINETTE, je vous conseille dans la foulée : Mozart, pour les nuls, extrêmement bien fait avec des anecdotes sur la famille.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Mar 01 Juil 2014, 12:19

Seule la police est compétente pour régler un problème les concernant, s'interposer en cas de scandale, apaiser des conflits, d'ailleurs fréquents, provoqués par des querelles familiales. Une demoiselle peut même se faire soustraire aux présentations d'un proche en obtenant une lettre de cachet, ou plaisante ironie, échapper aux pressions d'une mère qui l'oblige à se prostituer.
Afin de devenir danseuse à l'Opéra-Comique, la demoiselle Favier plaide que sa génitrice la force à exercer le plus vieux métier du monde depuis deux ans. Les fillettes à peine nubiles bénéficiant comme les autres de ce magnifique privilège.


Mlle Guimard, danseuse. Elle est née pauvre, enfant illégitime et sera confiée par sa mère à deux messieurs du théâtre. Elle a dansé avec le corps de ballet à la Comédie Française et l'Opéra de Paris en 1776, son pouvoir était tel, qu'elle a fait renvoyer le directeur J.Georges Noverre avec qui elle ne s'entendait pas. (source : mtholyoke.edu)

Le système a un redoutable revers. Les appointements sont généralement très faibles, rarement supérieurs à 400 livres par an, sauf pour les vedettes incontestées, sans atteindre, loin de là, des fortunes. Les danseuses et chanteuses "surnuméraires", quant à elles, ne sont pas du tout payées, sauf, peut-être, lorsqu'elles jouent.

Cette situation peut durer plusieurs années pour des dizaines d'entre elles. Elles n'en tirent que la gloire de paraître plusieurs heures sans rien dire, afin de garnir la scène.
La pression de la nécessité et celle qu'exercent intermédiaires, maquereaux ou tenancières de lieux de prostitution convergent pour séduire les plus sages. Rares sont les têtes froides qui résistent à la tentation, pour sortir de la misère ou imiter leurs consoeurs parées comme des reines. Dés leur arrivée dans ce monde, des propositions leur sont faites sans ambiguïté. On leur offre un véritable contrat de location, quelquefois signé devant notaire.
La transaction comprend généralement un pot-de-vin initial, par exemple :
-100 louis d'or
-une rente mensuelle atteignant des centaines, voire des milliers de livres pour les plus convoitées.
-Le prix de l'installation de la fille.
Eventuellement, le paiement de ses dettes.
Et indispensable cerise sur le gâteau, des bijoux, en particulier des diamants.



Portrait de Mlle Guimard par Fragonard

Marie-Perrette Granier, danseuse à l'Opéra est protégée par le Marquis de Courtanvaux, qui l'entretient, elle argue que les prétentions de ses parents sont trop élevées. Ils veulent 1200 livres par an, alors que "l'on sait à l'Opéra que les mères les plus mauvaises et les plus intéressées n'ont jamais exigé plus de 800 livres par an, avec un habit de pinchinat (étoffe de laine) pour un cousin et quelques bouteilles de ratafia aux quatre bonnes fêtes de l'année, avec une chandelle et un gâteau aux rois."

Le Marquis, finit par céder. Il alloue 1200 livres aux parents, mais la querelle continue. L'amant est un jaloux qui séquestre sa dulcinée et l'empêche même de fréquenter son amie, la demoiselle Coupée. En avril 1751, après 18 mois d'absence, elle est rayée des rôles.


Le Marquis de Courtanvaux

Ses géniteurs "se croyant réintégrés dans leurs droits, projetaient de l'enlever d'autorité paternelle". Courtanvaux l'empêche alors de revenir à l'Opéra, "afin, dit-on, qu'elle ne passe pas par d'autres mains".
En 1752, elle habite Paris, depuis prés de six mois sous un pseudonyme. Un an plus tard, elle crie misère, car tout a une fin. Elle sera reprise à l'Opéra en juin grâce à un maître à danser.

Ces courtisanes sont issues de toutes les couches sociales, y compris du monde de la domesticité et celui de la prostitution. Les parisiennes d'origine sont nombreuses, sans être majoritaires, semble t-il. Beaucoup proviennent d'autres villes françaises importantes, dons d'un univers urbain qui représente, avec la capitale, moins du cinquième de la population. Même si les intéressées sont libérées de la tutelle parentale, il est fréquent que les géniteurs s'installent avec elles lorsqu'elles sont entretenues ou profitent sans scrupules de la manne. Sur un échantillon de soixante deux filles de l'Opéra, dix-neuf font ainsi vivre confortablement leurs père et mère, qui se révèlent fréquemment très âpres au gain, à l'image de ceux de la demoiselle Granier.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par MARIE ANTOINETTE le Mar 01 Juil 2014, 16:54

et tentant de régler les différends et autres tracas de l'OPERA et les autres compagnies (français - italiens etc...)   nous trouvons DENIS PAPILLON DE LA FERTE grand patron des MENUS PLAISIRS.
on trouve sur AMAZON en reprint son journal qui est indispensable pour connaitre les spectacles au XVIII° tant à la Cour qu'à Paris... sans oublier les œuvres de Monsieur JULLIEN.



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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Lucius le Mar 01 Juil 2014, 20:14




Le portrait de fantaisie de Fragonard n'est pas Mlle Guimard, comme l'a montré une série d'esquisse découverte sur le marché de l'art cette année. ce très beau portrait est en fait celui de Marie-Anne-Éléonore de Grave, petite fille du maréchal de Goyon Matignon par sa mère, et épouse du marquis de Grave (un lointain cousin, de la même famille).

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Mer 02 Juil 2014, 11:43

Rares sont les filles qui utilisent leur vrai nom : la demoiselle Camargo s'appelle Marie-Anne de Cupis de Camargo, ce qui a évidemment de l'allure. La mention des âges est toujours un peu approximatif. La plupart sont très jeunes. Sur 52 cas documentés parmi les dossiers classés de A à M, 13 ont de 16 à 20 ans, autant de 21 à 25 ans et 14 de 26 à 30 ans. Certaines sont probablement moins âgées qu'elles ne le proclament parce qu'il est difficile de se faire admettre en dessous de 16 ans : la demoiselle Granier prétend les avoir, alors qu'elle est à peine dans sa quinzième année lorsque Meunier commence à l'observer. Il se laisse initialement tromper, avant de vérifier la déclaration de plus prés. De même, les femmes qui dépassent la trentaine ont la coquetterie de voiler se fait dans un milieu où la fraicheur juvénile constitue une qualité primordiale. Née en 1710, la célèbre Camargo débute à l'Opéra en 1726.

La Camargo par Quentin de la Tour.

Elle prend sa retraite en 1751, avec une exceptionnelle pension de 1500 livres, alors que la première danseuse en reçoit habituellement une de 1000 livres. Ni jolie, ni grande, ni bien faite, elle est une danseuse exceptionnelle, célébrée par Voltaire :

Ah ! Camargo, que vous êtes brillante !
Mais que Sallé, grands Dieux, est ravissante !
Que vos pas sont légers et que les siens sont doux !



La perfection physique n'est pas le pas le principal critère qui entraîne l'admiration des spectateurs. La valeur marchande d'une fille s'apprécie en d'autres termes. La qualité de la danse ou du chant est évidemment importante, sans être obligatoirement fondamentale, d'autant qu'il n'est pas donné à toutes d'être la Camargo, la Guimard ou Sophie Arnould.
Les nombreux portraits de la dernière et celui de la "Grimard" par Fragonard, qu'elle a protégé, ne sont pourtant pas ceux de déesses rayonnantes.

Mais qu'apprécie-t-on dans l'apparence féminine au XVIIIé siècle ?

En nous livrant ses appréciations personnelles, Meunier nous dévoile cependant quelque peu les critères esthétiques du temps.
La demoiselle Danville est "d'une figure intéressante, la gorge belle et bien placée". La "Deschamps" : sans être régulièrement jolie, elle a un minois qui plaît, gorge fort belle, sourcils et cheveux noirs".
"la Demirey : "Sans être jolie est très passable".


Sophie Arnould par Greuze ( Wallace collection )

Il indique souvent la taille par un qualificatif, ce qui reste vague, à la différence des hommes plus souvent jaugés en pieds et pouces. Comme les textes de l'époque décrivent couramment  un mâle de 5 pieds ou 5 pieds 2 pouces, soit environ 1,52 et 1,57 mètre, la femme "ordinaire" doit être un peu plus petite que cela et paraître grande à partir de 5 pieds 4 pouces ( 1,62 mètre ).
Sur 62 filles de l'Opéra étudiées, 17 sont petites, 17 sont grandes, 4 moyennes, 4 " au dessous du médiocre", le reste demeure inconnu.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Jeu 03 Juil 2014, 15:23

"La Carville" est "bien faite, un peu grasse pour une danseuse, elle n'a pas un beau visage mais la jambe la mieux moulée de l'Opéra".
Parmi les plus célèbres courtisanes, la demoiselle Deschamps, sans avoir le talent de Sophie Arnould ou de"la Guimard", fait une carrière amoureuse des plus remplies (Paris sous Louis XV p 89-141)
Née à Paris en 1830, Marie-Anne Pagès fuit la maison paternelle en compagnie de sa sœur cadette et se prostitue à l'âge de 14 ans. Un an plus tard le marquis de Ximenes l'entretient. Elle épouse un comédien en 1747, devenant ensuite la maîtresse entretenue du Comte de Clermont, un prince du sang. Elle entre à l'Opéra en 1749.
Durant les neuf ans qu'elle y passe, elle n'obtient jamais d'autres rôles que celui de figurante. Ses premiers appointements, en 1753, sont de 260 livres par an, mais elle demande un congé au bout de quatre mois et ne revient qu'un an et demi plus tard, comme surnuméraire sans paye. Elle multiplie les passades, a quelques amants de qualité, comme le lieutenant Berryer, qui rétribue largement, 200 louis d'or par an, ses services très secrets vers 1750, ou encore Lalive d'Epinay, fils d'un fermier général, qu'elle gruge d'une applique en diamants valant 2000 écus. La célébrité lui vient lorsque Louis-Philippe d'Orléans (1725-1785) la visite. On la prétend sa maîtresse en titre. Lors d'une soirée à la Comédie-Française, elle s'affiche étincelante de diamants. La rumeur et une chanson attribuent  le don au prestigieux sigisbée :

Dieux ! Que vois-je ? De pierreries
Ta gorge étale un triple rang !
Ta tête brille des folies
Du premier des princes du sang.



Le Duc d'Orléans d'après Jean Daniel Welper.

En novembre 1753, après avoir secrètement "passer les remèdes" pour guérir une maladie vénérienne, elle prend un nouvel amant, le comte de Coubert, petit fils de Samuel Bernard. Il débourse 20 000 livres pour lui offrir la petite maison de Pantin qu'elle louait. Le Duc d'Orléans espace ses visites, puis cesse de la voir.
Alors qu'elle avait obtenu son congé définitif de l'Opéra, le 10 déc. 1753, elle y revient. Le dimanche 14 sept. 1755, sa rentrée est éblouissante, car elle arbore des diamants valant plus de 100 000 livres, dont des boucles de souliers estimées seules au cinquième de la somme. Accablée de dettes, elle continue néanmoins à entretenir un train de vie fastueux. En témoignent de la vaisselle d'argent estimée 50 000 livres et un brillant équipage.

Certaines actrices qui, jouant des rôles d'homme, les prolongent une fois sorties de scène. C'est notamment le cas de Mlle  Maupin, cantatrice élevée dans la Grande Ecurie du Roi, qui défraie la chronique par ses rôles travestis à l'Opéra, ses costumes masculins en ville, ses amours avec des femmes et avec des hommes, sans compter ses duels d'honneurs !


Mlle Maupin de l'Opéra (gravure anonyme) qui triomphe dans les œuvres de Campra.

Ce phénomène se reproduit tout au long du XVIIIé siècle, avec Sophie Arnould, Mlle de Raucourt, mlle Clairon, Carline... Il entraîne dans la société mondaine un intérêt certain pour le phénomène : les "tribades" deviennent quasiment à la mode- au point que l'Académie française consent à reconnaître le mot dans la quatrième édition de son "dictionnaire" (1762), alors que Richelet l'avait inséré dans le sien 80 ans plus tôt; et des femmes en vue n'hésitent plus à montrer leurs préférences pour les femmes. C'est le cas de la Duchesse de Villeroy, grande amatrice de théâtre et actrice elle-même à ses heures. ( Les résistances de la société XVIIé-XVIIIé siécle Eliane Viennot )


Buste de Mlle Raucourt par Pajou

Princes de sang et grands seigneurs continuent a se disputer les faveurs de "la Deschamps". Les cadeaux pleuvent. Les dettes grossissent. Son mari entame un chantage qu'elle doit faire cesser par voie de justice.
En octobre 1757, elle emménage dans un hôtel particulier, rue Saint-Nicaire, où elle dispose de dix pièces de plain pied magnifiquement décorées. Elle le doit à la générosité de deux princes de sang qui se partagent sa couche le Prince de Conti et son fils le Prince de la Marche.
Ce n'est ni leur beauté ni leur charme qui les hypnotisent, car cette Messaline d'Opéra est "petite, camuse, minois chiffonné, assez gentille" selon la description donnée par Meusnier le 25 avril 1751, alors qu'elle n'avait que 21 ans.

Qu'Est-ce qui fait donc courir les hommes illustres vers la couche d'une rouée syphilitique ? Car ils se disputent ses faveurs avec acharnement.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Ven 04 Juil 2014, 13:31

Le Comte de La Marche dispute d'autres maîtresses à son père. Au fond, c'est bien la rivalité entre les hommes les plus puissants qui les motive en ce domaine. Fussent-elles ouvertement malades, les filles entretenues sont pour eux des symboles de prestige et de virilité[...] Pourvu qu'on passe aux yeux de l'opinion pour le principal" Monsieur " est un code permettant d'afficher sa valeur. Peu importe que ces dames passent par toutes les mains. L'essentiel est de parader en compagnie d'une jeune icône richement parée, brillant de tous les feux de ses diamants.
Le 1er sept. 1753, Meusnier raconte que la demoiselle de la Chanterie est ennivrée de bonheur parce que le souverain l'a vue à Choisy et " l'a trouvée si belle qu'il n'a pas pu s'empêcher de lui en faire compliment lui même."




En février 1754, son ennemie jurée, la Gondrez, chanteuse à l'Opéra, fait courir une chanson infamante disant qu'elle a donné la vérole au Duc de Montmorency et qu'elle se prostitue à tout va pour 12 livres :

Méfiez-vous du c...
De la Chanterie,
Il est pourri le v...
De Montmorency
La putain, dit-on,
Pour un patagon
Se livre, sans façon,
Jusqu'au marmiton...

La fascination exercée par les pensionnaires des théâtres est proprement inouïe. Après Versailles sous le règne précédent l'Opéra devient le véritable centre du monde à l'époque de Louis XV. Non seulement de la Cour et de la capitale, mais de l'univers, car les étrangers les plus riches et les plus célèbres se précipitent pour y être vus.
Nouvelles prêtresses constellées de diamants d'un culte de l'éphémère et de la galanterie, elles prennent plus d'importance que les dames de l'aristocratie, même si on leur interdit l'attelage à six chevaux, réservé aux précédentes.
En 1768, Mlle Guimard, actrice de l'Opéra célèbre par ses caprices, aux pieds de laquelle se jettent les plus grands seigneurs, triomphe à son tour. ( le traité du transport amoureux, Gallimard, p 72-73 )
Un rapport de police du 8 juin 1764 la dit âgée de moins de 18 ans, faite pour plaire sans être absolument jolie, le prince de Soubise vient d'avoir un caprice pour elle. Elle est également la maîtresse de la Borde, valet de chambre du Roi.



Le prince de Soubise

" les galanteries" qui désignent des maladies vénériennes, circulent très largement. Celui du 2 juillet 1753 concernant la demoiselle Pelée de Varenne signale, sur un ton humoristique, que Lenormant d'Etiolles, le mari de Madame de Pompadour, a quitté "La Varenne" :" pour un chaude-pisse cordée qu'elle lui a donnée, en reconnaissance, vraisemblablement, de plus de 25 000 livres qu'elle a reçues de lui depuis l'époque de leur connaissance.
M. Lenormant a , dit-on rendu le présent tout chaud à la demoiselle Astraudi ( de la Comédie Italienne ), laquelle en a gratifié le sieur Donnezau, sous lieutenant de la compagnie de Bragelonne, qui la greluchonne à l'insu de M.Lenormand. On prétend même que la demoiselle Astraudi ne s'en tient pas seulement à celui-là et qu'elle lui donne pour adjoint le sieur de Villefort..."

Tous n'en meurent pas, mais nombreux sont ceux qui en souffrent. Ils partagent généreusement leurs douleurs avec la Cour et le tout-Paris.
Les théâtres deviennent ainsi les lieux privilégiés de développement des maladies vénériennes.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Sam 05 Juil 2014, 11:26

Le comte de La Marche, se livre pieds et poings liés à l'inspecteur Marais. Celui-ci a souvent besoin de son aide. Son ancienne maîtresse, la célèbre Coraline, actrice de la Comédie-Italienne, qu'il a gratifié de 20 000 livres de rente, lui fait des misères et se livre à la débauche, "sans respect pour le prince dont elle a un enfant"
De nombreux autres personnages illustres ont besoin des compétences de Marais, telle la Maréchale D'Estrées, jalouse ("qui l'aurait jamais cru !" commente t-il) au point de le prier d'observer son mari. Ou le Duc de Fronsac, le fils du Maréchal de Richelieu. Lors du bal de l'Opéra, au cours duquel les filles masquées, choisissent librement un galant parmi les hommes au visage découvert.
Les rapports concernant le comportement sexuel des filles de l'Opéra et des théâtres ou celui de leurs consoeurs entretenues n'aboutissent pas à des poursuites judiciaires. Il ne faut nullement en conclure que la police tourne à vide, comme une mécanique entraînée par des habitudes de surveillance systématique. Il ne s'agit en tout cas jamais de punir, sauf parfois de manière morale, en convoquant quelqu'un devant le lieutenant général pour lui faire peur, voire en avertissant des parents ou des proches.
Il ne faut pourtant pas croire sur parole les auteurs des rapports relatifs aux filles de l'Opéra, dont l'une ds principales raisons d'être est de permettre de juteuses escroqueries à la paternité visant des célébrités de l'époque.
Quelquefois, il est vrai, il s'agit d'aider une demoiselle en détresse en faisant pression pour obliger un roué aussi impécunieux que récalcitrant à endosser le rôle.
Ces policiers corrompus y compris leur chef et le ministre de tutelle chargé de la Maison du Roi profitent des faiblesses du corps de l'Etat sans chercher le moins du monde à le détruire ni à le réformer, car ce serait tuer la poule aux œufs d'or.
Avec aveuglement, ils le conduisent à sa perte, même si personne n'imagine alors qu'une révolution sera nécessaire pour éradiquer de telles pratiques.

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Re: Les filles de l'Opéra

Message par Invité le Mer 24 Sep 2014, 18:10

A la Comédie Française, Mlle de Raucourt devenant de plus en plus connue, c'est Elisabeth Vigée Lebrun en personne qui en fait son éloge :
" Elle joignait un air de décence remarquable, et une réputation de sagesse austère qui la fit rechercher par nos plus grandes dames; on lui donnait des bijoux, des habits de théâtre, et de l'argent pour elle et pour son père qui ne la quittait jamais."

Voltaire du fond de sa retraite de Ferney, s'intéressait aux actualités parisiennes; celles-là ne le laissa pas indifférent. Un soir, Mlle de Raucourt et son père dînaient chez le Maréchal de Richelieu, l'un des gentilshommes de la Chambre du Roi, quand on apporta une lettre de Ferney.
Les nouvelles de Voltaire intéressant tout le monde, Richelieu pria le Marquis de Ximenés de faire à haute voix la lecture du billet.
Après avoir traité divers sujets, le patriarche entamait la question Raucourt : "Votre nouvelle recrue, disait-il au Maréchal, n'est plus fille neuve; un genevois l'a eue pour maîtresse lors de sa tournée en Espagne, au reste, elle sera bientôt à quelque seigneur de la Cour."
A ce passage, Mlle de Raucourt suffoqua d'indignation...
D'Alembert écrivit aussitôt à Voltaire l'effet de son malencontreux billet, et le poète , désireux de panser la blessure de sa victime, lui envoya ces vers en guise d'excuses :
Raucourt, tes talents enchanteurs
Chaque jour te font des conquêtes,
Tu fais soupirer tous les cœurs,
Tu fais tourner toutes les têtes...
Mais ton cœur est fait pour aimer,
Et ce cœur n'a rien dit encore...
Bientôt un mortel amoureux
Te fera partager sa flamme :
Heureux, trop heureux cet amant
Pour qui ton cœur deviendra tendre,
Si tu goûtes le sentiment,
Comme tu sais si bien le rendre !

( Archives.org )

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