Le 8 et le 9 Thermidor an II

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Message par attachboy Jeu 23 Jan 2020, 20:31

Je viens de m'apercevoir, puisque nous parlons depuis plusieurs jours de Robespierre, que nous n’avons pas de sujet consacré au 9 Thermidor, jour de la chute de Robespierre. J'ouvre donc son sujet, avec mon petit baratin..

Hop!

Durant l'été de 1794, Paris est plus que jamais la proie de la terreur. La loi du 22 Prairial, qui prive les accusés d'avocats et de la moindre possibilité de se défendre, transforme le tribunal révolutionnaire et l'échafaud en une usine à couper des têtes. Autant dans la population que dans les travées de la convention, on commence à en avoir assez de toutes ces morts. On a la « nausée de la Guillotine ».

De plus la loi du « Maximum général », qui limite le prix des denrées, mais  aussi les montants des salaires, achève de démolir une économie déjà moribonde. C'est le règne du marché noir , et le mécontentement est général.

De tout cela, on commence à rendre responsable celui qui dirige véritablement la France : Robespierre, qui, avec ses partisans qu'il a placé à tous les postes clés, domine autant la convention que le comité de Salut Public, qui constitue le pouvoir exécutif.

Robespierre fait peur. Une peur qui est telle, nous raconte Barras, « qu'on a vu un membre de la convention nationale, qui se croyait regardé par le dictateur au moment où il portait la main à son front d'un  air rêveur, la retirer avec vivacité en disant il va supposer que je pense à quelques chose.. »

Certains supportent  de plus en plus mal l'omniprésence de l'Incorruptible et de son entourage. Ce dernier a déjà éliminé les Girondins, il a éliminé Hébert et sa clique « d’enragés ». Il a ensuite éliminé Danton et les Indulgents. Et nombreux sont ceux qui se demandent qui sera le prochain... En tête de ceux là, les représentants en mission, que l'on appelle les « proconsuls de la férocité » tant ils ont fait couler le sang. Tel Collot d'Herbois, Carrier, Fouché... ils le savent, eux qui ont tant guillotinés, qui c'est la guillotine qui les attend...

Le colère qui couve au sain de la Convention éclate le 8 Thermidor. Ce jour là, Robespierre, après plus d'un mois ou il s'est mit en retrait (ce dont ses adversaires ont profité), monte à la tribune pour un discours fleuve de deux heures, dans lequel il se défend d'être un dictateur, et surtout, dans lequel il promet, une fois de plus, d'épurer la Convention et les comités. Il commet cependant l'erreur de ne nommer personne. Une erreur qui lui sera fatale...

Le premier à réagir et le seul dont l'incorruptible ait donné le nom : Cambon. Ce dernier se lève et ose déclarer
—  Il est temps de dire la vérité : un seul homme paralyse la Convention : c'est Robespierre !
— Quand on se vante d'avoir le courage de la vertu, enfonce Charlier, il faut avoir celui de la vérité ! Nommez ceux que vous accusez !

Au milieu du tumulte, des cris de « nommez les ! Nommez les » se font entendre. Robespierre n'en démord pas et quitte la tribune sans ajouter un mot. L’impression de son discours, qui, d’ordinaire, n'est qu'une formalité, est âprement discuté. Collot d'Herbois et Billaud-Varenne  sont les plus virulents. Lorsque la séance se termine, Robespierre ne sort pas Victorieux. L’incorruptible riposte le soir même au club des Jacobins. Son discours est relu et acclamé, tandis que Billaud-Varenne et Collot d'Herbois sont conspués et expulsés séance tenante du club. Le président du tribunal révolutionnaire, Dumas, leur lance en guise d'adieu

— Je vous attends demain au tribunal révolutionnaire !

La menace est à peine voilée... En cette nuit où la chaleur s'abat sur Paris, chacun fourbit ses armes. Dans les appartements des uns et des autres, dans les bureaux des comités aux Tuileries, se succèdent réunions et conciliabules, chaque camp compte ses alliés. Du coté de Robespierre, on trouve son frère Auguste, Couthon, et l'âme damné de l'incorruptible, Saint Just. Face à eux, Billaud Varennes et Collot d'Herbois. Barère attend prudemment de voir qui sera le vainqueur.  Fouché, lui, a disparu...  Tous le savent : ceux qui perdront la partie graviront l’échelle de Sanson.
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Dernière édition par attachboy le Jeu 23 Jan 2020, 21:03, édité 2 fois

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Message par attachboy Jeu 23 Jan 2020, 20:41

La suite : Very Happy


Le lendemain, 9 Thermidor, la séance s'ouvre à midi dans une tension palpable. Collot d'Herbois s'installe au bureau du président. Avec Billaud Varenne, ils ont décidé de régler définitivement son compte au dictateur. Tallien, dont l'épouse s’apprête à comparaître devant l'impitoyable Fouquier Tinville,  joue autant sa vie que celle de sa femme...

Saint Just monte le premier à la tribune, ne peut terminer son discours. Il est interrompu, d'abord par Tallien, puis par Billaud Varenne, qui attaque violemment Robespierre, dénonçant les menaces de la veille au club des jacobins, et accusant Robespierre et sa clique de préparer l'égorgement de la Convention. Le désordre et le tumulte règnent dans la salle, autant parmi les conventionnels que dans les rangs du public.

Robespierre se lève, demande la parole qui lui est refusée au milieu d'un brouhaha total.  Billaud Varenne et Tallien se cramponnent  à la tribune, font discours sur discours, accusant Robespierre, qui,  accablé  d'insultes et d' « A bas le tyran », ne peut plus placer un mot. Depuis son fauteuil de président, Collot d'Herbois agite sa cloche, refusant la parole aux partisans de l’Incorruptible qui perd pied. Thuriot, ami de Danton, remplace Collot d'herbois épuisé, alors que Barère   remplace Billaud Varennes qui n’a plus de voix.  Assailli d’émotion, d' incompréhension et de rage, Robespierre voit toute la Convention se retourner contre lui.
— Président des assassins, finit il par jeter, enroué, me donneras-tu la parole ?
— C'est le sang de Danton qui t’étouffe ! lui jette à la face le boucher Legendre.

Et c'est un illustre inconnu qui lance enfin ce que tout le monde attend : une demande d'accusation contre Robespierre. Celle ci est adoptée séance tenante, au milieu d'applaudissements et d’acclamations. Robespierre, son  frère  Augustin, Saint Just, Couthon et Lebas sont arrêtés, et embarqués par les gendarmes.

Robespierre est à terre, mais il n'est pas encore vaincu. Car si la convention a pour elle, la loi légale, Robespierre, lui, a à sa botte la commune insurrectionnelle mise en place par Danton en 1792. Et la commune contrôle Paris depuis l'Hôtel de Ville. Elle contrôle surtout la garde nationale que commande  Hanriot. Et la commune, prévenue de ce qui se passait à la Convention, n'est pas restée inactive. Elle a fait prévenir les quarante huit sections de Paris, rassembler ses troupes,  et fait passer dans toutes les prisons la consigne de refuser tout nouveau prisonnier. Lorsque Robespierre et ses amis arrivent, encadrés par les gendarmes, à la prison du Luxembourg, le concierge referme son guichet et refuse d'incarcérer les prisonniers. Commence alors pour Robespierre et les autres, une étrange errance, de prisons en postes de police, il est refusé partout. La commune s'y emploie. La commune, il finit par y parvenir. Robespierre et ceux qui le soutiennent encore se retranchent à l’Hôtel de ville, où l'ordre de fermer les barrières et de faire sonner le tocsin est donné.

Une nouvelle fois, L'Hôtel de Ville et les Tuileries s'opposent. Et cette fois, se sont les Tuileries qui vont gagner.. Hanriot, qui à la tête de la garde nationale, organise l'encerclement de la Convention, échoue. Les canonniers refusent de tirer, les soldats refusent d'obéir. A l'Hôtel de Ville, Robespierre tergiverse. Il semble désemparé, hésite à emprunter, de nouveau, la voix de l’insurrection. D'autant que les Danton, Hebert, Chaumette, qui étaient si habiles à entraîner les foules dans ces mouvements populaires,  ne sont plus là ! Il a perdu, autant le soutien de l'armée, que celui des Parisiens, fatigués de la vie chère, du sang, étouffés par le « maximum ».
Arrivée des troupes de la convention devant l'Hôtel de Ville...


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Les rangs devant l'Hôtel de ville sont de plus en plus clairsemés. Et lorsque, la nuit noire venue et la pluie tombant, Barras y arrive à la tête des troupes de la Convention, Il ne rencontre guère de résistance. La convention a mis la Commune hors la loi. Hors la loi également, Robespierre et tous ceux qui l'ont suivi. Ce qui veut dire qu'aussitôt appréhendé, se sera direction l’échafaud immédiatement...

Arrestation de Robespierre


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Barras entre dans l'hôtel de ville. Hanriot, saoul comme un cochon, incapable de contrôler ses troupes qui l'ont abandonné, est jeté par une fenêtre. Augustin, le jeune frère de Robespierre, se suicide et se jette par la fenêtre à son tour. Il ne réussit qu'à se briser la cuisse. Couthon, le paralytique, abandonné par le valet qui d’ordinaire le porte, dégringole les marches de l'escalier et se blesse gravement. Le député Lebas, se tire une balle dans la tête. Quand à Robespierre, il se retrouve, lui aussi, la mâchoire fracassé par une balle. A il  tenter de se suicider ? Le gendarme Merda a-t- il tenter de le tuer ? Ou bien l'incorruptible a il été blessé alors que ce même gendarme tentait de le désarmer ? On ne saura jamais... Toujours est-il que, de ce piteux cortège que l'on traîne en pleine nuit au Comité de Salut public au Tuileries, Saint Just est le seul à ressembler encore à quelques chose...

Robespierre, blessé à la mâchoire, est étendu sur une table dans l'anti-salle du Comité de salut public


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Le lendemain, 10 Thermidor, à 18 heures environs, Robespierre, mourant, est guillotiné avec vingt autres personnes. Parmi eux, Couthon, Saint Just, le bas, (qui n'est plus qu’un cadavre), Hanriot, mourant lui aussi et l’œil pendant de son orbite (beurk ! ), Fleuriot Lescot, le maire de Paris, le président du tribunal révolutionnaire Dumas, Vivier, président des Jacobins, et le geôlier du dauphin, Simon. Les jours suivant, les robespierristes, membres de la commune et autres buveurs de sang suivront sur l'échafaud celui qu'ils soutenaient.

Billaud Varennes et Collot d'Herbois ne s'en tireront pas pour autant. Ils seront déportés en Guyane. Carrier, Fouquier-Tinville et d'autres doivent rendre à leur tour des comptes et finissent sur l'échafaud comme leurs victimes. Un an plus tard, la Convention fait place au Directoire.  Un régime tellement pourri que se sera un jeu d'enfant, pour le jeune Bonaparte, de le mettre à la porte après quatre an d'existence et de s'en emparer ...

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