Les microscopes dits « de Louis XV »

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Message par La nuit, la neige Mer 23 Nov 2022, 18:40

Mise en lumière ce bel et rage objet présenté à l'occasion de l'exposition en cours au château de Versailles Louis XV, passions d'un roi
Les microscopes dits « de Louis XV » Micros10
Microscope tripode
Exécuté sur ordre du roi, vers 1750, sous la direction du duc de Chaulnes
par Claude-Siméon Passemant (ingénieur) ; bronzes attribués à Jacques et Philippe Caffieri.
Bronze ciselé et doré, acier, acajou, galuchat, lentilles en verre, miroir.
H. 55 cm
Image : Château de Versailles / Christophe Fouin.


Le microscope de Louis XV

Ce célèbre microscope tripode fait partie des six uniques exemplaires répertoriés à ce jour dans le monde. Cet instrument rarissime allie la plus haute technologie de l'époque à la perfection artistique. Commandé par Louis XV à Claude-Siméon Passemant, il est constitué d’un corps cylindrique formé de deux tubes insérés l’un dans l’autre, qui permettent la mise au point. Le corps du microscope repose sur un imposant piédestal en bronze ciselé et doré , formé de trois montants à décor ajouré composés de rinceaux et volutes feuillagés, d’agrafes et de cartouches rocaille attribués à Jacques Caffieri, sans doute en collaboration avec son fils Philippe.

Il s'agit d'une véritable prouesse technique que très peu d'ingénieurs mécaniciens étaient capables de réaliser. Ce type d'objet nécessitait une symbiose parfaite entre le mécanicien et le bronzier, la présence des bronzes n’étant pas seulement décorative, mais assurant la stabilité et la précision nécessaire aux observations scientifiques. Ces caractéristiques font de ce microscope une œuvre emblématique des collections personnelles du roi.





UN MICROSCOPE D'ELITE

Publié le 25 octobre 2022 dans Les carnets de Versailles
Par Hélène Delalex

Un tel instrument, réalisé par Passemant et Caffieri pour le roi, est rarissime : seuls six exemplaires sont répertoriés à ce jour dans le monde. Acquérir l’un d’entre eux est d’autant plus exceptionnel pour le château de Versailles que l’on sait que Louis XV en possédait un dans ses cabinets particuliers.
Les microscopes dits « de Louis XV » V_202110
Détail du microscope de Louis XV avant nettoyage.
Château de Versailles, Dist. RMN / Christophe Fouin


L’apparition sur le marché de l’art d’un instrument scientifique de premier ordre, tel que le célèbre microscope tripode réalisé sur demande de Louis XV par Claude-Siméon Passemant sous la direction du duc de Chaulnes, est toujours considérée comme un événement majeur. Le 23 novembre 2021, lors d’une vente exceptionnelle de la maison Christie’s à Paris, le château de Versailles a pu faire l’acquisition, par préemption de l’État, de cet objet emblématique des collections personnelles du roi. L’œuvre a été étudiée au Centre de recherche et de restauration des musées de France avant d’être présentée à l’exposition sur Louis XV au château de Versailles.

Le microscope est constitué d’un corps cylindrique formé de deux tubes insérés l’un dans l’autre : le tube extérieur a conservé son galuchat, d’un poli exceptionnel, le cylindre intérieur est garni de vélin vert doré aux petits fers et contient trois lentilles convexes. Au sommet, un embout, en forme de vase stylisé à godrons, se dévisse pour révéler l’œilleton où positionner l’œil. La mise au point est réalisée en faisant coulisser le tube de corps. L’éclairage de l’échantillon se fait au moyen du miroir concave pivotant fixé sur la terrasse, servant de condensateur de lumière.

Les microscopes dits « de Louis XV » V_202111
Image : Château de Versailles / Christophe Fouin

Passemant, ingénieur, et Caffieri, bronzier

Très peu d’ingénieurs mécaniciens étaient capables de construire un tel instrument. La fabrication de cette prestigieuse série est due à Claude-Siméon Passemant, devenu « ingénieur du roi pour les ouvrages qui donnent une juste mesure du temps », qui livra les plus beaux instruments scientifiques au souverain. Quant au cylindre du microscope, il repose sur un imposant piédestal en bronze ciselé et doré, formé de trois montants au décor ajouré composés de rinceaux et volutes feuillagés, d’agrafes et de cartouches rocaille attribués à Jacques Caffieri, sans doute en collaboration avec son fils Philippe. Ce type d’objet, à la fois instrument scientifique de haute précision et objet d’art, était particulièrement difficile à coordonner et nécessitait une symbiose parfaite entre le mécanicien et le bronzier, la présence des bronzes n’étant pas seulement décorative, mais assurant la stabilité et la précision nécessaire aux observations scientifiques. Caffieri travaillera de nouveau en collaboration avec Passemant qui lui confiera la réalisation du cabinet de bronze de la célèbre pendule astronomique, livrée en 1754.
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Image : Château de Versailles / Christophe Fouin

Les microscopes au cœur de séances d’observation privées

Alliant, à un degré d’aboutissement remarquable, la plus haute technologie à la perfection artistique, ces microscopes étaient considérés, dès leur création, comme des œuvres exceptionnelles, objets de luxe destinés exclusivement au roi et à une élite scientifique restreinte, tels Albert d’Ailly, duc de Chaulnes, physicien et membre de l’Académie royale des sciences, le duc Alexandre de La Rochefoucauld, le dauphin ou madame de Pompadour. Le coût de fabrication de ces objets dont Dom Noël faisait commerce était considérable : ils étaient vendus, selon le comte d’Angiviller, « à un prix énorme ». Au milieu du XVIIIe siècle, l’engouement mondain pour la science donna lieu à des réunions dans les cabinets privés durant lesquelles l’assistance se livrait à des observations et expériences de physique expérimentale, en particulier avec les microscopes permettant de se pencher sur un monde nouveau et fascinant, celui de l’infiniment petit.

Texte : Hélène Delalex, conservatrice du patrimoine au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Source : Les carnets de Versailles


Les gravures du père Dom Noël

Un microscope tripode identique à celui acquis par le château de Versailles était conservé au pavillon d’optique et de physique de la Muette, placé, de 1759 à 1775, sous la garde du père Dom Noël. Ce dernier fit graver tardivement une série de vingt-et-une planches décrivant les plus beaux instruments de la collection royale, dont trois consacrées au microscope tripode. Par ailleurs, l’étude des inventaires indique que Louis XV en possédait un – le même ou un autre – dans les armoires de son grand cabinet intérieur ou de sa garde-robe au château de Versailles, aux côtés d’autres instruments scientifiques personnels tel le grand cadran solaire inclinant universel à minutes mécanique inventé par Julien Le Roy.
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Microscope tripode du pavillon d’optique et de physique de la Muette
gravé par Dom Noël, fº 18 recto, dans Instruments scientifiques, suite de XXI planches, gravées sous la direction de Dom Noël, garde du cabinet royal de physique, représentant les élévations et coupes de plusieurs télescopes et microscopes se voyant audit Cabinet a Passy, près de la Meute, Basan et Poignant, [s.d.]
Image : Château de Versailles / Christophe Fouin.


Les microscopes dits « de Louis XV »

Ces microscopes, réalisés durant une courte période de production, vers 1750-1754, sont de deux types : le premier est le microscope tripode, dérivé du microscope à double réflexion, inventé par le fabricant anglais renommé Edmund Culpeper vers 1730. Le deuxième est un microscope à base carrée dit « du duc de Chaulnes », dérivé du modèle inventé par le fabricant anglais John Cuff en 1743, muni notamment d’une invention nouvelle : celle du micromètre à pointes permettant une plus grande précision dans la mesure des objets observés. Seuls dix exemplaires de ce second modèle sont aujourd’hui répertoriés. Leurs coffrets contiennent dans les tiroirs, en plus des différentes lentilles, des cheveux, ailes de mouches et autres puces à observer.

Source texte : Les carnets de Versailles
La nuit, la neige
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