Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

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Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Mme de Sabran le Lun 01 Juin 2015, 23:07

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Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas



Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas est un homme politique français, né à Versailles le 9 juillet 1701 et mort en cette même ville le 21 novembre 1781. Il fut Secrétaire d'État à la Marine de Louis XV de 1723 à 1749. Après une longue disgrâce, il devint ministre d'État à l'avènement de Louis XVI en 1774 jusqu'à sa mort en 1781.

Biographie

Maurepas était doué d'une intelligence vive et d'une grande finesse, mais il était frivole et égoïste, ainsi que le note par exemple Mme de Tencin. Ironique, mordant, sarcastique, voire facétieux, « il n'était pas ce que l'on appelle méchant », écrit le baron de Besenval, mais il ne résistait jamais au plaisir d'un bon mot. De figure banale et de petite taille, il essayait de compenser la médiocrité de son physique par le soin de sa mise et une affectation de raideur et de gravité. S'il n'était pas très cultivé, il était doué d'une mémoire prodigieuse et d'un véritable talent pour la conversation. Intuitif, d'après l'abbé de Véri « son jugement sur les hommes était rarement mis en défaut », mais il lui manquait souvent de s'y tenir lui-même.

Fils de Jérôme Phélypeaux, comte de Pontchartrain, Secrétaire d'État à la Marine et à la Maison du Roi, Maurepas, âgé de seulement quatorze ans et demi succéda, dans la seconde de ces charges à son père, que l'on avait fait démissionner en sa faveur pour s'en débarrasser. Le marquis de La Vrillière se chargea de gérer le département tout en faisant l'éducation du jeune homme, qui devint en outre son gendre en épousant le 19 mars 1718 sa fille Marie-Jeanne Phélypeaux de La Vrillière (1704-1793).





Maurepas prit en définitive ses fonctions à la Maison du Roi, avec supervision des affaires du Clergé et de Paris en 1718, à l'âge de dix-sept ans. Il devint également secrétaire d'État de la Marine le 16 août 1723, à la place de Fleuriau de Morville, nommé aux Affaires étrangères en remplacement du cardinal Dubois qui venait de mourir. Il le resta jusqu'au 23 avril 1749. C'est durant cette fonction de secrétaire d'État à la Marine qu'un fort français de la Nouvelle-France fut nommé en son honneur, le Fort Saint Frédéric. Il utilisa le négociant Vincent de Gournay, en pleine guerre pour faire de l'espionnage en Angleterre, en Hollande et dans les États allemands.


Parade navale organisée par Maurepas .




Maurepas fut un très habile ministre de la Marine, de 1723 à 1749.

Protection du commerce. C'est la mission essentielle que Maurepas a fixé à la Marine royale. Les vaisseaux ont ordre de se sacrifier en cas d'attaque de la Royal Navy pour sauver le convoi marchand, tactique qui réussit jusqu'en 1747.

Authentiquement intéressé par les questions scientifiques, ami du malouin Maupertuis, il l'envoya en Laponie faire une série de relevés et d'études. Il fit travailler les meilleurs esprits pour améliorer les techniques de navigation et de construction navale. Il fut un ministre de la marine discret mais très efficace, battant des records de longévité. C'est avec beaucoup de talent qu'il utilise des crédits insuffisants pour moderniser la Marine royale des années 1730-1740. Il visite les ports, rencontre les constructeurs et favorise l'émergence de nouvelles techniques de construction. Il fait remonter peu à peu les effectifs des vaisseaux et des frégates, restés longtemps à un très bas niveau (depuis 1708) à cause de la grave crise financière de la fin du règne de Louis XIV. C'est à lui que l'on doit l'apparition des vaisseaux de 74 canons qui surprennent la Royal Navy par leur puissance de feu et leur manœuvrabilité pendant la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748).

Maurepas gère au mieux la marine pendant ce conflit alors que la Royal Navy garde malgré tout un fort avantage en nombre d'unité, de presque 2 pour 1. Le début de la guerre est marqué par une défaite française : la prise de la forteresse de Louisbourg en 1745 qui défend l'entrée du Saint-Laurent et du Canada. La place s'est laissée surprendre par un débarquement improvisé. Maurepas décide aussitôt d’envoyer une puissante escadre reprendre Louisbourg : 55 (ou 60) bâtiments portant 3 500 hommes de troupe escortés par 10 vaisseaux, 3 frégates et 3 navires à bombarde, commandés par le duc d'Anville. Le plan, très ambitieux, prévoit aussi de reprendre Port-Royal, l'ancienne capitale de l'Acadie devenue Annapolis et rien moins que la destruction de la ville de Boston (!) Mais l’expédition se traîne dans une interminable traversée de l’Atlantique (du 22 juin au 12 septembre 1746) où elle est bousculée par une terrible tempête lorsqu'elle arrive sur place. Elle tourne ensuite à la catastrophe sanitaire. Le scorbut, puis une toxicose liée à la mauvaise qualité des vivres se déclare et décime les équipages. 800 soldats et 1 500 matelots décèdent en quelques jours.
D’Anville, emporté par une crise d’apoplexie s'écroule sur le gaillard d'arrière de son vaisseau. La Jonquière qui reprend le commandement fait une ultime tentative avec 4 vaisseaux et ce qui reste du convoi contre la ville d'Annapolis. Mais la tempête s'en mêle à nouveau alors que l'épidémie poursuit ses ravages. La Jonquière décide de rentrer. Les vaisseaux, réduits à l'état d'hôpitaux flottants rentrent en ordre dispersé. L'escadre a été vaincue par la maladie sans même avoir rencontré l'ennemi.
Louisbourg restera entre les mains des Anglais jusqu’à la fin de la guerre et sera échangée contre Madras, grosse place anglaise en Inde dont les Français de Dupleix se sont emparés. Cet échec ne doit pas faire oublier la très bonne tenue de la marine pour maintenir ouvertes les routes commerciales.





Lors de ce conflit Maurepas organise de grands convois marchands escortés par la marine royale pour protéger ceux-ci des attaques anglaises. La réussite de cette tactique assure le maintien du commerce colonial français et les chambres de commerce félicitent même les capitaines français pour leur efficacité. Ces missions obscures, oubliées pendant longtemps des historiens assurent tant bien que mal la liberté des mers pour les Français. Il faut attendre 1747, pour que la Royal Navy tirant l'expérience de ses échecs, réussise à reprendre le dessus lors des terribles batailles du cap Ortegal (mai 1747) et du cap Finisterre (octobre 1747). Mais la paix, signée l'année suivante assure le succès global de la marine royale qui a su résister pendant l'essentiel de la guerre à la pression anglaise.
Notons que la Royal Navy, surprise par la qualité des vaisseaux français, intègre immédiatement dans ses rangs les unités qu'elle a capturées lors des batailles de 1747 et se met aussi à les copier. Le renvoi de Maurepas en 1749 suite à une cabale de Cour apparait comme une lourde perte pour la marine.

Il fut aussi un membre très influent de la haute noblesse franc-maçonne. Sa carrière fut surtout marquée par ses démêlés avec les maîtresses du Roi, placées par Mme de Tencin qui, pour des raisons politiques, le détestait également :

  « C’est un homme faux, jaloux de tout, qui, n’ayant que de très petits moyens pour être en place, veut miner tout ce qui est autour de lui, pour n’avoir pas de rivaux à craindre. Il voudrait que ses collègues fussent encore plus ineptes que lui, pour paraître quelque chose. C’est un poltron, qui croit qu’il va toujours tout tuer, et qui s’enfuit en voyant l’ombre d’un homme qui veut résister. Il ne fait peur qu’à de petits enfants. De même Maurepas ne sera un grand homme qu’avec des nains, et croit qu’un bon mot ou qu’une épigramme ridicule vaut mieux qu’un plan de guerre ou de pacification. Dieu veuille qu’il ne reste plus longtemps en place pour nos intérêts et ceux de la France. »

— Mme de Tencin, lettre au duc de Richelieu, 1er août 1743

Mme de Châteauroux le détestait également et l'appelait le « comte de Faquinet ».
Tombé malade à Metz, Louis XV l'avait renvoyée dans un accès de dévotion, mais il renoua avec elle une fois rétabli et ce fut Maurepas qui fut chargé de lui apporter la lettre du Roi qui le lui annonçait. La duchesse se proposait de le faire renvoyer sans tarder, mais elle n'en eut pas le loisir car elle mourut peu après le 8 décembre 1744, coïncidence qui amena certains à parler — quoique ce fût bien invraisemblable — de poison.

Avec Mme de Pompadour, les difficultés vinrent du tempérament facétieux de Maurepas, qui le poussait à répéter les libelles répandus contre la favorite. Chargé d'en poursuivre les auteurs, on l'accusait de ne les rechercher qu'avec peu de zèle, voire d'être l'auteur de certaines chansons.


La disgrâce (1749-1774)


L'une de ces accusations parut plus sérieuse que les autres : Maurepas fut disgracié en 1749 et exilé à quarante lieues (environ 160 km) de Paris.

Il choisit d'abord Bourges, dont le cardinal archevêque, Mgr de La Rochefoucauld, était son cousin, logeant dans un petit pavillon dépendant du palais archiépiscopal. C'est là qu'il se lia avec l'abbé de Véri, alors grand vicaire. Puis, en 1752, il reçut l'autorisation de s'installer dans son château de Pontchartrain. Enfin, l'exil ayant été commué, en 1756, en une simple interdiction de paraître à la Cour, il se partagea entre cette campagne et Paris.

« Le poste de ministre exilé », écrit Edgar Faure, « était celui où Maurepas pouvait le mieux déployer ses qualités chatoyantes. Il y fit longue et brillante carrière. » Doté d'une grande fortune, sachant recevoir agréablement, le comte et la comtesse de Maurepas recevaient, dans leur exil, de nombreuses visites. Maurepas entretenait une abondante correspondance avec le personnel politique, les savants et les hommes de lettres, qui le consultaient sur toutes les affaires importantes du temps.


Ministre d'État de Louis XVI (1774-1781)


Vingt-cinq ans plus tard, dès son avènement (mai 1774), Louis XVI nomme Maurepas ministre d'État. Il ne fut pas nommé principal ministre en titre, mais il eut la préséance dans le Conseil. Lui-même se présentait comme le Mentor du jeune roi. « Le comte de Maurepas », note le prince de Montbarrey, « le premier quart d'heure de son installation, eut l'air d'occuper une place qu'il n'avait jamais quittée. »

L'historien Jean-Christian Petitfils décrit l'action de Maurepas comme un règlement de comptes avec Louis XV. La vindicte de Maurepas fait chuter le triumvirat impopulaire, légué par feu le roi, composé du chancelier Maupeou, du contrôleur général Terray et du secrétaire d'État d'Aiguillon (un de ses neveux), qui, depuis trois ans, travaillaient, non sans succès, au rétablissement des finances, et du pouvoir royal (l'action diplomatique du duc d'Aiguillon est plus sujette à caution, confer le premier démembrement de la Pologne 1771)[réf. nécessaire]. Maurepas fit nommer Turgot aux finances, le très populaire Malesherbes, à la Maison du Roi et Vergennes, aux Affaires étrangères.

Il commit l'erreur de rappeler les Parlements, qui avaient été suspendus par Maupeou en 1771, remettant en selle le pire ennemi du pouvoir royal. Jaloux de son ascendant sur Louis XVI, il intrigua contre Turgot dont la disgrâce en 1776 fut suivie après six mois de troubles par la nomination de Necker. En 1781, Maurepas se détourna de Necker comme il s'était détourné de Turgot.

Il mourut à Versailles le 21 novembre 1781 âgé de 80 ans. Son héritière universelle fut Adélaïde-Diane-Hortense Mancini-Mazarini (1742-1808)n 3, duchesse de Brissac par son mariage avec Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac, fille d'Hélène-Angélique Phélipeaux de Pontchartrain (1715-1782).

Merci Wiki !  Very Happy


La nuit, la neige avait écrit, devinez où ?

Selon le Comte de Viel-Castel, la nomination de Maurepas serait à la base une erreur, un coup monté par Adélaïde qui aurait changé au dernier moment la destination de la lettre de rappel préparée par Louis XVI, pour M. Machaud.

Voici donc deux versions...différentes !  Wink  Laughing

Je cite :

La princesse (dans le texte il s'agit de Mme Adélaïde) apprit aussi à mon père comment M de Maurepas s’était fait ministre.
A la mort de Louis XV, ses filles, qui l’avaient soigné pendant sa petite vérole, devaient, selon l’inexorable étiquette, être séparées du nouveau roi.
Celui-ci, à qui son père le Dauphin avait recommandé de toujours prendre les conseils de sa tante Adélaïde, lui écrivit pour lui demander à qui il devait confier le soin de ce royaume qui lui tombait sur les bras. Madame Adélaïde lui répondit que monsieur le Dauphin n’aurait pas hésité à appeler M. de Machault. On expédia un courrier à M. de Machault.
Nouveau billet du Roi : que fallait-il décider pour les funérailles ? Quelles étaient les étiquettes ? A qui s’adresser ?
Réponse de Mme Adélaïde : Personne n’était plus propre par ses souvenirs et ses traditions que M. de Maurepas à se charger de ces détails. Le courrier pour M. de Machault n’était pas encore parti.
La terre de M. de Machault est à trois lieues au-delà de Pontchartrain, par des chemins alors affreux. On le chargea de remettre en passant la lettre pour M. de Maurepas.
Le vieux courtisan, ennuyé de son exil, arriva immédiatement. Le Roi l’attendait avec impatience ; il le fit entrer dans son cabinet.
Pendant qu’il s’entretenait avec lui, on vint avertir que le conseil était assemblé. L’usage voulait que chaque ministre fût averti chaque fois par l’huissier.
Le manque de cette formalité fermait l’entrée du conseil ; c’était l’équivalent d’un renvoi. L’huissier du conseil, voyant M. de Maurepas dans cette intimité avec le nouveau Roi et sachant qu’il avait été mandé, le regarda en hésitant ; le Roi ne dit rien, mais se troubla.
M. de Maurepas salua comme s’il avait reçu le message ; le Roi passa sans oser lui dire adieu.
M. de Maurepas suivit, s’assit au conseil et gouverna la France pendant dix ans.
Lorsque M. de Machault arriva, quelques heures après, la place était prise. Le Roi lui dit quelques lieux communs, lui adressa des compliments et le laissa repartir.
Madame Adélaïde s’affligea, se plaignit, mais elle et son neveu étaient Bourbon, comme elle disait, et n’avaient pas assez d’énergie, ni pour résister aux volontés des autres, ni pour s’y associer pleinement.(1)
Si Thoiry avait été en deça de Pontchartrain, peut-être n’y aurait-il pas eu de révolution en France".

(1)Note en bas de page : Il semble de toute façon qu’un hasard ou une intrigue de dernière minute soit responsable du choix de Maurepas, alors que Mme Adélaïde s’était donnée beaucoup de mal en faveur de Machault.

Mémoires de la comtesse de Boigne

Je cite :

"La circulation entre Choisy et Paris était immense : jamais on ne vit plus de mouvements dans une cour.
Quelle sera l’influence de Mesdames Tantes ? De la reine ? Quel sort réservera-t-on à la comtesse du Barry ? Quels ministres le jeune roi va-t-il choisir ?
Toutes ces questions furent décidées en peu de jours.
Il fût arrêté que l’âge du roi exigeait qu’il eût près de lui une personne de confiance ; qu’il y aurait un Premier Ministre, et les yeux se fixèrent sur MM. De Machault et de Maurepas, tous deux fort âgés : le premier, retiré dans sa terre auprès de Paris ; le second à Pontchartrain, où il avait été très anciennement exilé.
La lettre pour rappeler M. de Machault était écrite, lorsque Mme Adélaïde obtient la préférence de ce choix important en faveur de M. de Maurepas. On rappela le page qui était muni de la première lettre" (1).

(1) Note de Mme Campan : Ce fait a été mis en doute, mais je puis assurer que Louis XVI s’adressa à M.Campan pour rappeler le page ; qu’il le trouva prêt à monter à cheval, le fit remonter pour rendre sa lettre au roi lui-même ; et que la reine dit à ce sujet à mon beau-père : « Si la lettre eût été partie, M. de Machault eût été Premier Ministre, car jamais le roi n’eût pris sur lui d’écrire sur lui une seconde lettre contraire à sa première volonté ».

Mémoires de Madame Campan

Suspect  Laughing

Joël Félix  (  Louis XVI et Marie Antoinette, un couple en politique ) te répond :

Les Mémoires du temps ne fournissent aucun élément qui permette de savoir quels furent les membres de la famille royale qui désignèrent, parmi les noms griffonnés par le père de Louis XVI, les trois personnes qui semblèrent dignes de considération. Le cardinal de Bernis fut immédiatement rejeté en sa qualité d'homme de lettres et comme l'auteur de l'alliance autrichienne. Une tradition historique a répété que le roi se décida ensuite pour Machault d'Arnouville et lui écrivit aussitôt pour l'inviter à se rendre à ses côtés. La contradiction des témoignages sur ce point suggère que Machault, à la différence de Bernis, fut considéré comme un candidat très sérieux par les tantes mais que Madame Adélaïde, sur l'intervention probable de l'abbé de Radonvilliers, rappela que la politique de ce ministre avait donné lieu, lors de la création de l'impôt du vingtième en 1749, à une crise politique entre le gouvernement, le clergé et les parlements.
À défaut de preuve décisive, l'Histoire doit se contenter de retenir que Louis XVI choisit finalement d'appeler le comte de Maurepas et lui adressa la lettre suivante, entièrement écrite de sa main et de son chef, qui résumait assez bien son état d'esprit dans les premières heures de son règne:

"Monsieur, dans la juste douleur qui m'accable et que je partage avec tout le royaume, j'ai pourtant des devoirs à remplir. Je suis roi: ce seul mot renferme bien des obligations, mais je n'ai que vingt ans. Je ne pense pas avoir acquis toutes les connaissances nécessaires. De plus, je ne puis voir aucun ministre, ayant été tous enfermés avec le roi dans sa maladie. J'ai toujours entendu parler de votre probité et de la réputation que votre connaissance profonde des affaires vous a si justement acquise. C'est ce qui m'engage à vous prier de vouloir bien m'aider de vos conseils et de vos lumières. Je vous serai obligé, Monsieur, de venir le plus tôt que vous pourrez à Choisy où je vous verrai avec le plus grand plaisir. Louis-Auguste".
[/quote]

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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Mme de Sabran le Mar 02 Juin 2015, 19:14

Ah bien, ça par exemple !!!  :  Mme de Maurepas avait l'accent du terroir !
En tout cas, à en croire la marquise de Créquy ...
... qui nous dit que :



M. de Maurepas ne justifia point du tout la confiance du Roi son maître .    Ce vieux ministre de la régence n'avait rien perdu de son ancienne légèreté, et n'avait acquis aucune sorte d'expérience ; il avait seulement augmenté de suffisance et de causticité, et comme il se jugeait absolument nécessaire, il se montra d'une exigence intraitable. J'ai toujours pensé qu'il n'avait guère de religion, mais je crois bien qu'il avait de la bonne foi dans les transactions sociales et de la probité pécuniaire. Il avait d'ailleurs une sorte d'instinct malicieux et d'esprit corrosif, à la manière des Broglie ;et c'était du reste l'incapacité dans l'arrogance, et la fatuité dans la décrépitude.

Comme je ne compte pas vous écrire un abrégé chronologique de l'histoire de France, je ne vous détaillerai pas journellement les fautes politiques et les bévues administratives de M. de Maurepas, dont la folle confiance et l'engouement pour M. Necker ont déterminé la révolution française.
Je ne compte pas discuter toutes ces grandes questions qui ne sont que du domaine de l'histoire, et qui demanderaient plus de temps et d'étendue que je ne puis leur en accorder : je vous parlerai seulement des choses qui seront à ma connaissance. Quand il est question d'émettre un avis sur un acte politique, tout le monde ne saurait en parler avec les mêmes détails et la même autorité, ce qui fait que mon récit ne s'accorder pas toujours avec les écrivains de mon temps. Quand il est question de juger un premier ministre, chacun a ses motifs d'indulgence ou ses griefs contre lui ; mais vous pensez bien que M. le duc de Penthièvre et le baron de Breteuil auront pu me donner des informations plus certaines et plus exactement précises que celles que MM. Grimm et Diderot, par exemple, auront pu recevoir de leurs amis.
Ce sont les menus détails qui forment l'ensemble, et nous allons commencer par les petites choses.

Le caractère de Mme de Maurepas, qui était sœur du duc de la Vrillière, et Phélippeaux de corps et d'esprit, nuisait beaucoup à la considération de son mari par les lésineries, sa parole acerbe et sa domination revêche. Je l'avais beaucoup vue chez sa belle-sœur et ma bonne amie, Mme de Saint-Florentin ; je connaissais fort bien ses défauts, qui ne me déplaisaient pas trop, parce qu'elle était bien naturelle, et je ne la haïssais pas du tout, parce qu'elle avait un véritable attachement pour moi ; j'avais beau la gronder ou la rebuter, rien n'y faisait.

— Mon Dieu ! faut-il que j'aye eu de guignon pour aller m'affectionner à une mauvaise comme vous, qui me malmène sans fin ni cesse et sans rime ni raison
, me disait-elle dans son beau langage du temps de la régence, car elle et M. de Richelieu s'étaient perpétués dans cette affectation de vulgarité qui était devenue pour eux une seconde nature. — Vous criez sus moi parce que j'tracasse, à ce que vous dites, et que j'ruchonne toujoux ; mais quèque vous voudriez, poursuivait cette drôle de femme en se revêchant, quèque vous voudriez que j'aurais pris l'habitude de faire à Pontchartrain, quarante années durant par lettres d' cachet, sinon de m'en r'chigner, d' grogner tout le monde et d' ménager pour payer nos dettes avec celles de M. de Pontchartrain, qui fait l' Salomon, de M. de la Vrillière, que Dieu confonde !... et puis celles de l'Archevêque de Bourges, qui fait r'bâtir des châteaux pour son imbécile de frère ; et jusqu'à M. le Marquis de Phélippeaux, qui se trouvait avoir des dettes. C'est que j'en ai payé pour onze millions, si vous plaît, tout en lésinant comme vous dites ; et j'avais tout d' même cent treize domestiques à payer et cent dix-sept personnes à nourrir tous les jours ! C'est indigne à vous de jeter la pierre à moi, qui vous aime tant ! Riez donc, riez donc !... Vous n'avez ni cœur, ni foye, ni mou, ni rate !


Dernière édition par Mme de Sabran le Mar 02 Juin 2015, 19:20, édité 1 fois
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Reinette le Mar 02 Juin 2015, 19:18

Je crois avoir déjà lu cette façon de parler assez singulière à la cour de la part de madame de Maurepas. Ce qui ne l'empêchait pas d'être tout à fait apprécier. Enfin plutôt considérer une puissance qui compte.
Peut-être dans Nicolas Le Floch ? scratch
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Mme de Sabran le Mar 02 Juin 2015, 19:26



Madame de Créquy appelle cet accent, qui fleure bon la cambrousse ( : ), l'accent de la Régence ! Shocked
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Reinette le Mar 02 Juin 2015, 19:31

Ah oui cela me revient maintenant !!!
Dans Nicolas Le Floch, il s'agit d'une marque des vieilles personnes ayant vécu à l'époque de la Régence où apparemment il avait été de bon ton de parler comme le menu peuple. Ainsi madame de Maurepas, mais aussi le duc de Richelieu et d'autres vieillards. Very Happy
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Mme de Sabran le Mar 02 Juin 2015, 19:33

.

Voilà encore notre marquise prise en flagrant délit de dire la vérité ! Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Reinette le Mar 02 Juin 2015, 19:35

Oui mais Jean-François Parot a peut-être tout simplement lu madame de Créquy. Il n'est pas historien. :
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Lucius le Mar 02 Juin 2015, 21:16

Mme de Sabran a écrit:.

Voilà encore notre marquise prise en flagrant délit de dire la vérité ! Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing

ça reste à vérifier Wink
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Mme de Sabran le Jeu 14 Avr 2016, 10:46

...   les angoisses de Louis XVI, tout fraîchement roi  


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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Mme de Sabran le Sam 18 Fév 2017, 10:00

Vu par Talleyrand   ...    


Mis de bonne heure dans les affaires, cet homme d'état ne put être que frivole, son esprit léger, futile, mettait de l'importance à un couplet et analysait gravement une pointe; bien convaincu de son insuffisance, il la déguisait, en affectant d'être penseur, tandis qu'au lieu  d'être profond il n'était que creux . Son retour à soixante-quatorze ans lui fit perdre le peu de raison qu'il possédait.  Encore enivré d'un tel caprice de fortune, il  écarta du roi les hommes fort probes et sages, les Turgot, les Malesherbes et y imposa les Montbarrey pour exemple, ce fut lui qui fit renvoyer M. Necker ce qui fut alors une perfidie et une fraude.  Cerné par les philosophes, il soutint, pour leur plaire, l'émancipation des États-Unis, au préjudice de la justice et de la légitimité; il alla de faute en faute, de méchantes mesures empirèrent jusqu'à sa mort, qui eut lieu trop tôt ou trop tard.
Le ministre dirigeant aida sourdement à la guerre déclarée à la reine, et cela dans la crainte qu'elle ne déterminât le roi à son détriment; il supporta les empiètements des idées nouvelles à condition qu'elles le laisseraient dormir et mourir au pouvoir .

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...    demain est un autre jour .
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par La nuit, la neige le Sam 18 Fév 2017, 10:52

Redoutable portrait...
Merci. Wink
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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

Message par Majesté le Sam 18 Fév 2017, 11:13

Talleyrand... le Saint-Simon du siècle suivant :


Bien à vous.

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Re: Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas

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