Emigration et contre-Révolution

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Invité le Dim 26 Avr 2015, 17:25

Cela me plairaît à lire ! Very Happy

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Invité le Mer 29 Avr 2015, 10:33

Émigration de noblesse au cours de la révolution Français:


Bien à vous.

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Lucius le Mer 29 Avr 2015, 10:54

Complètement fantasmé ! boudoi29 (avec des robes Disney)


Dernière édition par Lucius le Mer 29 Avr 2015, 10:56, édité 1 fois
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Lucius le Mer 29 Avr 2015, 10:55

Mallet : Une jeune marquise en exile à Lauzanne

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Invité le Mer 29 Avr 2015, 11:35

Voilà une vision plus authentique, en effet ! Very Happy

Bien à vous.

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Calonne le Dim 21 Juin 2015, 10:52

L'émigration de la noblesse fût un mouvement de grande ampleur, qui s'étala sur plusieurs années. Elle commence en 1789 avec la fuite des Grands, affolés après la chute de la Bastille. Au Palais-Royal, la tête du comte d'Artois, de Madame de Polignac et même de la reine sont mises à prix...

En province, les nouvelles parviennent plus lentement, les châtelains et grands propriétaires sont encore calmes même si bientôt, la nuit du 4 Août sonne le glas : la fin des droits seigneuriaux change tout un monde. Mais la Grande Peur éclate et tout bascule : abbayes et châteaux incendiés, pillés, nobles séquestrés, massacrés... Une deuxième vague se met en branle, celle des châtelains.

Enfin, l'échec de Varennes déclenche la troisième vague : jusqu'à 100 berlines sortant de Paris en un jour...
Ces gens laissent derrière eux des biens qui ne seront pas perdus pour tout le monde : lorsque les émigrés refusèrent d’obéir au décret de 1791 (qui leur ordonnait de rentrer en France avant le 1er janvier 1792, sous peine de mort et de confiscation de leurs biens), ces derniers vinrent s’ajouter aux propriétés ecclésiastiques dans le cadre des biens nationaux.

Pour la majorité, la fuite se transforme en exil, souvent dans des conditions éprouvantes. Anciens officiers redevenus simples soldats, duchesses devenues couturières ou blanchisseuses, barons devenus porteurs d'eau ou portefaix, mépris et railleries...
Certains s'en sortent mieux : la marquise de la Tour du Pin, réfugiée en Amérique, se retrouve à la tête d'une vaste exploitation, se levant à l'aube pour s'occuper des animaux. Elle y recevra même, plus tard, un certain Talleyrand, de passage... Julie de Brionne, ancienne maîtresse de Choiseul, est parti assez pourvue pour ne pas avoir à s'inquiéter, Monsieur d'André, député de Provence aux Etats-Généraux s'enfuit avec 100 000 livres roulées dans son manteau... La comtesse de Flahaut devient romancière à succès avant d'épouser, plus tard, un diplomate portugais, le marquis de Souza...
Mais ce sont des exceptions. Châteaubriand vit dans un grenier, se couvrant d'une chaise pour avoir l'impression d'une couverture, dans un restaurant de Londres, les clients sont servis par un garçon, ancien noble émigré, qui n'a pas toujours un penny en poche...

Il faudra attendre le Consulat pour commencer à revenir, comme Lafayette qui rentre "sur la pointe des pieds" dixit Talleyrand. Beaucoup se tournent vers Joséphine, la future impératrice, pour se faire rayer de la fameuse "liste" des émigrés. Mais le retour n'est guère joyeux : propriétés dévastées et domaines saccagés, hôtels particuliers transformés en dépôt d'armes, de pain ou en siège de comités révolutionnaires, meubles vendus...
La réparation ne viendra qu'en 1825, avec la "loi du milliard" de Charles X : elle accorde aux émigrés dépossédés par la Révolution une somme égale aux revenus de leurs biens en 1789, multipliée par 20 ! Au grand scandale de la population...
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Lun 22 Juin 2015, 11:11

Calonne a écrit:L'émigration de la noblesse fût un mouvement de grande ampleur, qui s'étala sur plusieurs années. Elle commence en 1789 avec la fuite des Grands, affolés après la chute de la Bastille. Au Palais-Royal, la tête du comte d'Artois, de Madame de Polignac et même de la reine sont mises à prix...

... au café du Caveau, sous les arcades du Palais Royal .
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Mer 12 Aoû 2015, 13:46

.

Le tour de la question, vue de Suède :

Lettre du mois d'août 1791, de la duchesse de Sudermanie

Le retour du Roi n'a pas tardé. Sa Majesté est arrivée un des premiers jours de ce mois, très irritée contre la Révolution française et ne désirant que de pouvoir venger les insultes faites dans ce pays à l'autorité royale. A l'en croire, nous aurons la guerre déjà avant l'hiver, et la ligue entre les puissances, dont je vous ai parlé dans ma précédente lettre, va selon toutes les apparences se former. C'est l'Empereur qui sonne le tocsin pour les engager à venir au secours du roi de France. C'est dans le courant de ce mois que l'on va présenter la nouvelle Constitution au monarque français, mais étant prisonnier, son acceptation sera, à ce que l'on croit, regardée comme nulle par les puissances dont il a réclamé le secours. Une lettre circulaire que l'Empereur vient d'adresser aux puissances ci-dessus mentionnées prouve ses véritables intentions. Il les y invite à prendre part à la contre-révolution pour venger les injures faites à la royauté, laissant, si la voie des négociations reste insuffisante, au sort des armes à décider entre le roi et l'Assemblée nationale. Les puissances qui y prendront la plus vive part seront probablement la Russie et notre Roi mais si ce dernier en sortira glorieusement je serais vraiment surprise. La haine que l'on porte contre lui en France est terrible et toutes les gazettes sont remplies de sarcasmes. Une seule tirade de la Chronique de Paris du 16 mai prouve combien il peut risquer en poursuivant son projet d'aller lui-même venger la querelle du roi de France il y est surnommé " l'aventurier du Nord" ,  " le monarque aventurier " et " le Don Quichotte des Rois " et on l'y avertit de prendre bien garde à soi, puisqu'il risque non seulement d'être maltraité mais aussi sa vie. On y ajoute qu'il serait vraiment fort désagréable de commencer comme Alexandre ou Charles XII pour finir comme un Cartouche ou un Mandrin. Les aristocrates, au contraire, en voyant son zèle et sa colère contre les procédés de l'Assemblée nationale, espèrent qu'il pourra leur être utile par son génie incontestable surtout en tout ce qui s'appelle intrigue; mais connaissant son manque de bonne foi, on le craint en même temps, et tout l'encens qu'on lui a prodigué pendant son 'dernier voyage n'était que de la flatterie, car les Français, qui sont d'un naturel courtisan, aiment, flatter.

Le séjour ici de M. de Saint-Priest ainsi que l'arrivée prochaine d'un baron d'Escard, qui vient de la part des princes, confirment assez les plans vastes qui se trament; reste à savoir s'ils pourront être exécutés. Je crois cependant que le Roi risque beaucoup lui-même si réellement il a le dessein de secourir le roi de France, car le mécontentement de voir de nouveau éclater une guerre sera général dans le pays. C'est surtout le petit peuple qui en murmure.




Lettre du mois de septembre 1791

Tout paraît de plus en plus- prendre forme au sujet des affaires de la France et l'arrivée du baron d'Escard en paraît hâter le moment. Depuis quelque temps un bruit s'est répandu que Monsieur serait nommé régent et le comte d'Artois généralissime des troupes; mais ni l'un ni l'autre n'a jusqu'ici déployé son caractère. Ils font cependant tout au monde pour engager les puissances étrangères à venir à leurs secours. Le rôle que jouent ces princes est assez singulier de vouloir secourir leur frère. C'est aussi louable que beau mais en attirant des troupes étrangères dans leur patrie, ils peuvent être cause d'une guerre civile, ce qui est toujours la ruine d'un pays. D'ailleurs, il peut être certain qu'aucune puissance ne prend fait et cause pour une querelle de cette nature que dans son propre intérêt, et si une puissance y gagne, il faut bien qu'une autre doive y perdre, ce qui ne peut nullement être à l'avantage de la France. Il leur faut vraiment toute la routine imaginable pour s'en tirer à l'avantage de leur patrie, et ce serait un chef-d'œuvre de politique que d'obtenir le secours des puissances sans les laisser trop en profiter.





Lettre du mois de novembre 1791

Il paraît, maintenant, tout à fait décidé que la guerre avec la France n'aura lieu qu'au printemps, et jusqu'alors bien des événements peuvent arriver. On parle surtout d'une Diète qui pourrait porter de grands changements dans tout ce qui nous regarde.
Le Roi est, pour le moment, très occupé des affaires de la France. Ce sont l'Impératrice et lui qui font le plus de bruit sur cet article. Ils désapprouvent complètement la conduite de l'Empereur, qui ne paraît plus vouloir se mêler de la contre-révolution, quoique ce fût lui qui, le premier, les engagea à former une ligue commune. Les émigrations continuent, et même des familles bourgeoises quittent la France pour éviter le joug de l'Assemblée nationale, qui ne peut nullement arrêter les désordres. L'anarchie continue et leur roi n'est regardé que comme une bûche de bois, un rien auquel on fait signer tout ce que l'on veut. On profite de sa faiblesse. Mais que peut-il bien faire quand on lui met le couteau sur la gorge ? Ses frères et les émigrés le regardent toujours comme prisonnier, mais des lettres paraissent tous les jours de sa part, contresignées de ses ministres et critiquant leurs actions, les exhortant à rentrer en France et accepter la Constitution; ces lettres leur donnent des démentis et devraient bien témoigner qu'il est libre, quoique au fond le plus pauvre et le plus malheureux de ses sujets l'est bien plus que lui. Ces princes sont entrés en négociations avec toutes les puissances, surtout celles du Nord, pour les engager à venir à leur secours. Si les puissances voisines y ont quelque chose à gagner, celles du Nord, au contraire, n'ont aucune raison de s'y mêler, et ça ne peut être que l'orgueil seul qui engage un souverain à chercher à se faire un nom dans l'histoire comme ayant secouru un roi de France, jadis regardé comme un des plus puissants princes de l'Europe. S'il réussit, il aura, c'est vrai, un grand nom; mais, dans le cas contraire, il paraîtra un Don Quichotte à la risée de l'Europe contemporaine et à l'avenir. Sacrifier ainsi son peuple pour sa propre gloire, c'est une chose criante, mais voilà ce que font trop souvent les souverains.




Lettre du mois de décembre 1791

Je suis sûre que, s'il lui est possible, le Roi fera marcher ses troupes vers le printemps mais, selon l'avis de tous les gens raisonnables, une guerre en France donnera le coup de grâce à la Suède et sera le dernier sceau à la ruine totale de ce pays, qui ne pourra de longtemps se relever du choc que lui a causé les trois années de guerre. Le Roi, cependant, s'imagine y trouver le Pérou et pouvoir tirer de réels avantages d'une telle entreprise; mais il sera sans doute instruit du mécontentement de ses sujets à cet égard pendant la prochaine Diète. Malgré tous les conseils donnés par le Roi et toutes ses intrigues, il n'y a point eu, jusqu'ici, de changement dans les affaires de la France, et le bruit concernant une contre-révolution, dont j'ai fait mention plus haut, vient d'être démenti.




Lettre du mois de janvier 1792

En France, l'anarchie continue tou- jours. Les émigrés, ayant à leur tête les frères du Roi et deux princes du sang, quoique sans argent, forment de vastes projets de contre-révolution; leur situation commence cependant à devenir épineuse, puisque les princes allemands, à la suite des mesures prises par l'Assemblée nationale, ne veulent plus permettre de rassemblements, ni des émigrés ni de leurs troupes. Ce qui les soutient, ce sont les promesses des puissances du Nord. L'Impératrice agit auprès de l'Empereur pour qu'il se déclare, mais on ignore si les troupes qu'il fait marcher vers le Brabant ne sont destinées que pour arrêter les troubles ou si c'est pour venir au secours des émigrés français.





Lettre du mois d'avril 1792

Taube paraît avoir acquit entièrement la confiance du duc pour ce qui concerne les affaires politiques, et son désir est, à ce que je crois, de poursuivre, s'il est possible, les plans du feu Roi d'envoyer des troupes au secours du roi de France contre l'Assemblée nationale mais le duc cherchera pour sûr d'éviter une intervention armée, si nos traités avec la Russie ne l'y forcent pas malgré lui en cas d'une déclaration de cette puissance. Tandis que Taube, aveuglé par son amitié pour le feu Roi, veut continuer ses principes et faire jouer un rôle à la Suède, le duc, au contraire, non seulement ne connaît que trop bien les sentiments de la nation et nos ressources insuffisantes, mais il est aussi retenu par un sentiment religieux fort respectable craignant d'avoir du sang sur sa conscience. Ayant fait la guerre lui-même, sa réputation est faite à cet égard et il en connaît les calamités; et les avantages qu'on peut en retirer ne sont nullement à comparer au mal qui résulte d'une guerre malheureuse.



Lettre du mois de mai 1792

Les intrigues concernant les affaires de la France continuent toujours et c'est surtout Taube, comme je l'ai déjà remarqué, qui cherche à faire entrer le duc dans les projets du feu Roi en faveur des émigrés; le public l'accuse d'avoir reçu des promesses d'une forte récompense s'il réussit à faire armer la Suède. Il accuse M. de Staël, qui a été ambassadeur de Suède en France, d'être contraire aux principes aristocratiques, ayant épousé la fille de M. Necker, un démocrate enragé. On a déjà cherché à le perdre dans l'esprit du feu Roi, mais le duc ne se laisse pas duper par les mensonges que l'on débite à son sujet. C'est bien possible que M. de Staël ne soit point aristocrate à un tel point de vouloir engager sa patrie dans une guerre coûteuse, qui ne peut lui être d'aucun profit, mais qui nous replongera peut être dans ces temps malheureux dont nous venons de sortir, pour faire finir le duc aussi tristement que le feu Roi. On ne peut, en effet, se faire aucune illusion à cet égard la nation, depuis le paysan jusqu'au premier gentilhomme, ne veut nullement voir éclore une nouvelle guerre dont l'heureuse issue est plus que douteuse. Les nouvelles qui nous arrivent sont vraiment de nature à pouvoir inquiéter le duc. On sait que depuis le milieu de ce mois l'Empereur est en guerre avec la France, une guerre que lui a déclarée l'Assemblée nationale. Le roi de Prusse et le roi de Sardaigne peut-être seront-ils bientôt dans le même cas, ne voulant point reconnaître ou accepter la nouvelle Constitution française. Je crois cependant, pour sûr, que le duc sera le dernier à prendre part à cette guerre, qui de tous les côtés éclate contre là France.



Lettre du mois de juillet 1792

Il paraît que c'est dans l'intérêt de la Russie que d'entraîner le duc à prendre part à la guerre contré la France afin de replacer le roi Louis XVI sur le trône de ses ancêtres, et l'ambassadeur de Russie, qui vient de déployer son caractère dans le courant de ce mois-ci, a demandé une réponse positive; après avoir longtemps tardé à la donner, le duc a enfin répondu, qu'il lui faudrait une somme considérable en indemnité vu les risques qu'il courait en s'absentant de son pays et d'en faire sortir des troupes à cause des troubles qu'il avait eu si nouvellement à redouter à l'intérieur de son royaume, et que son intention était donc à rester neutre. Le comte Stackelberg ne parut nullement content d'une telle réponse.

Je viens d'apprendre une anecdote assez extraordinaire, que je ne dois nullement omettre de vous raconter. L'Assemblée nationale avait proposé au feu Roi de lui céder l'île de Saint-Eustache et de lui donner quelques millions par an en subsides,à condition qu'il ne se mêlât point dans la querelle et qu'il abandonnât le parti des princes et des émigrés. Le Roi rejeta cette proposition croyant probablement avoir plus à gagner en prenant parti pour la bonne cause; si c'était plus noble, c'était pour sûr moins politique et très peu avantageux pour la Suède, qui aurait eu bien plus à gagner par un tel arrangement que par une guerre désastreuse pour le pays.





Lettre du mois de septembre 1792

L'envoyé de l'Assemblée nationale dont je vous ai déjà parlé et qui est arrivé ici l'été dernier vient de partir tout d'un coup. Il n'a nullement été renvoyé, mais ne pouvant parvenir à son but et entrer en négociations avec le duc et son ministère, il a pris le parti de retourner dans sa patrie. On tenait les yeux sur lui et la police avait ordre d'être très vigilante à l'égard de tout ce qu'il faisait; mais, malgré tout cela, on soutient qu'il avait de fortes intelligences et qu'il avait même formé un club de jacobins à Stockholm, et l'on a, du reste, débité le bruit que le duc aurait, pour cette raison, fait entendre à M. de Verninac qu'il ferait mieux de se retirer que de s'exposer à quelque mauvais compliment, ce qui, cependant, est complètement faux. Il se peut bien qu'il se trouve ici des personnes qui prêchent les principes jacobins et qui ont la frénésie de vouloir les répandre, ce qui pourra devenir dangereux avec le temps, mais j'espère qu'une administration sage en saura arrêter les .effets.. :̃̃'
Si les Français seront réduits à plier sous les armées combinées du roi de Prusse et de l'Empereur, commandées par un général d'une renommée aussi éprouvée que celle du duc de Brunswick, on peut espérer que ces idées frénétiques seront un peu modérées et que l'on pourra, en faveur de cette malheureuse famille des Bourbons, du moins en partie, rétablir cette monarchie, qui semble être aux-portes de sa ruine. Si le feu Roi vivait encore, il aurait pour sûr, par ses lumières et son vaste génie incontestable, su accélérer les négociations et parvenir à son but; mais, présentement, il n'y a aucun homme à la tête capable de rétablir l'équilibre de la France entièrement perdu pour l'Europe. Le roi de Prusse n'est nullement le même génie que son oncle et l'Empereur est trop jeune pour avoir de l'expérience; le duc de Brunswick, quoique excellent général, n'entend rien aux négociations, de sorte que cette malheureuse famille et la France n'ont rien à espérer si les armes se montrent insuffisantes. h





Lettre du mois de janvier 1793

Le roi de Prusse a commis une grave faute en s'attirant une guerre avec la France, au lieu de laisser ce pays s'entre-déchirer dans son propre sein; cette guerre pourra bien lui être plus nuisible qu'utile. Ça devait être la guerre des rois, mais peut-être que ces principes de la liberté n'auraient point été aussi répandus, si les puissances étrangères n'avaient pas voulu les combattre; ça se voit souvent, qu'un petit feu devient plus fort quand le vent souffle dessus; en voulant sauver leur patrie, les princes et les émigrés lui ont attiré les plus grands malheurs.
En cherchant, par amour de la parenté, à venir au secours du roi de France, l'Empereur n'a fait que le perdre et il a donné par là au parti démocratique une nouvelle consistance d'établir sous le nom de patriotisme plus que jamais cette liberté frénétique. Ce qu'a gagné à cette guerre le roi de Prusse, ce sont des finances délabrées, et l'Empereur a perdu une de ses plus belles provinces. Animés par les principes français, les habitants du Brabant ont secoué le joug pour former une province à part ou peut-être une province française. Les autres Etats de l'Empereur semblent, jusqu'ici du moins, rester tranquilles; mais dans ceux du roi de Prusse, au contraire, les principes de la liberté paraissent prendre racine, tous les Etats de l'Allemagne en sont plus ou moins affectés. Liège s'est complètement déclaré et ne sera bientôt qu'une province française.
Voilà ce qui est le résultat de cette malheureuse expédition pour sauver le roi de France et qui, du reste, a fait perdre au duc de Brunswick la réputation de grand général qu'il s'était acquise pendant la guerre de Sept Ans.




Lettre du mois de février 1793

C'est comblée de douleur que je vous écris, car en apprenant la terrible nouvelle de la mort de Louis XVI, décapité sur la place Louis-XV par ses implacables bourreaux, on ne peut que déplorer d'être née dans un siècle aussi affreux que le nôtre. Voilà le second roi qui, 'dans le, courant d'une année, vient d'être assassiné par ses propres sujets, et c'est la Suède qui en donna l'exemple....



http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2728385/f1.vocalTextePage


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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Comtesse Diane le Mer 12 Aoû 2015, 17:44

Les événement décrits ci-dessus me rappellent " légèrement " ce qui se passe en France et en Europe aujourd'hui. 

Nous ne prenons pas les "mêmes" mais nous recommençons...

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Trianon le Jeu 13 Aoû 2015, 01:23

Même si nous connaissons déjà l'Histoire, ces lettres sont intéressantes.
Eclairez-moi un peu, chère Comtesse Diane SVP. Very Happy Very Happy
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Mar 09 Fév 2016, 16:20

Dès leur sortie de France, mais surtout à partir de ce moment, les lettres des émigrés deviennent pénibles à lire et très souvent inintelligibles. Pour dérouter les espions et la police, on s'y sert de termes convenus d'avance; quelquefois les noms de villes voisines sont substitués les uns aux autres. Les correspondants inventent des histoires plus ou moins vraisemblables  à  travers lesquelles il est impossible de démêler aujourd'hui la réalité de la fiction. Comment savoir, par exemple, qu'il nous faut entendre Turin  quand ou écrit  Vérone,  qu'une demande de  fleur d'oranger appelle un  envoi d'argent,  que le  cousin  et la  cousine  ne sont autres que le roi et la reine, que  Dervillé  désigne l'Angleterre et que les détails pathétiques sur les couches laborieuses d'une parente ne sont qu'une histoire transposée d'insurrection vendéenne ou bretonne. Les  clefs  elles-mêmes ne suffisent pas à ouvrir ces labyrinthes qui sont non seulement compliqués mais changeants.
On serait tenté de voir dans cet excès de précautions une puérilité ou une manie, si l'on ne se souvenait que les délateurs étaient partout, et que la dénonciation la plus saugrenue pouvait envoyer les suspects à la guillotine.

(   H. de Reinach-Foussemagne :  Louise de  Polastron
D'après une correspondance inédite
)

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Jeu 11 Fév 2016, 15:21

;

L'armée des princes :




Marche du Don Quichotte moderne pour la défense du Moulin des Abus


Caricature anonyme de 1791 montrant le prince de Condé en Don Quichotte accompagné du vicomte de Mirabeau (Mirabeau Tonneau) en Sancho Panza, entourés d’une armée de contre-révolutionnaires se portant à la défense du « moulin des abus » surmonté d’un buste de Louis XVI.

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Dim 07 Aoû 2016, 16:14

Grandeur et décadence ...  

Je n'ai jamais mené la vie de l'émigration, mais je l'ai vue d'assez près pour en conserver des souvenirs qu'il est bien difficile de coordonner tant ils sont disparates. Il y a à louer jusqu'à l'attendrissement dans les mêmes personnes dont la légèreté, la déraison, les vilenies révoltent.

Des femmes de la plus haute volée travaillaient dix heures de la journée pour donner du pain à leurs enfants. Le soir, elles s'attifaient, se réunissaient, chantaient, dansaient, s'amusaient la moitié de la nuit, voilà le beau. Le laid, c'est qu'elles se faisaient des noirceurs, se dénigrant sur leur travail, se plaignant que l'une eût plus de débit que l'autre, en véritables ouvrières.

Le mélange d'anciennes prétentions et de récentes petitesses était dégoûtant.

J'ai vu la duchesse de Fitz-James, établie dans une maison aux environs de Londres et conservant ses grandes manières, y prier à dîner tout ce qu'elle connaissait. Il était convenu qu'on mettrait trois schellings sous une tasse placée sur la cheminée, en sortant de table. Non seulement, quand la société était partie, on faisait l'appel de ces trois schellings, mais encore, lorsque, parmi les convives, il y avait eu quelqu'un à qui on croyait plus d'aisance, on trouvait fort mauvais qu'il n'eût pas déposé sa demi-guinée au lieu de trois schellings, et la duchesse s'en expliquait avec beaucoup d'aigreur. Cela n'empêchait pas qu'il n'y eût une espèce de luxe dans ces maisons.

J'ai vu madame de Léon et toute cette société faire des parties très dispendieuses où elles allaient coiffées et parées sur l'impériale de la diligence, au grand scandale de la bourgeoisie anglaise qui n'y serait pas montée. Ces dames fréquentaient le parterre de l'Opéra où il ne se trouvait guère que des filles et où leur maintien ne les en faisait pas assez distinguer.

Les mœurs étaient encore beaucoup plus relâchées qu'avant la Révolution, et ces formes, qui donnaient un vernis de grâce à l'immoralité, n'existaient plus. Monsieur le comte Louis de Bouillé, arrivant ivre dans un salon, s'asseyait auprès de la duchesse de Montmorency, attirait madame la duchesse de Châtillon de l'autre côté et disait à une personne qui l'engageait à se retirer: «Hé bien, quoi! qu'a-t-on à dire, ne suis-je pas sur mes terres?» et il posait ses deux mains sur ces dames.

Ce ton n'était pas exclusivement réservé à monsieur de Bouillé. Presque tout le monde vivait en ménage, sans que l'Église eût été appelée à bénir ces alliances. Les embarras de fortune, la nécessité de s'associer pour vivre, servaient de motif aux uns, de prétexte aux autres. Et puis, d'ailleurs, pourvu qu'on pensât bien, tout était pardonné. Il n'y avait pas d'autre intolérance, mais celle-là était complète. J'ai vu tout cela, mais pourtant ce n'était pas parmi le grand nombre.

La masse des émigrés menait une vie irréprochable; et il faut bien que cela soit, car c'est de leur séjour prolongé en Angleterre que date le changement d'opinion du peuple anglais en faveur du peuple français.

Quant aux opinions politiques, c'était partout le comble de la déraison; et même ceux des émigrés qui menaient la vie la plus austère étaient les plus absurdes. Toute personne qui louait un appartement pour plus d'un mois était mal notée; il était mieux de ne l'avoir qu'à la semaine, car il ne fallait pas douter qu'on ne fût toujours à la veille d'être rappelé en France par la contre-révolution.

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par La nuit, la neige le Dim 07 Aoû 2016, 18:11

Merci pour cet extrait.

Bon ! Nous nous écroulerons, en larmes, un autre jour...
Il y avait bien pire alors, dans la vie, chère comtesse ! :
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Dim 07 Aoû 2016, 18:16

...   espèce de sans cœur, va !   Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing Laughing

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par La nuit, la neige le Dim 07 Aoû 2016, 21:30

Bah ! C'est comme ça, elle écrit sur ce qu'elle connaît : son monde. Wink

Mon Dieu, quelle horreur, des femmes obligées de travailler dix heures par jour !! :
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Dim 07 Aoû 2016, 21:33

C'était déroger.

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par La nuit, la neige le Dim 07 Aoû 2016, 21:36

Quelle infamie... :
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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Dim 07 Aoû 2016, 21:38

Ah, tais toi ! .... insoutenable . Wink

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Families Who Fled France

Message par nigelw le Mar 06 Sep 2016, 22:22


Thank you for the welcome! My apologies for using English, but my French is very poor.
I am unsure which forum to post my topic- perhaps you can help.

I was hoping someone in your forum may have come across the name of Henriette Coeline Matilde De Vermont (b. about 1799 in France - only daughter of Monsieur De Vermont). She was the niece of a Marie Jeanne Rapigeon (b.1763 in Versailles to Capt Jean Baptiste Rapigeon). Some information about her is contained in the image below:





I especially would like to know more about the De Vermont family.

Thank you for any help you may be able to give.

Nigel

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Mar 06 Sep 2016, 22:31

Dear Nigel, we can't see your image !
We would like to help you ...

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par nigelw le Mer 07 Sep 2016, 11:29

Bonjour Mme de Sabran

Thank you for your reply. Sorry that was my mistake with the image. Here is a link to the same page.

https://books.google.co.uk/books?id=POBcnR7OPXkC&pg=PA313&lpg=PA313&dq=marie+jeanne+rapigeon&source=bl&ots=-EBB7zKWWJ&sig=wOK75ZpPkrL58z6Rx1rkZbEtjNQ&hl=en&sa=X&ved=0ahUKEwjiub3T9PzOAhUCKcAKHRduBWwQ6AEILTAC#v=onepage&q=marie%20jeanne%20rapigeon&f=false

If you copy and paste it works ok.

Some additional information: I believe the sister of Marie Jeanne was baptised in St Louis, Versailles in 1761 as Louise Reine Rapigeon, but later changed Reine to Victoire Désirée (was this usual to remove references to Royalty because of the Revolution??). This sister was either the grandmother or the mother of Henriette Coeline Matilde De Vermont.

I look forward to hearing from you.

Kind Regards

Nigel

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Mer 07 Sep 2016, 11:38

nigelw a écrit: (was this usual to remove references to Royalty because of the Revolution??).

...     may be not exactly usual but quite often, yes !   Very Happy

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Mme de Sabran le Lun 18 Sep 2017, 11:05

A méditer ... Wink

« L'inébranlable fidélité des émigrés à une cause perdue mérite le respect: leurs souffrances trop réelles méritent l'intérêt, mais l'erreur qui leur fit considérer comme légitime l'alliance avec l'étranger a été définitivement condamnée par l'histoire. »

( le duc de Broglie )

Peut-être le duc de Broglie se leurre-t-il sur l'inébranlable fidélité de certains émigrés. Suspect

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Re: Emigration et contre-Révolution

Message par Trianon le Lun 18 Sep 2017, 20:57

Mme de Sabran a écrit:A méditer ... Wink

« L'inébranlable fidélité des émigrés à une cause perdue mérite le respect: leurs souffrances trop réelles méritent l'intérêt, mais l'erreur qui leur fit considérer comme légitime l'alliance avec l'étranger a été définitivement condamnée par l'histoire. »

( le duc de Broglie )

Peut-être le duc de Broglie se leurre-t-il sur l'inébranlable fidélité de certains émigrés. Suspect

Absolument, chère Eléonore. Le duc de Broglie confond trahison contre le peuple français et alliance avec l'étranger. Cette dernière peut se résumer comme étant une aide militaire d'extrême urgence pour retrouver l'ordre et la paix lorsque le pays est en perdition et/ou en révolte. Et c'était le cas. Louis XVI aurait évité tout bain de sang si cette alliance avait été conclue.
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