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Crimes sexuels et société à la fin de l'Ancien Régime. De Enora Peronneau Saint-Jalmes

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La nuit, la neige
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Message par Mme de Sabran Ven 22 Oct 2021, 19:59

...   et puis ...

La nuit, la neige a écrit:

Ce qui nous renvoie à une autre question liée à une autre question : la femme a-t-elle une parole dans la société de l’Ancien Régime ? La réponse est clairement non. Il va presque sans le dire, mais, à cette période, la femme continue à être considérée comme une possession de l’homme dans la totalité de son esprit et de son corps. Elle est un être sans statut autonome social ni judiciaire.


... la femme a-t-elle une parole dans la société de l’Ancien Régime ?

Beaumarchais donne la parole à Marceline  Crimes sexuels et société à la fin de l'Ancien Régime. De Enora Peronneau Saint-Jalmes - Page 2 Tzolz451
dans une tirade proto-féministe à la fin de l’acte IV de La Mère coupable , drame en cinq actes,  la troisième partie de la trilogie de Figaro, après "Le Barbier de Séville" et "Le Mariage de Figaro".  :

Dans les rangs même plus élevés, les femmes n’obtiennent de vous
( les hommes ) qu’une considération dérisoires ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes !
( ... )
Nous sommes toutes portées à soutenir notre pauvre sexe opprimé contre ce fier, ce terrible
… (en riant)  et pourtant un peu nigaud de sexe masculin.

_________________
...    demain est un autre jour .
Mme de Sabran
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Message par Mme de Sabran Sam 23 Oct 2021, 14:28

Crimes sexuels et société à la fin de l'Ancien Régime. De Enora Peronneau Saint-Jalmes - Page 2 Jean-h14
La résistance
Fragonard

Je reviens sur La Mère coupable de Beaumarchais .  

Chérubin use de surprise et violence pour posséder Rosine, mais s'agit-il bien là d'un viol ?   Crimes sexuels et société à la fin de l'Ancien Régime. De Enora Peronneau Saint-Jalmes - Page 2 1123740815
Je trouve cette problématique particulièrement subtile et passionnante.

Entre Cécile et Valmont, le doute n'est pas permis, il y a viol  ( texte cité juste en amont ) :

À relire ces lignes, isolées de leur co-texte par le geste de la citation, j’ai l’impression que la violence terrible de la scène n’en est que plus frappante. La détermination froide du violeur, sa parfaite conscience de la détresse de sa victime et de son propre état de toute puissance, sa manière de naturaliser son crime (par une phrase averbale, puisque la pulsion de viol n’a, semble-t-il, pas besoin de la grammaire pour se justifier : « le moyen de n’en pas profiter ! »), tout est ici parfaitement glaçant.

La raison pour laquelle je considère ce texte comme essentiel pour comprendre le projet d’ensemble de Laclos réside précisément dans sa brutalité. Si l’une des caractéristiques des romans du libertinage mondain, auxquels on rattache le chef d’œuvre de Laclos, est sa manière de « gazer » la sexualité, c’est-à-dire de la suggérer plutôt que de la montrer, il faut insister sur le fait qu’il n’en est rien concernant le viol. Au contraire, la manière dont il est explicitement décrit m’invite à penser qu’il s’agit là d’un geste conscient d’insistance sur sa place essentielle dans le système de (contre-)valeurs qui régit le monde des libertins : un monde où la gloire des hommes s’acquiert par la conquête des femmes, et où les femmes ne sont jamais que des proies au service de ce jeu faussé de la séduction. La grandeur du roman de Laclos, comme avant lui des textes de Crébillon fils, c’est d’analyser ce système avec toute la finesse et la rigueur d’un moraliste, en rendant compte de ses aspects brillants et fascinants comme de leur envers lugubre de brutalité et de violence, dont les femmes sont les premières victimes.


Maxime Triquenaux
LACLOS, CASANOVA ET LA CULTURE DU VIOL, OU DU DANGER DE FÉTICHISER LE XVIIIE SIÈCLE
Je vous en recommande la lecture !!!
C'est ici :
https://imaristo.hypotheses.org/166

Voici un extrait de l'excellent article de Caroline Muller en résonnance avec celui de Maxime Triquenaux
UN VIOL DISPARAÎT : ZONE GRISE ET MÈRE COUPABLE
Palpitant !   Crimes sexuels et société à la fin de l'Ancien Régime. De Enora Peronneau Saint-Jalmes - Page 2 309649167
C'est ici :
https://womenandfictionblog.wordpress.com/2016/03/31/un-viol-disparait-zone-grise-et-mere-coupable/

Le cas de figure n'est pas du tout le même entre Valmont et Cécile d'une part, et Rosine et Chérubin d'autre part.
...    car Rosine et Chérubin s'aiment et cela change la donne. Rosine feint de se défendre pour feindre une vertu qui lui pèse dès que Chérubin est auprès d'elle. Bien-sûr il en profite, et schpounk !
Pour moi, il n'y a pas viol.

" Le Mariage de Figaro" est une pièce fabuleuse pour étudier le genre : abus de pouvoirs, chantage sexuel, relations abusives, généralisations constantes sur les hommes ou les femmes, naturalisation de la sexualité masculine, triomphe dramatique des personnages féminins… Tout cela est mis en scène par Beaumarchais, et les critiques font bien leur boulot en soulignant la place centrale des rapports de genre dans la pièce.

On lit moins en général (sauf quand on a le bonheur de l’avoir au programme d’agrégation) la pièce suivante, " La Mère coupable ", écrite en 1792, qui se déroule vingt ans après et met à nouveau en scène les personnages principaux du " Mariage de Figaro" : le Comte Almaviva, la Comtesse, Suzanne et Figaro.


Le pitch :
Vingt ans après " le Mariage de Figaro " (où le Comte infidèle jurait qu’il serait dorénavant fidèle), le fils aîné du Comte et la Comtesse est mort dans un duel, le fils cadet est en fait le fils de la Comtesse et de Chérubin, et le Comte a ramené chez lui sa « pupille » qui est en réalité sa fille, qu’il a eue d’une autre femme. Bref, tout cela est un peu confus, crée des problèmes : on pleure beaucoup, on veut se tuer, en fait non, on manque de mourir, et finalement tout le monde se pardonne et tout finit bien.

La pièce est construite sur un principe de réciprocité des « fautes » du Comte et de la Comtesse, qui ont chacun donné naissance à un enfant naturel. On termine (ou presque) la pièce sur un pardon mutuel qui réunit le couple, et accessoirement permet aux deux enfants de se marier.

Le grand scoop de la pièce, c’est que la Comtesse, qui était parfaitement vertueuse dans " le Mariage" malgré son désir évident pour le petit Chérubin tout mignon avec qui elle flirtait très innocemment, et qui se plaignait de l’infidélité de son mari, aurait finalement elle aussi commis un adultère, toujours avec Chérubin, après " le Mariage de Figaro".

" La Mère coupable" raconte la journée durant laquelle le Comte apprend tout cela (et apprend donc que son fils n’est pas son vrai fils, ce qui pose plein de problèmes d’héritage et tout le tralala) – justement le jour anniversaire de la mort de Chérubin. Plus précisément, la pièce se construit autour de la preuve de la prétendue culpabilité de la Comtesse : une lettre écrite à Chérubin. C’est le seul récit que nous avons de ce qui s’est passé entre la Comtesse et Chérubin.

" Malheureux insensé ! notre sort est rempli. La surprise nocturne que vous avez osé me faire, dans un château où vous fûtes élevé, dont vous connaissiez les détours ; la violence qui s’en est suivie ; enfin votre crime, — le mien… […] le mien reçoit sa juste punition. Aujourd’hui, jour de Saint-Léon, patron de ce lieu et le vôtre, je viens de mettre au monde un fils, mon opprobre et mon désespoir. Grâce à de tristes précautions, l’honneur est sauf ; mais la vertu n’est plus. Condamnée désormais à des larmes intarissables, je sens qu’elles n’effaceront point un crime… dont l’effet reste subsistant. Ne me voyez jamais : c’est l’ordre irrévocable de la misérable Rosine… qui n’ose plus signer un autre nom. "

Si l’on s’en tient à la lettre du texte, on a « surprise nocturne », « violence qui s’en est suivie », « votre crime »… Que comprendre sinon que Chérubin s’est introduit par surprise chez la Comtesse la nuit et l’a violée en se jetant sur elle? Le mot « violence » est directement associé à l’usage de la force et de la contrainte physique, et, à l’origine, au viol. Il faudrait supposer que « violence » désigne une « expression naturelle de l’expression brutale des sentiments » (sens attesté dès le XVIIe) pour y voir autre chose, mais cela semble peu probable puisque « qui s’en est suivie » suggère que « violence » désigne un ensemble d’actions entre la « surprise » et le « crime ». Bref, il est assez évident que cette lettre nous dit que Chérubin a eu une relation sexuelle avec la Comtesse en utilisant la surprise et la violence, ou du moins la contrainte physique (c’est la définition légale du viol en France).

Le principal problème pour interpréter cette lettre est qu’il s’agit de l’unique élément de la pièce qui évoque ce moment du passé du personnage. Il n’y a pas de récit concurrent, ou d’autre récit de la part de la Comtesse.

En même temps, je m’aperçois qu’en faisant une lecture rapide du texte, ou même en le considérant dans son ensemble, on retient plutôt qu’il s’agit d’un adultère et non d’un viol. C’est ce que j’avais retenu de ma première lecture, c’est ce que la grande majorité des critiques retiennent, et c’est que la plupart de mes ami⋅e⋅s avaient compris également.


COMMENT UN VIOL PEUT-IL NE PAS SAUTER AUX YEUX (OU AUX OREILLES) ?

Je vous la fais très courte, mais je vous conseille la lecture de l'article en entier !

1. ROSINE MENT (OU DÉFORME)
Cet argument suppose que Rosine, après avoir trompé son mari, effrayée des conséquences (elle est enceinte!), tente de rejeter la faute sur son amant, ou de moins, de minimiser sa responsabilité en déformant ce qu’il s’est réellement passé, en ajoutant cet élément de « violence ».   ( ... )

« C’est comme toutes les femmes…. au début elles ne veulent jamais, puis, la séduction faisant son œuvre elle acceptent de faire semblant d’être contraintes et finalement acceptent le reste… en le regrettant aussitôt… »

Vous voyez bien le problème : cette objection nous oriente directement vers de bons vieux gros mythes sur le viol : les femmes accusent les hommes de viol parce qu’elles refusent de prendre leurs responsabilités quand elles ont eu une relation qu’elles regrettent. ( ... )

2. MAIS ROSINE AIME CHÉRUBIN !
Il ne s’agit pas à proprement parler d’une objection, puisqu’elle ne remet pas en cause la véracité du récit de Rosine. Mais il s’agit cependant, à mon avis, d’un des éléments qui nous convainc le mieux de l’adultère de la Comtesse.

La Comtesse est fidèle dans " le Mariage de Figaro", mais, délaissée par son mari, elle dissimule mal son désir (Beaumarchais le laisse voir par des gestes et des silences) pour Chérubin qui lui clame son amour à chaque fois qu’il la croise. Dans " le Mariage de Figaro", autrement dit, la Comtesse flirte avec Chérubin (d’ailleurs tout le monde flirte avec Chérubin, y compris Suzanne). Si on dit à un⋅e lecteur/trice ou un⋅e spectateur/trice du " Mariage" que dans la pièce suivante, la Comtesse a fini par coucher avec Chérubin, c’est un peu saugrenu mais plutôt crédible.   ( ... )

L’amour / le désir de Rosine pour Chérubin produit deux arguments différents :

-  puisqu’elle le désirait, il n’est pas inconcevable qu’elle ait eu avec lui une relation consentie ;
-  s’il l’avait violée, est-ce qu’elle ne devrait pas arrêter de l’aimer ?

Le premier argument est problématique parce qu’il associe l’amour et le désir au consentement, alors que ce sont deux choses bien différentes. Or il est très clair dans " le Mariage de Figaro" que la Comtesse entend rester fidèle à son mari. C’est pourquoi, dans l’hypothèse où la Comtesse serait effectivement coupable, " La Mère coupable" insiste sur le fait qu’il s’agit d’un égarement malheureux, un moment où la Comtesse n’avait plus toute sa raison, en quelque sorte.

Le deuxième argument pose un problème particulier (encore un mythe sur le viol), lié à la culture du viol dans nos sociétés, qui méconnaît totalement la réalité des violences sexistes et sexuelles, et qui ainsi disqualifie la parole des victimes de violences au motif qu’elles sont restées plusieurs années en couple avec l’agresseur, qu’elles ont continué à se comporter normalement devant lui, qu’elles se sont parfois même amusées dans une pièce où il était présent, ce qui devrait évidemment être interdit. Je m’éloigne un peu de Beaumarchais… On peut tout de même souligner que la Comtesse continue d’aimer et de vivre avec le Comte alors qu’il s’agit clairement d’un mari abusif et violent, et qu’elle menace – sérieusement ou non – de se retirer aux Ursulines; notons aussi que dans sa lettre, la Comtesse ordonne à Chérubin de ne plus jamais s’approcher d’elle.

3. LA COMTESSE A PEUT-ÊTRE FINALEMENT DIT « OUI », APRÈS AVOIR DIT « NON »
C’est en fait la scène que l’on imagine à la lecture, et d’autant mieux qu’il s’agit d’une scène très stéréotypée en littérature : l’amoureux arrive par surprise, la nuit, dans la chambre d’une femme, tente de l’embrasser, elle crie (mais pas trop fort), résiste, refuse, avant de céder. C’est aussi ce type de scénario qui permet d’expliquer la très grande culpabilité de la Comtesse.

Cette objection engage la définition même du viol, et implique d’éclaircir une des fameuses « zones grises » qui entourent le concept : si une victime cesse de se défendre, ou ne le fait pas, est-ce encore un viol ? Si elle dit « oui » après avoir longtemps répété « non », s’agit-il toujours d’un viol ? Si une personne cède, peut-on parler de « viol » ? Comment décrire les cas où ce qui ressemble à un consentement fait suite à un refus ou à des contraintes de type surprise ou violence ?

En tant que féministe, je considère que pour parler de consentement, celui-ci doit être libre et éclairé, c’est-à-dire que la notion de consentement est incompatible avec les contraintes explicites que sont la surprise et la violence (ou la contrainte physique). Peu importe alors que le rapport soit désiré ou non, que la Comtesse se soit volontairement ou non laissé faire : ces éléments de contrainte (qui suffisent à définir le viol mais ne sont pas nécessaires à sa définition – le consentement restant central) rendent pour moi nul même un consentement explicite (un « oui »).


Je m'arrête là, les amis, mais j'espère vous avoir donné l'envie de découvrir la suite ... Wink

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Message par La nuit, la neige Mar 16 Nov 2021, 21:47

Idea Si le sujet vous intéresse, vous pouvez toujours écouter l'autrice du livre était, hier, l'invitée la webradio Storia Voce.

Crimes et violences sexuels au siècle des Lumières
Les Grands Entretiens / Storia Voce
Invitée : Enora Peronneau Saint-Jalmes
Durée : 47 mn

Présentation :

Nous avons tendance à imaginer la société d’avant les années 1960 comme gangrenée par la patriarcat et dans laquelle les femmes n’auraient eu ni la parole, ni le droit à la justice…  Qu’en était-il alors de la fin de l’Ancien Régime ? Contrairement aux idées reçues, les crimes sexuels et en particulier le viol n’étaient pas impunis et constituaient une faute morale et sociale grave. Comment étaient-ils alors jugés ? Punis ? Que devenaient les criminels et les victimes ? Quelles étaient leur répercussion sociale ?  Si les traces qui nous en restent sont principalement judiciaires, l’étude du crime sexuel nous apprend beaucoup sur la société d’Ancien Régime sur sa structure, ses mentalités et sur son quotidien. Enora Peronneau Saint-Jalmes est invitée par Mari-Gwenn Carichon.

Notre invitée : Enora Peronneau Saint-Jalmes, archiviste paléographe (prom. 2020 de l’Ecole des Chartes), est lauréate de la première édition de la bourse Victor Baubet, lancée en 2020 par l’École et les Éditions Perrin. Elle publie dans ce cadre un ouvrage intitulé Crimes sexuels et société à la fin de l’Ancien Régime, aux Éditions Perrin.


Emission à réécouter, ici :



Ou bien sur Youtube (bande son uniquement, sans image) :

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