Louis XVII est-il le fils de Louis XVI ?

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Message par Mme de Sabran Ven 06 Mar 2020, 17:28


La réponse de K. R. G. Strömberg est résolument négative. Louis XVII est-il le fils de Louis XVI ? - Page 5 1123740815


Ce monsieur écrit dans la première moitié du XXème siècle . Il n'a pas connaissance des informations que nous apporte Mme Jallut sur le logement secret de Fersen à Versailles dans les appartements privés de la reine . Il a encore moins connaissance des résultats de décaviardage de la correspondance secrète échangée entre Fersen et Marie-Antoinette ... et pourtant l'incertitude sur la filiation de Louis-Charles lui paraît plus que plausible .

Voici quelques extraits d'un article de sa main paru dans la Revue des deux Mondes .


Kjell Rutger Georg Strömberg , né le 5 août 1893 dans la paroisse de Husby-Rekarne , Södermanland , décédé le 12 mai 1975 dans la paroisse de Hässelby , Stockholm , était un écrivain , journaliste culturel et traducteur suédois.
Il fut critique littéraire et de théâtre dans le Stockholm Magazine 1917-1926, à Stockholm Dagblad 1926-1930, correspondant à Paris pour Dagens Nyheter 1931-1932, pour Stockholm Magazine 1933-1938, attaché de presse à Paris 1939-1942, à Berne 1943-1945 , légation et resp. conseil d'ambassade à Paris 1945-1960, collaborateur littéraire au quotidien suédois et au Figaro de 1961.

"La grande contribution de  Strömberg est, avant tout, sa vie de présentations savantes de tous les écrivains et personnalités culturelles françaises, notamment dans leur relation avec la Suède."
( Lexique littéraire , 1974)


Louis XVII est-il le fils de Louis XVI ? - Page 5 Captu639

Dans la première biographie sérieusement documentée consacrée à Marie-Antoinette , celle des frères Goncourt, datant de 1858, on cherche en vain le nom d'Axel von Fersen. Dix ans plus tard, l'éminent archiviste français Auguste Geffroy publia son ouvrage Gustave III et la Cour de France qui ouvrit de nouvelles voies à l'étude qui nous intéresse . Dans cette étude il est rendu compte , pour la première fois, certes bien discrètement , des relations du comte de Fersen avec la famille royale de France .
Encore dix ans plus tard, en 1878, le colonel Gustaf Mauritz Klinckowstrom, petit-neveu de Fersen, fit éditer en deux volumes, sous le titre le Comte de Fersen et la Cour de France, un choix de notes du journal intime de Fersen et de sa correspondance non seulement avec la reine mais aussi avec d'autres personnes, en premier lieu le roi Gustave III, qui avaient été mêlée  à l'action pour sauver la famille royale de France pendant la Révolution .
Malheureusement, les lettres de la reine ont été consciencieusement censurées, ou simplement supprimées et en grande partie brûlées. La perte de ces lettres est d'autant plus regrettable que le journal intime de Fersen pour la décennie dramatique 1780-1790 a été également brûlé , et ceci par la personne à laquelle il avait confié ces notes avant la fuite de la famille royale organisée par lui en juin 1791.
Le baron de Klinckowstrôm était le propriétaire du manoir de Stafsund, situé dans l'archipel du lac Màlar près de Stockholm, où une grande partie de l'héritage de Fersen avait échoué par voie de cousinage et de mariage .


La publication partielle des papiers trouvés dans les archives de Stafsund a donné naissance à une littérature abondante, de valeur fort inégale , sur Fersen et Marie-Antoinette — depuis des études historiques sérieuses jusqu' à des romans-feuilletons sentimentaux pour midinettes. Cette littérature reçut un nouvel et considérable apport lorsque Mme Alma Soderhjelm, professeur d'histoire à l'université d'Abo en Finlande , publia , en 1925 et les années suivantes, le journal intime complet de Fersen, malheureusement en traduction suédoise. Une édition abrégée du texte original, rédigé en français comme toute la correspondance de la famille de Fersen, fut réalisée en 1930. Cette publication est entièrement consacrée à ses relations avec la reine et complétée par des lettres fort intéressantes échangées entre Fersen et sa sœur aînée , la comtesse Sophie Piper, qui fut sa confidente fidèle jusqu' à sa mort. Tous les biographes postérieurs de Fersen et de Marie-Antoinette — dont le dernier venu et le meilleur est André Castelot — se sont inspirés de ce livre .

Après la publication des ouvrages de Geffroy et de Klinckowstrôm , le nom de l'un de ces nobles amants n'a pas pu être cité sans que le nom de l'autre le fût également . Avant la publication du journal complet de Fersen, il n'était question que d'une adoration « digne des troubadours de la Table Ronde, jamais ternie d'une pensée déloyale et charnelle », quand on traitait des relations entre lui et la reine de France ; depuis, la plupart de leurs biographes soutiennent, avec une conviction plus ou moins ferme, que ces relations ont eu un caractère dit « intime ». A l'exception du chambellan suédois O. G . de Heidenstam, cité plus haut, et de Pierre de Nolhac , historiographe royal presque officiel, un des rares écrivains qui aient émis un avis contraire sur ce point est le diplomate suisse Henry Vallotton . Il trouve difficilement concevable qu'une personne aussi sévèrement liée par un protocole immuable et aussi surveillée que l'était une reine de France à la Cour de Versailles ait pu se compromettre dans une liaison extraconjugale, voire même rencontrer un homme étranger à la famille royale en tête à tête .

Un tel argument ne tient guère devant les témoignages de l'époque . On sait que la reine, dans les jours heureux de son règne , fit de fréquentes escapades à Paris qui parfois se prolongeaient fort tard dans la nuit, et Mme Campan , sa première femme de chambre , raconte dans ses Mémoires que « la reine se rendait souvent dans mon appartement pour y donner des audiences loin des yeux qui épiaient ses moindres démarches ».

( ... )

Kjell Rutger Georg Strömberg rappelle, d'autre part, la note rédigée par Saint-Priest,  sur la rencontre d'un garde national et de Fersen, la nuit, à Saint-Cloud , et en vient à Eleonore Franchi-Sullivan-Craufurd,   maîtresse de Fersen  durant dix ans, de 1789 à 1799, date à laquelle il retourne s'installer définitivement en Suède .

Cette liaison insolite jette incontestablement une ombre sur une figure où l'on aurait voulu reconnaître celle d'un Tristan languissant plutôt que celle d'un Don Juan dissolu .  ( ... )   Or, les faveurs de cette belle personne, il les partageait avec un Ecossais richissime , Mr . James Quintin Craufurd , dont on peut trouver certains renseignements dans un petit livre de M . Emile Dard , intitulé Un rival de Fersen.
Notre sujet :  
https://marie-antoinette.forumactif.org/t2455-quintin-craufurd-quentin-crawford-un-rival-de-fersen?highlight=rival


Le comte de Fersen a pu faire la connaissance de Mr . Craufurd soit dans le club de Valois, tripot très élégant au Palais-Royal auquel ils appartenaient tous deux, soit lors d'une des réceptions privées de la reine à Versailles, où Craufurd avait été introduit par des amis anglais de qualité , notamment l'ambassadeur, le duc de Dorset. Notons qu'il fut l'agent secret du gouvernement britannique pendant les premières années de la Révolution . Il semble que la reine l'ait considéré et traité assez longtemps comme s'il était le secrétaire particulier de Fersen.

( ... )

Si Mr . Craufurd eut si longtemps partie liée avec Fersen, en ignorant apparemment la liaison de celui-ci avec leur maîtresse commune , cela ne saurait s'expliquer qu'en considération de sa vanité mondaine et de ses grosses ambitions politiques. De toute évidence il était fermement convaincu que la reine de France était  la maîtresse de Fersen et que le petit dauphin , son dernier-né , héritier du trône après la mort du fils aîné au printemp s 1789, était le fruit de cette liaison . Tant qu'il y avait encore la moindre chance d'un rétablissement de la monarchie française , il restait prêt à appuyer, par tous les moyens dont il disposait, l'œuvre de sauvetage dans laquelle Fersen tenait un des premiers rôles.

Une question se pose : le petit dauphin , futur Louis XVII , né en 1785, mort dans la tour du Temple à l'âge de dix ans, était-il le fils de Fersen ? Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui s'est passé entre celui-ci et la reine, mais plusieurs historiens sérieux , auteurs d'ouvrages sur Fersen et Marie-Antoinette , tiennent pour extrêmement probable cette paternité , et des indices troublants ne manquent point.
Rappelons brièvement quelques faits sur lesquels repose cette supposition.

( ... )   ( ... )   ( ... )  

Ne nous attardons pas à rappeler, dans toutes ses vicissitudes, ce fabuleux roman d'amour. Il paraît qu'il connut son point culminant lors de la deuxième visite à Paris du roi Gustave III, en juin et juillet 1784.
Fersen faisait partie de la suite du roi , mais au cours des fêtes fastueuses organisées à Versailles en l'honneur du souverain suédois on avait parfois, selon des témoignages contemporains, l'impression que le roi et son premier écuyer eussent changé de rôles.
( ... )  Mais si Marie-Antoinette paraissait incarner cette nuit-là Titania , reine des fées, aux yeux de tout le monde le rôle d'Obéron était réservé à Fersen.  ( ... )
Le 27 mars 1785 — exactement neuf mois après les grandes fêtes à Versailles — naquit le deuxième fils de Marie-Antoinette , et fin avril Fersen était de retour à Paris, officiellement pour assumer le poste de colonel-chef du régiment Royal Suédois. Ce poste, il l'avait littéralement reçu en cadeau par ordre de la reine, avec laquelle il avait entretenu une correspondance ardente tout le temps de son absence. Les 100 000 livres que ce régiment aurait dû lui coûter furent payées par la caisse d'Etat. Tout ceci ne prouve rien, mais il y a certaines circonstances autour de la naissance du petit prince qui parlent un langage plus clair.
Dans le calendrier de Louis XVI on trouve un constat de l'heureux événement avec ses mots ajoutés :
« Tout s'est passé comme pour mon fils. »
Pas mon premier ou mon fils aîné , mais « mon fils » sans qualificatif quelconque , et ceci n'est pas une faute d'écriture , car ainsi fut appelé le fils aîné tant qu'il vivait,  tandis que le cadet est toujours nommé « le duc de Normandie »  — titre un peu surprenant, peut-être significatif, et qu'aucun prince royal n'avait porté jusqu'alors, mais qui fut conféré dans son berceau au dernier-né .
Ce n'est que dans une note rédigée dans la tour du Temple et dans son testament que le roi parle de cet enfant comme « mon fils », tout en déclarant n'avoir rien à reprocher à l a reine, « si toutefois elle avait cru cela ».
Aux questions que posait « Madame Royale » au comte de Provence, enfin libérée de la tour du Temple , concernant le rôle que Fersen avait joué , le futur Louis XVIII répondit , en rappelant la part louable qu'avait prise Fersen dans la fuite à Varennes : « Pour mille raisons que ma nièce ne connaît pas et que j'espère qu'elle ne connaîtra jamais, elle peut bien montrer de l'intérêt pour l'homme qui ce jour-là témoigna de tant de dévouement pour notre famille. »     Et au risque de redonner vie à toutes les rumeurs qui couraient toujours et d'encourager tous les faux prétendants au trône qui se donnaient pour le dauphin disparu , Louis XVIII refusa après son avènement de transférer le cœur retrouvé du petit prince — certes insuffisamment identifié — dans la crypte royale de Saint-Denis et même de célébrer une messe commémorative pour lui le jour anniversaire de sa mort.   Shocked
Il est vrai aussi que d'autres hommes que Fersen furent donnés par la médisance comme père de cet enfant, mais pour la paternité de Fersen parlent tant d'indices que l'on n'a vraiment pas besoin de chercher dans les commérages contemporains. Ainsi la reine et le fils sont souvent nommés ensemble dans le journal intime de Fersen, et lorsqu'en juin 1795,  il reçoit « la fatale nouvelle de la mort du jeune roi Louis XVII », il note qu'avec cette perte était disparu « le dernier et seul intérêt qui me restait en France, car je tiens peu à Madame Royale, et je prévois qu'elle n'existera pas même longtemps, et toute cette famille sera anéantie ».

Il refuse carrément de croire que le garçon est mort de tuberculose pulmonaire comme son frère aîné et les parents de Louis XVI — l a tuberculose, paraît-il, était une maladie héréditaire chez les Bourbons depuis plusieurs générations. Et Fersen eut raison : le médecin légiste qui avait rédigé l'acte de décès reconnut après la Révolution que le renseignement fourni sur la cause du décès était faux, donné par ordre . Les quelques portraits qui existent du prince — pas celui de Mme Vigée-Lebrun , mais surtout l'un, de maître inconnu , qui se trouve dans le musée de la ville d'Auxerre — présentent en tout cas une ressemblance frappante avec ceux de Fersen, dont les grands yeux rayonnants sous des paupières lourdes se retrouvent chez l'enfant.
Rappelons enfin que le coffre, contenant des bijoux et de l'argent, confié à Fersen avant la fuite de Varennes par Marie-Antoinette était un
dépôt destiné exclusivement au fils. Fersen le mit ensuite en sécurité à l'ambassade d'Autriche à Londres, d'où il fut transféré à l'empereur François II qui le remit à sa jeune cousine libérée par lui , Madame Royale .

Quoi qu'il en soit, la postérité ne saurait rien reprocher à la reine martyre . Aucune ombre ne ternit sa mémoire : unie à l'âge de quinze ans à un époux qui, trop bien nourri , s'endort à ses côtés la nuit même des noces, et qui, ensuite, pendant sept ans, avant qu'on ait procédé à une opération anodine , reste incapable de remplir ses devoirs conjugaux, la fille cadette de l'impératrice Marie-Thérèse était prédestinée à enfreindre le sixième commandement. Et si elle le fit, c'était apparemment au su de l'époux royal et avec son pardon d'avance sous-entendu.
Cet époux — troisième fils de sa génération : deux frères aînés étant morts dans leur jeune âge — ne fut initié aux charges de chef d'Etat
que tardivement. Obèse et mal soigné , maladivement timide et entêté , médiocrement doué et sans charme — Fersen lui-même ,
généralement si déférent envers tous les membres de la famille royale, parle de son « esprit faible et irrésolu » —, il resta longtemps un jouet entre les mains de la reine et l'objet des moqueries sournoises de ses frères cadets.
Belle , bien faite, ambitieuse et pleine d'esprit, la jeune reine ne fut pas seulement une femme accomplie mais aussi douée d'une puissance de volonté presque masculine ; selon Mirabeau , elle était « le seul homme véritable dans l'entourage du roi ».

Fersen, quant à lui , ne se lève pas précisément blanchi du lit de Mrs. Sullivan , toujours prête à recevoir le beau Suédois quand le maître de la maison était absent.  ( ... )  
Mais si le héros de ce roman breton ne répond pas tout à fait à l'image consacrée que l'on se fait d'un amant romantique , il ne faut pas oublier que le code moral de l'aristocratie du XVIIIème siècle était assez complaisant pour l'aspect physique de l'amour. Il faut également se souvenir que, dans les sentiments de Fersen pour son amante couronnée — sentiments incontestablement empreints d'une profonde passion — entrait un élément de fidélité de paladin qui concernait aussi bien le mari royal. Enfin, il est tout à l'honneur de Fersen qu'il n'ait jamais été tenté de se vanter de son extraordinaire conquête féminine — sit venia verbo !
Ce qu'il a laissé entendre à ses proches ou confié à ses carnets intimes, c'étaient des secrets jamais destinés à être divulgués au public , et que les rares personnes instruites par lui ont emportés dans la tombe .

KJELL STROMBERG

Vous pouvez lire cet article en entier ici :
https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wp-content/uploads/2016/11/fa4d18093c535125b090729e27a5ab09.pdf

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Message par Comte Valentin Esterhazy Dim 08 Mar 2020, 10:22

Que Louis XVII soit le fils de Louis XVI ou de Fersen, je pense qu'il fait mieux ne pas chercher à savoir
car cela reste le secret intime de notre chère reine et cela ne change pas trop le fait que cet enfant a été surtout un enfant martyre d'une révolution cruelle et barbare.
A propos de cette révolution faite dans le sang et l'horreur, la France devrait arrêter de la "glorifier"  tous les ans car les droits de l'homme sont passés malheureusement de nombreuses fois au second plan.  Crying or Very sad
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Message par Mme de Sabran Dim 08 Mar 2020, 16:47

Comte Valentin Esterhazy a écrit:
cela ne change pas trop le fait que cet enfant a été surtout un enfant martyre d'une révolution cruelle et barbare.

Oui, cher Comte, cela n'y change rien du tout ...
Le livre de Chantal Chandernagor, La Chambre ( pour ceux qui ont le coeur bien accroché ) , en expose toute l'horreur .

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