Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette

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Message par Dominique Poulin Sam 28 Sep 2019, 18:35

En fait chère Marie-Antoinette, Eléonore rapatrie ce travail dressé par mes soins il y a une dizaine d'années et affiché sur d'autres forums. Il manquait il est vrai singulièrement sur le nôtre et je vois avec plaisir son retour.
Je relis tous ces paragraphes que j'avais noirci sur le papier ; j'espère pouvoir continuer à poursuivre des travaux aussi denses à l'avenir avec la même volonté et le même intérêt.
A ce niveau, Eléonore est d'une constance sans faille, j'admire beaucoup cette qualité.
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Message par Dominique Poulin Sam 28 Sep 2019, 18:43

Oui, Marie-Amélie avait un fichu caractère ; imprévisible, capricieuse pour deux, susceptible au possible. Une espèce de virago !
Ferdinand a fini par trouver un Modus vivendi avec elle ; elle l'accablait de ses plaintes, et au bout du compte ils finirent par mener des vies autonomes, chacun chez soi, Ferdinand à Colorno, Marie-Amelie à Sala. C'était sans doute plus profitable pour tout le monde. Eventaille
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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 09:54

Dominique Poulin a écrit: au bout du compte ils finirent par mener des vies autonomes, chacun chez soi, Ferdinand à Colorno ...

Et chaque matin il se disait " Ouf ! la paix ... " Eventaille

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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 10:14


Avec le congédiement de Dutillot des affaires, les cours de Madrid, de Versailles et de Vienne étaient en mesure d'espérer l'épilogue d'un chapitre qui avait jeté le discrédit sur les jeunes souverains de Parme. Le roi d'Espagne désigna un nouveau ministre pour le duché, don Joseph Augustin de Llano qui prit ses fonctions en novembre 1771. Pourtant, les blessures engendrées après deux ans de crise politique ouverte étaient loin d'être cicatrisées. Ferdinand et Marie-Amélie avaient causé beaucoup de mal parmi eux, particulièrement auprès de leurs familles respectives.
Charles III resserre l'étau de son influence et abreuve son neveu de conseils , hélas rarement appliqués dans les faits :

"Je ne voudrais pas que vous puissiez croire que nous cherchons à nous opposer à toutes vos idées, si je suis obligé de les combattre. Commencez premièrement à vous instruire de vos affaires et à vous en occuper, puisque vous vous êtes plaint que votre ancien ministre vous les faisait ignorer."


L'oncle madrilène n'est pas prêt d'oublier les scandales de Parme en soulignant que la conduite du père de Ferdinand "n'avait pas donné lieu à des histoires pareilles à celles qui se sont passées chez vous et qui ont fait parler à toute l'Europe."
Marie-Amélie, elle, est régulièrement tancée par sa mère. Il est vrai que l'archiduchesse-infante possédait des inclinations particulières pour recevoir de genre de réprimandes ! :
"Vous êtes une étrangère à Parme ; c'est à vous d'apprendre et de vous conformer d'autant que vous êtes plus âgée que votre époux et maître , ne donnez pas lieu au soupçon de le vouloir dominer. Vous savez que nous sommes sujettes à nos maris et leurs devons obéissance."

Pourtant, le duc et la duchesse, éloignés de leurs parents par des centaines de kilomètres ne semblent guère se soucier de la désapprobation qu'ils suscitent.

La présence de Llano, marquis de Zuvéro, au commandement du gouvernement ne convient pas à leurs altesses. Très vite, Llano, comme Dutillot, attire l'antipathie de Ferdinand et de sa femme. Il ne s'agit pas à proprement parler de question de personne, mais bien de choix politique. L'infant-duc souhaite secouer le joug de la tutelle à laquelle il est soumis. Marie-Amélie le lui répète dans toutes les occasions en lui rappelant qu'il doit se montrer "le maitre".
En revanche, il négligent singulièrement les nombreux motifs d'insatisfaction prodigués à volonté auprès de Charles III, de Louis XV et de l'impératrice.
Prisonniers de leurs fautes, les infants n'inspirent pas confiance et enragent dans leur cage dorée. Le duc étouffe et se permet un déplacement à Bologne sans demander l'autorisation préalable de Charles III. En guise de réponse, Ferdinand est rabroué par son oncle...
L'impasse demeure, le renvoi de Dutillot n'a pas amélioré les problèmes de communication des infants et de leurs parents. Des deux cotés, les parties s'affrontent sans se comprendre. Les souverains de Parme sont en butte avec un roi d'Espagne et une impératrice très rigoristes et pointilleux de leurs instructions et de leurs prérogatives.
Seul, Louis XV use de diplomatie dans cet imbroglio, l'affection d'un grand-père pour son petit-fils produisant quelques effets. Le roi de France prend la défense de son petit-fils face à l'éclat dont l'infant a été l'objet lors du voyage de Bologne dans sa lettre du 6 avril 1772 :

"Le Roi, votre Oncle, n'aime pas les voyages, je le sais bien et peut avoir quelquefois raison, quand son ministre écrit de sa part comme si c'était lui ; cependant il aurait pu adoucir les termes s'il lui étaient commandés trop forts."

Pour sa part, Marie-Amélie continue d'exaspérer tout le monde, y compris son mari. Au bout de trois ans, le mariage n'est pas réussi. Les époux ne s'entendent guère, se disputent régulièrement, l'infante se distinguant particulièrement dans les scènes violentes. Les nécessités dynastiques les rapprochent, mais les dispositions amoureuses font défaut. Une petite fille, Caroline, leur est née deux ans plus tôt, mais c'est pourtant un héritier qui s'avère nécessaire afin de consolider la dynastie à Parme. Le duc et la duchesse avaient donné le jour à un enfant viable après un an de mariage, tous les espoirs étaient donc permis et les parents des infants ne semblent pas avoir nourris beaucoup de soucis à ce sujet. De plus, la descendance de l'impératrice d'Autriche possédait d'heureuses capacités en matière de fécondité, l'archiduc Léopold et la reine Marie-Caroline firent des enfants en cascade...

Pourtant, Marie-Thérèse se montrait toujours fort mécontente envers une archiduchesse qui ne lui procurait que des motifs d'affliction. A ses yeux, Marie-Amélie continuait à se conduire mal sur trois points : l'infante ne vivait pas en bonne intelligence avec son mari parce qu'elle l'importunait au point de le rendre malade et cherchait à le dominer. Deuxièmement, et malgré ses dénégations, elle s'immisçait toujours dans les affaires intérieures du duché et après avoir poursuivi Dutillot de sa vindicte, elle se retournait désormais dans les mêmes conditions envers Llano. Le dernier article litigieux reposait sur la tenue de la Cour de la duchesse de Parme.

Avec l'arrivée de l'archiduchesse en 1769, l'étiquette c'était beaucoup relâchée même si elle avait été rétablie à plusieurs reprises afin de ne pas ternir l'image de la principauté. Marie-Thérèse estimait toutefois que la Cour de sa fille ne comportait pas assez de décence. Il est vrai que dans ce domaine, l'impératrice-reine était très sévère sur le chapitre des moeurs et ne tolérait aucune familiarité dans sa propre cour. Les spectacles donnés à Colorno et à Sala la consternait au point de ressembler à des divertissements de "foire".

La mère de Marie-Amélie, dans les premiers mois de 1772, craignait peut-être une répétition de la cabale dont Dutillot avait été l'objet et qui se focalisait maintenant sur son sucesseur, Llano. Susceptible à l'excès, trop souvent boudeuse, inflexible sur les hommages dus à son rang, Marie-Amélie employait un langage extravagant à l'encontre de Llano.
Avec ses armes de femme, elle attaquait frontalement, sans réfléchir, ni à la manière, ni aux mots qu'elle prononçait :

"Monsieur Llano, dès la première audience, je vous ai connu. Je ne veux me mêler dans aucune affaire d'Etat, mais je veux ordonner chez moi dans ma maison. Je suis Allemande, je sais ce qui m'est dû, n'oubliez jamais cela ! J'ai le don de me faire craindre et aimer. Obéissez !".

Marie-Thérèse aurait sans doute été catastrophée à la lecture de l'un de ses billets... Cependant, elle avait certainement accumulé assez de renseignements afin de préciser son jugement et décider de nouvelles dispositions.

Au printemps de 1772, elle fait dépêcher à Parme le comte de Rosenberg. Au cours des années précédentes, ce haut diplomate avait été désigné à plusieurs reprises afin de sermonner la duchesse de Parme au nom de sa mère. Mais cette nouvelle mission de Rosenberg en Italie est complétée de déclarations très claires de l'impératrice qui détaille les différents points de grief à sa fille.
La France et l'Espagne, les plus concernées politiquement ont épuisé leurs dernières cartes en matière diplomatique. L'envoi d'un nouvel ambassadeur de France, le comte de Flavigny, n'a rien changé à la situation. C'est donc à la mère de la duchesse de jouer son va-tout et l'oncle et le grand-père de Ferdinand ont sans doute donné carte blanche à l'impératrice afin d'utiliser tous les moyens politiques et psychologiques dans cette ultime tentative de conciliation.

Rosenberg parvient à Parme le 15 avril. Les négociations entre l'envoyé de Marie-Thérèse cuirassé dans son devoir et le rôle de victime tantôt éploré tantôt offusqué de l'archiduchesse-infante s'annoncent difficiles. Marie-Amélie réfute systématiquement les reproches de sa mère et ne veux rien entendre. La mère de l'infante avait prévu ce genre de réaction en rédigeant un document ou elle annonçait au cas où sa fille ne donnerait pas satisfaction aux demandes d'explications de Rosenberg qu'll cesserait toute correspondance avec sa fille.
En bref, si Marie-Amélie persiste à ne rien comprendre, elle l'abandonnerait à son sort...
Pour la première fois, l'infante est mise littéralement au pied du mur, en face de ses responsabilités. Marie-Amélie se soumet, elle capitule sur toute la ligne et noircit un courrier à sa mère trop pathétique pour paraître vrai :

"Je me jette aux pieds de Votre Majesté et la prie de me pardonner mes fautes et de me regarder comme le bon père de l'Evangile qui a pardonné à son enfant. J'étais aussi dans un mauvais chemin. Votre Majesté m'a tiré le rideau devant mes yeux, je vois tout clair, je reconnais que je suis allée à ma perte. Je viens me rejeter dans les bras d'une mère qui est bonne et compatissante ; je vous écris, chère et incomparable mère, à genoux pour marquer combien je suis humiliée et mortifiée de mes fautes.
Je ne puis me consoler des chagrins que j'ai causés à Votre Majesté et je n'aurai d'autres consolations que de ce que j'ai réellement manqué par ignorance et bêtise que par méchanceté. J'ai poussé ma hardiesse au dernier point... Sûrement, je ne ferai plus de ma vie chose semblable."


La duchesse de Parme va-t-elle désormais filer droit ? Rosenberg est sur le point de le penser.

Pas du tout !

Avant de quitter Parme, le diplomate devait faire soumettre à l'archiduchesse un document intitulé "Règles de conduite prescrites à l'infante Amélie" où elle s'engageait formellement à répondre de son comportement. Mais, Marie-Amélie, revenue de ses émotions, se cabre, répond cavalièrement et met fin à l'audience en criant "qu'elle ne se corrigera ni maintenant ni jamais !". Shocked
La mission de Rosenberg a tourné au désastre, la princesse est devenue un cauchemar pour sa mère.

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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 14:29



La menace d'abandon de la correspondance avec sa fille n'a finalement pas provoqué l'attitude soumise qu'attendait Marie-Thérèse... Que faire ? appliquer la sentence ? l'impératrice ne s'y résigna qu'à demi. Elle n'eut pas le courage de couper tous les ponts avec la duchesse de Parme. On trouva un pis-aller tout provisoire et guère satisfaisant. Marie-Thérèse n'écrivit plus directement à l'archiduchesse, mais le dialogue ou le "non-dialogue" se poursuivit par conseillers interposés...

En France, Louis XV est informé de tout. Et pour la première fois et au terme de trois ans de quasi-silence sur l'attitude de Marie-Amélie, il ne cache plus ses pensées à Ferdinand en juin 1772 :
"Ses parents n'en sont pas contents à ce qu'il me parvient et je ne puis qu'être de leur sentiment"
et dans une autre lettre :
"Une fille doit être plus soumise à sa mère et je crois ses conseils très bons et puisque c'est des misères, comment est-ce qu'elle n'en fait pas le sacrifice à ses parents ? Car ce n'est pas la personne de Mrs de Rosenberg et Llano qu'elle attaque mais leur maître ou maîtresse. Certainement, je ne vous abandonnerai qu'à l'extrémité, mais votre femme a une tête bien étrange et je ne vous le cacherai pas, personne de sa famille ne l'a jamais aimée, elle peut se corriger et je le désire de tout mon coeur , surtout pour vous."

Les contradictions de son petit-fils ne lui échappent pas. Le secrétaire d'Etat Llano, en poste depuis novembre 1771, n'agrée pas au duc, mais Ferdinand ne peut en changer sans l'avis de Charles III, celui de Louis XV ne venant qu'en second.
L'Infant sait-il ce qu'il veut ? Rien n'est moins sur.
Il est très jeune encore, vingt-et ans en 1772. Il parait surtout faible, pusillanime et surtout sournois. Le roi de France n'a jamais vu son petit-fils de Parme et ne le connaîtra jamais. Disposant de beaucoup d'informations privées et d'autres d'ordre plus général étayées par ses diplomates et nombre d'observateurs, il ne pouvait réellement porter de jugement, même s'il devinait les failles du prince de Parme.
Un extrait d'une lettre du roi, le 29 aout 1772, illustre sa clairvoyance politique :

"C'est à votre demande qu'il (Charles III) vous a envoyé un ministre et parce que vous avez mandé qu'il n'y en avait pas de propre ni de capable dans votre pays, et aujourd'hui vous prétendez qu'il y en a. Ce changement de votre part est un peu trop subit."

Une autre personne en France avait à gérer ou du moins à concilier la crise de Parme : la dauphine Marie-Antoinette, la plus jeune soeur de Marie-Amélie. La dauphine ne fera pas de faux pas et saura se montrer discrète. C'est sa correspondance avec sa mère qui nous renseigne sur ses sentiments personnels. Marie-Antoinette déplorait l'attitude de sa soeur et ne la comprenait pas. Il est vrai qu'elle était incompréhensible et le demeure encore partiellement de nos jours. La benjamine des archiduchesses d'Autriche s'apitoie surtout sur la peine endurée de l'impératrice Marie-Thérèse.

L'échec de la mission de Rosenberg lui est parvenue à Versailles.
Marie-Antoinette confie à sa mère le 13 juin :

"Je ne puis vous dire, ma chère maman, combien je suis affligée de l'infante. Il est bien étonnant qu'elle n'ait pas profité de vos bonnes leçons et de tout ce que vous lui avez fait dire par Rosenberg. Malgré tout cela, je saisirai avec empressement toute occasion de diminuer la mauvaise impression que cela peut faire ici. Sans cela, je fuis les occasions d'en entendre parler. Il me semble que si j'avais eu le même malheur qu'elle, le seul désir d'épargner du chagrin à ma chère maman, cela me convertirait."

D'ailleurs, dès avant le mariage de Marie-Antoinette en 1770, Marie-Amélie avait causé bien des dégâts à Parme... La souveraine d'Autriche s'était aussi inquiétée de la position de sa fille en France parce qu'elle regrettait que les caprices de l'infante compromettent sa soeur.
Marie-Thérèse laissa échapper un jour : " Cela fera du tort à ma dauphine."
En définitive, la future reine de France se comporta très bien à ce sujet.

L'été s'écoula doucement en laissant la crise de Parme entre pointillets mais personne n'était dupe.
En froid avec Llano depuis un an, et désespérant de s'en débarrasser, le duc Ferdinand provoqua un coup de théâtre en renvoyant son secrétaire d'Etat le 26 octobre. Cette décision était évidemment lourde de conséquences car l'infant n'était pas investi pour prendre de telles mesures seul, surtout sans l'aval de son oncle, le roi d'Espagne. Le duc de Parme avait choisi un successeur à sa convenance cette fois, le comte Sacco.

Ce retournement provoqua un retournement de situation chez tous les protagonistes étrangers à Parme. Personne ne reconnut le comte Sacco, et d'une même voix, l'Espagne, la France et l'Autriche interrompirent brutalement toute correspondance et rapport diplomatique. Les correspondances privées dynastiques étaient également bannies avec le duc et la duchesse de Parme, mis au ban des têtes couronnées de l'Europe. Les souverains français, espagnol et autrichien donnèrent des ordres formels à tous leurs parents afin de ne pas écrire aux souverains parmesans, mais aussi de ne pas décacheter leurs lettres et de les renvoyer à leurs destinataires.
Une seule condition non négociable était exigée pour un retour à la normale : le rappel de Llano, secrétaire d'Etat légitime nommé par le roi d'Espagne en 1771. De plus, le versement des pensions franco-espagnoles était suspendu tant que la situation ne serait pas rétablie.Pour sa part, l'Autriche ne versait pas de traitement particulier à Marie-Amélie parce que son frère Joseph II avait jugé que les précédents établissements de ses soeurs avaient déjà coûté assez cher à la fortune patrimoniale des Habsbourgs.

Au mois de décembre, l'archiduchesse-infante réalisa qu'elle était enceinte pour la deuxième fois. Elle annonça la nouvelle à sa famille habsbourgoise. Sans doute espérait-elle adoucir, grâce à cet heureux événement, la disgrâce totale dont elle était désormais l'objet. Ce fut peine perdue, ses lettres reprirent le chemin de Parme non décachetées.
Certes, c'était le duc Ferdinand qui avait pris la décision formelle de renvoyer Llano, mais tous les observateurs ne connaissaient que trop bien les préventions de Marie-Amélie contre l'espagnol, mais aussi les intrigues et l'influence, voire la domination qu'exerçait son épouse sur son mari.
La sulfureuse duchesse de Parme était cette fois bel et bien vaincue et condamnée.

A partir d'octobre 1772, les infants sont isolés de la scène politique et les parents de Ferdinand et de Marie-Amélie rejettent tout rapprochement. La condition essentielle à la réconciliation repose sur le rappel du secrétaire d'Etat Llano. Le duc et la duchesse de Parme ne l'entendant pas ainsi, de longs mois s'écoulèrent dans l'expectative...
Le comte Sacco, remplaçant de Lanno, réalisa très vite les limites de son influence auprès des puissances: elle était nulle ! Ses sollicitations furent reconduites aimablement, mais fermement par l'ambassadeur d'Espagne, Revilla. Même son de cloche du côté de l'Autriche. Marie-Thérèse, outragée de l'attitude de son gendre et de sa fille, fit savoir sans ambiguïté qu'elle ne reconnaissait que Llano comme ministre à Parme et qu'elle n'instruirait aucune dépêche du comte Sacco.
Dans leurs familles, la disgrâce est consommée. Le roi d'Espagne écrivait mélancoliquement :

"Nous ne sommes pas heureux à Parme ; il est question de ramener ces jeunes princes à l'ordre et à la décence. Des deux cotés, nous avons fait tout ce qui était possible. On n'a pas réussi."


La plus affectée de tous est certainement l'impératrice Marie-Thérèse. Elle est scandalisée et dégoûtée des incartades de Marie-Amélie. En revanche, elle est peut-être soulagée de la voir installée sur un trône mineur comme le duché de Parme, car même si la réputation politique et privée des infants était jugée déplorable en Europe, ils ne risquaient pas de provoquer des remous importants sur la scène diplomatique européenne. Mais la duchesse de Parme était malgré tout sa fille et nonobstant la honte et la peine qu'elle éprouvait à son égard, elle ne pouvait se résoudre à ce qu'une archiduchesse de son sang, devienne la fable et la risée des Cours d'Europe.

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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 14:32

En somme, Domi, Marie-Amélie donnait beaucoup plus de fil à retordre à Marie-Thérèse que notre Marie-Antoinette ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1123740815
Je brûle de connaître le dénouement de tant de péripéties ... Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 693620883

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Message par Dominique Poulin Dim 29 Sep 2019, 15:15

Exactement Eléonore ! Le comportement de la dauphine nous paraît vraiment très sage à Versailles en comparaison du charivari grotesque que provoque l'infante de Parme ! Marie-Antoinette se fera beaucoup prier pour adresser un mot à Mme Du Barry, il est vrai, mais que diable que n'aurait fait son aînée à sa place ? Je n'ose imaginer ! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 3177668066

Heureusement, Marie-Amelie a été mariée auprès d'un trône secondaire ; ses foucades n'ont pas eu de conséquences dramatiques sur la scène internationale, Vienne, Madrid et Versailles recollant les morceaux à chaque incident  ; on a presque envie de comparer le couple ducal à des enfants impossibles constamment rappelés dans le droit chemin par leurs parents rouges de confusion et qui se confondent en excuses ! Shocked Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 826566454
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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 15:34


Vous renchérissez, Domi : Very Happy

La princesse la plus exposée aux scandales de Parme était assurément la dauphine de France, Marie-Antoinette. Les autres enfants de l'impératrice, hormis Joseph II, tenaient le rôle d'observateurs. Certes, deux fils et une fille vivaient en Italie. Il s'agissait des archiducs Léopold et Ferdinand et de la reine de Naples Marie-Caroline. Léopold occupait le trône grand-ducal de Toscane, Ferdinand présidait au gouvernement du Milanais en collégialité avec son beau-père, François III, duc de Modène et Marie-Caroline régnait sur le royaume des Deux-Siciles. Pour l'heure, la grande impératrice n'avait pas demandé les services de l'un deux pour raisonner leur soeur.
Mais pour sa part, Marie-Antoinette, installée dans la plus grande Cour du monde à Versailles, les retombées de la crise de Parme ne pouvait la laisser insensible. Le problème reposait sur le fait que les Bourbons de France étaient étroitement associés avec les Bourbons d'Espagne, de Parme et de Naples, par une alliance politique contractée en 1761, sous le nom de Pacte de Famille. Ce Pacte avec les renvois de Dutillot et de Llano connaissait alors de sérieux accrocs au grand déplaisir de Louis XV et de Charles III.

En théorie, l'impératrice n'avait pas de mission particulière à tenir dans cette alliance entre Bourbons, mais elle estimait que les trois mariages de ses filles unies dans cette famille, soient irréprochables et à tous les niveaux s'il était possible. Ce désir fut humainement impossible à rspecter, les archiduchesses Marie-Caroline, Marie-Amélie et Marie-Antoinette, ayant toutes hérité du fort entêtement de leur mère... C'est pourquoi, elle considérait avec inquiétude les bévues de Marie-Amélie, capables de compromettre la position de sa benjamine en France.
N'avait-elle pas dit : "Cela fera du tort à ma dauphine." ?

Pourtant, sur ce point le crédit de Marie-Antoinette ne fut pas entaché. Louis XV évita d'aborder ce sujet délicat avec l'archiduchesse. En roi et en homme d'expérience, il savait parfaitement que que l'épouse de son héritier était totalement étrangère à l'inconduite de sa soeur. Elle était sa soeur et voila tout.
Cependant, pour les Habsbourgs, la fierté de la dynastie s'accommodait mal avec une infante qui ne réservait que des désillusions à sa famille. Marie-Antoinette, tout en craignant l'impératrice, aimait profondément Marie-Thérèse et ne pouvait concevoir l'égoïsme infantile de l'infante pourtant son aînée de neuf ans. A titre de représailles, la mère des archiduchesses avait stoppé toute correspondance avec la duchesse de Parme, mais le dédain arrogant de Marie-Amélie révulsait Marie-Antoinette :
"Je ne comprends pas comment elle ne peut vivre sans avoir des nouvelles de la meilleure des mères."

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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 15:50



En 1773, dans le sein de l'archiduchesse-infante, Marie-Amélie nourrissait un atout majeur, elle attendait un enfant. Le deuxième, après la naissance de la petite Caroline en 1770. On le sait, Marie-Thérèse souhaitait que ses filles et ses belles-filles eussent une nombreuse descendance, la grossesse de l'infante ne pouvait que lui faire plaisir. En outre, la succession de Parme n'était pas assurée, seul les mâles dans toutes les monarchies catholiques assuraient la perpétuation de la dynastie.
La naissance d'un fils allait-elle sceller la réconciliation ? l'impératrice n'était pas loin de le penser, tout en adoptant un langage désenchanté :

"C'est un grand malheur que son humeur et son entêtement. J'ai fait ce que j'ai pu, je ne suis pas loin de rouvrir la correspondance, mais elle sera très courte, car elle ne suit et ne veut aucun conseil."

Quatre ans après ses noces, Marie-Amélie donna le jour à un garçon au château de Colorno le 5 juillet 1773. On lui donna les prénoms italiens de Lodovico Philippo. C'est le futur et éphémère roi Louis Ier d'Etrurie.


Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1431
Louis Ier d'Etrurie
Photo fiche WIKI


Ainsi, sur le plan dynastique, la duchesse avait accompli son devoir, elle avait donné un héritier au trône à son époux. Son contrat de souveraine était rempli et de ce point de vue inattaquable.
A Vienne, Marie-Thérèse déclarait à son chancelier Kaunitz :

"Ordinairement, ceux qui le méritent le moins ont le plus de bonheur. C'est le monde ! Le coeur de mère ne cesse, nonobstant les offenses, je souhaite qu'il soit un enfant de paix."


Toutefois, l'impératrice ne cultivait plus d'espoirs illusoires. Elle considérait que ses positions de mère et de souveraine avaient été bafouées et humiliées et qu'elle s'était déconsidérée en dépêchant envoyé diplomatique sur envoyé diplomatique et tout cela sans résultat ! La liste était longue : Knebel, Firmian, Wickeck, Rosenberg... C'est pourquoi, elle se borna à une très courte missive au lendemain des heureuses couches de Marie-Amélie.
Par ailleurs, l'infant Ferdinand n'avait toujours pas rappelé Llano au pouvoir. La réconciliation ou ce qui en tenait de façade n'était donc pas officialisée et les lettres de Marie-Antoinette le laissent penser :

"Nous avons appris ici les couches de l'infante. L'infant qui ne m'avait pas écrit depuis son mariage, m'a écrit cette fois-ci. Il est vrai qu'il a oublié que je suis sa belle-soeur. Il m'appelle sa cousine, c'est encore assez de parenté pour la conduite qu'il tient. Je souhaite qu'il en change, le roi n'a pas voulu que je lui réponde."


Par conséquent, on peut déduire, outre l'estime très tiède de la dauphine de France pour le duc de Parme, que Louis XV était toujours en froid avec son petit-fils. Pourtant, comme le présageait Marie-Thérèse, la naissance du petit prince de Parme, n'allait pas tarder à éteindre les dernières braises...

A la vérité, la réconciliation s'avéra plus politique que familiale. Le ministre Llano, réintégré dans ses fonctions, les Cours d'Europe renouèrent leurs relations diplomatiques. A ce titre, l'ambassadeur de France, le comte de Flavigny, avait été nommé par Louis XV peu de temps avant que le ministre fut renvoyé un an plus tôt. Flavigny cheminait alors en Italie , lorsque la nouvelle du renvoi de Llano éclata... Contraint de respecter le blocus diplomatique, Flavigny rongea son frein une bonne année avant d'être présenté au duc et à la duchesse de Parme.
Ce fut surtout Ferdinand qui recueilli les fruits de son changement de politique. Marie-Amélie, elle, n'inspirait plus qu'une extrême méfiance. Les relations tendues entre la mère et la fille ne se décrispèrent plus jamais, trop de passif entre les deux femmes avaient aliéné leurs sentiments d'amour-propre. L'impératrice n'avait plus d'illusions et confiait à Marie-Antoinette le 29 aout 1773 :

"J'espère que le raccommodement de Parme se fait. Llano est rappelé, l'infant me l'a marqué, mais elle pas un mot. Pourvu que cela s'achève tout de bon et que votre soeur ne mette encore du sien ou s'absente, ce que j'ai craint."


En forte tête, Marie-Amélie n'était pas de la race des princesses à se soumettre facilement. En fait, elle ne pliera jamais, fut-ce devant son impériale mère ! En sus, ses frères et soeurs restaient stupéfaits devant tant d'audace et de résistance. Marie-Antoinette déclarait qu'il serait difficile à la duchesse de Parme "de réparer la honte et l'embarras de ses torts."

En 1774, Marie-Amélie est à nouveau enceinte. C'est le seul domaine dans lequel elle donne satisfaction, mais les problèmes privés demeurent entiers entre l'infante et Marie-Thérèse, elles ne parviennent plus à communiquer.
Dans un ultime geste d'apaisement maternel, peut-être relatif à la nouvelle grossesse de l'infante, l'impératrice demandera au comte Colloredo de remettre à la duchesse une lettre et des cadeaux. Colloredo ne consignera que des objets de plainte : Marie-Amélie se déclare malheureuse en ménage, ne désire pas donner l'éclat nécessaire et régler de la tenue de sa Cour et surtout esquive de s'informer de la santé de sa mère qui laisse à désirer. Le rapport de Colloredo parvenu à Vienne, l'impératrice, blessée dans ce nouvel affront qui la vise personnellement, ne peut réprimer une violente crise de larmes. A cinquante-sept ans, la santé déclinante et usée par tant d'ingratitude, l'impératrice se fera une raison: elle avait perdu une fille.

L'année suivante, l'archiduchesse Marie-Christine, en villégiature dans la péninsule, rendit visite à sa soeur.
Elle n'avait que quatre ans de différence avec elle mais Marie-Christine pour sa part, bénéficiait de toute la confiance de sa mère. Très cultivée, éprise d'art, considérée comme la plus douée des archiduchesses d'Autriche, elle avait été comblée de bienfaits. A l'inverse de la souveraine de Parme, elle avait été autorisée à épouser le candidat de son coeur, le prince Albert de Saxe et le couple avait été titré duc et duchesse de Teschen. Pour couronner le tout, Marie-Christine et son époux avaient reçu le gouvernement de la Hongrie et animaient une Cour brillante à Presbourg.
A partir de 1780, à la mort de son oncle, le prince Charles de Lorraine, elle s'installera à Bruxelles comme gouvernante générale des Pays-Bas autrichiens. Bref Marie-Christine représentait exactement l'antithèse de Marie-Amélie...
La fille préférée de Marie-Thérèse ne pourra réprimer un mouvement de stupeur devant le changement opéré sur la duchesse de Parme. A vingt-neuf ans, Marie-Amélie n'était plus que l'ombre d'elle-même :

"Il ne reste plus trace de sa beauté, ni de son éclat. Elle qui était si bien faite, elle a perdu son port et son élégance. Elle est moins gaie, moins fine. Sa fille aînée est la plus belle enfant qui se puisse voir, mais il y a en elle des traces de mélancolie qui font peine."

Trois frères se déplaceront au cours des années suivantes, Joseph II et les archiducs Léopold et Ferdinand. Leurs sentiments ne nous sont pas connus.
Au cours des années 1770, et après les naissances de Caroline et de Louis, Marie-Amélie aura encore deux autres enfants, la princesse Marie-Antoinette en 1774, puis Charlotte en 1777. Et paradoxalement, à l'inclination atrabilaire de sa nature, l'infante prodiguera son affection à ses enfants. Elle a laissé la réputation d'une mère attentionnée et aimante à l'épanouissement et à la santé de sa progéniture. Les maladies infantiles de sa fille aînée la mirent dans les transes au point "de faire le médecin, d'ouvrir les fenêtres, de ne rien lui donner à manger contre l'avis des médecins."

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Message par Mme de Sabran Dim 29 Sep 2019, 21:06


Poursuivons... Very Happy

Marie-Amélie, flétrie de bonne heure, blessée dans son coeur de femme, malheureuse en ménage, commençait alors à manifester d'autres signes d'impatience.
Elle voulait s'en retourner en Autriche, ou du moins y séjourner de temps en temps. L'infante signifiera en ce sens plusieurs demandes réitérées à sa mère. L'impératrice refusa d'agréer ses désirs. On pense que le veto de la souveraine s'appuyait sur le fait qu'elle craignait que l'archiduchesse s'obstine violemment et peut-être physiquement à revenir à Parme.
Marie-Thérèse rejeta donc une requête qu'elle jugeait douteuse. Au cours de ces années de lutte avec la duchesse, elle savait à quoi s'en tenir sur le caractère rétif de sa fille, elle l'avait tant de fois bafouée ! La princesse était fort capable de se murer dans ses retranchements et l'impératrice ne voulait pas en venir à des mesures extrêmes afin de réexpédier l'archiduchesse dans son duché.
Marie-Thérèse acquiesça sur un seul point. Elle devait faire un déplacement à Goritz au printemps de 1776 et avait autorisé sa fille à la rejoindre, mais finalement le voyage fut annulé. La mauvaise santé de sa mère ne s'y prêtait pas.

Avec le temps Marie-Amélie ne s'ingéra plus ostensiblement dans les affaires de l'Etat. Elle ne s'y était d'ailleurs immiscée que pour y apporter le trouble et la zizanie. Toutefois, l'infante continua à cultiver une certaine influence auprès de Ferdinand, nous le verrons plus tard lors des événements de 1789 en France. Cependant, dans l'ensemble, le duc réussit à se soustraire aux conseils de sa femme. Est-ce l'archiduchesse qui renonça à poursuivre une bataille perdue d'avance, ou est-ce l'infant-duc qui réussit à surmonter une situation politique et privée rocambolesque et finalement déshonorante pour lui ?

Libéré de l'influence discutable de Marie-Amélie, Ferdinand amorça une politique résolument conservatrice et ne figure donc pas au rang des souverains éclairés de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Pieux au point d'en paraître bigot, il fit appliquer plusieurs mesures qui effaçaient complètement celles de son ex-ministre Dutillot : rétablissement de la mainmorte, réouverture de couvents, restitution de biens ecclésiastiques séquestrés. Il parviendra même à rétablir le tribunal de l'Inquisition en 1787. Le ministre Llano ne se maintiendra pas longtemps au pouvoir. Après lui, l'infant-duc nommera des conseillers à sa convenance. Parmi eux se détachent, Cesare Ventura, qui avait commencé sa carrière auprès du prince héritier Louis.
Les historiens jugent avec sévérité le règne de Ferdinand Ier :

"C'en était fini des ministres étrangers. Le descendant de Louis XIV et de Philippe V ne voulait plus n'être qu'un prince italien. Les événements allaient prévoir son attachement étroit, on pourrait dire borné, à son petit peuple. Il devait commencer par le replacer dans l'orbite espagnole pour autant que lui permettait l'Autriche avec sa politique matrimoniale" écrivait Henri Bedarida.

L'ambitieux gouvernement de Dutillot des années 1750-1760 était une période définitivement close. A partir de 1773, les décennies 1770-1780 sont marquées par une douce tranquillité, mais l'avenir de l'Etat parmesan sombre dans une léthargie sans avenir.
Les sujets de Ferdinand, en accord avec ses opinions conservatrices, entretenaient une assez bonne estime de leur souverain, il semble même avoir été assez aimé. Le duc de Parme posa en monarque débonnaire. Mais ce manque de relief et d'initiatives provoqua en Europe un recul subséquent de la monarchie parmesane. Désormais, elle fut considérée comme "une principauté de province, arriérée et insignifiante, un angle mort du passé dans l'Italie rénovée" qui suscitait la condescendance méprisante des autres souverains.
Louis XVI dans une lettre à Vergennes, parle de la "pure bêtise" de l'Infant Ferdinand...
Un ouvrage récent publié en Italie tend à réviser le règne de Ferdinand 1er sous le titre : "Un Borbone tra Parma e l'Europa : Don Ferdinando e il suo tempo 1751-1802."

Quant à Marie-Amélie, les sources françaises sur la période de sa vie entre 1775 jusqu'à sa mort en 1804 son extrêmement limitées. Quelques biographies françaises sur les autres souveraines ayant régné sur des pays étrangers à cette époque existent comme celles concernant Marie-Caroline, soeur de l'infante et reine de Naples, ou encore sa belle-soeur, Marie-Louise de Parme, reine d'Espagne.
Ce n'est pas le cas de l'infante de Parme. A notre connaissance, aucun ouvrage biographique ne lui a été consacré au XIX et au XXe siècle. Pour ce qui concerne l'Italie, quelques très rares études ont été présentées que nous n'avons pas pu dans l'immédiat consulter.
Néanmoins, nous nous efforcerons de remédier partiellement à cette lacune afin de contribuer à une réflexion et de découvrir l'évolution de la vie de Marie-Amélie d'Autriche à la fin du XVIIIe siècle jusqu'au terme de son décès à Prague, veuve et exilée.

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 10:41

En France, la vie de Marie-Amélie d'Autriche, duchesse souveraine de Parme, ne nous est parvenue qu'à l'état de traces à partir de la fin des années 1770 jusqu'à l'épilogue de sa mort en 1804. C'est pourquoi, et malgré nos recherches, nous ne disposons que d'informations lacunaires sur cette longue période.
Beaucoup d'aspects de l'archiduchesse-infante nous demeurent obscurs ou mal définis : sa position officielle d'un petit Etat italien à la fin du XVIIIe siècle, l'évolution de ses relations avec l'infant-duc Ferdinand et la Cour de Parme, sa réputation auprès de ses sujets, ses goûts et ses inclinations personnelles.

Un fait parait certain : alors qu'elle atteint trente ans en 1776, Marie-Amélie ne fait plus parler d'elle, ses intrigues cessent d'alimenter la chronique. Malgré ce retour à une sagesse relative, l'impératrice d'Autriche, blessée dans son coeur de mère, ne pardonnera jamais les foucades de sa fille et ne l'autorisera pas à séjourner à Vienne. Vers 1778, l'infante fera peindre ses quatre enfants par l'artiste Zoffany et enverra le tableau achevé à sa mère dans l'espoir d'attendrir la sensibilité meurtrie de l'impératrice. Peine perdue, la duchesse de Parme ne reverra pas sa patrie. Une situation qui s'éternisera bien au-delà de la mort de Marie-Thérèse en 1781. Son frère Joseph II et ses successeurs consigneront la princesse trop rebelle d'autrefois dans son duché, à tout le moins dans la péninsule. L'infante expiera très cher le prix de la révolte.

Le tempérament indomptable et les lubies de Marie-Amélie lui valurent bientôt les surnoms acérés de la "matta"   Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 219 et de la "signora". Et les parmesans ne tardèrent pas à s'émouvoir de la fraîcheur évanouie de leur souveraine... Vers 1780, à trente-quatre ans, la duchesse de Parme avait l'aspect d'une femme fanée, au visage dur et anguleux, jusqu'aux intonations de sa voix qui devint aigre et roque. Maudissant sa position et son sort, la malencontreuse métamorphose de la princesse avait effacé une beauté reconnue comme telle dix ans plus tôt. Marie-Thérèse la décrivait "bien de figure" tandis que Louis XV donnait foi à son image de jeune femme "très belle". Tout ceci appartenait désormais au passé mais on peut s'interroger sur la soudaineté de ces changements.

Ses amours contrariés avec le prince Charles de Deux-Ponts, puis son mariage imposé, enfin le dérèglement de son équilibre nerveux n'expliquent que partiellement l'altération de ses charmes. A t-elle souffert d'une grave maladie, ou fut-elle véritablement très malheureuse au point de se métamorphoser en vieille femme avant l'heure ? Devant l'absence de sources, nous ne pouvons développer ces hypothèses.

Les portraits qu'elle nous a laissés nous représentent une femme profondément triste. On peut contempler son visage au palais de l'Elysée dans le salon Cléopâtre. Marie-Amélie pose avec une coiffure très élevée ornée de fleurs, un éventail à la main, mais sans joyaux. On est toutefois frappé par son regard mélancolique, ses yeux vides battus par un destin écrit d'avance presque sans bonheur et sans avenir.
Un autre portrait, exécuté par Johann Zoffany, plus tardif, mais plus significatif encore, éclaire Marie-Amélie dans sa maturité. Son esprit brille d'une lueur métallique, le nez est devenu épais, les cheveux soigneusement lissés sont devenus totalement blancs. La duchesse de Parme a énormément changé et ne rappelle plus que fugitivement la charmante archiduchesse qu'avait peint Liotard en 1762 ou l'altière adolescente de Martin van Meytens.

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 10:51

Dominique Poulin a écrit:
Un autre portrait, exécuté par Johann Zoffany, plus tardif, mais plus significatif encore, éclaire Marie-Amélie dans sa maturité. Son esprit brille d'une lueur métallique, le nez est devenu épais, les cheveux soigneusement lissés sont devenus totalement blancs.

De quel portrait nous parlez-vous, cher Dominique ? Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1123740815
Est-ce celui-ci que notre ami Leos nous avait signalé ?
Non, sans doute. Je ne le trouve pas si mal ...

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1432

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 15:50

Sur le plan de la maternité, son placide époux lui fera encore trois enfants au cours des années 1780. Un deuxième fils d'abord, en 1783, à qui l'on donna le prénom de Philippe, celui de son grand-père paternel. Ce prince ne devait pas vivre longtemps, il succomba trois ans plus tard. Une fille, Antoinette, née en 1784, mourut la meme année. Enfin , le dernier enfant du couple ducal, Marie-Louise, née en 1787, s'éteignit à deux ans.

Au total, Ferdinand et Marie-Amélie eurent sept enfants. Seuls, l'héritier Louis, et les trois princesses, nées au cours de leurs dix premières années de mariage, survécurent aux maladies infantiles. Néanmoins, le duc et la duchesse de Parme n'étaient pas sans inquiétudes : le prince héritier était atteint d'épilepsie. Cette maladie du système nerveux se déclencha dit-on lorsque le garçonnet fit une chute en se heurtant la tête dans l'encoignure d'une commode au château de Colorno. Par la suite, le jeune Louis fut la proie de convulsions et d'accents de tristesse mélancolique.
Enfant au comportement bizarre, renfermé et parfois agressif, on crut qu'il devenait idiot. Ses parents firent appel aux meilleurs médecins patentés, les docteurs Camuti et Cortesi. Ils firent venir de Londres et de Paris la pharmacopée nécessaires, mais les résultats s'avérèrent évidemment décevants. Le petit prince de Parme subissait des périodes d'accalmie entrecoupées de crises de convulsions qui laissaient craindre pour ses jours et, dans l'ensemble, il demeurait de santé fragile. Il faillit d'ailleurs trépasser en 1791.
D'autre part, dès son plus jeune âge, la Cour de Parme avait enveloppé de mystère, l'état de son héritier peut-être parce qu'elle éprouvait un sentiment de honte. Ce fut une précaution inutile, tous les parents proches ou lointains ne tardèrent pas à connaitre ce secret qui pouvait dans le pire des cas se transformer en affaire d'Etat.

Pour ce qui se rattache à la vie privée des souverains de Parme, nous savons très peu de choses, du moins en ce qui concerne les sources françaises.
Au début de leur mariage, Ferdinand et Marie-Amélie étaient peu assortis et leur union ne fut consommée qu'au bout de quelques mois de vie conjugale. L'Infant négligeait les soins corporels et sa femme lui signifia sa naturelle répugnance. Tout s'arrangea assez rapidement, mais leurs relations étaient-elles uniquement motivées pour des raisons dynastiques ?

N'ayant pas trouvé le bonheur ou le plaisir, des rumeurs furent accolées à la réputation de l'infante. On prétendit qu'elle tentait d'oublier son mariage dans les bras, je cite, "de robustes garçons d'écurie et des gardes du corps" !
Une autre rumeur mentionne le comte de Flavigny, ambassadeur de France à Parme, parmi le nombre des soit-disant amants de Marie-Amélie. Le duc aurait fermé les yeux sur cette liaison pour ne pas subir l'humeur ombrageuse et tracassière de la duchesse. De surcroît, Ferdinand aurait personnellement insisté auprès de Louis XVI pour maintenir Flavigny dans ses fonctions. Devant tant de sollicitations, Louis XVI écrivit à son ministre des Affaires étrangères, Vergennes :

" Je vous renvoie la lettre de l'Infant ; on lui renverra son M. de Flavigny s'il en a tant envie."


Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 145
Louis-Agathon de Flavigny de Renansart
(17 janvier 1722-12 février 1793)
Photo fiche WIKI


La chronologie des annales de la Cour de Parme au cours des années 1780 nous renvoie peu d'informations.
Toutefois, Ferdinand et Marie-Amélie reçurent une visite de marque en 1782 en la personne du Tsarévitch Paul et de la grande-duchesse. D'autre part, les infants entamèrent un voyage entre 1783 et 1784 qui les conduisit à Rome et à Naples.
Nous savons également que le duc cultivait un goût prononcé pour la musique d'opéra et les spectacles. Il semble également ne pas avoir été insensible aux agréments de l'art car nous savons qu'il fit effectuer des travaux importants dans son palais de Colorno, notamment pour ses appartements privés.

Parmi les souvenirs de Marie-Amélie, l'infante de Parme disposa d'une résidence personnelle, indépendante des édifices officiels de Colorno et de Sala.
A partir de 1775, elle se fit construire par l'architecte Petitot une demeure, connue sous le nom de Villa Casino dei Boschi. Cette villa de style néo-classique très en vogue à la fin du XVIIIe siècle existe toujours.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1429
foto.wbsapp.it

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1430
parchidelducato.it


Nous sommes néanmoins surpris de la durée de sa construction, la villa ne fut achevée qu'en 1789. De plus, lorsque nous observons les photographies qui nous sont parvenues, l'édifice nous parait de surface moyenne, d'où notre interrogation. La clôture des travaux fut-elle retardée faute de crédits, ou pour d'autres raisons ?
Une fois de plus, faute d'éléments, nous laissons cette question en suspens.
Plus tard, une autre duchesse de Parme, Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon Ier et ex-impératrice des Français, en fera une de ses résidences favorites. D'importants travaux ayant été réalisés sous le règne de Marie-Louise, nous ignorons ce qui subsiste réellement de la villa de Marie-Amélie. Pour commémorer son inauguration, l'infante donnera une grande fête le 29 aout 1789, et à cette occasion la Cour de Parme célébra la Saint-Louis en l'honneur du prince héritier.

A cette date, alors que les événements révolutionnaires bouleversaient le trone de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le duc et la duchesse de Parme pouvaient-ils imaginer leur souveraineté menacée une décennie plus tard ?

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Message par Dominique Poulin Lun 30 Sep 2019, 16:33

Eléonore, il ne s'agit pas de ce joli portrait ; celui dont je parlais figure grâce à vous en page 1.
La duchesse de Parme pose assise en costume de chasse ou d'équitation - ses deux occupations de plein air favorites - , un chien à ses côtés.
Ce portrait de Zoffany date de 1790, Marie-Amélie avait quarante-quatre ans et apparemment l'âge ne l'a pas épargnée.

Vous êtes adorable de rapatrier tout ce travail, quel courage !! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1434844716 Merciiiiiiiiiii. Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 679898453
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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 16:47


Mais non, mais non, pensez donc ! geek Very Happy

Dominique Poulin a écrit:
Eléonore, il ne s'agit pas de ce joli portrait ; celui dont je parlais figure grâce à vous en page 1.

Ah, je me disais bien aussi ... Wink
Cet autre  ( le second ) est également de Zoffany, mais Marie-Amélie est beaucoup plus fraîche .

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 17:08


D'ailleurs voyez : notre collaboration continue !   Eventaille
...   car vous êtes extraordinairement prolixe .  Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 309649167



Avec ses convulsions, la Révolution Française n'allait pas tarder à susciter un premier changement à la Cour de Parme. Depuis une quarantaine d'années, la monarchie française assurait une pension aux souverains parmesans au titre des parentés familiales, mais aussi dans le but d'assurer matériellement le train de vie des infants dotés d'une fortune moindre. Cette situation cessa dans le tournant de l'année 1789-1790, la pension fut supprimée.
Le bailli de Virieu, diplomate employé par Louis XVI auprès du duc Ferdinand en subit rapidement les conséquences :

"Voilà leur pension ainsi que tout le reste à vau-l'eau et pour me punir de n'avoir pas empêché ce qu'il était impossible d'éviter, l'on ne me donne point de traitement depuis huit mois. L'infant m'exhorte toujours à la patience, mais je serais bien curieux de savoir quelle mine il ferait si ses cuisiniers étaient huit mois sans lui donner à dîner, c'est ce moquer des gens."

Pauvre Vireu ! Néanmoins, dans quelle mesure la disparition de ces subsides affecta l'apparat nécessaire au statut des souverains ? Nous n'avons pas d'éléments de réponse à cette question.
Peu à peu, les aristocrates émigrés affluent en Italie. Quelques uns séjournent à Parme, mais il semble bien que la principauté ne représenta qu'un lieu de passage pour la plupart d'entre eux, peut-être parce qu'elle avait perdu une grande partie de son attractivité.
Elisabeth Vigée-Lebrun présenta ses hommages à la duchesse Marie-Amélie. Son témoignage nous permet modestement d'éclairer le visage de l'infante, âgée de quarante-quatre ans en 1790 :

"M. le comte de Flavigny me présenta à l'infante, soeur de Marie-Antoinette, qui était beaucoup plus âgée que notre reine et dont elle n'avait ni la beauté ni la grâce. Elle portait le grand deuil de son frère, l'empereur Joseph II. Ses appartements étaient tout tendus de noir, elle m'apparut comme une ombre, d'autant plus qu'elle était fort maigre et d'une extrême paleur. Cette princesse montait tous les jours à cheval. Sa façon de vivre comme ses manières étaient celles d'un homme. En tout, elle ne m'a point charmée, quoiqu'elle m'ait reçue parfaitement bien."

Un an plus tard, un autre observateur, le comte de Bombelles est présenté à la Cour. Lui aussi, bien que renseigné sur la réputation "bien extraordinaire" de la soeur de Marie-Antoinette rend compte de son amabilité. Il s'étend ensuite sur ses deux premiers enfants :

"L'aînée de ses filles rappelle la reine de France lorsqu'elle arriva à Strasbourg comme dauphine. Le prince héréditaire de Parme a une figure douce, belle et noble. On dit qu'il a des accidents qui ressemblent au mal caduc et depuis quelques temps les médecins lui ont interdit l'usage du cheval.
"
La princesse Caroline avait alors vingt ans. Elle devait épouser l'année suivante un prince allemand, Maximilien-Marie de saxe. Quant à l'héritier Louis, c'était un jeune homme de près de dix-huit ans, hélas traversé de troubles épileptiques intermittents. Nous retrouverons ce futur souverain à la curieuse destinée.

De France, les événements révolutionnaires parviennent déformés et le bailli de Virieu dira "qu'ils n'ont jamais eu à Parme qu'une idée très imparfaite de la Révolution Française." Pourtant, Marie-Amélie, comme tous ses frères et soeurs, était très attachée à la dignité de l'archimaison (  Eventaille  )  de Habsbourg, exigera le rappel de tout le personnel diplomatique accrédité à Paris. Cet ordre révélait l'ascendant qu'elle exerçait toujours sur le duc de Parme.

En 1793, avec l'exécution de Louis XVI, la quasi-totalité de l'Europe monarchique se coalise contre le régime révolutionnaire. Pourtant, sur les conseils de son ministre Ventura, Parme n'adhéra pas à la coalition, on ne sait trop pourquoi, peut-être parce que le duc n'avait pas les moyens politiques, financiers et militaires pour soutenir un effort de guerre.
La Cour était alors occupée par les préparatifs du mariage du prince héréditaire. Le jeune Louis devait s'unir avec une fille du roi d'Espagne, Charles IV, l'infante Marie-Louise. La reine d'Espagne, elle aussi prénommée Marie-Louise, née princesse de Parme, était la propre soeur de Ferdinand Ier. Ce rapprochement entre Bourbons rappelait le Pacte de Famille signé en 1761.
Louis de Bourbon-Parme malgré ses maux épileptiques, n'était pas dépourvu d'intelligence, ni de talents. Il avait hérité des goûts scientifiques de son père, mais il cultiva ses dispositions intellectuelles avec plus de passion encore. Le fils de Marie-Amélie entretint au cours de sa courte vie des travaux et des correspondances avec des savants comme Chaptal sur la question avant-gardiste de la chimie industrielle, ou le botaniste Cavanilles.
Hélas, l'état défaillant de sa santé précaire, et sa situation hasardeuse de roi d'Etrurie quelques années plus tard, ne lui permit pas de s'affirmer.
Pour l'heure, le prince héréditaire épousa la fille de Charles IV, le 25 aout 1795, le mariage fut célébré en Espagne au château de la Granja et à cette occasion, le roi lui octroya le titre d'infant.

L'année suivante, avec l'invasion de l'Italie, conduite par le général Bonaparte, sur ordre de la République française et du Directoire, la monarchie parmesane devait subir pour la première fois les conséquences majeures de la nouvelle donne en Europe. Deux ans plus tôt, Ferdinand Ier avait renoncé à sa politique de neutralité en s'engageant secrètement avec l'Autriche dans la coalition anti-française. Le duc de Parme, pour prix de sa soumission signa l'armistice de Plaisance le 9 mai 1796, sommé de verser deux millions en numéraire, dix mille quintaux de blé et la cession de vingt tableaux de maître qui prirent le chemin de la France.

Cette nouvelle hégémonie en Italie ne fut pourtant pas préjudiciable aux Bourbon-Parme dans un premier temps. Des liens familiaux et politiques les unissant étroitement avec les Bourbons d'Espagne, la Cour de Madrid qui avait finalement opté pour une alliance avec Paris lors de la paix de Bâle, un établissement supérieur à leur statut fut envisagé.

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 17:38

Malgré un relatif effacement, l'Espagne n'avait pas renoncé à sa politique italienne. De plus, la reine Marie-Louise, soeur de l'Infant de Parme, était devenue la belle-mère du fils de Ferdinand et de Marie-Amélie. Dans ces conditions, Marie-Louise, très ambitieuse pour l'avenir de ses filles, souhaitait une couronne royale pour son gendre. Toutefois, le gouvernement français, sous le vernis de son hypocrite bonne volonté à l'égard des souverains Catholiques ne voulait rien accorder facilement et entendait préserver au mieux ses intérêts politiques et stratégiques.

Bonaparte, Premier Consul, ne songea pas au prince héréditaire de Parme, mais à son père, le duc Ferdinand Ier. Un traité préliminaire et secret dit de Saint-Idefonse fut signé le 1er octobre 1800 entre le régime Consulaire représenté par le général Berthier et les émissaires de Charles IV. Pour complaire à l'Espagne, on satisfaisait ses cousins parmesans, mais pour autant la France réclamait en retour, une partie de l'empire espagnol, c'était donnant donnant !
Il était dit en introduction du traité que :
"Sa Majesté Catholique ayant toujours témoigné beaucoup de sollicitude à procurer à son Altesse Royale le Duc de Parme, un agrandissement qui mit ses Etats en Italie sur un pied plus conforme à sa dignité" la France émettait en retour "le souhait d'être remise en possession de la Louisiane".

Les articles qui suivent discutent directement le futur statut de l'époux de Marie-Amélie :
"La République française s'engage à procurer en Italie à l'Infant Duc de Parme un agrandissement qui porte ses Etats à une population d'un million à douze cent mille habitants, avec le titre de Roi, et tous les droits et prééminences qui sont attachées à la dignité royale."

Ensuite, il est question de la nouvelle souveraineté territoriale à accorder au petit-fils de Louis XV :
"L'agrandissement à donner à S.A.R. le Duc de Parme pourra consister dans la Toscane, dans le cas ou les négociations entre le gouvernement français avec Sa Majesté Impériale lui permettront d'en disposer. Il pourra également consister dans les Légations Romaines ou dans toutes autres provinces continentales d'Italie, formant un Etat arrondi."
En échange, "Sa Majesté Catholique s'engage à rétrocéder à la République Française, la colonie ou province de La Louisiane" et enfin "six vaisseaux de guerre, percé pour 74 pièces de canon."

Plusieurs questions sont soulevées par l'historien. Le duc de Parme fut-il consulté lors des négociations préliminaires relatives à ce traité secret ? Et si Ferdinand 1er était probablement favorable à l'extension de son Etat avec un titre royal, avait-il pour dessein l'abandon de son antique duché de Parme ? La suite démontrera qu'il était fermement opposé à toute renonciation.

Pour Bonaparte et son gouvernement, l'enjeu demeurait un immense territoire, la Louisiane, cédée par la France à l'Espagne au terme de la Guerre de Sept ans quarante ans plus tôt. En revanche, il apparaît bien étonnant que la France ait eu la volonté d'avantager à ce point un Bourbon, même si elle avait renoué avec des formes pré-monarchiques sous le Consulat. Le duc de Parme était tout de même le petit-fils de Louis XV, le cousin de Louis XVI, le beau-frère et le cousin germain de Charles IV, roi d'Espagne, et l'époux d'une archiduchesse d'Autriche, soeur de Marie-Antoinette... !
Mais Bonaparte, Premier Consul, voulait endormir les souverains espagnols en facilitant l'ascension de leurs cousins parmesans. Son objectif temporaire représentait la mainmise sur la Louisiane au moindre coût, en dupant Charles IV et sa femme, sur l'énorme perte coloniale qu'ils allaient faire.
Pour la France, d'autres intérêts géopolitiques outre-atlantique concernant Saint-Domingue et les Etats-Unis avaient été étudiés dans la balance, notamment par Talleyrand, ministre des Relations Extérieures du Consulat, mais ces aspects dépassent le cadre de cette étude et ne seront pas relevés.


Six mois plus tard, lors du traité d'Aranjuez, le 21 mars 1801, les conditions de Saint-Idelfonse sont partiellement annulées. Il n'est plus question de l'infant-duc, mais de son fils, prince héréditaire de Parme et gendre du roi d'Espagne. La France lui octroie le grand-duché de Toscane, érigé en royaume, mais en contrepartie Ferdinand Ier doit renoncer formellement à sa souveraineté sur Parme, Plaisance et Guastalla.

Pourquoi ce retournement de situation ? c'est le mystère, bien que l'on sache que Bonaparte n'estimait guère le duc de Parme. Il est possible également que la reine d'Espagne ait insisté auprès de la France pour que la couronne de Toscane échoie sur celle de son gendre et de sa fille. De Paris, cela ne changeait guère, Louis de Bourbon-Parme valait bien son père...
Ferdinand 1er dont la réputation de faiblesse de caractère était avérée, allait-il tout accepter sans discuter en ramassant au passage une grosse indemnité en guise de consolation ? Coup de théâtre ! le duc rejetait formellement les dictats du gouvernement français.

Les objections de l'infant compliquèrent alors le processus diplomatique en cours et impatientèrent Paris et la Cour de Madrid.
Marie-Louise de Parme, reine d'Espagne, dans la joie de voir sa fille reine de Toscane, était consternée et déclamait dans une folle inconscience à son favori Godoy :

"Qu'il est égoïste , ne voulant en faire qu'à sa tête, et selon sa sainte volonté, refusant de se gêner un instant et de devoir à personne ! Quel homme !"

Lucien Bonaparte, ambassadeur de France à Madrid, était sollicité par Talleyrand :

"Faites vos efforts pour arriver à la renonciation pure et simple du vieil élève de Condillac, car il est possible que nous soyons dans le cas de disposer de son duché pour des arrangements en Italie. Peut-être la Sardaigne trouverait-elle une partie de sa compensation ?".

On finit par trouver un arrangement. Le duc de Parme continuerait à régner, mais seulement à titre viager,  l'infant était spolié de toutes ses prérogatives dans son gouvernement.
Au mois d'avril 1801, un administrateur, Moreau de Saint-Remy, était nommé par Bonaparte et des ordres étaient donnés afin de mettre sous sequestre "les meubles, l'argent, les bijoux et les papiers" du château de Colorno. Cette ingérence de la France dans les affaires intérieures de Parme illustre désormais la fonction fantoche du souverain réduit à sa plus simple expression. Ferdinand et Marie-Amélie ne semblent même plus maîtres de leurs biens.


Quant à leur fils, son nouveau royaume de Toscane prend le nom d'Etrurie, la mode était alors dominée par le retour à l'antique.


Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1443


La future famille royale d'Etrurie

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1444
La Famille de Charles IV par Goya (1801, musée du Prado, Madrid)

La future famille royale d'Étrurie figure dans la Famille de Charles IV telle qu'elle fut peinte par Francisco Goya en 1800-1801 : à droite du tableau la future reine Marie-Louise tient le futur Louis II d'Étrurie dans ses bras et le futur Louis Ier d'Étrurie se tient auprès d'elle.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_d%27%C3%89trurie


Mais avant de prendre possession de sa nouvelle souveraineté, Louis Ier doit se présenter à Paris où il sera reçu avec tous les honneurs dus à son rang. Etonnant  retour de l'histoire ! la France régicide huit ans plus tôt accueille un cousin de Louis XVI et le propre neveu de Marie-Antoinette sous les yeux des Parisiens ébahis...

Le 8 juin 1801, Talleyrand, en grand seigneur de l'Ancien Régime qu'il n'a jamais cessé d'être, donne une belle fête de nuit en l'honneur de Leurs Majestés la Roi et la Reine d'Etrurie au château de Neuilly.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1442


A cette occasion, on se surpasse en imagination, comme si on voulait se laver des horreurs de la Révolution. Pas moins de mille invités déambulent dans le château et dans le parc. Un concert sous les voix des cantatrices Mmes Scio et Grassini suivi d'un feu d'artifice, enfin d'un souper "renouvelé cinq fois dans la nuit" animent la soirée au milieu de décorations florales commandées chez les meilleurs fournisseurs de la capitale.
Lorsque minuit sonne, une beauté à couper le souffle, l'ensorcelante Pauline Bonaparte ouvre le bal au bras du flambant neuf roi d'Etrurie. "Cette fête fut réellement un chef-d'oeuvre de génie artistique et courtisanesque" dira Norvins.

Dominique Poulin

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 17:51

Courtisanesque ? sûrement, car dans les coulisses, la réalité est plus déplaisante. Louis de Bourbon-Parme ne trouve pas grâce aux yeux de Napoléon Bonaparte qui le qualifie cruellement de "triste sire".Puis tardivement renseigné sur ses maux épileptiques, le Premier Consul fait savoir qu'il aurait mieux fait  " de le laisser où il était".
Pour sa part, le roi d'Etrurie, installé à Florence à partir de la fin du mois de juillet, ne tardera pas à mesurer les limites exigües de son pouvoir, la France observant la Toscane comme "une province conquise et sujette".
En définitive, Louis Ier sera toujours un souverain d'opérette et son royaume un satellite soumis aux volontés de la France.


La factice Couronne d'Etrurie    Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 Captu486
se solde par un marché de dupes.


A Parme, l'infant-duc, dépouillé de toute attribution, sombre dans une dévotion outrée. Le sort va s'acharner contre lui. Alors qu'il s'était retiré à l'abbaye de Fontevivo et qu'il assistait à une représentation théâtrale, Ferdinand se plaignit de douleurs intolérables au point d'en perdre la vie le 9 octobre 1802 à cinquante-et-un ans.
Au cours de son agonie, le duc de Parme confia l'intime conviction d'un empoisonnement perpétué par les Français. Cette thèse semble avoir été longtemps soutenue, le maintien du souverain sur son trône représentant davantage une gêne qu'un avantage pour le régime Consulaire. En revanche, certains historiens pensent que Ferdinand Ier aurait plutôt été victime d'une infection proche du choléra.
La question reste posée de nos jours.

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 19:13

C'est à ce moment crucial pour l'histoire de Parme que nous retrouvons enfin l'archiduchesse-infante Marie-Amélie. Sur ce point, il faut prévenir le lecteur afin de l'informer de la dommageable absence de sources la concernant lors des ultimes dernières années du XVIIIe siècle mais aussi lors de la période 1800-1802 qui précipita les principautés bourboniennes dans l'orbite de l'Etat français.
Quelques bribes impossibles à exploiter dans l'état actuel de nos connaissances en France nous informent de la haine de la duchesse de Parme envers un pays qui avait fait décapiter sa soeur Marie-Antoinette. Dans ce contexte, on peut subodorer ses réserves devant l'arrivée des premiers militaires et fonctionnaires français venus prendre possession du duché en 1801 au nom du Premier Consul Bonaparte.

Mais à partir de ce moment, quasi-abandonnés par l'Espagne au profit de la mirifique Couronne d'Etrurie, Ferdinand 1er et Marie-Amélie ne représentaient plus que des monarques à la souveraineté douteuse et dont les pouvoirs régaliens n'avaient plus guère de sens. Désormais, Moreau de Saint-Remy gouvernait l'Etat de Parme selon les directives de Bonaparte et de Talleyrand.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1445
Moreau de Saint-Rémy
Pastel de James Sharples.
Photo fiche WIKI



Le 9 octobre 1802, l'Infant Ferdinand avait disparu de la scène dans des circonstances mystérieuses qui n'ont jamais été totalement élucidées.   Etait-il mort du choléra ou avait-il été empoisonné par les autorités françaises ou par d'autres protagonistes qui y avaient intérêt ? On se souvient que le duc de Parme était mort au milieu de violents maux de ventre qui firent certainement effet auprès de son entourage intime. Entre deux accès de douleur, le duc de Parme confia à son confesseur :

"Me l'han fatta"  ___ ( Ils m'ont eu ! )   Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 3177668066

Bien des questions sur cet épisode obscur n'ont pas été résolues. Ferdinand Ier se plaignit de douleurs abdominales peu après avoir bu une tasse de chocolat. Son breuvage contenait-il du poison, oui ou non ? une autopsie fut-elle réalisée et si elle eut lieu fut-elle tronquée ? Pourquoi les français déclarèrent-ils à l'époque que le souverain avait succombé à un "choléra sporadique" ? l'infant était-il précédemment en bonne santé ?
Quel fut l'emploi du temps du duc avant de tomber malade ? Qui composait les personnes attachées à son service notamment aux cuisines ? Les domestiques ou les courtisans du duc étaient-ils soudoyés ou espionnés à la solde de l'administration française à Parme ?
A défaut de pouvoir répondre à toutes ces questions, des recherches certainement aboutiront à un faisceau d'informations permettant d'étayer le dossier.

Sortant de son pesant silence, Marie-Amélie fit parler d'elle pour la dernière fois au lendemain de la mort de son époux.
La duchesse de Parme prit pour prétexte l'installation de son fils sur le trône d'Etrurie à Florence pour constituer un conseil de régence et en revendiquer les pleins pouvoirs. A cinquante-six ans, Marie-Amélie ne démentait pas le tempérament querelleur et explosif de sa jeunesse. Elle allait tenter de mettre à profit cette ultime opportunité pour illustrer son caractère intrépide capable de coups d'éclats retentissants, contrecarrer la position politique de l'administrateur et résident français Moreau de Saint-Rémy et de là faire pied de nez au régime Consulaire et au Premier Consul Bonaparte... !

L'infante sollicita d'anciens ministres de son mari afin de constituer son conseil. Francesco Schizzati et Cesare Ventura, représentants de l'Ancien Régime à Parme agréèrent le désir de leur souveraine dans cette mission.   Ainsi le duché connut une situation inédite en violation des pouvoirs conférés par Bonaparte à Moreau de Saint-Remy.

Toutefois, sur quelle légitimité Marie-Amélie et ses partisans pouvaient-ils revendiquer la régence ? Un an plus tôt, en avril 1801, le Premier Consul avait signifié à Talleyrand que Parme "nous appartient depuis la mort du duc". C'est pourquoi, le décès de Ferdinand 1er laissait entendre l'annexion et la souveraineté du pays à la France.
Dès la mort de l'infant, Moreau de Saint-Remy, fort de ces considérations non négociables car discutées en termes officiels et définitifs, s'évertua à instruire Marie-Amélie de l'inanité de sa régence. Elle ne pouvait et ne pourrait pas être reconnue par la France. Pourtant, le laps de quelques jours, un régime inédit sans reconnaissance officielle tint lieu de contre-gouvernement à Parme.
C'était superbement ignorer les ordres de Paris, et très vite Marie-Amélie fut contrainte et forcée d'abandonner ses ridicules et fictives prérogatives de régente... Elle quittait Parme pour n'y plus revenir, le 22 octobre, treize jours après la mort de son mari. Les "ministres" de la duchesse furent limogés sans formalité le lendemain par le général Broussier.

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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 20:00

Au soir de sa vie, Marie-Amélie avait régné trente trois ans sur le trône de Parme aux cotés de Ferdinand Ier. Son départ fut dicté par la France peu disposée à s'embarrasser d'une vieille princesse considérée désormais comme inutile et dérangeante, de surcroît soeur de la feue reine de France !
Qu'allait-elle devenir ?

Il est délicat de répondre à cette question néanmoins nécessaire. Les rarissimes renseignements dont nous disposons indiquent que l'ex-souveraine de Parme séjourna dans un premiers temps à Venise avant de s'établir dans la capitale de la Bohème à Prague.
Marie-Amélie retrouvait ainsi son rang d'archiduchesse que lui avait donné sa naissance et les Etats de la maison de Habsbourg. En revanche, dans l'immédiat, nous sommes dans l'impossibilité absolue de décrire sa vie en exil.

Une nouvelle désolation vint rompre sa vie en 1803. Son unique fils, le roi Louis Ier d'Etrurie mourut le 27 mai à Florence vaincu par son mal épileptique et sa faible constitution. Il laissait un petit garçon, Charles-Louis, né quatre ans plus tôt.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 1433
Famille de Louis Ier d'Etrurie, photo fiche Wiki

Les Bourbon-Parme, provisoirement promus duc de Lucques au lendemain du Congrès de Vienne en 1815, ne retrouveront leur trône parmesan qu'à la mort de la duchesse Marie-Louise, veuve de Napoléon Ier en 1847.

Quant aux princesse Marie-Antoinette et Charlotte, elles vouèrent leurs vies à Dieu, peut-être parce que tous les projets de mariage caressés par leurs parents furent voués à l'échec. Les négociations avec l'Espagne pour les marier avec des infants, notamment avec le prince Antonio, frère de Charles IV, ne purent aboutir. Par ailleurs, une décennie plus tôt, la Cour de Naples avait décliné l'offre de Parme pour marier le prince héritier Louis avec une des filles des souverains des Deux-Siciles. La reine de Naples n'ignorait pas le "mal caduc" de son neveu :
"Pour ce qui est du fils de Parme, Matallama m'assure qu'il est épileptique."

Pour l'aînée des enfants de Marie-Amélie, Caroline, installée à la Cour de Dresde grâce à son mariage, le sort voulut qu'elle mourût la même année que sa mère.
L'ex-duchesse de Parme ne devait pas survivre longtemps dans sa condition de souveraine veuve et déchue. Elle s'éteignit à cinquante-six ans à Prague le 18 juin 1804. Elle fut inhumée à la cathédrale St Vitus de la ville mais son coeur fut transféré dans la nécropole des Habsbourgs à Vienne.

Ainsi disparaissait la princesse la plus fascinante de la dynastie des Bourbon-Parme et peut-être la fille la plus controversée de l'impératrice Marie-Thérèse. Certes, c'est Marie-Antoinette qui a recueilli le plus de témoignages, de détracteurs ou d'admirateurs. Pourtant, on oublie facilement et trop souvent, que ses soeurs mariées ont joué un rôle significatif au niveau européen par leurs unions avec des princes, mais aussi par les responsabilités politiques qui leur furent octroyées comme Marie-Christine, ou encore par leur rayonnement et leur mécénat artistique et leurs oeuvres philanthropiques.
Les cinq soeurs de Marie-Antoinette parvenues à l'age adulte n'ont pas fini de nous dévoiler tous leurs secrets. Ces fameuses archiduchesses, auréolées par le matriarcat de Marie-Thérèse avaient toutes hérité d'un caractère fort et obstiné. Notre enquête continue !

Dominique Poulin

BIBLIOGRAPHIE

Arrow AMIGUET (Philippe)
Lettres de Louis XV à l'infant Ferdinand de Parme/Grasset/1938.
Arrow BALANSO(Juan)
Les Bourbons de Parme/Editions Deucalion/1996
Arrow BEDARIDA (Henri)
Les premiers Bourbons de Parme et l'Espagne 1731-1802/Champion/1927
Arrow BEDARIDA (Henri)
Parme et la France de 1748 à 1789/Champion/1928
Arrow BLED (Jean-Paul)
Marie-Thérèse impératrice/Fayard/2001
Arrow BLUCHE (François)
Le despotisme éclairé/Collection Pluriel/1993
Arrow CAMES (Jean)
Marie-Louise, roi d'Espagne (1751-1819)/L'Harmattan/2004
Arrow Fejto (François)
Joseph II, un Habsbourg révolutionnaire /Plon/1952
Arrow GUT (Philippe)
L'Italie de la Renaissance à L'Unité XVIe-XIXe siècle/Hachette/2001
Arrow JONARD (Norbert)
L'Italie des Lumières : Histoire, Société, et Culture du XVIIIe siècle italien/Champion/1996
Arrow LEVER (Evelyne)
Correspondance de Marie-Antoinette 1770-1793/Tallandier/2005
Arrow TAPIE (Victor-Lucien)
L'Europe de Marie-Thérèse, du baroque aux Lumières/1973
Arrow TESSIER (Yves)
Dictionnaire de l'Europe: Etats d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours/Vuibert/2004
Arrow VALLOTON (Henry)
Marie-Thérèse, impératrice/Fayard/1963

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Il va être maintenant question de l'aînée des archiduchesses, Marie-Anne .

A SUIVRE !!! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 693620883

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Message par Gouverneur Morris Lun 30 Sep 2019, 21:27

Passionnant ! Merci Dominique Hop! Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 309649167 et Eléonore Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 2523452716
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Message par Mme de Sabran Lun 30 Sep 2019, 22:05


Grâce à Dominique, j'apprends des tonnes de choses ! Very Happy

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Message par Goguelat Mar 01 Oct 2019, 19:29

Merci pour toutes ces recherches, c'est passionnant.
[ même si le personnage de Marie-Amélie n'est pas vraiment attachant! ]
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Message par Leos Mar 01 Oct 2019, 20:24

Merci aussi de ma part cher Dominique pour cet article sur des sœurs méconnues de M A et en particulier sur Marie Amélie qui, comme je le sais, n’est pas très attrayante, sympathique en tant que personnalité, mais non moins intéressante.
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Message par Mme de Sabran Sam 12 Oct 2019, 09:08


Avec l'article consacré à Marie-Anne ( Marianne ) , Domi poursuit :    Very Happy


LA PREMIERE DES ARCHIDUCHESSES D'AUTRICHE : MARIE-ANNE (1738-1789)

Les renseignements recueillis provenant de la documentation française sur cette archiduchesse d'Autriche, soeur ainée de Marie-Antoinette, sont infimes. Il existe des informations à Vienne notamment avec les publications allemandes du chevalier Arneth, le Journal du Grand Maitre de la Cour, le prince Kevenhuller, enfin plusieurs biographies allemandes de l'impératrice Marie-Thérèse. Malheureusement, ces sources n'ont pas été traduites et n'ont pas permis leur consultation. Nous ne présenterons par conséquent dans cet article qu'une part très réduite de la vie de la soeur aînée de la reine de France.
Sa figure à peine dévoilée ne nous permet pas d'analyser même globalement sa place ni son influence au sein de la famille impériale sous les règnes de Marie-Thérèse et de Joseph II. Toutefois cette princesse, née au coeur du Siècle des Lumières, ne nous est pas inconnue.

Les soeurs méconnues de Marie-Antoinette - Page 2 5147


Dans l'ordre des seize enfants de l'empereur François Ier et de l'impératrice Marie-Thérèse, l'archiduchesse occupait le numéro deux. En 1737, était née le premier enfant du couple impérial, une fille, Marie-Elisabeth, mais le nourrisson mourut trois ans plus tard.
Leur second enfant, Marie-Anne, naquit le 6 octobre 1738. Dès sa venue au monde, l'enfant ne parut pas viable, mais en dépit de ses infirmités et de sa santé précaire, elle survécut aux maladies infantiles. Dès lors, elle fut considérée comme la première des archiduchesses d'Autriche à la Cour de Vienne.
Cette princesse révéla très tôt des signes physiologiques alarmants, mais les sources demeurent contradictoires quant à l'état exact de sa chétive santé. Il est question pèle-mêle de plusieurs déficiences organiques, sans que l'on connaisse exactement la nature des maux de Marie-Anne, y compris dans leur évolution. On recense une malformation qui lui raidissait un bras, une dyspnée, source de problèmes respiratoires, ou encore d'une colonne vertébrale en mauvais état. Par conséquent, il est actuellement difficile d'établir un bilan de santé fiable. Il mériterait une confrontation avec des documents sûrs et authentiques. D'autres renseignements aléatoires citent une éventuelle disgrâce établissant un éventuel nanisme, voire de dérèglements mentaux... ! Ce dernier point parait très douteux et on comprendra pourquoi à la lecture de cet article. Toutefois, les termes les plus employés à son égard, la désignent comme une princesse invalide et handicapée. Sa mère parle de "sa terrible conformation" dans une de ses lettres à Marie-Antoinette et l'archiduchesse fut sujette à de graves problèmes digestifs.

L'impératrice n'appelait pas ses enfants par leurs strict prénom de baptême. Marie-Anne fut communément dénommée "Marianne" dans la correspondance de Marie-Thérèse. Ses autres soeurs reçurent aussi de simples diminutifs. Marie-Christine sous celui de "La Marie" ou encore "Mimi", tout comme Marie-Elisabeth, par celui de "La Elisabeth", enfin de Marie-Antoinette sous l'abréviation de "L'Antoine".

La plupart des princesses impériales semblent avoir reçues à la base une éducation similaire. Leur environnement était placé sous le haut contrôle de la gouvernante, l'aya. Marie-Thérèse exigeait un compte-rendu quotidien de tous les faits et gestes de ses enfants. Néanmoins, elle se montra un peu plus libérale pour ses filles. Ce sont les garçons qui furent soumis à un emploi du temps strict et à des obligations de résultats dans le cadre de leurs études. Pour ce qui concernait les archiduchesses, l'impératrice n'avait pas d'autres ambitions que de leur donner une excellente éducation de princesse afin de consolider les opportunités d'unions avec des souverains ou des princes. Cet objectif reposait sur l'assise de sa politique européenne.
De ce point de vue et en raison des handicaps de Marie-Anne, il ne parait pas que la souveraine ait nourri beaucoup d'illusions, mais aucune source ne permet d'affirmer définitivement que sa fille aînée était condamnée au célibat dès son enfance.

Les arts représentaient la clé de voûte de la formation des archiduchesses. La musique, le chant, la danse, le théâtre de comédie, la peinture, les travaux manuels occupaient une part non négligeable de leur quotidien. Marie-Anne n'y fit pas exception et c'est ainsi qu'en 1745,  à l'age de sept ans, elle est l'étoile d'une comédie donnée en présence de ses parents et de la Cour impériale.

L'apprentissage et les devoirs de représentation constituaient des devoirs pour toutes les princesses. Dix ans plus tard, Marie-Anne est choisie comme marraine par procuration au baptême de sa petite soeur Marie-Antoinette, en compagnie de l'archiduc Joseph. L'un et l'autre représentaient le roi et la reine de Portugal.

Dominique Poulin
... à suivre !

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