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L'anglomanie à la Cour de France

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L'anglomanie à la Cour de France Empty L'anglomanie à la Cour de France

Message par Mme de Sabran le Sam 23 Jan 2016, 22:55

L'anglomanie désigne l'engouement pour ce qui touche à la culture anglaise.   L'anglomanie à la Cour de France Q_DANC%7E1

L'anglomanie - ainsi qualifiée par ses détracteurs - se manifesta initialement en Europe continentale aux lendemains de la Guerre de Sept Ans, pour les usages (clubs et courses hippiques), les modes vestimentaires (la redingote) et gastronomiques (le punch), les arts décoratifs (les « jardins anglais ») anglais ou britanniques.

MODE ANGLAISE . Jeune homme à la l’avant-garde de la mode  L'anglomanie à la Cour de France Journa10


Les jardins sont à l'anglaise, sinon rien !  L'anglomanie à la Cour de France Minirose
Sacrifiant le savant jardin botanique de Louis XV, Marie-Antoinette charge son architecte Richard Mique et le peintre Hubert Robert de créer un jardin pittoresque. La mode est alors au jardin anglais, succession artificielle de tableaux de paysages « naturels ». La Reine rêve d’une nature vivante qui ne soit pas emprisonnée dans des serres ou des parterres à l'instar des jardins à la française.

L'anglomanie à la Cour de France 177410


A Louis XV qui lui demandait ce qu'il était allé faire en Angleterre, M. de Lauraguais répondit :
" Sire, je suis allé apprendre à penser . "

... et le roi :
" Panser les chevaux ? "



L'anglomanie au XVIIIe siècle


Comme le remarquent Claude Bruneteau et Bernard Cottret :

  « la difficulté que l’on a à saisir l’anglomanie du XVIIIe siècle provient essentiellement de son caractère diffus. En effet, elle ne constitua ni une école littéraire — quelqu’influentes qu’aient pu être les traductions des auteurs anglais ou la terminologie anglophone des sciences et des techniques — ni une idéologie définie1. »

Contrairement à l'anglophilie des Lumières, l'anglomanie ne porte plus sur l’unique engouement intellectuel et culturel pour la Grande-Bretagne. Ainsi, Louis Sébastien Mercier distingue anglophilie d’anglomanie. La dernière est le goût pour une mode, la première la recherche d'un modèle. Cependant, l'anglomanie peut recouvrir une dimension intellectuelle : ainsi, la passion pour l'agronomie anglaise et ses expérimentations peut s'apparenter à une forme d'anglomanie.

La notion apparaît aussi comme une étiquette insultante, comme une arme des ennemis des anglophiles. On en trouve mention dans l'Année littéraire de Fréron, mais le mot connaît son succès avec l’œuvre de Louis-Charles Fougeret de Monbron, Préservatif contre l’Anglomanie, violent pamphlet de 1757

Louis-Sébastien Mercier
 L'anglomanie à la Cour de France Tablea12

"C'EST AUJOURD'HUI UN TON PARMI LA JEUNESSE DE COPIER L'ANGLAIS DANS SON HABILLEMENT."

Tableau de Paris , nouvelle édition, Amsterdam 1783, tome 7, 10x17 cm, 291 pages, couverture cuir d’époque, (usure, petits manques, galeries d’insectes), pages avec de légères piqures. Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) commence la publication du Tableau de Paris en 1781. Les mœurs parisiennes sont décrites dans cet ouvrage en 7 volumes et plus de mille chapitres. Dans le tome VII on y parle entre autres de l’homme de goût (chapitre 565) et surtout de la mode anglaise qui a cours en France (chapitre 548) : « Le fat à l’anglaise. C’est aujourd'hui un ton parmi la jeunesse de copier l’anglais dans son habillement. Le fils d’un financier, un jeune homme dit de famille, le garçon marchand prennent l’habit long, étroit, le chapeau sur la tête, les gros bas, la cravate bouffante, les gants, les cheveux courts et la badine. Cependant aucun d’eux n’a vu l’Angleterre, et n’entend un mot d’anglais. Tout cela est fort bien, parce que ce costume exige de l’uni et de la propreté. Mais quand vous venez à raisonner avec ce soi-disant anglais, au premier mot vous reconnaissez un ignorant parisien. Il dit qu’il faut prendre la Jamaïque ; et il ne sait pas où la Jamaïque est située ; il confond les grandes Indes avec le continent de l’Amérique. Il s’habille comme un habitant de la cité de Londres, [p45] marche la tête haute, se donne les airs d’un républicain ; mais gardez-vous d’entrer en conversation sérieuse avec lui, car vous ne trouverez pas plus de lumières dans sa tête, que dans celle d’un huissier-audiencier au châtelet de Paris. Reprends, mon jeune étourdi, reprends ton habillement français ; mets des dentelles ; que ta veste soit brodée ; galonne ton habit ; fais-toi coiffer à l’oiseau royal ; porte un petit chapeau sous le bras, deux montres avec leurs breloques. Ce n’est pas assez de prendre l’habit des gens, pour en avoir l’esprit et le caractère. Retiens ton costume national, il te sied ; c' est sous cette livrée que tu dois parler sans rien dire, déraisonner agréablement sur tout, et étaler les grâces de ta profonde ignorance. Ne prendrons-nous jamais des anglais que l’habit ? Ils ont des fats ; mais leur fatuité tient à l’orgueil, et les nôtres n’obéissent qu’à une puérile vanité. Ils ont des hommes vicieux ; mais ils le sont là moins qu’ailleurs, parce [p46] qu’en tout autre pays ils se verraient obligés de faire les hypocrites. Enfin, ils ont des voleurs ; mais ces voleurs ont une ombre de justice : ils ne vous dépouillent pas entièrement ; ils partagent ; ils ne font pas couler le sang, comme le voleur français. Qu’il me tarde d’être volé à l’anglaise ! Mais nos voleurs de grands chemins ne sont guère plus avancés que nos fats modernes, prétendus imitateurs des mœurs britanniques. Les marchands mettent sur leurs enseignes, magasins anglais. Les limonadiers, sur les vitres de leurs cafés, annoncent le punch en langue anglaise. Les redingotes de Londres, avec leurs triples collets et leur camail, enveloppent les petits-maîtres. Les petits garçons ont les cheveux ronds, plats et sans poudre. On voit le père sortant de son hôtel, vêtu de gros drap, trotter à l’anglaise, le dos courbé. Il y a long-tems que les femmes sont coiffées en chapeau élégant, dont la mode nous est venue des bords de la Tamise. Les courses de chevaux établies à Vincennes, rappellent celles de Newmarket. Enfin, nous avons les scènes de Shakespeare, qui, mises en vers par M Ducis, font le plus grand effet. Ainsi nous n’avons plus tant de peur de nos ennemis. Nous voilà familiarisés avec les formes que nous rejetions avec hauteur et dédain il y a trente années. Mais avons-nous pris ce qu’il y avait de meilleur ? Ne nous resterait-il pas à adopter toute autre chose que le punch, les jockeys, et les scènes du grand Shakespeare ? ».


ANGLOMANIE. Les Amants français, Comédie en deux actes et en vers,L'anglomanie à la Cour de France Lesama10

A l'occasion des avantages remportés, sur mer & sur terre, par les Français & les États-Unis de l'Amérique, dans la Virginie. Il y est question d'un Français ayant remporté beaucoup de gloire aux États-Unis mais ayant perdu toute sa fortune dans un naufrage. Il n'ose prétendre à l'amour d'une dame plus riche que lui, ayant tout perdu, qui l'aime pour avoir entendu parler de ses faits et gestes sans pourtant savoir que c'est lui.
Finalement ils se marient, elle offrant sa richesse en partage, et lui sa gloire. Ce livre fait 12x7,8 cm. Il est relié avec un cartonnage rose usé et contient une gravure en frontispice signée François Nicolas Martinet (1739-après 1796) engagé en 1756 comme graveur au Cabinet du Roi. La pièce se finit par les partitions d'une chanson : « Couplets des Amants Français. Musique de Madame L.... Un Anglais Page 47 Dites moi Messieurs les français, Est-il vrai ce que l'on publie, Vous avez pris six mille Anglais ? Votre sagesse et vos succès On fait tomber l'Anglomanie. Est-il vrai Messieurs les français ? Est-il vrai Messieurs les français ? Messieurs les français ? Suivent les autres Couplets. » La pièce elle-même se termine par un couplet s'adressant aux Anglais : « Un Français. Restez, Messieurs, ne craignez rien, Le bon successeur d'Henri-Quatre Des affligés est le soutien ; Et nous savons tout aussi bien Vous estimer que vous combattre. Restez, Messieurs, ne craignez rien. »
Cela résume bien la vie d'un autre couple de cette époque (à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe) : le duo « anglo-français » qui se combat à l'étranger et qui s'admire, notamment en France où l'Anglomanie est de mise. C'est aussi en Angleterre qu'un grand nombre de Français se réfugient lors de la Révolution : les Émigrés.

http://www.lamesure.fr/rubriques/modesanglomanie.html


Dernière édition par Mme de Sabran le Mer 04 Jan 2017, 19:01, édité 1 fois

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Message par Mme de Sabran le Dim 24 Jan 2016, 09:28



Pourtant cette anglomanie ou " maladie anglaise " L'anglomanie à la Cour de France Conten12, quelque philosophique qu'elle fût, heurtait le sens commun. Peut-être constituait-elle un pendant, tout aussi paradoxal que compensatoire à cette Europe française . C'est ainsi que, si Paris donne le ton au reste du monde, il copie volontiers l'Angleterre .

L'anglomanie à la Cour de France 111

Paris, de l'image à la mémoire: représentations ...
https://books.google.fr/books?isbn=904200049X
Marie-Christine Kok-Escalle - 1997 - ‎Social Science


Le jeu de Whist
: L'anglomanie à la Cour de France 22110


Le chapeau à la Devonshire, dont la duchesse Georgiana lance la mode qui fait aussitôt fureur chez nous aussi !

L'anglomanie à la Cour de France 1787-d10


Les courses de chevaux :


L'anglomanie à la Cour de France Books36

Journal des haras, chasses, et courses de chevaux, des ...
https://books.google.fr/books?id=f09AAAAAcAAJ

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Message par Invité le Dim 24 Jan 2016, 11:19

L'Angleterre n'était en effet pas que la perfide Albion... mais aussi une sacrée muse en de multiples domaines ! :\\\\\\\\:


Bien à vous.

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Message par Mme de Sabran le Dim 24 Jan 2016, 11:23

;
Et puis, figurez-vous qu'avant l'anglomanie, nous mangions du rôti ...  L'anglomanie à la Cour de France 0038
Voltaire nous ap-

L'anglomanie à la Cour de France 212

C'est quand même plus chic !  :L'anglomanie à la Cour de France 2028181902

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Message par La nuit, la neige le Dim 24 Jan 2016, 11:59

C'est un petit détail, mais il est amusant.  Very Happy

Au sujet du "shake hands" entre une femme et un homme, et de sa découverte par Marie-Antoinette.

Noté par Mme de la Tour du Pin qui évoque, dans ce passage de ses Mémoires, l'entourage des dames du Palais de la reine et leur quotidien :

Ordinairement, Mme la princesse de Lamballe, surintendante de la maison, arrivait et entrait immédiatement dans la chambre à coucher où la reine faisait sa toilette.
Le plus souvent, elle était arrivée avant que Sa Majesté la commençât.
Mme la princesse de Chimay, belle soeur de Mme d'Hénin, et Mme la comtesse d'Ossun, l'une dame d'honneur et l'autre dame d'atours, étaient aussi entrées dans la chambre.
Au bout de quelques minutes, un huissier s'avançait à la porte de la chambre et appelait à voix haute : "Le service!".

Alors les dames du palais de semaine, au nombre de quatre, celles venues pour faire leur cour dans l'intervalle de leurs semaines, ce qui était de coutume constante, et les jeunes dames appelées à faire plus tard partie du service du palais, comme la comtesse de Maillé, née Fitz-James, la comtesse Mathieu de Montmorency et moi, entraient également.

Aussitôt que la reine nous avait dit bonjour à toutes individuellement avec beaucoup de grâce et de bienveillance, on ouvrait la porte, et tout le monde était introduit.
On se rangeait à droite et à gauche de l'appartement, de manière que la porte restât libre et qu'il n'y eût personne dans le milieu de la chambre.
Bien des fois, quand il y avait beaucoup de dames, on était sur deux ou trois rangs.
Mais les premières arrivaient se retiraient adroitement vers la porte du salon de jeu, par où la reine devait passer pour aller à la messe.

Dans ce salon, étaient admis souvent quelques hommes privilégiés, déjà reçus en audience particulière auparavant ou qui présentaient des étrangers.
Ce fut ainsi qu'un jour la reine, s'étant retournée à l'improviste pour dire un mot à quelqu'un, me vit, dans la coin de la porte, donnant un shake hands au duc de Dorset, ambassadeur d'Angleterre.

Elle ne connaissait pas ce signe de bienveillance anglais, qui la fit beaucoup rire ; et comme les plaisanteries ne meurent pas à la cour, elle n'a jamais cessé de répéter au duc, quand nous étions là tous les deux, ce qui arrivait très souvent :
"Avez-vous bien shake hands avec Mme de Gouvernet ?"
.
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Message par Mme de Sabran le Dim 24 Jan 2016, 12:14

J'aime bien cette petite anecdote ! Very Happy

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Message par Mme de Sabran le Dim 24 Jan 2016, 22:52

L'anglomanie à la Cour de France Sans_t11

 L'Angleterre, par son tempérament antipathique et contraire au nôtre, nous a toujours subjugués. Le dernier siècle y a été chercher l'anglomanie et ses modes, les courses de chevaux, les habits de cocher, le genre rosbif ... :L'anglomanie à la Cour de France 2028181902

( E. et J. de Goncourt, Journal,1867, p. 324. )


L'anglomanie à la Cour de France 51ggjn10

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Message par La nuit, la neige le Dim 24 Jan 2016, 23:23

Je vous encourage à lire, si ce n'est toute cette étude de "Histoire du spleen français au XVIIIè siècle" (ceci dit, très intéressante), du moins les chapitres compris entre les pages 36 et 47, et qui traitent précisément de  :

- L’influence britannique en France au XVIIIe siècle
- Les agents de liaison culturelle
- Les réactions au fait anglais : l’anglophilie, l’anglomanie et l’anglophobie


Arrow http://digitool.library.mcgill.ca/webclient/StreamGate?folder_id=0&dvs=1453673281614~84
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Message par Mme de Sabran le Lun 25 Jan 2016, 12:02

Il ne faut pas oublier non plus la grande vogue dans l'aristocratie française des cures thermales de Bath ! Very Happy
Tiens voilà qui vaudrait bien un petit sujet ! Wink
Sitôt dit, sitôt fait !

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Message par Mme de Sabran le Lun 25 Jan 2016, 23:01

study

ARTICLES DE JOURNAUX.
________

SUR L’ANGLOMANIE ET L’HISTOIRE.


Gazette littéraire, 14 Novembre 1764. ;;;;;;; L'anglomanie à la Cour de France Index38


         Mille gens, messieurs, s’élèvent et déclament contre l’anglomanie : j’ignore ce qu’ils entendent par ce mot. S’ils veulent parler de la fureur de travestir en modes ridicules quelques usages utiles, de transformer un déshabillé commode en un vêtement malpropre, de saisir jusqu’à des jeux nationaux pour y mettre des grimaces à la place de la gravité (1), ils pourraient avoir raison ; mais si par hasard ces déclamateurs prétendaient nous faire un crime du désir d’étudier, d’observer, de philosopher, comme les Anglais, ils auraient certainement grand tort ; car, en supposant que ce désir soit déraisonnable, ou même dangereux, il faudrait avoir beaucoup d’humeur pour nous l’attribuer, et ne pas convenir que nous sommes à cet égard à l’abri de tout reproche.



         Je fais cette réflexion en lisant votre feuille du 24 Octobre dernier, dans laquelle vous annoncez une Histoire d’Angleterre en forme de lettres. Vous dites que ce que les Anglais savent le mieux, c’est l’Histoire d’Angleterre ; et j’ajoute que ce que les Français savent le moins, c’est l’Histoire de France. Otez à la plupart ce qu’ils ont ramassé dans des anecdotes forgées par la malignité, dans des mémoires platement rédigés, dans des romans sans imagination, et il ne leur restera pas même la notion la plus imparfaite d’une science très importante.



         L’étude de l’histoire serait pourtant aussi nécessaire à Paris qu’à Londres. Si nous apprenions quelle est l’origine et la bonté de notre gouvernement, le patriotisme nous ranimerait ; les temps de calme et d’obéissance, comparés aux temps de trouble et de vertige, seraient une leçon admirable de douceur et de soumission ; les faits bien vus feraient tomber cette fureur pour la dispute, dont l’âcreté augmente en raison de l’obscurité et de l’inutilité des objets sur lesquels elle s’exerce ; ils feraient revivre cet esprit de franchise et de loyauté, qui vaut bien l’esprit d’intrigue et de cabale ; ils nous forceraient à appliquer les hommes et les événements passés aux hommes et aux événements actuels ; nous travaillerions à devenir meilleurs, et nous gagnerions infiniment du côté des hommes et des choses.



         On me dira que nous n’avons point d’historiens ; que, pour un de Thou, il y a cent mauvais compilateurs ; qu’il eût été à souhaiter que l’auteur de l’Essai sur les mœurs, etc. se fût attaché à l’histoire de son pays ; que c’est à un homme d’Etat et à un philosophe à écrire l’histoire, parce qu’il faut connaître les hommes pour les peindre, et participer au gouvernement, ou avoir les qualités propres à ce grand métier, pour en développer les ressorts : ces raisonnements sont vrais , je les ai faits.



         J’ai vu, dans presque tous les historiens romains, l’intérieur de la république ; ce qui concerne la religion, les lois, la guerre, les mœurs, m’a été clairement dévoilé ; je ne sais même si je n’ai pas plus distinctement connu ce qui s’est passé au-dedans, que ce qui s’est exécuté au dehors. Pourquoi cela ? c’est que l’écrivain tenait à la chose publique ; c’est qu’il pouvait être magistrat, prêtre, guerrier, et que, s’il ne remplissait pas les premières fonctions de l’Etat, il devait au moins s’en rendre digne. J’avoue qu’il ne faut point songer à obtenir chez nous un pareil avantage, notre propre constitution y résiste ; mais je n’en conclus point qu’il ne faille pas étudier notre histoire.



         Contentons-nous de ces historiens simples qui, comme dit Montaigne, « n’y apportent que le soin et la diligence de ramasser tout ce qui vient à leur notice, et d’enregistrer à la bonne foi toutes choses sans choix et sans triage, nous laissant le jugement entier pour la connaissance de la vérité. » Si nous en avons de tels, félicitons-nous, et lisons-les avec un esprit philosophique : si notre instruction n’est ni élevée ni profonde, elle sera proportionnée à notre génie, et pourra suffire à nos besoins.



         J’ai l’honneur d’être, etc.



1 – Allusion aux imitateurs de Shakespeare. (G.A.)

http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/08/articles-de-journaux-sur-l-anglomanie-et-l-histoire.html

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Message par Comtesse Diane le Mar 26 Jan 2016, 09:10

Nos jeunes en savent plus qu'à l'époque !  :L'anglomanie à la Cour de France 2028181902 L'anglomanie à la Cour de France 3826491292


L'anglomanie à la Cour de France Anglai10

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Message par Invité le Mar 26 Jan 2016, 09:44

Ça me fait penser à ma nièce .
Quand elle était petite, elle demandait à ma sœur, sa mère, de lui chanter une chanson...
Et un soir , elle lui demande Laisse-moi kiffer ... je vous laisse imaginer l'air interloqué de ma sœur qui ne connaissait rien à ça... car c'est une chanson de Diam's que ma nièce avait entendue chez sa nounou qui avait une fille ado dont c'était la came Laughing


Bien à vous Hop!

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Message par Mme de Sabran le Mar 26 Jan 2016, 11:15

.

L'anglomanie à la Cour de France Chevalcourse ... L'anglomanie va galopant ...    :L'anglomanie à la Cour de France 2028181902   .   boudoi26

L'anglomanie à la Cour de France Books_62

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Message par Mme de Sabran le Mar 01 Mar 2016, 11:02

.

L'anglomanie a généralement mauvaise presse ... L'anglomanie à la Cour de France 3826491292

Fersen, à son père :

Il n'y a plus dans le royaume ni lois, ni ordre, ni justice, ni discipline, ni religion, tous les liens sont rompus, et comment les rétablira-t-on ? C'est ce que j'ignore; mais voilà les effets du progrès des lumières de l'anglomanie et de la philosophie, la France est ruinée pour longtemps .

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Message par Trianon le Mar 01 Mar 2016, 23:09

J'ai une passion pour la culture, la mode et la littérature anglaises, voire aussi la peinture et bien évidemment la musique.
Cette anglomanie du siècle des Lumières n'a guère changé de nos jours, je dirai même qu'elle s'est nettement amplifiée. Tout d'abord, l'Anglais est devenu langue internationale devançant le Français. Mais, il est aussi précurseur dans un grand nombre de domaines comme ce que j'ai précisé ci-dessus. Quand j'étais jeune adulte, je m'habillais chez Laura Ashley, ou j'étais souvent chez Mark and Spencer. Et puis et surtout, j'aime tant chez les Anglais ce lien étroit avec le passé, ce qui n'existe presque pas en France.
Ce passage très intéressant de Louis-Sébastien Mercier reflète bien ce qui se passe encore au XXIème siècle ici en France, et probablement dans le monde entier. Bien plus que l'américanophile dont je ne retiens que la superficialité et le business. Mais, attention, il y a aussi des choses à visiter aux USA, à n'en pas douter. It is such a gorgeous and an amazing continent. Wink  But England.... boudoi30
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Message par Mme de Sabran le Mar 01 Mar 2016, 23:23

Vous me rappelez nos voyages scolaires ! :L'anglomanie à la Cour de France 2028181902 J'aime bien l'excentricité anglaise, le côté décalé ... Very Happy
J'adore les sixties, seventies !

Revenons à nos moutons, en lisant la biographie de Georgiana par A. Foreman, j'ai été sidérée par la liberté des moeurs de l'autre côté de la Manche . Toute la société huppée qui fait nos délices cultivait un dévergondage effréné, huit enfants sur dix ( je grossis le trait, mais à peine ) étaient illégitimes .

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Message par Mme de Sabran le Mer 02 Mar 2016, 11:11

Des relations sociales et intellectuelles entre la France et l'Angleterre ... ;;;;;;L'anglomanie à la Cour de France Conten14
Par Edme Jacques Benoît RATHERY
Chic !!! Il nous cite le prince Ligne !!! :n,,;::::!!!:

L'anglomanie à la Cour de France Books_10

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Message par Invité le Mer 02 Mar 2016, 11:18

Peut-on se fier aux propos du Prince de Ligne? :L'anglomanie à la Cour de France 2028181902


.

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Message par Mme de Sabran le Mer 12 Oct 2016, 22:50

La vogue des bains de mer trouve elle aussi son origine dans l'anglomanie !   ;;;;   L'anglomanie à la Cour de France Images22

C'est notre amie Plume qui nous le dit .   L'anglomanie à la Cour de France Logo-p10


Les jeunes nobles anglais, à partir de 1750, se prêtent donc à l’exercice du bain de mer, assurant la fortune de quelques stations : Margate, Scarborough, Brighton. C’est dans cette dernière que le Roi George III (1738 – 1820) est envoyé par ses médecins, qui craignent pour sa santé mentale. Son fils le prince des Galles, future George IV vient aussi s’y soigner à partir de 1783.

 Car ces bains de mer peu agréables, excentricité alors réservée à une élite, sont avant tout prescription médicale : on y soigne des maux aussi variés que constipation, dépression, impuissance, infertilité, troubles nerveux, problèmes de peau, douleurs liées à des blessures, rhumatismes, asthme ou anémie…

En France, l’aristocratie, frappée d’anglomanie, et sujette au romantisme, au goût du sublime, à l’étouffement des corsets et à la dépression postrévolutionnaire, se précipite bientôt dans les flots glacés de la Manche.
  Cet engouement médical pour les bains de mer devient, en France, un véritable phénomène de société.
Ces bains sont particulièrement recommandés aux femmes des villes, celles dont le corps est déformé par la mode des corsets, et aux enfants dont la peau semble trop fine et trop pâle.

  La station de Dieppe est populaire car, non loin des côtes britanniques, elle est déjà fréquentée par des aristocrates anglais : elle est aussi proche de Paris. Surtout, on ne risque pas d’attraper de coups de soleil ! Il faudra attendre des décennies avant que la haute société ne se risque sur les rivages de la méditerranée, même si, petit à petit, les cures ne se prennent plus uniquement en hiver mais aussi en été.


http://plume-dhistoire.fr/bains-de-mer-des-tetes-couronnees-therapie-reglementee/


Selon sa biographie par Alain Vircondelet, ;;;;; L'anglomanie à la Cour de France Tylych23
je me souviens,  Mme de Lamballe s'embarqua pour l'Angleterre et prit des bains de mer, à Brighton, prescrits par son médecin le docteur Seiffert contre les douleurs musculaires dont elle souffrait horriblement.

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Message par La nuit, la neige le Mer 12 Oct 2016, 22:53

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Message par Mme de Sabran le Ven 14 Oct 2016, 13:16

Ah mais oui, tu fais bien de nous le rappeler.   Very Happy   ;;;;; L'anglomanie à la Cour de France Tylych24
Mme de Polignac, selon Elisabeth Vigée Le Brun, va goûter en Angleterre les bienfaits des bains de mer, elle aussi :

Peu de temps avant la révolution, elle supplia le roi d'accepter sa démission qu'il ne voulut pas recevoir; toutefois, sa santé l'obligeant à se soigner, elle obtint d'aller prendre des bains renommés en Angleterre, et elle partit, dans la ferme intention de quitter sa place à son retour; mais j'ai su positivement que le roi, effrayé du chagrin qu'allait éprouver la reine, se mit à ses genoux pour obtenir qu'elle restât gouvernante des Enfants de France.

( Mme Le Brun, Souvenirs )

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Message par Invité le Ven 14 Oct 2016, 14:57

Quelqu'un sait-il en quoi ces bains de mer consistaient-ils au XVIIIème?
Cela ressemblait-il aux manières du XIXème dont on a plus d'échos?


Bien à vous.

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Message par Lucius le Jeu 20 Oct 2016, 11:54

Je n'en ai jamais entendu parlé dans les sources françaises. Je suis même surpris de lire cela. "Cet engouement médical pour les bains de mer devient, en France, un véritable phénomène de société." cette phrase semble s'appliquer bien mieux au XIXème qu'au XVIIIème.

De même qu'en Angleterre, je n'avais jamais entendu parler de bain de mer au XVIIIème. Par contre les stations thermales, dans les deux pays, sont décrites partout (Spa, Barège, Bath ...). Y aurait-il une confusion ?
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Message par Mme de Sabran le Sam 05 Nov 2016, 18:17

Lucius a écrit:
"Cet engouement médical pour les bains de mer devient, en France, un véritable phénomène de société." cette phrase semble s'appliquer bien mieux au XIXème qu'au XVIIIème.

Voilà ! Cela commença en Angleterre dès le XVIIIème.    Very Happy  Mmes de Lamballe et de Polignac furent des pionnières en la matière, sur prescriptions médicales l'une et l'autre.  . La mode ne s'installa en France qu'au siècle suivant .

Mme de Lamballe s'embarqua pour l'Angleterre et prit des bains de mer, à Brighton, prescrits par son médecin le docteur Seiffert ...  

( Vircondelet )

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Message par Lucius le Sam 05 Nov 2016, 19:05

Intéressant, merci.
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