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Une amie anglaise de Marie-Antoinette, Georgiana, Duchesse de Devonshire

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Message par Comte d'Hézècques Lun 23 Mai 2016, 10:12

Je connais ce tableau, je le trouve très amusant.
Jamais on aurait pu imaginer un tel portrait avec Mme de Polignac ou Mme de Lamballe :Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 2028181902

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Message par Lucius Lun 23 Mai 2016, 12:50

C'est très onirique !
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Message par Mme de Sabran Mer 09 Jan 2019, 15:26


Le comte Esterhazy écrit :

La cour devait aller s établir pour l'été à Saint-Cloudd, je quittai ma maison de Chaillot et en louai une à Auteuil, qui était plus près de Saint-Cloud et touchait au bois de Boulogne. Pendant ce temps-là, la duchesse de Devonshire était venue à Paris pour faire ses couches, et avait loué le château de Passy, où elle était établie avec lady Spencer, sa mère, qui était mon amie depuis bien des années.

Je suppose qu'il s'agit de la naissance de William George Spencer Cavendish, 6ème duc de Devonshire (1790-1858)
Pourquoi diable Georgine venait-elle faire ses couches à Paris, en pleine tourmente révolutionnaire ?!!

William Cavendish

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 487

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Message par Leos Mer 09 Jan 2019, 16:26


L’essentiel est qu’elle ait rencontré la reine au cours de cet été 1790 à Saint Cloud, je pense bien souvent.
La présence de sa petite amie anglaise et sa mère Lady Spencer devait faire plaisir à la reine .
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Message par Leos Mer 09 Jan 2019, 20:53

Voici encore extrait de Trois Portraits de femmes. La duchesse de Devonshire, la comtesse d'Albany, Henriette-Marie de France. - (Paris): Hachette (1967) de André Maurois.. a ce sujet..

L'héritier naquit le 21 mai 1790 en présence de LadySpencer.  Lady Elizabeth ce soir-là était au théâtre. On sait que le premier-né de la famille porte le titre de marquis de Hartington. Toute cette compagnie resta à Paris jusqu'au milieu d'août. Georgiana commandait des chapeaux chez Mlle Bertin et se faisait peindre par Jean Guérin, ce qui n'améliorait pas sa situation financière. .Lady Spencer voyait souvent la pauvre Mrs. Brown (Marie-Antoinette) qui lui donnait rendez-vous à Saint - Cloud chez Mme de Fitz-James et qui se fit montrer de le fils de la duchesse. Elle l'embrassa et le caressa. Puis elle fit venir le Dauphin. Les dames anglaises furent charmées de sa beauté et de ses manières. La reine leur dit : « Quelle chance il a de n'avoir que cinq ans... Et pourtant il y a des jours où sa gaieté me fait frissonner. » Enfin au mois d'août 1790 on regagna l'Angleterre, « cet odieux pays », disait Georgiana.

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Message par La nuit, la neige Jeu 10 Jan 2019, 22:15

Présenté en vente aux enchères, par Sotheby's New-York, le 30 janvier 2019 :

By Angelika Kauffmann, R.A.
PORTRAIT OF THREE CHILDREN, ALMOST CERTAINLY LADY GEORGIANA SPENCER, LATER DUCHESS OF DEVONSHIRE, LADY HENRIETTA SPENCER AND GEORGE VISCOUNT ALTHORP

Oil on canvas / 44 3/4  by 57 in.; 113.6 by 144.8 cm.
Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 Duches11
Photo : Sotheby's

Note au catalogue (extraits) :

This elegant portrait by Angelika Kauffmann almost certainly depicts the young generation of Spencers, one of the wealthiest families in England.  
The children were prominent members of the English aristocracy who grew up to become important and influential social figures in their own right, particularly Lady Georgiana, later Duchess of Devonshire, pictured at left.  
The Spencers were amongst Angelika Kauffmann’s earliest British patrons; this portrait was painted soon after the artist’s arrival from Rome in 1766.  
By the late 1770s, Kauffmann was one of the most sought-after painters in England and was one of only two female founding members of the Royal Academy.

(...)
John Spencer, 1st Earl Spencer (1734-1783) of Althorp, Northamptonshire, and his wife Georgiana (d. 1814) traveled to Italy in June 1763, where they first met Angelika Kauffmann.  
The Spencers' commission of the present portrait of their three children would have been completed within the first few years of Kauffmann's arrival in England, and it is unsurprising that the Spencers, particularly Mrs. Spencer, would have been interested in supporting a female artist's career.  
The Spencers again commissioned Kauffmann to paint their children a few years later, circa 1774, when they had grown into young adults.  

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 Angeli10
Arrow Voir notre sujet : Althorp House, de Georgiana à Lady Di

(...)
In the present group portrait, Kauffmann depicts the three young Spencer children dressed in elegant costumes and seated on a ledge within a sprawling landscape, each holding a different object.  
Seated at left with a handful of flowers is Lady Georgiana Spencer (1757-1806), the eldest of the three children, who was likely ten or eleven years old in the present painting.  

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 018n1010
Photo : Sotheby's

A comparison of her likeness can be made to a portrait of her by Thomas Gainsborough in 1763, which would have been completed just a couple of years before the present work.  The similarities in the parting of her hair and hairline as well as the placement of her eyes is almost identical in the two portraits, though Kauffmann has emphasized the reddish tones of her hair more than Gainsborough.

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 163n1010
Thomas Gainsborough
Lady Georgiana Spencer, 1763.
Photo : Althorp Collection, England


(...)
To Lady Georgiana’s right is her brother George John, Viscount Althorp (1758-1834), who became 2nd Earl Spencer upon his father’s death in 1783.  He holds a bow, perhaps alluding to his interest in archery; he won the “Silver Arrow” prize at Harrow School in 1771.  
Viscount George would later serve as a Member of Parliament for Northampton and Surrey, and later became the Home Secretary under Lord Grenville, amongst other public positions.  
He married Lady Lavinia Bingham in 1781 and together they had nine children.

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 018n1011
Photo : Sotheby's

The youngest of the Spencer children, Lady Henrietta Frances (1761-1821) is depicted at the center of the painting holding an arrow and delicately pricking her finger.  
Lady Henrietta would marry Frederick Ponsonby, then the Viscount Duncannon, who later became 3rd Earl of Bessborough.  
She bore him three children, though the marriage was an unhappy one and Lady Henrietta was known to have numerous affairs and at least two illegitimate children.  As Countess of Bessborough, she again sat to Angelika Kauffmann in 1793 when she was on a trip to Italy.  

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 164n1010
Angelika Kauffmann
Portrait of Henrietta Ponsonby, Countess of Bessborough, 1793.
Photo : England, Stansted Park


* Source et infos complémentaires : Sotheby's - Master Paintings Evening Sale
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Message par Mme de Sabran Jeu 10 Jan 2019, 22:21


Charming, aren't they ? Very Happy

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Message par Leos Ven 11 Jan 2019, 22:59

Chers amis!.

Maintenant je suis un peu occupé l'amitié de la reine avec la duchesse Georgiana de Devonshire.

J'ai trouvé cette phrase intéressante dans un livre non moins intéressant:
Female Portraiture and Patronage in Marie Antoinette's Court: The Princesse de Lamballe de Sarah Grant

https://books.google.cz/books?id=TCBtDwAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=cs

The two women first met in 1775 when the Duchess visited Versailles. Over successive visits by the Duchess to Paris and Versailles in 1775, 1779, 1789, 1790 and 1791 the friendship blossomed and she became well known to the queen's inner circle.

Les deux femmes se sont rencontrées pour la première fois en 1775 lors de la visite de la duchesse à Versailles. Au cours des visites successives de la duchesse à Paris et à Versailles en 1775, 1779, 1789, 1790 et 1791, l’amitié s’épanouit et elle devint bien connue des proches de la reine.


pour la première fois en 1775 .. et même en 1791 ..
Alors elles se sont rencontreés le plus intensément dans la période la plus difficile pour la reine.
La plus longue sejour de l'été 1790, lorsque Bess et Georgiana rencontrèrent la Reine à Saint Cloud le 2 juillet 1790.

Saviez-vous plus sur leurs relations? Le journal de Lady Foster doit cacher les trésors .. ou sa correspondance ou la correspondance de la duchesse de Devonshire.


Leos de Zlin de Tchèque sous la neige enfin
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Message par Mme de Sabran Ven 11 Jan 2019, 23:17

Leos a écrit:

Saviez-vous plus sur leurs relations? Le journal de Lady Foster doit cacher les trésors  .. ou sa correspondance ou la correspondance de la duchesse de Devonshire.


Leos de Zlin  de Tchèque sous la neige  enfin

Vous avez de la neige, cher Leos, quelle chance !!! Very Happy

J'ai lu Amanda Foreman, et puis nous avons des lettres très intéressantes découvertes par Lady Bess dans les archives de Chatsworth et qui sont l'exclusivité de notre Forum :
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1236-lettres-de-mme-de-polignac-a-georgiana-duchesse-de-devonshire?highlight=devonshire
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1253-lettres-de-jules-de-polignac-a-georgiana-de-devonshire?highlight=devonshire
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1277-lettres-du-fameux-correspondant-mystere-a-georgiana-de-devonshire?highlight=devonshire
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1257-lettre-du-marquis-de-la-fayette-a-georgiana-duchesse-de-devonshire?highlight=devonshire

... par exemple .

Mais j'ai également trouvé des détails dans les mémoires d'Esterhazy qui faisait partie de la société de la reine . Il était très ami avec Lady Spencer, la maman de Georgiana . Je vous posterai cela demain. Il faut que je recherche .
Mon grand regret est que la correspondance de Georgiana et le duc de Dorset ait été brûlée ... Il y avait tellement de détails sur la relation de Fersen et Marie-Antoinette ! Le peu qui ait réchappé des flammes est scotchant . Je m'étendrai demain là-dessus .
Il est trop tard maintenant .

Vous avez de la neige, cher Leos, eh bien figurez-vous que, cet après-midi à Caen, j'ai vu deux prunus en fleurs !!!!
Chez nous, c'est le Printemps et son cortège de délices ... cheers

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Message par Leos Ven 11 Jan 2019, 23:36

Chere Eleanor,
Merci beaucoup pour votre réponse ..

Je vous posterai cela demain. Il faut que je recherche .
merci beaucoup ..Je suis impatient ..


Notre forum, si grand corps ..C est bibliothèque si vaste ..

La neige est une bénédiction pour notre pays .. c'est une promesse d'eau de suffisamment d'eau pour la prochaine période .. dans notre pays, des années sèches et chaudes assèchent les nappes phréatiques.
Je me réjouir de chaque flocon ..
Je sais, c'est la calamité ... mais peut-être que la fonte progressive ne causera pas d'inondations...

Vous êtes maintenant au printemps !!
Vous n'êtes pas habitué à la neige et au dur hiver?


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Message par Mme de Sabran Sam 12 Jan 2019, 12:09

Here I am again, mon cher Leos, avec le témoignage d'Esterhazy sur les liens d'amitié qui se nouaient entre Marie-Antoinette, sa société particulière et ses amis anglais . Very Happy
Nous avons vu comment Marie-Antoinette, elle-même, avait tenu à rapprocher l'officier hongrois des Polignac, comment le comte d'Artois s'était pris d'amitié pour lui ...   bref, il y avait là un petit groupe d'intimes ( certainement restreint ) au sein de la coterie de la reine.
C'était un va-et-vient par-dessus la Manche et lorsque les amis de Marie-Antoinette étaient en terre anglaise, ils étaient royalement reçus à  Devonshire House, Spencer House et Chatsworth.   Nous avons des sujets pour chacune de ces demeures.
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1541-a-londres-la-devonshire-house?highlight=DEVONSHIRE
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1556-a-londres-la-spencer-house?highlight=SPENCER
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1255-chatsworth-house-home-sweet-home-de-georgiana?highlight=CHATSWORTH

...    et même Althorp
https://marie-antoinette.forumactif.org/t1319-althorp-house-de-georgiana-a-lady-di?highlight=althorp

Ainsi, quand nos Français ( and Co ) sont en Angleterre, nous pouvons les imaginer très exactement dans les différents cadres où Georgiana et Lady Spencer leur offrent l'hospitalité .  Oh ! qu'ils devaient être bien !!! Very Happy
Je dis un petit groupe d'intimes parce que nous savons que Mme de Polignac et Esterhazy sont dans la confidence de l'idylle de la reine et Fersen  ( Mme de Polignac, le manchon, Esterhazy la correspondance qu'il fait passer entre eux ) ...  le duc de Dorset également ( qui sait avant la Cour et Louis XVI  la grossesse de la petite Sophie https://marie-antoinette.forumactif.org/t336p25-sophie-helene-beatrix-de-france-dite-madame-sophie?highlight=sophie  )

Bref ...
aux premiers jours de 1783, Eterhazy entrait en possession du gouvernement de Rocroy, y restait un mois comme à l'ordinaire, et le reste de l'hiver à Paris et à Versailles, toujours très bien traité. Il louait à Paris, au Gros-Caillou, une petite maison qu'avait occupée la
comtesse Diane.

Au mois de mai, quelques dames de ma connaissance se proposèrent d'aller faire une course en Angleterre. Depuis la paix, beaucoup d'Anglais étaient venus en France et la guerre d'Amérique avait mis à la mode une anglomanie qui n'a pas non plus peu contribué à la Révolution française. Je me joignis à elles et nous partîmes, Mme de Créqui, Mme de Chalon
( née Aglaé de Polastron, cousine germaine de Mme de Polignac ) , Mme d'Andlau  ( belle-soeur de la précédente, donc cousine aussi de Yolande ) , le duc et le comte de Coigny, le duc de Polignac, M. d'Andlau et moi. Nous fîmes un voyage charmant. Il est impossible d'être mieux reçus que nous ne le fûmes, M. d'Adhémar venait d'y arriver comme ambassadeur, M. de Moustier, qui y avait été envové après la paix comme ministre, n'en était pas encore parti. Mais, il y manquait, pour que je fusse content de ce voyage, d'y avoir milady Spencer ( la mère de Georgiana ) , cette ancienne amie qui réunit tous les agréments de la société à toutes les vertus pratiques, femme unique peut-être dans le monde et dont j'aurai encore occasion de parler. Elle était allée rejoindre son mari aux eaux de Buxton, dans le Derbyshire. Il était valétudinaire et avait gâté une santé assez bonne à force de se croire malade et de se traiter comme tel.

Ne pouvant me résoudre à quitter l'Angleterre sans avoir vu cette respectable femme, et le ministre d'Amérique, qui pouvait prendre ma place pour le retour, étant arrivé, je proposai à mes compagnons de vovage de partir sans moi. Quand ils se mirent en chemin pour revenir en France, je partis pour Brighton. J'v passai plusieurs jours avec la famille de Spencer, nous allâmes voir plusieurs objets de curiosité, entre autre le château de Chatsworth, qui appartient au duc de Devonshire, son gendre, et, où le maréchal de Tallard est resté prisonnier après la bataille d Hochstœdt ; je visitai aussi des cavernes fameuses par leurs stalactites, qui sont de plusieurs couleurs. Après avoir passé quelques temps très agréablement avec les Spencer, je retournai à Londres.


Ainsi, cher Leos,  comme vous nous montriez Georgiana, Milady Spencer et Lady Bess à Paris et Saint-Cloud, en 1790, Esterhazy nous montre les amis de Marie-Antoinette en vadrouille en Angleterre avant la tourmente révolutionnaire.

Georgiana faisait de fréquents séjours en France. Elle y était en 1789, témoin des événements dans la capitale .
Elle écrit à son frère, Lord Spencer, le 5 juillet :
Je dois avouer que je m'amuse à Paris ... J'ai vu la Fayette et le vicomte de Noailles récemment . Nous avons eu une discussion formidable sur la politique. Je suis " pour " la Cour, car je soutiens Madame de Polignac.
Eux y sont violemment opposés .

https://marie-antoinette.forumactif.org/t1510-juillet-1789?highlight=juillet

1791
Mirabeau échafaude des plans pour la fuite de la famille royale, par la Normandie.
Louis XVI en fait la confidence à Eterhazy .  

Je n'ai su ce plan que de manière très peu détaillée. Le roi, en me le communiquant me dit qu'il se chargerait de moi mais que ma famille serait exposée si son départ causait, comme il y avait lieu de le croire, du mouvement à Paris, et je devais m'occuper de la mettre en sûreté, sans en dire la vraie raison. Je confiai à mon amie lady Spencer mes inquiétudes pour ma femme si elle restait en France, et lui témoignai le désir qu'elle put aller avec elle en Angleterre. Elle entra dans mes vues, m'offrit de l'emmener avec mes enfants, et cela avec un intérêt et une grâce qui prouvaient bien sa véritable amitié.
J'eus assez de peine à persuader ma belle-mère de cette nécessité; mais enfin elle ne put pas s y refuser, et après m'être muni des passeports nécessaires, et avoir annoncé que j'allais seulement conduire ma femme à Calais, nous partîmes par la route de Péronne, tandis que ladv Spencer, la duchesse de Devonshire et sa famille allaient par Abbeville et Amiens.

Nous nous étions donné rendez-vous à Calais, et nous y arrivâmes le 16 août. Le lendemain matin, je menai ma femme sur la jetée. La mer, qu'elle n'avait jamais vue et qui était ces jours-là très agitée lui inspira  un tel effroi qu'elle en prit un tremblement qui me fit craindre
de ne pas la déterminer à s'embarquer. Elle eut en rentrant chez elle un grand mal de cœur, puis des vomissements qui rétablirent sa santé. Les dames anglaises arrivèrent le soir. L'éloquence douce et confiante de lady Spencer déterminèrent ma femme à partir. Ces dames avaient loué deux paquebots; ladv Spencer laissa sa fille aller dans l'un et s'embarqua avec ma femme dans l'autre. Je ne voulus pas la laisser aller en mer sans moi, je m'embarquai aussi, et nous arrivâmes à Douvres après un très bon passage et sans qu'elle eût été malade. Nous passâmes un jour dans cette ville et nous l'employâmes à faire une course du côté de Margate. Le lendemain ma femme partit pour Londres avec lady Spencer et je me rembarquai pour Calais, d'où je retournai promptement à Paris.

Au retour de ma petite absence, je trouvai un grand découragement parmi nos amis, et un peu d'embarras chez le roi et la reine, lorsque je leur parlai de la nécessité de hâter leur départ, tandis qu'il en était encore temps. Ils me montrèrent quelques lettres de Mirabeau, et je fus fâché de les voir mettre leur confiance dans un homme aussi dangereux et aussi immoral. Je ne sais pas s'ils lui firent part de quelques-unes de mes observations, mais peu après mon retour, la reine me dit que la fuite était décidée, que Monsieur avait engagé Mme de Balbi à faire une course en Angleterre, que je devais prendre le prétexte d'y aller avec elle, pour y voir ma famille, et qu'il me serait aisé de me rendre par mer à Dieppe, dès que je saurais le roi arrivé en Normandie. Quoique un peu étonné du désir que la reine me témoignait de me faire partir si tôt, je trouvai ses motifs très vraisemblables, et je m'y rendis. Je proposai à Mme de Balbi de l'accompagner; elle l'accepta avec plaisir, et je me disposai à retourner en Angleterre. Nous partîmes le 1" septembre 1790.
Nous arrivâmes à Douvres, et le surlendemain à Londres, d'assez bonne heure pour que lady Spencer me menât avec elle à Saint-Alban. Je trouvai ma femme et Valentin qui étaient venus au devant de moi jusqu'à Barnet.

Nous menions une vie douce et charmante chez lady Spencer. Cette femme réunissait toutes les vertus morales et chrétiennes, et sans qu elles nuisissent le moins au monde à son amabilité. Elle était très instruite, mais sans vouloir le paraître, d'une bienfaisance éclairée, sensible, sans affectation.  Je n'ai jamais connu d'être qui approchât davantage de la perfection. Elle a pris votre mère dans l'affection la plus grande, et nous nous serions trouvés heureux de passer près d elle le temps où nous devions être éloignés de France, sans quelques raisons qui y mirent obstacle.

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Message par Leos Sam 12 Jan 2019, 20:36

Ma chere madame Eleanore,
Aujourd'hui j'étais en ski de fond.aujourd'hui j'étais en ski de fond. Neige dans les montagnes comme dans un conte de fées, arbres blancs

Merci beaucoup pour la grande synthèse ce sujets que vous avez donné ici...
Je lis maintenantcles lettres , extraits de souvenirs ...

Les souvenirs d'Esterhazy je comprends tout à fait ..
là je sens son respect pour le roi et la reine ..

une description intéressante du voyage de l'expédition française en Angleterre .. mais ce doit être après septembre 1783..
Dommage que la reine ne puisse pas ... c'était le prisonnier royal.

aussi ses souvenirs de l'été 1790 .. évoquant le départ de Mme Spencer et du Georgiana de France le 16 août .. Leur bonté et leur hospitalité envers lui et sa femme,


Mais hier lisant les letrres de Madame Polignac est un peu un mystère pour moi .. il n'y a presque aucune mention de sa amie / vraiment sa amie ?/ patronne, la Reine elle-même ..
il la mentionne très rarement ..

Mais peut-être que je ne connais pas le contexte .. et c'est un peu différent ..

En tout cas, il est dommage que les lettres de la Reine avec Géorgiena ou Mme Spencer ne sont pas conservés. s'il y en avait.

Votre Leos avec les salutations de l'hiver
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Message par Mme de Sabran Sam 12 Jan 2019, 20:43

Leos a écrit:

Les souvenirs  d'Esterhazy je comprends tout à fait ..
là je sens son respect pour le roi et la reine ..


Vous pouvez les lire en ligne, mon cher Leos !  Very Happy
Tenez, c'est ici :
https://archive.org/stream/mmoiresducteva00esteuoft/mmoiresducteva00esteuoft_djvu.txt

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Message par Gouverneur Morris Dim 08 Déc 2019, 09:38

Vu à la Queen’s Gallery hier :

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 4f54c010

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 Ec6b4310

Wink
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Message par Mme de Sabran Jeu 04 Fév 2021, 09:06

Axel de Fersen, présent au mariage de Georgiana avec le duc de Devonshire ?!  Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 3231074342
C'est ce qu'affirme, dans un article de la Revue des Deux Mondes, G. Castel-Cagarriga




Un bal à l'Opéra de Paris, une réception à Versailles permirent à Georgiana de rencontrer Marie-Antoinette avant son retour à Londres, qui eut lieu en mars 1774. Sa présence à Versailles est signalée dans une correspondance du comte Esterhazy venu tout exprès du Luxembourg, où il résidait alors auprès de l'impératrice Marie-Thérèse. Le comte Axel de Fersen s'y trouvait. C'est en décrivant à son père l'éclat de ces soirées que Fersen exprima pour la première fois son admiration passionnée pour la reine. Fut-il chargé par celle-ci, encore Dauphine, d'un message pour sa jeune amie anglaise? On ne peut l'affirmer. Mais, il est certain que la première rencontre de Fersen et de Georgiana peut être située à cette date. Deux jours après la mort de Louis XV , le beau Suédois, quittant Paris pour Londres, assistait, le 7 juin 1774, avec le duc de Dorset et le comte de Guines, ambassadeur de France, au mariage de Georgiana Spencer avec le duc de Devonshire.



https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wp-content/uploads/2016/11/4991075465c24a6cd537b0bb31d2b7b5.pdf


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Message par Mr ventier Jeu 04 Fév 2021, 09:45

Le film dont vous parlez sur le post, c'est
La comtesse ?
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Message par Lucius Jeu 04 Fév 2021, 09:59

Elle serait allée en France à 16 ans, et à un bal de l'opéra ?

On trouve sur internet que le mariage se fit dans la plus stricte intimité, avec pour seule assistance la famille la plus proche. Il faudrait connaître les sources que cet article invoque. Quelqu'un aurait-il une biographie de la duchesse à confronter ?
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Message par Mme de Sabran Jeu 04 Fév 2021, 10:18

Mr ventier a écrit:Le film dont vous parlez sur le post, c'est
La comtesse ?
Non.    The Duchess

Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 51pgl310

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Message par Mme de Sabran Jeu 04 Fév 2021, 10:25

Lucius a écrit:On trouve sur internet que le mariage se fit dans la plus stricte intimité, avec pour seule assistance la famille la plus proche. 
Peut-être y avait-il du public ? 
En tous cas, Georgiana ne semble pas avoir fait la connaissance de Fersen si tôt. 
Yolande de Polignac était bien présente au mariage de Marie-Antoinette sans que celle-ci l'ait remarquée ce jour-là. Et pourtant Yolande a dansé le septième menuet avec le marquis de Belzunce .

Lucius a écrit:Il faudrait connaître les sources que cet article invoque. 
...  le duc de Dorset et le comte de Guines. ( Guines ne sera fait duc que bien plus tard
Lucius a écrit:Quelqu'un aurait-il une biographie de la duchesse à confronter ?
Amanda Foreman, mais je manque de temps tout de suite pour rechercher mon livre.

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Message par Lucius Jeu 04 Fév 2021, 10:55

Mme de Sabran a écrit:
Lucius a écrit:On trouve sur internet que le mariage se fit dans la plus stricte intimité, avec pour seule assistance la famille la plus proche. 
Peut-être y avait-il du public ? 
En tous cas, Georgiana ne semble pas avoir fait la connaissance de Fersen si tôt. 
Yolande de Polignac était bien présente au mariage de Marie-Antoinette sans que celle-ci l'ait remarquée ce jour-là. Et pourtant Yolande a dansé le septième menuet avec le marquis de Belzunce .

Je n'aurai pas qualifié le mariage du dauphin de France comme étant "dans la plus stricte intimité " Eventaille

Mme de Sabran a écrit:
Lucius a écrit:Il faudrait connaître les sources que cet article invoque. 
...  le duc de Dorset et le comte de Guines. ( Guines ne sera fait duc que bien plus tard

Certes, mais quel lettre, quel page de leur mémoire ?
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Message par Mme de Sabran Jeu 04 Fév 2021, 11:05

Lucius a écrit:

Certes, mais quel lettre, quel page de leur mémoires ?
...   ou bien quelles lettres de leurs correspondances ?  Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 1123740815

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Message par Mr ventier Jeu 04 Fév 2021, 11:17

Oui c'est cela la duchesse. Merci
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Message par Lucius Jeu 04 Fév 2021, 11:43

Mme de Sabran a écrit:
Lucius a écrit:

Certes, mais quel lettre, quel page de leur mémoires ?
...   ou bien quelles lettres de leurs correspondances ?  Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 1123740815

Doret et Guines sont mentionnés comme témoins aussi présents, pas comme source dans l'extrait que vous avez repris. N'y a-t-il pas d'appareil critique dans l'article ? Le lien ne fonctionne pas.
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Message par Lucius Jeu 04 Fév 2021, 11:57

La correspondance de Mrs Delany indique que la date du mariage fut tenue secrète afin d'éviter la foule, et qu'il eut lieu sans aucun apparat, en la seule présence de la duchesse de Portland (soeur du duc) et Lady Cowper (grand-mère de la mariée).
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Message par Mme de Sabran Jeu 04 Fév 2021, 12:13

Le lien ne fonctionne pas 



Ah bon ?!   Une amie anglaise de Marie-Antoinette,  Georgiana, Duchesse de Devonshire - Page 4 3231074342 
Qu'à cela ne tienne, mon petit Lulu, voici :   Very Happy

UNE AMIE ANGLAISE DE MARIE-ANTOINETTE GEORGIANA, DUCHESSE DE DEVONSHIRE 

Un des premiers jours de novembre 1772, Versailles en rumeur s'apprêtait à célébrer la Saint-Hubert au son des fanfares de trompes du marquis de Dampierre. Une chasse se préparait que devait suivre un bal de la Cour. On vit descendre, d'une élégante calèche, escortée de piqueurs portant livrée anglaise, Lord et Lady Spencer et leur gracieuse fille Georgiana, future duchesse de Devonshire. L'équipage était celui de Lord Stormont, « le bel Anglais », ambassadeur d'Angleterre. Le soir venu, c'est dans le salon de Mars éblouissant de lumières que Marie-Antoinette apparut aux Spencer. Le regard de la jeune Dauphine se posa sur celui de Georgiana séduite par tant de charme et de beauté. Début d'une vive et durable amitié, un penchant soudain attira l'une vers l'autre la jeune Anglaise et la future reine de France. Georgiana était née le 7 juin 1757 au Manoir de Wimbledon, à douze lieues de Londres. Son père, Lord John Spencer, premier comte de ce nom, membre influent du parti libéral Whig avait hérité cette seigneurie où Lady Spencer régnait en souveraine. Dans le somptueux hôtel des Spencer à Londres, proche d'un Palais Royal de Saint-James, Lady Spencer éleva sa fille avec une affectueuse sévérité au milieu d'une société que dominait l'influence française. Femme d'esprit et de cœur, bien qu'elle fût d'apparence austère, Lady Spencer inspirait depuis de longs mois un sentiment admiratif et tendre au comte Valentin Esterhazy, un des plus brillants seigneurs de la Cour de Versailles. 

Initiée par sa mère aux usages de France dont elle possédait là langue à l'égal de la sienne, Georgiana vécut après sa première rencontre avec Marie-Antoinette dans la fiévreuse attente d'un retour à Versailles ; l'occasion lui en fut offerte par la Dauphine elle-même. La neige recouvrait d'un épais tapis les allées de Versailles lorsque, conviée à une course de traîneaux, la blonde fille des Spencer, enveloppée dans ses fourrures, prit place dans une voiture, le cœur gonflé de joie. « Le jeu était charmant, a-t-elle écrit, la future reine se révélait joyeuse d'échapper à la tyrannie de l'étiquette. » Mme de Lamballe, qui redoutait l'ennui des réceptions de Versailles, s'associait, avec Georgiana, au plaisir de cette évasion. L'apparition des Spencer à la Cour leur attira de nombreux engagements dans la société parisienne. Dans une lettre à Horace Walpole, Mme du Deffand traduit l'admiration soulevée par la grâce de Georgiana, fêtée et courtisée chez la comtesse de Boufflers et la princesse de Beauvau ainsi que chez les Suard que fréquentaient de nombreux Anglais. Là, vit-elle, sans doute pour la première fois, le charmant abbé Delille «poète des jardins ». On rencontrait souvent les Spencer à Chanteloup, où les Choiseul, avec lesquels ils étaient déjà fort liés, les réunissaient à leurs anciens amis : le comte Esterhazy et d'Alembert. La santé de Lord Spencer vint contrarier ces vacances parisiennes. Informé par d'Alembert, le célèbre médecin-philosophe Barthez fut consulté à Montpellier ; Georgiana s'éloigna à regret. On a peu de détails sur le passage des Spencer et de leurs deux filles, — une petite Harriett était née en 1763 (1), — dans la ville universitaire du Languedoc que fréquentaient de nombreux Anglais ; les souvenirs laissés par Georgiana nous apprennent cependant que, dominant sa fatigue, Lord John voulut célébrer par une fête l'anniversaire de la reine d'Angleterre. Les salons du Palais du Gouverneur résident, le maréchal de Castries, alors absent, (2) furent ouverts et décorés par les soins de Lady Spencer. Tentures légères, volants de rubans et de fleurs couvraient les murs. Les soldats du régiment du Bourbonnais servirent un dîner que suivit un bal ; les belles invitées ayant quitté leurs robes à panier s'étaient déguisées en paysannes de cette province ; on dansa jusqu'au matin, danses du Languedoc et, « danses de mon pays natal », note la petite Anglaise, 

(1) Harriett épousera, en 1780, Lord Duncannon. 
(2) Le Gouverneur du Languedoc alors L.-Ch. de Iiourbon, comte d'Ku (1755-1775), était représenté à Montpellier par le maréchal de Castries, Gouverneur résident.

 qui dans cette fête joyeuse, où les rires fusaient avoue : « Je sentis mon cœur bien français ». Un bal à l'Opéra de Paris, une réception à Versailles permirent à Georgiana de rencontrer Marie-Antoinette avant son retour à Londres, qui eut lieu en mars 1774. Sa présence à Versailles est signalée dans une correspondance du comte Esterhazy venu tout exprès du Luxembourg, où il résidait alors auprès de l'impératrice MarieThérèse. Le comte Axel de Fersen s'y trouvait. C'est en décrivant à son père l'éclat de ces soirées que Fersen exprima pour la première fois son admiration passionnée pour la reine. Fut-il chargé par celle-ci, encore Dauphine, d'un message pour sa jeune amie anglaise? On ne peut l'affirmer. Mais, il est certain que la première rencontre de Fersen et de Georgiana peut être située à cette date. Deux jours après la mort de Louis XV , le beau Suédois, quittant Paris pour Londres, assistait, le 7 juin 1774, avec le duc de Dorset et le comte de Guines, ambassadeur de France, au mariage de Georgiana Spencer avec le duc de Devonshire. • Horace Walpole écrivait au poète Mason : « Le duc de Devonshire épouse Georgiana Spencer, elle est une fille ravissante, naturelle et pleine de grâce, lui le plus brillant parti d'Angleterre »... mais, très peu après, de sa résidence de Strawberry Hill, s'adressant à la comtesse Ossory, il donnait à entendre sur le caractère du duc, dont la fortune était immense, une note moins flatteuse : « La future duchesse de Devonshire n'aura rien d'autre que son thé, et sa tête ne reposera pas sur un lit de diamants et de rubis »... Ce mariage était affaire de convenance et non d'inclination. William Cavendish, duc de Devonshire, Lord Lieutenant d'Irlande, de sept ans plus âgé que sa fiancée, appartenait à une très ancienne famille d'Angleterre qui se prévalait d'une alliance avec la famille royale de France par le mariage de la petite-fille du premier duc avec Richard de Courtenay. Ses biens étaient considérables et ses opinions celles des Whigs ; mais la fille des Spencer dont l'intelligence et la beauté étaient déjà célèbres, et qui rêvait d'un grand amour ne devait pas trouver le bonheur dans cette union. Fort bel homme mais d'esprit médiocre, le duc ne lui offrit pas l'appui et l'affection que son cœur attendait. Sans doute faut-il attribuer à cette solitude morale l'inclination qui porta sa nature rêveuse vers la poésie,  et cette folie mondaine qui, s'emparant d'elle, la fit jouer, s'endetter, s'étourdir, se jeter dans une véritable croisade politique, entraînant avec elle dans l'opposition Charles Fox et Edmond Burke (1). Les Spencer étaient, en effet, revenus d'outre-Manche convaincus de l'urgence d'une réforme du pouvoir dans l'intérêt même de la monarchie qu'ils vénéraient, tant en France qu'en Angleterre. Nul ne songeait à un avenir qui mettrait en péril le roi de France. Mais à Versailles, à Paris, à Chanteloup chez Choiseul en disgrâce, le pays leur était apparu diminué par un conflit entre le Parlement et les Ministres, des finances obérées, une Cour frivole livrée au plaisir, au luxe et aux intrigues galantes et un roi près de sa fin « ayant, au dire de l'un de ses diplomates, moins d'autorité que le plus modeste avocat au Châtelet ». Trois résidences ont servi de cadre à la vie ardente de la duchesse de Devonshire : Chiswick, sa demeure favorite qu'ombrageaient des arbres majestueux aux portes de Londres ; Chastworth, magnifique palais doré en Derbyshire où elle connut l'ennui et la tristesse ; et Devonshire House, situé au-delà du Green Park face au Spencer House qui avait abrité son enfance... Quelque fût le lieu de son séjour, un souvenir hantait désormais son esprit romanesque, épris de liberté : celui d'une princesse adorable au gracieux sourire reine et captive dans son château de Versailles I • Trois années s'écoulèrent durant lesquelles la reine et la duchesse ne cessèrent d'entretenir des relations par l'entremise d'un mystérieux messager. Aux sujets frivoles : chansons, parures, musique ou leçons de menuet et lectures romanesques se mêlaient, jaillis d'un cœur à l'autre des plaintes intimes... c'était, pour toutes deux, un foyer sans amour, une maternité qui se faisait attendre. Se découvrant une vocation de poète, Georgiana traduisait pour Marie-Antoinette son premier poème sur « VEspêrance ». Le comte Esterhazy, inlassable correspondant de lady Spencer, semble avoir été un messager complaisant ; ne quittant la Cour de Versailles que pour la suivre à Marly, il se montrait tout dévoué à Marje-Antoinette et avait envers elle des obligations, la reine ayant payé ses dettes. Doit-on soupçonner Mme de Lamballe et plus tard Mme de Polignac,

 (1) Charles Foi, homme d'Etat anglais, chef du parti Whig, 1749-1806. Burke, écrivain et orateur anglais, 1729-1797. — Edmond 

 devenue l'amie préférée de la reine, d'avoir révélé à Georgiana le penchant secret de Marie-Antoinette pour le comte de Fersen ? Il semble que la duchesse ait reçu de la reine elle-même ou du beau Suédois ce troublant aveu. Fersen fut accueilli à Devonshire House au cours de l'hiver 1774-1775, il y revint en confident et ami au printemps 1778. De son côté, la reine n'ignorait rien du salon de Londres où l'on suivait avec enthousiasme les premiers épisodes de la guerre d'Indépendance américaine. Le marquis de Lafayette y avait précédé Fersen en 1777, annoncé à la duchesse par la marquise de Coigny et appuyé par Lauzun. Avec quelle ferveur fut accueilli par elle cet officier de haute noblesse qui voulait courir le hasard des batailles pour la cause de la liberté ! « On parle beaucoup ici du marquis de Lafayette, écrivait de Paris l'écrivain mémorialiste Gibbon, il était en Angleterre, il y a quelques jours ; c'est un jeune homme d'environ vingt ans, jouissant de 130 mille livres de rente, neveu des Noailles ; il a acheté le yacht du duc de Kingston et est allé joindre les Américains. Sa Cour paraît fort irritée contre lui. » Bien qu'elle fût instruite de la méfiance que l'entreprise de Lafayette inspirait à Versailles, Georgiana avait négocié secrètement pour lui l'achat du yacht dont la duchesse de Kingston avait hérité après un long procès. Les événements avaient bientôt dissipé l'inquiétude de Versailles et donné raison à l'amie de Marie-Antoinette. Lafayette revint à Paris après ses premières victoires. Acclamé et gratifié d'une épée d'honneur, il obtenait aussitôt du roi et de son ministre Vergennes la levée de six mille hommes placés sous les ordres du lieutenant général de Rochambeau. Fersen, accourut de Londres, où il effectuait un bref séjour à l'ambassade de France, afin de prendre rang dans cette armée et s'embarqua avec elle pour l'Amérique aux premiers jours de printemps 1780... Il ne devait revoir la reine de France qu'après la paix de Versailles en 1783. Ce départ était, d'après le comte de Creuz, ambassadeur de Suède, qui louait la conduite de Fersen, « pour faire taire les bruits injurieux et surmonter la séduction qui le pénétrait ». Mais, le jour des adieux, la reine n'avait pu le quitter du regard ni maîtriser ses larmes ! •
 Cinq jours après la victoire de York-Town (1), prélude d'une paix et d'un retour tant désiré, une grande joie avait rempli le cœur de Marie-Antoinette, atténuant la douleur que lui causait la mort de sa mère l'Impératrice-reine Marie-Thérèse ; un premier Dauphin était né (2) dont la vie, hélas! fut éphémère. Le 21 janvier 1782, — onze ans avant la mort de Louis XVI , — la reine avait présenté ce fils au peuple de Paris, suivant un long parcours jusqu'à NotreDame. Georgiana était à la Muette en ces moments heureux. Peu après parvenaient à Versailles les premiers pamphlets précurseurs hélas ! du grand drame. Tandis que les chants d'action de grâce se prolongeaient dans toutes les églises du royaume, Georgiana revenue à Londres, avait été attristée par la mort de son père, Lord John Spencer. Ce deuil et l'attente de la naissance de sa fille aînée, née le 11 juillet 1783, n'avaient pas ralenti sa vie mondaine! On croisait dans les vastes salons et les somptueuses galeries de Chastworth décorées par des artistes français, les plus attrayantes ladies. Rivalisant d'élégance et de grâce autour d'admirables miroirs d'eau, gravissant les harmonieuses collines jusqu'à la tour de guet où Marie Stuart captive aimait se reposer, c'étaient les duchesses de Portland, de Dorset, de Gloucester, pour ne citer que les plus marquantes, auxquelles se joignaient le comte et la comtesse d'Andlau, le marquis de Conflans, la comtesse de Châlons et sa rivale auprès de « l'enchanteur » marquis de Vaudreuil : Mme de Polignac. Le beau Lauzun y entraînait l'exquise princesse polonaise Czatoriska, et le duc de Guines, amoureux de Lady Craven, y conduisait ses filles. Le jeune prince de Galles, courtisant la séduisante hôtesse, attirait tous les regards, tandis que le duc de Chartres se livrait au jeu, et n'était encore, au dire du comte Esterhazy, « qu'un homme de plaisir ». Ces deux princes, intimement liés, étaient cependant l'espoir et les supports des Whigs. Encouragés par la belle duchesse, Lord North et Charles Fox parvenaient à associer leurs opinions dans l'amitié. Horace Walpole a tracé un portrait peu indulgent du futur « Egalité » dans une lettre du 7 mai 1783, adressée au poète Mason. « Lady Clermont a donné un grand dîner pour lui... il est venu poussiéreux et dans un habit orné de boutons de métal émaillés de noir, avec ses chiens de chasse et ses chevaux, mode qui nous ramène à quarante ans en arrière ; Lady Duncannon (sœur de Georgiana)

 (1) 17 octobre 1781. 
(2) 22 octobre 1781. 

ayant jeté un regard sur son habit, il lui a présenté une manche en lui disant : « Voici la plus jolie. » Mme de Genlis a été la maîtresse de ce vieil ours et est maintenant la gouvernante des princesses ses filles. » Et Walpole d'ajouter : « Qu'aurons-nous encore à apprendre de France ? »... car les nouvelles circulaient entre Londres et Versailles en un incessant va-et-vient. On devine aisément avec quel déplaisir Marie-Antoinette, en assez mauvais termes avec le duc de Chartres, apprenait les assiduités de son cousin auprès de sa belle amie anglaise. La paix de Versailles en détourna ses pensées. Le comte de Fersen revenu d'Amérique associait sa gloire à celle de Lafayette. Décoré par Washington de l'ordre de Cincinnatus dont il portait avec fierté l'emblème à la Cour de France, il reçut de Louis XVI, sollicité par la reine et le comte de Vergennes, la propriété du Régiment royal dont il devenait colonel. En France, cette campagne victorieuse fut célébrée comme une revanche sur le traité de 1763 que l'Angleterre nous avait imposé. A Londres, le parti de l'Indépendance, dont Charles Fox avait plaidé la cause à Versailles, fêta sa victoire chez la duchesse de Devonshire. Décidé à réaliser son idéal de liberté, le marquis de Lafayette écrivit à sa bienfaitrice un message remis aussitôt après la paix de septembre par le comte de Fersen de passage à Londres : 2 août 1783. Depuis longtemps paré des titres de bon Chevalier, j'ose saisir la circonstance actuelle pour vous renouveler un hommage en servant la liberté! J'aimais à penser qu'elle vous est chère et la plus belle cause peut encore être embellie par votre intérêt; celui qui m'attache à vous, Madame la Duchesse, vous répond de la part que je prends à tout ce qui vous regarde, car, en vous en offrant l'assurance permettez-moi d'ajouter que nous connaître est mon plus précieux trésor et que rien n'égale mon empressement à vous aller rappeler une ancienne promesse ; plein de reconnaissance pour les bontés que Mme de Coigni m'a témoignées de votre part, je me sens encouragé à vous en detnander la continuation et j'ose croire inutile d'assurer votre Grâce de l'attachement du dévouement et du respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame la Duchesse, votre très humble et obéissant serviteur. — Lafayette (1). * Des jours suivirent : faits de silence et d'ombre. Nul n'ignore à quel point la triste affaire du « collier » fut sur la route de MarieAntoinette un acheminement vers la Révolution. Jeune et frivole, la reine applaudit inconsidérément au Théâtre de Trianon les

 (1) Archives du Château de Chastworth. — Nous exprimons ici notre gratitude a Mr. T. S. Wragg, conservateur de la bibliothèque et des manuscrits de ce château, qui nous a permis de consulter sur place les lettres inédites écrites ou reçues par la Duchesse de Devonshire et le Journal d'Elisabeth Foster

 tirades éblouissantes mais périlleuses de Beaumarchais. Des propos malveillants lui attribuèrent, dit le comte de Tilly, les plus chimériques amants. Certes, la malheureuse princesse eut d'autres soucis que celui de prêter une oreille attentive aux rumeurs confuses lui venant d'Angleterre. Sa pensée inquiète s'était-elle un instant fixée sur une amie de Georgiana, nouvelle venue de Londres ? Amie que, par l'entremise du comte de Vergennes et de M. de Bernis, la Cour de France accueillait alors avec faveur, amie dont le charme et l'esprit séduisaient Mme de Polignac en 1784 ? Elisabeth Foster, deuxième fille de Lord Bristol, évêque de Derry, divorcée d'un gentilhomme irlandais, John Thomas Foster, avait trouvé un asile et un accueil assez surprenants à Devonshire House I Devenue rapidement la maîtresse du duc, elle avait vu ses dettes, qui étaient lourdes, soldées par son amant et par la duchesse elle-même, qui lui témoignait la plus vive amitié. L'entente était si parfaite qu'après avoir donné le jour, au cours de l'été 1785 à une seconde fille (1), Georgiana serrait un an plus tard dans ses bras dans un élan de tendresse quasi maternelle, l'enfant qui naissait de l'union clandestine de son mari avec Elisabeth Foster ! (2) Etranges mœurs, peu concevables de nos jours, faites d'un mélange de l'esprit galant du xvm e siècle et de puritanisme anglais, en un temps de pensées et d'amours libres, où le lien conjugal comptait peu. Lady Spencer, réputée austère, fut seule, semble-t-il, à s'en offenser. Si la jalousie fut absente du cœur de Georgiana, son amour-propre en fut pourtant blessé. Mme d'Arblay signale, dans ses souvenirs (3), sa tristesse et ses illusions perdues en publiant un fragment de poème en français écrit et dédié par la pauvre duchesse à son amie félonne : Mortels craintifs, fuyez ses charmes, Fuyez son pouvoir enchanteur... La cruelle impose les larmes ! La puissante figure de Charles Fox couramment baptisé « l'homme du peuple », s'imposa à l'Angleterre, qui se passionna pour sa mémorable élection. Jamais solliciteuse plus belle, plus active, plus brillante que la duchesse de Devonshire n'était apparu dans les Tavernes de Westminster pour obtenir les suffrages des électeurs en faveur de son illustre ami. « Nos ladies, écrit Walpole, sont devenues de si véhémentes politiciennes qu'aucun autre sujet

 (1) Harriett Cavendish. 
(2) Caroline, née en Italie, le comte de Saint-Jules consentit à lui donner son nom. 
(3) Ma vie et mon temps, par le marquis de Bouille.

 n'est admis. » Le fanatisme de Georgiana fut tel qu'elle consentit un baiser à un boucher de Londres qui promettait en échange sa voix pour Charles Fox, tandis qu'un ouvrier irlandais prétendait allumer sa pipe aux feux de son regard. Parée de rubans décorés des noms de « Fox et liberté », elle innova en signe de ralliement la parure symbolique, perpétuée dans la suite des temps, d'une fourrure de renard ornée de sa tête de « fox ». Un renard fut brûlé vif en guise de « diabolique allégorie ». Sans nous attarder sur cet épisode bien connu, de la vie de Georgiana, il faut bien évoquer cette journée triomphale dont les échos firent grand bruit à Versailles ; où les partisans de la reine étaient favorables au grand homme d'Etat et louaient le zèle infatigable de la duchesse. Une foule immense, rassemblée dans les rues de Londres, acclamait Charles Fox ; les carrosses des duchesses de Portland et de Devonshire fermaient l'interminable cortège. Une fête brillante fut donnée au Devonshire House où le prince de Galles était venu recevoir Charles Fox, héros de ce jour... et où l'absence du duc de Chartres fut remarquée ; Louis XV I lui avait intimé l'ordre de demeurer étranger aux manifestations d'un parti « frondeur » et de s'en éloigner. Un mois après la bruyante élection anglaise, Fersen vint à Versailles escortant son souverain Gustave III de Suède. A cette époque, Marie-Antoinette combla de présents son amie Georgiana que l'on vit apparaître à Londres au bal du comte d'Adhémar, ambassadeur de France, parée de tous les dons de la reine. Des dentelles de France ornaient sa robe de gaze rose, une admirable boucle de perles choisie par la souveraine retenait à sa ceinture une gerbe d'épis et, d'une coiffure haute, faite de soie fine posée sur les boucles blondes et chiffonnée avec art par Mlle Bertin, s'échappaient de larges plumes blanches retombant jusqu'aux épaules ; elles encadraient le gracieux visage dont Thomas Gainsborough, Reynolds, Lawrence et le miniaturiste français Jean Guérin ont immortalisé les traits. Séduit, le prince de Galles fut durant tout le bal son cavalier empressé. Reine dans le monde, Georgiana ne l'était plus dans son foyer, Elisabeth Foster y marquant définitivement sa place. Faut-il voir en cela l'excuse d'une passion pour le jeu qui égara, durant quelques années, la trop conciliante duchesse ? Le démon du jeu la possédait qui l'aidait, peut-être, à étourdir sa peine. La reine de France ne jouait-elle pas elle aussi des heures durant, sans désemparer, disait-on ? Voulait-elle détourner de son esprit les funestes présages ?... On jouait à Versailles comme à Brooke's où les ducs d'Orléans et Fitz-James semblaient être autant chez eux que Fitz-Patrick ou Fox (1) dont le génie et l'éloquence faisaient pardonner les débauches. La duchesse n'osait plus avouer au duc ses dettes, devenues sa hantise ! Se trouvant aux abois, elle implora le secours d'un jeune et beau membre du Parlement Lord Charles Grey, amoureux d'elle et heureux d'abuser d'un privilège... liaison sans tapage, longtemps ignorée au Devonshire House et discrètement poursuivie à Bath au printemps 1787. Dans cette ville d'eau aristocratique du Somerset « propre aux intrigues galantes », Georgiana séjournait au milieu d'une société brillante. La comtesse Diane de Polignac, enjouée et sociable, la duchesse de Guiches, amusante et spirituelle, douée du plus charmant visage, le duc de Polignac, le marquis de Vaudreuil introduits auprès d'elle l'entouraient et jouaient sans relâche : billard, quinze, macao, whist entraînaient les mises. La bourse de Charles Grey fut bientôt impuissante à combler les folles dépenses de l'imprudente duchesse, lorsqu'un nouveau prêtreur survint à Bath en la personne d'un ministre français en disgrâce : M. de Calonne. Poursuivi pour dilapidation du trésor royal, laissant derrière lui, précise l'abbé Morellet, un déficit de cinquante-six millions, en but à l'aversion d'une nation ruinée, Calonne, financier malheureux sensible à la beauté et au charme de la belle Anglaise ne tarda pas à lui ouvrir un généreux crédit. Le duc de Dorset informé s'en montra inquiet ; Georgiana savait-elle les griefs de Marie-Antoinette envers M. de Calonne ? Il prit soin de l'instruire des rumeurs qui couraient de sa complicité avec les aventuriers La Motte, rumeurs dont la reine se montrait offensée. Troublée par les mauvaises nouvelles de .France et soucieuse de ne pas trahir son amitié à l'égard de Marie-Antoinette, Georgiana accourut à Londres pour être mieux informée. Pensait-elle obtenir du comte d'Adhémar l'apaisement de ses craintes ? On la vit soucieuse à une réception chez l'ambassadeur de France puis, le 11 mai 1787, dans sa loge de l'Opéra ayant à ses côtés Mme de Polignac. Ses souvenirs révèlent deux faits que ne mentionne pas la correspondance du comte de Fersen, celui d'une visite que lui fit l'amoureux de Marie-Antoinette et celui d'un bal qu'elle offrit pour lui et Mme de Polignac en mai 1787. Le confident de la reine, qui arrivait de Versailles, dut 

(1) Correspondance de Lord Auckland. 

 lui confirmer les chagrins de Marie-Antoinette et les premières secousses de la Révolution. Peu de jours après, en juin 1787, la princesse de Lamballe vint à Londres chargée, disait-on, par la reine d'une mission secrète auprès de M. de Calonne. A qui donc la Surintendante pouvait-elle s'adresser plus sûrement qu'à la duchesse amie, dont la mère, Lady Spencer, logeait à ce moment chez elle à Wimbledon, le ministre déchu et sa fiancée Anne de Nettine ? Il s'agissait, on le sait, d'empêcher la publication d'un Mémoire, dont Calonne était l'auteur, où il mentionnait les sommes que l'on reprochait à la reine, dans le « Livre rouge », d'avoir été versées « à l'Empereur d'Autriche par son auguste sœur ». Lorsque Mme de Lamballe repartit hâtivement pour Versailles en novembre, impatiente de plaider la cause de son beau-frère, le duc d'Orléans exilé à Villers-Cotterets, elle dut emporter le fameux Mémoire que Mme Campan affirme avoir_ vu, entre les mains de MarieAntoinette, corrigé de la main même de M. de Calonne. En ces temps troublés où les courriers de France étaient acheminés avec une extrême prudence, Georgiana sollicita vainement, par l'entremise du duc de Dorset, l'indulgence de la reine pour l'ancien ministre envers lequel elle avait contracté des dettes de jeu et de reconnaissance ; mais la porte de Chastworth fut inexorablement fermée aux aventuriers La Motte, «infâmes auteurs de l'affaire du collier ». Us durent aller passer la nuit à l'auberge voisine du bourg de Bakewell. Dès lors, Georgiana se mit à considérer avec stupeur la marche des événements. De honteux libelles (1) circulaient à Londres comme à Paris chargeant la reine de toutes les misères du royaume. Sans doute avait-elle pris soin d'avertir Charles Fox voyageant en Suisse des premières atteintes de la folie de Georges III et Fox était-il revenu en hâte afin de soutenir la régence du prince de Galles. Mais, tout en restant fidèle à l'amitié, sans amour, qui la liait au grand hommes d'Etat, elle s'évadait peu à peu de la vie politique. Par intuition elle entrevoyait mieux que lui, semble-t-il, le danger pour la France d'une doctrine d'indépendance qui se dissociait de la monarchie. N'avait-elle pas, en outre, ses propres chagrins ? Elisabeth Foster mettait au monde à Rouen un second enfant du duc, un fils, alors qu'elle n'avait encore que deux filles ! En dépit de son chagrin, elle passait des journées aux tables de whist du salon de

 (1) La Galerie des dames françaises, par le marquis de Luchet. )

 Brighton où vivaient le prince de Galles et Lady Fritzherbert et où la vit Mme de Genlis. L'espoir d'éteindre ses dettes reposait sur l'intérêt que lui témoignait M. de Galonné, et l'on ne sait s'il faut s'étonner davantage de la générosité, mauvaise conseillère, du ministre ou des appels réitérés d'argent que lui adressait sans pudeur l'incorrigible duchesse ! « Venez à Chastworth, lui écrivaitelle, consultez avec Crawford la route que vous devez prendre... je vous ai ouvert mon cœur, et vous voyez que malgré sa gaieté il est souvent bien tourmenté. » Et, plus tard, après un prêt de 2.000 francs : « Mme de Calonne, et vous, devez savoir que je vous dois tout ; nous irons à Spa, la salubrité des eaux me donnera un fils et si je suis grosse, je n'hésiterai pas à tout avouer au duc »... Les espoirs de maternité n'étaient point le seul motif qui engageait Georgiana au séjour de Spa, elle obéissait au brûlant désir de se rapprocher de Versailles. Le 22 juin 1789, le duc de Devonshire, la duchesse et leur inséparable amie, Elisabeth Foster s'embarquaient pour la France. • Les Etats Généraux siégeaient à Yersailles tandis que les trois Anglais participaient chez les Polignac à un" repas où se trouvaient le comte d'Artois et Mme de Polastron. Toutes les cinq minutes, rapporte Elisabeth Foster dans son journal, un messager venait rendre compte du déroulement des événements. Seule Georgiana eut le privilège d'être reçue par la reine dont l'altération des traits la bouleversa, et dont le calvaire s'était accru par la mort récente du premier Dauphin. La reine confia à son amie ses messages pour Fersen, et ce fut à mi-chemin de Spa, à l'auberge de Valenciennes, que le 16 juillet ses trois amis fidèles : Esterhazy, Fersen et Georgiana se trouvèrent réunis (1). Ils apprirent ensemble les émeutes du 14 juillet et mêlèrent les craintes que leur inspirait le destin de leur reine. Fersen écrivait à son père : « Tout est à Paris dans la confusion, le désordre et la consternation ; le comte d'Artois et ses enfants, les princes de Condé, Conti, Bourbon, le baron de Breteuil se sont enfuis sous des noms supposés ! » Aussitôt arrivée à Spa, Georgiana écrivait à Calonne, dont elle ménageait prudemment l'amitié : « Ne croyez pas que je me laisse 

(1) Les Mémoires d'Esterhazy, la correspondance de Fersen et le Journal d'Elisabeth Foster s'accordent sur ce fait.

 aller à une frayeur puérile, mais je vous en conjure ne quittez pas l'Angleterre ; que je vous retrouve à Londres... c'est un conseil intéressé à la vérité, mais bon ; Crawford est du même avis... » (1) Puis, dans une seconde missive écrite sur le chemin du retour de Lille : « Les nouvelles de France sont toujours bien inquiétantes ; j'ai bien rempli vos intentions en parlant de vous surtout avec Mme de Polignac, le comte d'Artois vous regarde comme le seul homme capable en volonté et talent de pouvoir sauver le roi, mais c'est trop tard; je vous en conjure ne venez pas dans ce pays... Adieu. Je ne vous parle de moi ! » (2) Elle trouva la capitale anglaise submergée par la première émigration. Le roi George s'étant rétabli, Charles Fox s'effaçait. Les ouvrages de Burke et de Calonne faisaient les frais de tous les entretiens. Le désir d'un retour à Paris l'obsédait ; se trouvant enceinte, elle obtint de la princesse de Lamballe, qui s'était fixée au Pavillon de Flore, la location de son château de Passy. « Vous allez être bien surpris, mon ami, écrit-elle à Calonne le 10 mai 1790, je m'en vais faire mes couches à Paris comme étant l'endroit le plus sûr ! Il m'en coûte bien ; je vous écrirai sous le nom de M. Olivier et sous enveloppe au Chevalier Heines. Je vous prie de ne pas écrire que par les occasions sûres que je vous donnerai... tout se terminera bien. » Ainsi naquit sous le ciel de France l'enfant désiré, l'héritier des Ducs de Devonshire. La princesse d'Arenberg, amie des Spencer, présente au moment de cette naissance écrivait à Mme de Custines : « Marie-Antoinette fit amener la mère et l'enfant à Versailles, baisa les petites mains fragiles et serra longuement l'heureuse duchesse dans ses bras. » Le charmant Hôtel de Passy fut durant quelques heures un îlot de paix et de bonheur ! Le duc exaucé dans ses vœux, attentif aux aveux de Georgiana, consentit à régler ses dettes, et, autour de ce berceau les amis de la reine se trouvèrent encore réunis : Fersen étant fixé auprès de Louis XV I par ordre du roi de Suède se rendait journellement à Passy, et le comte Esterhazy a noté dans ses souvenirs : « De ma maison d'Auteuil... juin 1790... : La duchesse de Devonshire est à Passy pour ses couches ayant avec elle sa mère, Lady Spencer, mon amie depuis bien des années ! » D'après une correspondance secrète, Walter Sichel rapporte dans sa Vie du poète Richard Sheridan, que la duchesse de Devonshire

 (1) Spa, août 1789. 
(2) Lille, décembre 1789 

 fut informée par des agents inconnus du sort de la reine de France ; il cite des documents datés des 2 juin et 12 avril 1791... Parmi les noms cités, celui du comte Esterhazy est seul à retenir. A peine les Spencer sont-ils rentrés à Londres dès le mois d'août 1790 que voici l'ami de Lady Spencer auprès d'eux en septembre ; il correspond avec la Cour de France et le comte de Fersen par messages chiffrés ; par lui Georgiana savait combien Louis XV I et MarieAntoinette s'alarmaient de l'accord survenu entre les émigrés et les puissances étrangères et s'inquiétaient de la jonction du comte d'Artois et du prince de Condé ; elle connut la conduite équivoque de La Fayette et l'ambition de Mirabeau. Revenue à Paris dans les derniers jours de décembre chez la princesse de Lamballe, elle voulut savoir par elle-même, connaître sûrement les pensées de la reine. Aussitôt instruite elle écrivit à Calonne cette clairvoyante lettre qui démontre les efforts qu'elle tenta pour le dissuader de se joindre au comte d'Artois à Turin et de marquer ainsi des dispositions hostiles aux volontés du roi. Paris, 16 décembre 1790. Il est impossible, mon cher ami, de vous exprimer toute l'inquiétude que m'a causée votre lettre. Je vois bien clair dans vos projets, vous allez joindre le comte d'Artois; je vous conjure d'abandonner ce projet. Vous pouvez bien me croire moi qui sais combien vos compatriotes sont injustes; vous êtes à présent l'objet de leur haine; si le comte d'Artois a quelque projet aidez-le de vos conseils mais je vous en conjure à genoux, ne quittez pas l'Angleterre. On vous a blâmé en France pour le petit voyage que vous avez fait auprès de lui à Namur, cher ami, on n'ose pas comme l'on sait que je vous aime parler ouvertement devant moi, mais comme je suis très inquiète de tout ce qui vous regarde j'ai des moyens de savoir l'opinion publique... vos conseils, d'où vous êtes lui feront du bien, cette présence, où il est lui ferait du tort. Revenez à vous ; je sais que l'on vous guette, que même sur mer il y a des pirates, que dans tous tes ports il y a des espions. Mr. le comte d'Artois est bon, aimable, ne manque pas d'un certain^sprit, mais il n'a pas le caractère, le courage, le nerf qui est ce qu'il faut à un chef de parti. Il est comme tous les Bourbons d'aujourd'hui sans assez de suite pour conduire une grande entreprise ; vous serez la victime si vous le joignez. Qu'avezvous à gagner à présent ? El que n'avez-vous pas à perdre ? Vous n'êtes pas militaire, vous n'avez qu'à rester où vous êtes jusqu'au moment d'une révolution qui sûrement ne lardera pas ; alors vous retournerez en France, vous jouerez un grand rôle si vous le voulez... mais, sans avoir été à Paris je n'aurais pu deviner... le peuple est à présent, le plus fort, il a le glaive en main, il a forcé toute une nation à se coucher sous le joug. Que fait votre poignée de nobles et de gens sensés en France ? ils ne font que gémir et se soumettre, et vous, mon cher ami, sans avoir fondé ou d'utilité ou de succès vous allez exposer votre vie ! Au reste si rien, si mes prières, si mon chagrin, mon inquiétude ne vous fait rien, dites-vous que j'arrange ma dette avant votre départ; je n'ai pas le courage de vous parler d'autre chose; si je vous ai offensé, prenez-vous-en à mon amitié. Ce sage plaidoyer ne parvint pas à fléchir l'imprévoyant ministre que Marie-Antoinette considérait comme son pire ennemi. Calonne partit pour Turin le 1e r janvier 1791.
 Le baptême du sixième duc de Devonshire fut suivi de nombreuses réjouissances ; ce mois de mai en fleurs s'associait aux fêtes de Chiswick ; Georgiana oublia un moment les tristesses des Tuileries ; rien ne se passait cependant dont elle ne fût instruite et que l'on ne trouve mentionné dans le journal d'Elisabeth Foster. Les premières ententes secrètes du complot de Varennes y sont notées : « MM. d'Esterhazy et Fersen se sont mis d'accord sur le projet », écrit-elle,    ( tout le monde savait !!!! )  tandis que de son côté M. de Breteuil adressait à Fersen dans son charmant hôtel de l'avenue Matignon cette lettre encourageante : « Le seul moyen d'empêcher le mal de la démarche des princes est de la prévenir en partant promptement. » Le colonel Crawford et Mme Sullivan son épouse, envoyaient de Clichy à Londres sous des plis secrets les nouvelles de Paris. On sait ce qu'il advint de ce malheureux «projet» qui fit de la reine la prisonnière des Tuileries et du comte de Fersen un proscrit. Complice, Esterhazy, qui s'était embarqué sur le paquebot Prince d'Orange, attendant à Bruxelles les souverains échappés de France, apprenait, par l'Archiduchesse Marie-Christine — sœur de Marie-Antoinette, — en larmes, la fin de cette malheureuse entreprise. Le chagrin de Georgiana fut profond ; la liberté, la vie même de Marie-Antoinette étaient en cause. Elle dépêcha sans délai Elisabeth Foster auprès de son ami d'enfance Robert Sheridan, afin de s'assurer l'appui de l'homme d'Etat-poète. Elle obtint l'intervention de Charles Fox auprès de Barnave et de Lafayette en faveur de l'élargissement de la reine. Elle s'opposa courageusement à Calonne porteur d'un message du comte d'Artois pour Georges III

 (1). Tantelle avait confiance dans le succès de ses démarches ! Elle s'indigna enfin avec Walpole de l'apparente indifférence des émigrés que la détresse du roi et de la reine n'empêchait nullement de s'associer aux fêtes de Richmond. « La comtesse Emilie de Boufflers, disait Walpole, jouait de la harpe à Queensbury-House, la princesse Castelcigala dansait au bruit des castagnettes, Mme du Barry se joignant à elles», tandis que le désespoir était au fond du cœur de tous ces fugitifs ! Hélas, toute démarche fut vaine, la porte de la petite cellule des Feuillants s'était fermée sur la pauvre reine, et le dernier acte du grand drame était commencé. Par quelles voies détournées les lettres écrites par MarieAntoinette en langage chiffré sont-elles parvenues au comte Esterhazy ? Voir l'article de M. R. Lacour-Gayet, dans la Revue des Deux Mondes du l"-9-1961.
... Sont-elles passées par Londres ? On peut le soupçonner puisque Fersen, pour qui elles étaient écrites, les reçut à Vienne, le 20 août, des mains de l'ami de Lady Spencer. Deux d'entre elles ont été citées par Esterhazy dans ses Mémoires; elles sont datées des 11 août et 5 septembre 1791. « Si vous lui écrivez, y disait la reine, dites-lui bien que bien des lieues et bien des pays ne peuvent jamais séparer les coeurs, je sens cette vérité tous les jours davantage »... et encore : « Je suis charmée de trouver l'occasion de vous envoyer ce petit anneau. Celui qui est entouré de papier est pour LUI ; faites-le lui tenir pour moi, il est juste à sa mesure, je l'ai porté deux jours avant de l'emballer, mandez-lui que c'est de ma part, je ne sais où il est... c'est un supplice affreux de n'avoir aucune nouvelle. »
 • Cette année assombrie par l'échec de Varènnes fut, pour Georgiana, celle du déclin de ses forces morales. La folie du jeu l'étreignit à nouveau ; elle renoua sa liaison avec Charles Grey et dut avouer qu'elle était enceinte (1). Le duc, cette fois, fut sans pitié. Exilée pour sa faute, elle parcourut la France, la Suisse, l'Italie avec sa mère et Lady Bessborough, s'adonnant à la poésie et à son penchant pour l'Histoire. On doit à ces deux années d'exil son Histoire de France, (2) l'achèvement de son poème autobiographique Sylphide et un charmant ouvrage : Le Passage du Saint- Gothard. Ce poème descriptif illustré par Elisabeth Foster fut orné par Georgiana d'un gracieux hommage en vers français adressé au poète des Jardins, l'abbé Delille, que la rigueur des événements avait contraint à s'exiler en Angleterre. En décembre 1793, un navire hollandais ramenait en Angleterre la duchesse enfin pardonnée ! Il fallut éviter la France où régnait la Terreur. Le bonheur de retrouver ses enfants atténuait la douleur et la répulsion que le tragique dénouement de la vie de la reine lui avait causées. Peu de jours auparavant, Fersen avait écrit à son père : « Le jugement de la reine, prononcé la veille, a été exécuté le matin ; cette certitude m'accabla, je ne pus rien sentir. Je sortis pour parler de ce malheur avec mes amis, Mme de Fitz-James et le baron de Breteuil, je pleurai avec eux ; c'est le 16 [octobre] à onze heures et demie que ce crime exécrable a été commis... ! »

 (1) L'enfant de Georgiana et de Charles Grey qui naquit en Provence reçut le nom d'Elisa Courtenay ou Courtney et n'eut jamais accès au Devonshire-House.
 (2) Réserve de la Bibliothèque Nationale.

 Le colonel Crawford accueillit Georgiana à son arrivée à Londres. Avait-il un dernier message de la reine à lui transmettre ? Nous savons qu'elle évoqua devant lui, avec une vive émotion, l'ultime rencontre qu'elle eut, aux premiers jours de son exil, en novembre 1 791 avec Marie-Antoinette et Mme de Lamballe ; et aussi que la mort subite de Mme de Polignac, survenue peu après son retour, lui causa un vif chagrin. • Il ne restait plus que dix années à vivre à cette femme charmante si jeune encore, à demi-française dans ses intimes pensées. Les déceptions, le chagrin, l'exil avaient rendu son jugement plus sûr. Moins frivole, on ne la vit plus associer son jeu à celui du prince de Galles, à sa table de whist ou dans les salons de Chiswick. « Non ! je ne blâme pas Princy, disait-elle, mais il n'est pas un grand homme, un homme qui brille, sans intelligences supérieures, est dans la nuit pour saisir les chances du destin. » Après la mort de l'infortunée reine de France, elle fut fidèle à la cause royale. On trouve, dans les archives du British Muséum, des lettres (1) qu'elle adressait en faveur des royalistes de France au ministre de la Guerre anglais Wyndham. Sans doute, l'armée coalisée conduite par Dumouriez avait-elle été battue à Mons en avril, mais il y avait encore la Vendée, l'insurrection de Nantes. Elle s'accrochait à ce suprême espoir, à un possible retour des Bourbons. Esterhazy rallié au comte d'Artois après la mort de Louis XV I la conseillait à distance et, de concert avec Crawford elle obtint du Gouvernement anglais des subsides accordés aux princes. Charles Fox, que les drames sanglants de la Révolution avaient écœuré, n'avait pas été heureux dans ses interventions en faveur de Louis XV I et dans ses efforts pour éviter une rupture avec la France et empêcher la guerre ; sa popularité s'en trouvait atteinte. La duchesse plaida sa cause... « La postérité, écrivait-elle au publiciste Francis, se souviendra-t-elle que les vœux de Charles Fox s'opposaient à la condamnation de Louis XV I ? et combien de fois si on l'eût écouté on eût pu freiner ce destin sauvage !... » Son nom figurait en tête des comités de secours aux émigrés français ; en vérité, les bontés de George III, sa sollicitude envers les victimes

 (1) Archives Birtish Muséum A. d. d. M. S. 37916. 

 de la Révolution française avaient ramené la Duchesse au vieux roi. N'avait-il pas donné généreusement asile aux quatre mille prêtres non assermentés déportés dans son royaume (1), et secouru ceux des émigrés qui, la plupart travaillaient pour vivre ? On notait sa gracieuse présence dans le cercle d'érudits qui se réunissaient chez Malouët et Chateaubriand, dont le génie était encor obscur, auxquels s'était joint, chassé par sa femme acariâtre, l'aimable abbé Delille ! Cléry, valet de chambre de Louis XVI , y lisait ses Mémoires... » Il lisait doucement, sa voix était grave, les visages douloureux. » (2) Dans les annales de l'année 1798, le fameux déjeuner d'émigrés offert par la Duchesse à Chiswick, suivi de celui de Lady Bessborough fut un des faits les plus marquants ; le temps était à souhait, le déjeuner remarquable par l'abondance des fruits et des glaces réunissait dans cette délicieuse campagne autour de la duchesse de Devonshire les plus beaux noms de France ; grands seigneurs, princes, ducs, évêques, relate le duc de Bourbon..., deux heures de danses et d'éloges prodigués aux aimables Françaises, deux heures de gaieté et d'oubli ! » Mme Récamier vint à Londres après la paix d'Amiens ; la beauté de Georgiana, chez qui elle résida, était encore parfaite, et toujours séduisante. « Elle était encore à la mode et belle, — écrit Chateaubriand, dans les Mémoires aVOutre-Tombe, — quoique privée d'un œil qu'elle couvrait d'une boucle de cheveux. Mme Récamier parut en public à l'Opéra de Londres avec elle, dans sa loge où se trouvaient le prince de Galles, le duc d'Orléans et ses frères, le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais... les lorgnettes et les regards se tournèrent vers la loge de la duchesse, la foule se précipitait sur les pas de l'étrangère... » A son tour, la France reconnaissante l'accueillit ; un grand bal chez Mme Récamier, un dîner chez Cambacérès, réunirent autour d'elle les hôtes les plus illustres. « Récent traité de paix et d'amitié, souligne Goldsmith dans Y Argus, entre le beau monde de Paris et celui de Londres. » On parla d'un quadrille avec Mme Récamier, Lady Georgiana, le prince Esterhazy et le prince Dolgorouky, de danses espagnoles et de castagnettes alternées avec des danses campagnardes anglaises, de soupers et mets recherchés rue Grange-

 (1) Mémoires de l'abbé de Prodi.
 (2) Lettre de Georgiana à Mme de Custine

 Batelière... mais rien notait Georgiana « ne pouvait effacer de ma mémoire les souvenirs de Versailles ». Sa mort, survenue à Londres le 30 mars 1806, épargna à cette femme d'élite, citée parmi « les plus distinguées de sa patrie et même d'Europe », l'émotion que lui eût causé la fin tragique du comte de Fersen et celle, survenue six mois après la sienne, du grand homme d'Etat Charles Fox dont elle avait été l'Egérie. Georgiana expira dans les bras d'Elisabeth Foster, et si étrange que cela paraisse, bien qu'elle eut à souffrir de sa trahison latente, autorisée, puis consentie, il est certain qu'elle aima, pour ses incomparables dons d'artiste, son charme et son dévouement, cette inséparable amie qui allait devenir trois ans plus tard, en épousant le duc, la seconde duchesse de Devonshire.

 G. CASTEL-ÇAGARRIGA.

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